CHAPITRE va
lléTetoppeniriiC des Idée* de JéMW 'i le vmfmntÊam de IMk em*
M. E. Uenan a prétendu, dans son chapitre V (p. 79-80), que la première idée de Jésus sur le royaume de Dieu n*ét<dt autre que sa propre idée d'une religion pure^ c'est-à-dire d'une religion sans dogmes, sans culte, sans sacerdoce, une religion, par conséquent, qui se réduit à une idée sans réalité. Nous avons démontré que ce système était insoutenable et que M. K. Ilenan avait tout droit de s'approprier l'idée qu'il voulait bien prêter à Jésus.
JNlais bientôt le Jeune maître aurait modifié son idée prenli^re sur le royaunio de Dieu. En (^uel sens? C'est ce qucM.E. Henau voudrait exposer dans son VIP chapitre.
Il y débute par quelques appréciations sur la retraite de Jésus au désert où U pratiqua un jeûne rigoureux. (P. HZ,) Recueillons en passant cet aveu. 11 contredit une assertion de notre antagoniste qui a essayé de nous fiure croire que Jésus condamnait toutes pratiques extérieures de pénitence. On voit qu'il les condamnait si peu qu'il en donnait lui-môme l'exemple.
Copions en outre cette phrase que le célèbre professeur /// pru'tibus prononce avec une dignité magistrale: (( Le séjour au désert de Judée était généralement cousidéré comme lapréparation des grandes choses ^oomxxkQ une sorte de retraite avant les actes publics. »
Ce dernier trait est une réminiscence de séminaire.
«Jésus s'y soumit, ajoute notre romancier, à Texemple des autres. » (P. 113 ) . Fort bien, mais comment cela s'aiCGorde-t-il avec ]a théorie antérieure de M. E. Renau? Les ôvangélistes ont placé la retraite au désert comme préparation à la prédication de Jésus ; il l'accepte comme telle au chapitre VII, oubliant que, dans les chapitres V et VI, il a inventé vme prédication antérieure de Jésus, prédication (jui a naturellement toutes ses sympathies pour cette raison péremptuire : qu'elle est un produit de sa propre imagination. C'est probablement un des caractères particuliers des grands esprits de se contredire. C'est ce qui nous expÛque pourquoi il admet une première prédication de J^us., puis une retraite au désert eonmie préparation nécessaire à tout acte public, à toute prédication.
Les évangélistes ont procédé d'une manière qui parait plus logique aux simples mortels. Us n*ont £dt aucune mention de la prédication de la religion pure; Jésus, d'après eux, sort tout à coup de l'humble vie qu'il menait à Nazareth; il se rend auprès de Jean qui, par l'inspiration de Dieu, reconnaît pour le Messie Celui qui vient si humblement lui demander son baptême ; de là Jésus se rend au désert pour se préparer à la prédication de l'Évangile ; il en sort pour choisir ses apôtrés et il parcourt avec eux la Palestine pour y annoncer Tavénement du royaume de Dieu.
m* pABni. 17
Ce royaume est formé de tous ceux (jui reconnaissent, Dieu pour leur roi, c'est-à-dire de tous ceux qui se soumettent aux lois du him et du juste. Telle est ridée toute spirituelle que Jésus attaclia constamment » à cette expression de royaume ou de règne de Dieu. Il est impossible à tout homme de bonne loi de trouver uno autre idée dans les Évangiles^ et les prétendus développements OQ modifkaHons doat parle M. là. Renan dans plusieurs de ses elu^itres ne sont que de pum inoentwns (i). — Nous voudrions arriver au sujet
(1) Il va sans dire que M. E. Uenaa regarde comme une lèijcnde le récit «le la tentation de Jésus dans le désert. Il serait porté à n'y voir qu'unmythe, parce qm il a irouvé des légendn QMlogîuê dans le Vmdâdad et daas le loAlavàfiira. Oo parait bien savant quaod on cile de tels titres. On pourrait croire que M. K. IltMianeslauâsi initié à la littératur ^ hindoue qu'à celle de Kianoe. Nous avons, nous, plus de modestie; mais nous avons lu cependant des travaux fort éi-udits sur les livres sacrés de Tlndeet sur la doctrine qui y est contenue. L'idée qui nous en est restée, c'est que l'on ne peiUssslg^ner une datn cerlaiiie aux livres cités par M. E. Henan ; 'jue, selon l'opinion la plus accréditée, ils sont jiostérieurs à l'e u chrétienne. Nous savons, d'autre part, pur des monuments certains, que IMndo fut évangélisée dès les premiers siècles de l'ère chrétienne. Ne pourrait- on pas, en ooDséqu'jnce, expliquer sans difficulté ranalo},'ie qui se trouve, sur certains points, entre quelques passages de livres if ligif ux de l'Inde et l'Évangile '/ Esl-oa obligé de concture, de cette analogie, au mythe? La conséquence est un peu forcée, on en conTiendisa. Saint Karc a raconté plus brièvement que saint Mathieu et saint Luc la tentation de Jésus, tout en lui donnant les traits qui en forment le caractère essentiel. M. E. itenan se prononce pour le récit de saint Marc ; pourquoi! Il ne le dit pas. Mais, d'après ce récit, les anges et le diable jouent Je même rôle que dans les rédts de saint Mathieu et de saint Luc. Le caractère surnaturel est le môme. Pourquoi donc notre académicien accepte-t-il l'un et rejettet-il les autres, puisque son unique motif pour ranger les faits daus l'ordre des légendes ùf>i leur caractère sui naturel V
principal du ciKipitre , mais notr» ëcrivahi semfile se détecter dans k» iion-d'oirm. H jette en passant
force assertions et àe nombreux peut-^tre ; il noie dans ces faiiUiisies quelques laits qui y perdent leur caractère, et, par ces moyens, il jette une confusion étrange dans les événements de la vie de Jésu^^. Ce procédé est très-propre à produire un demi-jour, et prête à toutes les illusions. C'est pour cela sans doute que notre écrivain y a si souvent recours.
