XII INTRODUCTION
Les voilà jetés dans la vie, seuls désormais, inséparables et libres de l'aire ce qui leur plait, avec la petite fortune que leur a laissée leur mère ; ils partent pour un long voyage à pied par la Bourgogne, le Dauphiné, la Provence, ayant pour but l'Algérie, et s'abandonnant tout entiers à leur passion pour la peinture, dessinant, aquarellisant, tout en jetant quelques notes pittoresques et colorées sur leur carnet de voyage. Ce carnet, c'est l'embryon de leur vocation définitive, l'œuf d'or d'où sortiront toutes leurs œuvres.
A leur retour d'Alger ils s'installent à Paris, rue Saint- Georges, passent tout leur hiver à peindre, à dessiner, à graver, font un nouveau voyage en Suisse, en Belgique, et, dans l'automne de 1850, se mettent, pour la première fois à écrire, débutant par un Vaudeville intitulé Sans titre, qui ne fut jamais joué et fut sacrifié avec quelques autres essais.
Le premier livre dû à la collaboration d'Edmond et de Jules de Goncourt, cette collaboration si curieuse qui n'avait pas encore eu de précédents dans l'histoire littéraire, s'appelle En 48*' et devait paraître le 2 décembre 1851; retardé de deux jours à cause du coup d'État, il n'en fut pas moins publié en pleine période orageuse et disparut dans la tourmente. C'était, de l'aveu d'Edmond de Goncourt, qui en autorisa une réimpression en 1885, une œuvre imparfaite, subissant la double influence de Jules Janin et de Théophile Gautier.
Elle fut suivie de deux essais de théâtre, une revue proverbe, la Nuit de la Saint-Sylvestre, un opéra-comique, ManC selle Zizabelle, et plus tard d'une pièce sur le Directoire et les merveilleuses.
C'est l'époque où, sous l'influence de leur cousin le comte de Villedeuil, ils entrent dans le journalisme et collaborent, avec Gavarni et les principaux écrivains du temps, à l'Éclair, bientôt accompagné du Paris, et publient une succession d'articles d'art, d'études, de critiques et d'exquis morceaux littéraires, que nous retrouverons réunis