LE COSTUME
La Saint-Huberty, dans ses créations, ne tirait pas seulement d'un grand talent de chanteuse et d'actrice son éclatant succès; l'illusion qu'elle produisait sur les spectateurs, elle la devait à un ensemble de soins, de détails, de recherches intelligentes, au moyen desquels elle s'efforçait de ressusciter une figure historique.
Dès ses débuts, elle était l'esclave du costume exact,
rigoureux. C'est ainsi que, dans l'opéra de Bidon, elle avait fait faire son costume d'après un dessin commandé à Moreau, dessinateur du cabinet du Roi, et quelle s'était montrée aux regards d'un public du xvnie siècle dans une tunique de toile de lin, avec les brodequins lacés sur le pied nu, une innovation presque dangereuse pour l'heure.
En ce temps où l'on ne pouvait décider une tragédienne à s'habiller d'une étoffe sans apprêt, donnant les plis enveloppants et sculpturaux des anciens tissus, où il était impossible d'obtenir d'une actrice qu'elle renonçât aux jupons, aux robes plissées, aux fourreaux garnis de bouillons, aux retroussis avec des cordons et des glands, nulle femme de théâtre ne faisait sur la scène meilleur marché de la mode, des habitudes et des élégances consacrées, nulle femme de théâtre, pas même la Clairon, n'osait dans ses costumes une fidélité historique plus hardie, plus contemptrice des religions contemporaines, en un mot plus révolutionnaire.
Et ne voyait-on pas la Saint-Huberty, une autre fois, apparaître dans un opéra, la tunique attachée sous un sein découvert, les jambes complètement nues, les cheveux, ses vrais cheveux, répandus sur les épaules ! Elle était applaudie avec ivresse. Mais, le lendemain, des ordres ministériels défendaient à la chanteuse de reparaître sous son costume, et à la seconde représentation, la chasseresse thessalienne était contrainte de revenir aux bas de couleur de chair, à la tunique de burat, à la gaze d'Italie tamponnée, au satin anglais, au taffetas aurore, à la perruque.
Mademoiselle Clairon.
Dans la statue qu'il est question d'élever à la tragédienne illustre, la Clairon, le sculpteur devra obéir à la coura-
geuse initiative qu'elle osa dans la tenue théâtrale et que Diderot applaudit :