Partant de son faux système sur les prétendus rap* ports de Jésus et de Jean, il affirme que «t l'influence de Jean fut plus fiUsheuse qu'utile à Jésus. » (P. i 15.) « La seule chose qu'il dut à Jean, ce furent en quelque sorte • éei kçonê de prédication et d'action populaire.-» {Ibtd.) Voici saint Jean, transformé naguère en Lamermafs^ qui devient le professent de rhétorique de Jésus. Avouons que M. Renan est fort original. « Dès ce moment, en eflet, ajonte-t-il , il prêche avec heau^ coup plus de force. » [Ibid,) Mais, d'après tous les monuments de la vie de Jésus, il n'a\ait point prèclu' auparavant; comment pouvez-vous donc apercevoir un nouveau caractère dans son éloquence? Comment pouvez-vous attribuer ce caractère nouveau aux leçons de Jean, lorsque tous les documenis attes* tent qu'il n'a point reçu de telles leçons? Couiment poUTe2«-vous dire que Jésus paria aoec autorité à la foule, après les leçons action popuUrire de Jean, lorsque les évangélistes que vous cites (note de la p. 148) parient de cette autorité précisément à ToO' casion des premières prédications que, de Totre propre autorité, vous placez avant le baptême de Jésus et sa retraite au désert? Dites-nous, de quel droit bouleversez-vous les récits évangéliques au profit d'une théorie
(jul IIP repose sur aucune preuve? Ètes-vous historien? Vuus le prétendez. Pourquoi alors procédez-vous comme un romancier?
M. E. Renan, abordant le sujet de son chapitre, est obligé de convenir que Jésus entendait par royaume de Dieu, le règne du bien dans le inonde où régnait alors^So^âDquiestlapenonniûeation du mal. (P. 116, 117.) Il veut en même temps que Jésus ait donné à ce mot une portée soeiale; qu'il fut un révohuiomuttre transcendant; persuadé qu'il était le Fils de Dieu, il s'envisagea comme tuniversel réformateur^ — H y a du vrai dans ces affirmations. Mais, pour que le vrai soit complet^ il iaut ajouter que Jésus ne se préoccupa d'aucune forme politique. Il ne lutta contre aucun f^ouvernement; il n'en attacpia aucun; il se contenta d'enseigner la vérité et la justice, qui doivent être les guides des peuples comme de ceux qui exercent sur eux le pouvoir. « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu; » telle fut la règle de Jésus. Peu lui importait tel ou tel César ; son but était de faire régner la justice dans la société entière, sur les rois comme sur les peuples, et jamais il ne partagea l'humanité en deux catégories distinctes de gouvernants et de gouvernés. Que lui importaient les formes politiques? toutes sont bonnes dès qu'elles ont pour guides la vérité et la justice ; et c'est le rftgne universel de la vérité et de la justice qu'il annonçait au monde. Donner un autre sens aux paraboles sublimes de Jésus, toujours si claires, quoi qu'en dise M. E. Renan (p. H 8), c'est les dénaturer, les défigurer de parti pris. // suppose que Jésus eut d'abord des velléités d'opposition politique; que son respect pour les dépositaires du pouvoir était dkisoire, (P. 119.) Ces affirmations, con*
trftires à FÉvungile et purement gratuites, prouvent u ue seule chose : que notre romancier n'a rien compris à la mission de Jésus.
Selon M. Renan, Jésus ne voulait pas seulement opérer une révolution dans l'humanité, mais dans toute la nature. Telle était sa pensée fondamentale, dit-il. Sur quoi s'appuie -t-il pour émettre cette assertion? Il renvoie à saint Mathien, ohap. xxii, ver^ set 30. Nous lisons à cet endroit que, réfutant rerreiur des Sadduoéens qui ne croyaient ^ à la résurrection des morts, Jésus leur dit : « Dans la résurrection les hommes ne se marieront point ; ils seront comme les anges de Dieu dans le del. » Donc, dit M. Renan, « un del nouveau sera créé, et le monde sera peuplé d anges de Dieu, » Est^il possible de se moquer plus impudemment du bon sens de ses lecteurs? Jésus ensei^'ne qu'après la destriu^.tion du monde actuel, les hommes no seront pas appelés ù perpétuer leur race, qu'ils seront dans un état analogue à celui des anges qui sont maintenant dans le ciel, et M. Henan voit là im dd nouveau créé, un monde peuplé d'anges de Dieu^eiiX attribue une pareille doctrine à Jésus I n'estce pas là le comble de la mauiraise foi? car nous ne pouvons supposer à M. Renan assez peu dlntdlîgence pour n'avoir pas compris un texte aussi dair. 11 dte en grec (p. 119, note â) le livre des Actes (m, 21), sans doute pour &ire illusion à ses lecteurs. Le mot quMl copie ne signifie autre chose que l^rétabUssemmt de l'ordre général dans un niondt^ futur qui succédera au monde actuel. Il est impossible de se faire la moindre illusion sur ce texte, dès que l'on veut se donner la peine de le lire. Ce monde futur n'était point un royaume idéal y comme l'affirme M. Henan (p. 119),
mais une ûocinm p&sitive qui apparaît à toutes les pa^es de l'Évangile. C'est cette doctrine qui donne quelque sens à c^Wg du dédain transcendant des choses passagères du monde actuel. Par une singulière contradiction, notre écrivain admire cette doctrine du dé^ dain transcendant et en fait la vraie doctrine de la H» èerté des âmes, qtn seule donne la paix. (P. 119.) Il agi pourtant &cile de eomprendre que si le monde futur est une ebimère, oomme il le croit, il serait absurde de dédaigner le monde actuel aii delà duquel nous ne pourrions avoir aucune espérance.
