Pour Tittle boy, en plaisanterie
ayons pensé à rien qui ressemble à une idée, depuis quinze jours. Cela nous paraît, par instants, un métier héroïque que de s'atteler à une plume. Mettez le soir un lansquenet de famille, et de loin en loin, la lecture d'une page de Pascal ou des Liaisons de Laclos, vous aurez toute notre vie.
A votre tour à présent. Où en ètes-vous? Où en est la reconstruction de votre monde imaginaire et vraisemblable de cette Carthage, dont vous devez nous donner le peuple, les mœurs, les passions, les religions, les femmes, les hommes, les passants et leurs ombres sur les murs? Montez-vous encore la montagne d'un gros chapitre du milieu? Où bien en ètes-vous à ce point de l'œuvre où l'on embrasse sa pensée et où l'on roule la pente avec elle?
Que nous parlez-vous de travailler sur du néant, dans votre lettre ! Le vrai néant, mon cher ami, c'est peut-être l'histoire, parce que c'est la mort... Au fond, à la longue, dans l'autopsie du passé, l'imagination prend froid, ainsi que sous un air de cave. Il y a autour de ces mémoires qu'on désemmaillotte, comme une odeur de momies embaumées dans de la poudre à la maréchale... Aussi avons-nous hâte de revenir à l'air, au jour, à la vie — au roman qui est la seule histoire vraie après tout.
De tout cœur,
A Michelet.
13 novembre 1864.
Monsieur,
Nous voulons vous remercier, avant de vous voir, du livre 1 que vous avez eu la bonté de nous envoyer, et du bonheur qu'il nous a donné ces jours-ci. Il ressemble à la Bible indienne dont vous parlez; il a