Notre Mirant revient à la révolution sociale rêvée par Jésus^brist. Il lui prête une certaine indécision au point de vue politique; il parle de la tentation de Satan lui offrant les royaumes du monde. Après avoir rangé cette tentation parmi les îé(jmdes (p. 120), il proclame qu'il ne voulait faire q\\ une révolution morale, et déclare en même temps qu'il n'avait pas encore dit : « Mon royaume n'est pas de ce monde. » H trouve du vague dans la pensée de Jésus (p. lâl) ; en même temps, il reconnaît que Jésus ne s'est pas préoccupé des maîtres passagers de ce monde; qu'il dédaignait teDement tel ou tel souverain en particulier qu'il donnait la monnaie comme le signe du pou^ tmr légkme, « Gette doctrine avait ses dangers, » dit gravement mondeur le professeur. (P. 122.) C'est très-vrai, elle en avait ; mais Jésus ne l'a pas enseignée. Dans une circonstance particulière, il a évité le piège tendu par ses ennemis qui cherchaient à le faire passer pour un conspirateur, et M. Renan a transformé son argument ad hominem en théorie générale. Devons-nous payer le tribut à César? lui demandent les pharisiens, Montrez -mol une pièce
de monnaîe (piî ait cours chez vous, répond Jésus. — Ils lui en montrent une. — De qui est cette efiipe? leur demande-t-il. — De César, répondent les pharisiens. — Vous reconnaissez donc César pour votre fiûuveraÎD, cauclut Jésus , puisque vous admettez la monnaie qui porte son effile ; alors « rendes César ee qui est à César, » e'est-èrdire acoemplisses vos voirs enverB le souverain qne vous reconnaissez, « et fendez aussi à ]>ieu oe que vous devez à Dieu. » Gela «ignifie^Wll que la monnaie soH le signe de la légitimité du pouvoir? C'est avec wtteiniMgmee qiie M. fi. Renan interprète l'Evangile dans tout le cours de son triste ouvrage. Il ne tire pas moins de ses fausses appréciations les conséquences les plus exagérées, celleci par exemple : « Le christianisme a beaucoup contribué à affaiblir le sentiment des dèvoirs du citoyen et à livrer le monde au pouvoir absolu des faits accomplis.» (P. i22.) Quand on lance une telle accusation à une doctrine, il faudrait la justifier par des preuves. Que l'on compare l'état de la société avant le christianisme avec celui que le christianisme a inspiré par ses grands principes de j%i$tic« et de nérOé^ et l'on saura à quoi s'en tenir touchant la calomnie que M. E. Renan lui jette à la &ce. Nous aoutenons, nous, que Fapplieation du christianisme a produit tout le hien social dont le monde a joui; que s'il existe encore avilissement d'un côté, despotisme de l'autre, c'est que le paganisme, p^ràce aux théories antichrétiennes, a entravé Taction évanaéliqtie. Nous Je prouverons sans peine à M. Renan, lorsqu'il essayera de justilier suu iucroyable assertion.
Aujourd'hui, dit-il dédaignetisement, nous apprécions pour ce qu'ils valent ies rêves de iésus sur
les révohitioiis cosmiques du genre de celle qu'il attendait pour le monde. La géologie et Tastronomie, sciences positives, nous renseignent parfaitement. C'est un rêve de croire que le monde finira, sera régé-
nt»ré. Mais il faut pardonner à ce pauvre ignorant ses préjugés, pour ne voir que sa pensée générale qui était bonne. François d'Assise, saint Bernard, Jeanne d'Arc, Luther, comme Colomb et Newton, ont eu leurs préjugés et n'en sont pas moins des hommes exceptionnels qui ont rendu de grands services à Thumanité.
Nous le croyons bien I François d'Assise n'a-t-il pas institué les Franciscains qui s'appeUent aujourd'iuii Capucins? Allons! un peu de compassion pour ee pauvre Jésus qui croyait à un monde futur, et qui ne savait ni la géologie ni l'astronomie ! (Pages 122 à 129.) Vous êtes trop bon^ ûionsieur Renan I vous êtes surtout délicieux lorsque vous condamnez ainsi vous-même votre œuvre : « L'idée de Jésus doit ôtre prise dans son ensemble et non avec ces suppositions timides qui en retranchent justement ce qui l'a rendue efficace pour la régénération de l'humanité. » (P. 12.-).) Ces suppressions, vous les attribuez « au déisme du dix-huitième siècle et à un certain protestantisme. » (P. 124.) Vous avez raison, mais vous les avez copiés^ ces déistes et ces protestants ; alors pourquoi les condamnez-vous? Les déistes et ces protestants dits Kbéraux que vous avouez avoir pris pour guides (V. l'Introduct., p. vi et suiv.), ont supprimé le vrai caractère de l'œuvre de Jésus en lui enlevant son cMé divin, surnaturel. Vous . faites comme eux, et vous les blâmez I Soyez donc au moins logique une fois !
Avant de terminer ses pérégrinations \agabondes à travers les mille assertions contradictoires de son
Vir chapitre, M. E. Ueiian affirme, avec une morgue risible, que l'on n'essat/era pas de nier la conti adietion qui existe entre les idées de Jésus sur la fin prochaine du monde et sa morale conçue en vue d'un état stable de rhumanUé, (P. 126.) Ce serait là en effet une peine inutile^ par cette raison fort simple que Jésus n'enseigna pas sa morale en vue <f im état stable de thu^ mamtéy mais bien en vue d'un monde futur où la vertu serait récompensée, où le vice serait puni. Le monde doit finir dans un délai qui n*e8t qu'un point imperceptible dans l'éternité de Dieu ; voilà pourquoi Jésus disait: «Ce monde finira bientôt; préparezvous par la vertu à posséder les éternelles récompenses du monde futur. » Pour trouver une contradiction dans la doctrine de Jésus, M. Ë. Renan lui attribue deux idées qu'il n'a point émises.
Enfin il termine son chapitre, en revenant sur les prétendues théories politiques de Jésus : il veut main- . tenant qu'il ait été un anarchiste, qu*il ait considéré tout gouvernement comme un abus, (P. 177.) U a oublié qu'il lui ayait reprocbé, quelques pages auparavant, d'avoir conddéré tout gouvernement comme bouj en donnant la monnaie comme unique signe de légitimité. Mais^ en rejetant tout gouvernement covam^ un abus, en se posant en anarchiste, Jésus n'avait aucune idée politique, et parlait de politique à la façon d'une personne d}( peuple, [fbid.) <( Tout magistrat lui paraît un ennemi des hommes de Dieu ; il annonce à ses disciples des démêlés avec la police, sans songer qu'il y ait là matière à rougir. » [Ibid.) C'est ainsi que M. £. Renan interprète la prophétie do Jésus sur les persécutions dont ses disciples seront Tobjet de la part des ennemis de la justice et de la vérité ; et il n'a pas
honte d'îndîqiier en note les sublimes paroles de Jésus (Math., X, 17-18; Luc, xii, 11), comptant bien que ses crédules adhérents n'iront point vérifier l'exacte tude de son assertion. Mais, quoique Jésus soit anarchiste^ qu'il considère Unit gotmememmt comnw un tout magistrat comme ennemi du bien, quoiqu'il veuille an^tntir la richesse et le pouwnr (ibid.), Û ne veut point que ses disciples résistent par la forée à leurs persécuteurs (p . 1 28) ; il veut qu'an ne triomphe de la force (juepar la pureté du cœur. {Ibid,)
On ne peut sans une indicibh' C(»inj)assion lire ces pages monstrueuses où M. K. Hon.in jette h l'Homme- Dieu ces accusations contradictoires. On ne sait de quoi s'étonner le plus, ou de l'impudence avec laquelle il en appelle, en note, à l'Évantrile qui le condamne, ou de sa persistance à démentir toutes ses affirmations les unes par les autres. Ses tristes efforts pour travestir la divine personne de Jésus nous rappellent cette pensée profonde de l'Écriture : « que l'iniquité s'est mentie à elle-même. »
Pour couronner ses mensonges impudent6,M. E. Renan ose affirmer que « Jésus n'eut pas la moindre notion d'une âme séparée du corps. >» (P. 128.) Ainsi, Jésus qui croyait à un monde i'iitur où l;i vertu serait récoHJpensée et le vice puni, Jésus qui mettait constamm»'nt le spirituel au-dessus du temporel ; Jésus, dont tonte la doctrine se résume dansée mot: l'âme au-dessus du corps ; Jésus qui voulait que son disciple sacrifiât tout pour sauver son âme, Jésus ne croyai pas à une âme séparée du oorps 1 Jésus qui enseignai à dominer le oorps, à abaisser, dans l'homme, la matière au profit de l'esprit, Jésus était un idéaUsle pour lequel ia matière n'était que le signe de ridée / (P. 1 28.
Jésus qui est venu dans le monde pour relever le pauvre, le malheureux, en proclamant le grand principe de la charité imiverseUe; mais qui en mêmn temps défendait tout bouleversement social, Jésus n'a été qu'un révolutionnaire n'aspirant qu'au renversement de toute société 1
Quand on connaît l'Évangile, on ne peut lire sans dégoût et sans indignation de telles divagations, et sans déplorer qu'un pays comme la FVance ait produit cet homme qui s'appelle Renan, et qu'il lui ait fourni tant d adiiérents.
GHAPIÏRË VUI
M. E. Renan comn:ience ce chapitre en ressassant quelques-unes des erreurs que nous avons réfutées. Il tient d'autant plus à les fixer dans l'esprit de ses admirateurs qu'îles sont plus anti-évangéliques (i). Puis il arrive & la ville de Gaphamatim, dont il tient à faire un pauvre village inconnu mémeàJosèphe, parce que rËvangile en fiadt une ville importante. Si Josèphe a pris Gapbarnaûm, même simple village, pour une fontaine, comme l'assure M. E. Renan, il s'ensuit que cet historien n'a pas môme connu son propre pays, ce qui justifierait peu la confiance qu'il lui accorde. Celui qui prenait un village pour une fon-
(I) Il s'iHerul en particulier sur le titre de Fils de l'Homme que prenait Jésus-Christ. ■ Ce titre, dit-il (note 1 de la page 133) renient qttatre vmgt'ttyis fois dans les Éianyiles!t Les Benanistes admireront ici le soin consciencieux de leur coryphée qui aétudié les Évangiles si profondément qu'il en si compté môme les mots. Ils ignorent, les braves gens, que M. Kenau a eu occasion de connaître au séminaire un livre appelé Coneordanee et qu'il a pu. en une minute, à l'aide de ce livre, faire, d*après d*autres, le calcol qai fait leur admiration. Encore IVt-H bien fait?
taine, aurait pu prendre encore plus facilement une ville pour un village. Mais il n'a point parlé de Gapharnaiim, donc cette ville n'avait point l'importance que lui donne l'Évan^^ile. Tel est le raisonnement de M. Renan. Il ferait mieux de raisonner ainsi : Josèpheaparlé de Gapharnaura comme d'une fontaine, donc cette ville était une fontaine (1). Mais il veut qu'elle ait été un village. Pourquoi? Le sol de la Judée a été telle^ ment bouleversé par les luttes des nations qu'il est impossible d*y reconnaître aujourd'hui les vallées fraîches et fécondes célébrées par les anciens écrivains. M. Renan, qui sait cela, veut cependant que si Gapbarnafim a été une ville importante, il en reste des ruines grandioses. « Il est vrai, dit-il (p. 133, note i), que Tell- Hum, qu'on identifie d'ordinaire avec OapharnaUm, offre des restes d'assez beaux moiuiments. Mais outre que cette identification e^idoutettse, Icsdiis monuments peuvent être du deuxième et du troisième siècle après Jésus-Christ. » Fort bien, mais ils peuvent ôtre aussi du premier siècle, c'est-à-dire de l'époque de Jésus-
(t) Remarquons de plus qu'à la page Ul (note 5), M. Renan avoue qu'il n'est pds parfaitement renseigné sur la fontaine dont parle Joi>èpbe; il avoue, dans la même note, qu'on ne sait rien de positif sur la Bituation de la plupart des villes de Galilée dont l'Évangile fait mention; tout le pays a été bouleversé. Pourquoi donc se donner tant de peine pour contredire rKvany;ile, lorsqu'on est obligé d'avouer que l'on n'a aucune donnée positive à son service? M. Renan af' firme qo'en topographie comme en hisloire l'on ne peot retrouver les traces de Jésus. « Il est douteux, dit-il (p. 142), qu'on arrive jamais, sur ce sol profondément dévasté, à fixer les places où l'humanité voudrait venir baiser l'empreinte de ses pieds I » Hypocrisie ! 1 1 Si vous voulez adorer Jésus, monsieur Renan, adores-le dans l'Evangile, où sa parole retentit, et ne lui craches pas au visage comme vous le foitei à chaque page de votre livre impiel
Christ, puisque l'architecture, pendant phisieurs siècles avant comme après Jésus-diirist, eut les mêmes caractères. S'il est doutettx que Tell-Hum soit l'ancien CapharaaiiiUjil u'estdonc pas certain qu'il en soit autrement.
Pourquoi donc cette digression sur Capharnatliiiy sinon pour essayer de démentir l'Evangile au nom de la science ? Mais la sci^ce, aussi bien que la logique^ fiiit d^ut à M. Renan, n eût mieux fidt d'accoter le témoignage de TEvangile sur la ville que visita Jésus, d'en rechercher les ruines, d*en déterminer remplacement. Il eût mieux servi la science, en procédant ainsi, et mieux accompli la mission qui lui était confiée parle gouvernement français.
Nousi^rnorons pourqudi M. K. Renan place la prédication de Jésus à Canharnaum avant celle de Nazareth. Nous ne voyons à cela d'autre avanta^re que celui 1^' de contredire une fois de plus l'Evangile. En quittant
y Nazareth, dit rËvangile, Jésus descendit à Caphar-
naûm. M. Renan veut qu'il ait été de CaptiarnaQm à ^ Nazareth; « il n'y put foire aucun miracle, ajoute-t-il -
(p. 134), selon la tuOoe remarque d'un de ses biographes. » Ce biographe naïf est saint Marc, qui s'exprime ainsi dans le texte indiqué en note par notre académicien : <t Et il ne pouvait foire en ce lieu aucun prodige ; il guérit donc seulement quelques malades en leur imposant les mains. » Saint Marc, comme on voit, n'était pas aussi naïf que le suppose M. Renan. Il l'était mt^me un peu moins que notre romancier, qui n'a {)as compris les mots jif^ pouvait, dont il se sert. La preuve qm; saint Marc ne l'entendait pas dans le sens iV impuissance, c'est qu'il attribue positivement à Jésus plusieurs mirade» accomplis à Nazareth; il avait
donc la puissance d'en opérer, et s'il ne pouvait en faire à Nazareth conime ailleurs, c'était pour une raison tout autre que Timpuissance. Quelle était cette raison ?Les évanj^élistes la font connaître explicitement : (''<'tait Yina-Mulité des habitants de Nazareth qui ne voulaient pas voir en Jésus le Messie promis à Israël. M. Renan a donc affecté de nd comprendre ni saint Marc ni les autres évangélistes , en œUe circonstance comme en mille autres. Il a osé pourtant renvoyer à saint Marc, et conseiller de le comparer, avec saint Mathieu et saint Luc. Ceux qui suivront son conseil auront la preuve de ses réticences calculées et de sa mauvaise foi ; mais combien ne se donneront pas cette peine et le croiront sur parole ! Nous avons aujourd'hui nombre de libres-penseurs qui refusent de croire à l'Evangile et qui croient aveuf;lémont à M. Renan; qui no deniiindeut à leur coryphée ni science, ni logique, ni bon sens î
Après une dissertation sur l'architecture des synagogues et les synagogues elles-mêmes, notre savant revient à la prédication de Jésus dans les villes de Galilée, tt Ces bons Galiléens, dit-il, n 'avaient je mais«entendu une parole aussi accommodée à leur imagination riante, » (P. 139.) Ne dirait-on pas que Jésus leur disait de la poésie, à ces bons Galiléens? D'après les évan^ gélistes, Jésus leur prêchait la doctrine sévère et pure qui éclate à toutes les pages des livres sacrés. Mais M. Renan prétend que les Galiléens avaient rima-< gînation poétique, riante, et ([uo la doctrine de Jésus était en parfaite harmonie avec ces dispositions; il ose même en appeler aux trois premiers évanm listes en faveur de sa singulière opinion. Un fait certain, c'est qu'il n'y a pas un mot dans les Évungiies qui puisse la
favoriser. « La foule admirait sa doctrine, dit saintMathieu, car il renseignait comme ayant autorité, et non
pas comme les scribes et les pharisiens... H enseignait dans les synagogues, on radmirait et Ton disait : D'où lui viennent sa sagesse et sa puissance? » Saint Marc et saint Luc disent absolument la même chose dans les textes indiqués par M. Renan. (P. note 2.) Ils témoignent tous qu'à Nazareth, comme dans le reste de la Judée, on admirait sa doctrine, on était àtupéiaitde ses miracles ; que les scribes et les pharisiens étaient seuls jaloux de Jésus. M. Renan ne fait pas mention des miracles; il veut trouver de Tharmonie entre les paroles de Jésus et l'imagination rianie des Galiléens; il cherche à expliquer le succès de Jésus en affirmant qu'il n'avait pas affaire alors aux scribes et aux pharisiens.
Et c'est en prenidit ainsi, sur tous les points, le conti-e-pied de l'Evangile, qu'il prétend écrire la Vie de
Jrsiis!
Le reste du VIÎI' chapitre de M. Uenan est consacré à ses notes de voyages, écrites de ce style vaporeux et mignard que ses adeptes admirent. Passons sur ces belles phrases et arrivons au IX* chapitre.
GHAPlXaE IX
Après ses phrases obligées sur ces bons Galiléens qui avaient un sentiment gai et tendre de la vie, qui corn» prenaient mieux quelea autres les idées sur le royaume éê JHeu, M. £. Renan parle de Pierre et d'Ândré, de Jacques et de Jean fils de Zébédée. Il sur ces apôtrea quelques détails vrais à des détails contestés, mais sans importance. Us étaient pêcheurs^ conune chacun sait. « Jésus, dit M. Renan, qui aiment à Jofter sur les mots, disait parfois qu'il ferait d'eux des pécheurs d'hommes. » (P. 150.) Le mot parfois est de trop ; car l'Évangile rapporte que Jésus appelant à l'apostolat Pierre et André, leur dit seulement en cette circonstance : Je vous ferai pécheurs d'hommes. M. Renan prend cela pour un jeu de mois; nous n'y trouvons qu'une allusion toute naturelle au métier exercé par les premiers apôtres, allusion grave et qui renferme une pensée profonde. En bonfirançais^ on dit que quëqu'un aHme âjouer sur les mots, lorsqu'il tient à faire montre d'un esprit fin et léger ; mais on ne se sert jamais d'une telle expresàon pour désigner un homme
m* PAATIE.
qui lait gravement un rapprochement entre une significatiuii moins élevée d'un uiot et une autre si^ification plus él<;vée et qui renferme un sens mystérieux. Mais M. E. Renan avait ses raisons pour rabaisser le caractère de Jésus jusqu'aux pro[)ortiuns d wi Jioinme tiPesprit, et il voudrait bien que l'on crût FÉvan^^ile rempli de jeux de mots^ lorsqu'eu réalité ceux qui le comprennent n'y en trouvent pas un seul.
Des quatPej^rw«rft WWwf^ notf^rofnancicr passe aux femmes qui s'attachèrent à Jésus. Il veut bien admettre que Jésus eut à leur égard des manières réservées, qu'il n y avait entre lui et elles qa'une fort douce unùm d'idées, «Trois ou quatre Galiléennes dévouées, dit-il, accompagnaient toujours le Jernienudire et se disputaient le plaisir de l'écouter et de le soi^er tour à tour. )> mot /(>///o<//.s ne se trouve pu.^ dans les évaugélisles au\([uels (Miap|»«'lle M. E. Renan , 1rs historiens de Jésus ne [»arlt'Ut pas non plus du plaisir que las saintes témmes éprouvaient en écoutant les graves epsi^nementa de Jésus; ils ne parlant pas da^ vaumg^ des f^oins personnels qu'elles lui auraient prç^ digui^y mais seulement des secours qu'pUes lui doAi^ôen^, car il n'avait pas me fUrre pour r^pom sa tète. Les c1)ose8 racontées avec 1» simplicité évan-^ gélique ne pouvâ^t convenir à.un hqmme quiy dq parti pris , voulait dénaturer Thistdire de Jésus, Qe n'est pas sans intention qu'il parle du plaisir de soi" ijuci' le jeune maître. Obligé de respecter la pureté des mœurs de Jésus, il voudrait laisser planer cependant quelques soupçons vagues, du moins, sur les fenjmes pieiises qui veillaient à lui tournir le nécessaire. Les idées basses,et mesquines de M.E. Renan relativement aux .Cexnmiss de rÉvaogile accusent en lui une étroi*
tepae d esprit que nous n'eussions pas soupçonnée avant d'avoir lu son pauvre livre. 11 semblerait, au premier ab<>r(l> que l'on ne devrait pas avoir besoin de rappeler à un ipenibre de l'Académie des Inseriptioiifl et BeUfBftr Lettres fue) étmi l'éUii h fmm nu qiomoiift oii J^8ij#4piKarut dana la wmh; qud est encore oit étal dans toutes les contrées qui ne scat pas dMtlewias. L# fanuiDe^ on dehors du dunatianisme, n*a jamaia été ^Hin être inférieur créé pour le senrice de l'homme^ pour être l'esclave ou la victime de ses plaisirs. C'est contre ce préjugé abrutissant que Jésus a protesté en donnant à la femme une part d'action dans sa mission divine. Dans les femmes pieuses, il a réhabilité la fiemmepure et fidèle; dans Marie-Jdadeleiae^ la femme esclave des débauches de l'homme ; dans Tépouse aduU tère, la femme victime de l'immoralité qui avait imposé à la femme des devoirs dont l'hanune 8*était affranehi*
Au Ueu de s'élever à cette idée évangéHque, M. E. BanaB n'a voulu voir dans Marie de Magdala qu'une femme affectée de maladies nêrtfmms (1) que Jésus
(i) L'évangile dit que Marie Magdeleine était possédée de sept (i^OBons dont elle fut délivrée par Jésus. Cela veut dire, selon le lengage du temps, 4^1 candidement notre romaneier,
que Magd !• I ic eut des maladies nerveuses dont la beauté de Jpst/s la guérit. On sait que M. E. Renan ne croit pas au diable. On y croyait du temps de Jésus, Jésus a euseigué qu'il existe j et les cl^rétiens y croient avec Jésus et avec son Evangile ; or H. E. Renan ne prouvera jamais que ce manvais être n'existe pas. Son explication de 1 1 puérison de Marie Magdeleine par la beauté de Jésus est tellement ridicule qu'il suffît de 1?" signaler pour la réduire à sa valeur. Les médecins renanistes devraient bien faire l'expérience de ce nouveau procédé pour guérir iM maladies nerftiiMa. fî««s en veriioea lesfépuUats.
ca&na par sa bêouté pure et douce, (P. 18i, ISS.) Il n*a voulu voir, dans les femmes de rÈvangile, que des femmes ridicules qui recherchaient à l'envi le pkd^ sir de soigner le Jeune nudlre, poussées par un amour qui n'était pas partagé. Encore une fois, nous n'eussions pas cru à M. E. Renan si peu d'intelligence ou tant de bassesse d'esprit.
Après avoir parlé des femmes, M. E. Renan nomme les autres apôtres de Jésus et les caractérise a\ec des peut-être ei des probablement. Il revient à la famille de Jésus et constate que ses cousins Jacques et Jude fàisaient^ dès le commencement, partie de ses disciples, et que leur mère^ Marie de Gléophas, lui fut fidèle jus* qu'au Calvaire. Mais il ne manque pas l'occasion d^ distinguer, ext note, les cousins de prétendus frères qui n'ont jamais existé que dans son imagination. Citons cette note^ qui nous fournit une nouvelle preuve de la mauvwse foi de M. E. Renan : « La circonstance rapportée dans Jean (xix, 25-27) semble supposer qu'k aucune époque de la vie publique de Jésus, ses propres frères ne se rapprochèrent de lui. » (P. 153, note ô.) En lisant de telles lignes, le lecteur léger qui ne vérifiera pas la citation croira que saint Jean dit au moins quelque chose des propres frères de Jésus et de leur antipathie. Il n'en est rien. "Voici ce que dit saint Jean à l'endroit indiqué : u Se tenaient auprès de la croix de Jésus, sa mère, et la sœur de sa mère, Marie de Cléophas, et Marie-Madeleine. Lorsque Jésus eut vu sa mère et le disdple qu'il aimait (saint Jean), il dit à sa mère : « Femme, voici ton fils.» Ensuite il dit au die» ciple : « Voici ta mère. » Et dès lors le disciple lareçut chez lui. )) Voici sans doute le raisonnement que M. E. Renan a construit sur ce texte : Jésus confie sa mère
h Jean son disciple, donc les autres en&nts de Marie, frères de Jésus, ne s'étaient pas rapprochés de lui. Pour nous, nous raisonnons ainsi ; rÉvangile ne mentionne
jamais les prétendus frères de Jésus qui auraient été, comme hii, (ils de Marie ; donc, on ne peut admettre qu'ils aient existé ; et le récit de saint Jean est une preuve positive que Marie n'eut pas d'autre enfant que Jésus^ puisque, sur le point de mourir, Jésus con^ sa sainte mère à son disciple Jean qui devait le remplacer auprès d'elle. Nos inductions, appuyées sur un témoi* gnage positif, ne valent-elles pas mieux qu'un sophisme qui suppose conune admis un fait qui n'est . appuyé sur aucun témoignage? Partant de sa fiusse supposition des frères de Jésus, M. E. Renan revient sur son idée déjà réfutée, que ces frères et leur mère acquirent de l'importance après la mort de Jésus, et que ces frères furent à la tête de l'Église de Jérusalem. Il a osé renvoyer à sa note de la page 24-2S, dans laquelle il appelle en témoignage les épttres de Jacques ^ de Jude et l'histoire d'Ëusèbe. Nous avons prouvé que ces témoignages le confondent, puisque Jacques et Jude ne se disent pas frères de Jésus, et qu'Eus^ dit positivement que les premiers évèques de Jérusalem furent ses cousins, fils de Marie de Cléophas. Mais notre académicien est dans l'usage d'affirmer avec d'autant plus d'audace qu'il peut moins justifier ce qu'il avance. Ce procédé ne manque pas d'habileté visè-vis de la classe de lecteurs pour lesquels il a composé son livre (i).
(I) SignaloiM, en passant, unn^proehement sacrilège en*
tro l'importance prétendue que la famille de Jésus aurait eue a|Mrès la mort de momme-Dieu, et celle qu'auraient obtenue
M. E. Renan consacre quelques-unes de ses observations à Pierre et aux deux fils de Zébédée, Jacques et Jean, qui étaient les trois disciples que Jésus affé<itionnait le j^lus. Jésus aurait sumotruné avec esprit Jacques et Jeaii fih du Tonnette à cause de leur zélé èxce^^ui, sll eût disfiosé de la ibndre, en eûttrotl souvent fait usage. i> (P. il)5.) L'aimable académideb aJolUié, à propos de Pierre, que Jésus <t parfois se lais^ sait aller à sourîi« deses façons décidées. » {tbid.)Cevni qui ont lu l'Évangile savent qu'il n'y est jamais fait mention des prétendus sourires de Jésus; ils savent aussi (|ue l'Homme-Dieu ne faisait jamais Vhomme d'esprit. M. E. Renan est troj) généreux en lui attri^* buant ces manières gracieuses.
11 va sans dire qu'en parlant de saiilt Jean, il revient bur ses idées &vorites que it râvangile de cet apôtré est bizarre, contraire au olractëré cdnnu de Jésus \ qa*il a été rètoUché par sou école, 6t que Tôti contre pas uné entidre bofme /ot. » (P. 156, i97i) Nous avons répondu à ces assertiods gratuites ét rieuseë. Nous dirons seulement ici à M, E. Renan, que ce n'est pas salut Jeao (pii a manqué de bonne foi^ en écrivant son Evangile, mais bien lui, M. Renan, qui a torturé tous les textes pour donner l'idée la plus fausse de Jésus et de son œuvre.
Au sujet de saint Pierre, notre écrivain nous administre quelques réminiscences du séminaire de Saint- Suipice; « Simon, dit-il ^ avait, le premier^ reconnu Jésus pour le Messie. » Pardon, illustre académicien |
la femme et les filles de Mahomet après la mort de cet imposteur. (P. 154.) Un tel rapprochemeat e^t digae. de M. E.
rÊvangiîe rapporte que ce ftit André qui avéiît' d*Àbbrd
M/y cli?ciplo de Jean-Baptiste et qui avait 'entendu son premier maître dire que Jésus était le Messie. André \int aussitôt, tr<»u\er son fr^re Pierre et lui dit : «Nous avons trouvé le Messie. » Pierre crut <à sa parole et à celle de Jean-Baptiste, s'attacha à Jésus, et plus tard, • dans une occasion solennelle, confessa sa foi. (Jean, ch. I, 40 et siiiv.) M. E. Renan cité cette confèssîèti solennelle (Math, xxi, 16-i7) pour la pirêimère'rècoiinaissance du Meâàîe, et prouve àiiisî qufl a lu bien légèrement FÉvangile. ce Jésus, ajoute l'ex-âénlînaTiste, à diverses reprises lui déféra (à' Pierre) dans son Eglise une cerfaihe primauté, et lui donna le surndm syriaque de jrf5^^^(Pierrc), vouiant signifier par M f\\î'\i faisait de lui la pierre auirulaire de l'édifice, n (P. ISft.) Pardon, savant théologien ; mais vous confondez Pierre, nom d'houune, avec la pierre. La pierre signifie toujours le Messie, le Christ, l'Homme-Dieu, dans toutes les pa£:es des '^aintes Fioritures; et la pierre angulaii^ de i*édifice est le Christ, et le Christ seul. Vous n'avez pas compris le texte auquel vous faites allusion. Jésils y distingue là pierre ^ qui est lui, ou 6a' divinité ^nfessée par Simon, de l'apdtre Fierre qu'il mirnomuè ainsi à cailse de là solidité de sa foi en cette divinité. G'esrt ainsi que les écrivains ehrétiens des prémierB ^ècles ont interpi^té les paroles de Jésu&îOhrist. M. E. Renan a puisé au séminaire de Saint-Sulpice l'interprétation que les ultramontains ont propagée depuis quelques siècles, et il se croit un savant exégète!!!
« Nul doute, ajoute notre écrivain, que cette primauté de Pierre n'ait excité un peu de jalousie. » (P. 158.) Nul doute 1 Ë| pour pretive il rapporter le fait
des deiix fils de Zébédée qui aspiraient à la première place dans le royaume chrétien. Si M. E. Renan n'eût pas tant dédaigné la chronologie évangélique, il eût su que les fils de Zébédéu demandaient la première place dans l'Église deux ans après que cette première place jurait été accordée à saint Pierre. Si elle était doDQée, comment la sollicitaient-ils comme vacante? Que répond Jésus à la demande de Jacques et de Jean ? Leur dit-il que la première place est donnée? Non ; mais que, dans son Égilise, il n'y a ni premier ni dernier ; que s'il y a un premier, c'est celui qui s'humilie le plus et qui se fiut serviteur des autres. Gomment concilier une pareille doctrine avec la primauté de Pierre? M. Renan a donc été beaucoup plus ûdèle à son ultramontanisme de séminariste qu'à l'esprit chrétien. Il eût mieux fait de rester chrétien, en abandonnant l'esprit ultramontain.
La primauté prétendue de Pierre donne à M. Renan l'occasion de revenir sur la prétendue jalousie de saint Jean* Cette jalousie n'est pas plus vraie que la primauté qui lui aurait servi de prétexte. Biais notre écrivain aime à revenir sans cesse sur les mêmes idées. C'est ainsi qu'à propos de saint Mathieu, il répète ce qu'il avait dit précédemment des Lofjfia et qu'il cite, pour la cinquantième fois au moins, son fameux texte de Papias, lequel texte ne prouve pointée qu'il avance. A propos delà vocation de saint Mathieu, il prétend gravement que son récit est conçu d'après le modèle ordinaire des légendes de vocatûuud'apâfres. (Note 1 ,p. 160.) Que { signifient de telles expressions ? Nous avouons franchement que nous ne pouvons leur attribuer quelque sens rusonnable. Ce récit dek vocation deMathieu n'a pffloùmmtpas étééçnt par fiffir^ tmêm
il y est question, ajoute M. Renan. Qui le lui a dit ? Il se fonde sur cette raison : que les discours seuls ont été rédigés par Mathieu. Mais, encore une fois, qui le lui a dit? Papias, répond M. Renan. Mais Papias n'a pas dit un mot de tout cela, Gomme nous l'avons précédemment prouvé. Jésus, en dioisissant pour ap6tre Mathieu ou Lévi (1) qui était publieam et, comme tel, trèSHoaal considéré des pharisiens, voulut apprendre au monde qu'il ne dédaignait aucune condition sociale pourvu que la vertu Fennoblît. Tel est le sens de ses rapports avec les publicains. M. E. Renan traduit ainsi cette pensée de Jésus : « Nous le verrons souvent ainsi, peu soucieux de choquer les préjugés des gens hien pensants, chercher à relever les classes humiliées par les orthodoxes, et s'exposer de la sorte aux plus vifs reproches des cf^M^/^. (P. Tout cela serait vrai si M. Ë. Renan ajoutait que ces prétendus ^ens bien penr» santSf orthodoxes et déw>i$, étaient flagellés par Jésus pour cette raison qu'ils n'étaient m 6ien pensaUs^ m orthodoxes y m dévots^ mais des hypocrites affectant des sentiments qu'ils n'avident pas. Jésus ne méprisa aucune des conditions sociales ; seulement, il n'appréciait les hommes que selon leurs qualités personnelles^ quel que fût leur état dans la société. Voilà ce que M. E. Renan aurait dit, s'il eût voulu rendre parfaitement la pensée de Jésus, et ne laisser aucun prétexte de se méprendre sur la portée de ses paroles.
U termine son IX* chapitre en affirmant que Jésus conquit des disciples par le charme infini de $a per*
(!) M. Renan trouve bizarre qu'un même homme ait porté deux noms, il faut ne rien connaître à l'antiquité pour troyver
aonm et dp sa parole. (P. 162.) <( Ontilqiiofois, ajoutet-il, il usait d un artifiœ mnocmt... il affectait do savoir sur celui qu'il voulait gagner quelque chose d'intime... il lahsait croire, povr satisfaire les idées du iêtnps , idées qui d'ailleurs étaieni pleinement les qv^une rMiathn dm haut loi découvrait les secrets et lui ouvrait les cœurs, n
Ainsi^ Jésus» comme ses oontemporains, croyait à une révélation d'en haut. H se croyait Fécho de cette révélation, et en même- temps, il usait A* artifice pour le faire croire, et affectait de. se donner pour un homme à révélations. Entro ces deux opinions contradictoiros de notre; écrivain, laquelle faut-il lui attribuer comme sienne, nous l'ignorons. Du rcstp, l'ime et l'autre sont également iîijurieuses à Jésus, vi'M peut-être le motif qui a porté M. Ë. Renan à les admettre simultanément. Si Jésus usait d'artifice pour faire croire à tes communications avec le ciel, c'était un charlatan \ s'il y croyait lui-même sans avoir de motif suffisant pour cela, c'était un fanatique, un homme sans jugement. Mais comment accorder à un tel personnage un charme mfkU? C*eBi là le secret de notre écrivain^ qui s'imagine, sans doute, sous un mot fade, cacher ses impiétés et ses vrais senti uients.
En résumé, dans ce IX' chapitre, M. E. Renan n'a dit sur les premiers discipltis de Jésus <[u<' des banalités et il n'a pas couipi is les principaux textes auxquels il en a appelé. Il n'a donc été ni historien, ni exégète sérieux. Quant aux idées générales que Ton y trouve, ce sont celles qu'il ressasse sans cesse, et qu'il considère comme proupées, parce qu'il les a affirmées plusieurs fois.
CHAPiTllË t
Jésus, au début dft ses prédications, était ètltoitTé d'un (jroiipc (U> shnp/e.^ f/ens^ d'une ignorance pxtrkne^ {\m avaient /'esprit f\fihk ot qui croyaient aux spectres et aux esprits. Pas an élément de culture hellénirpie n'avait pénétré parmi eux; ils manquaient même d'instruction juhe.
Nous admettons volontiers toutes céâ affirmations dé M. B. benan. Nous croyons, avec lui, que les premiets disciples de Jésus avaient béÂuconp ée cœur €t «fe bonne volonté. Seulement, nous ne pouvons lui accorder que «lé beau climat de la Galilée M^X de rextetisnce de ces hoilnôtes pôckeurs un perpétuel enchantement. » ([\ 164.) Le climat de cette éontiréepmit ^^tre fort heixu ; mais il en est d'aussi beaux et taêmfe de plus beaux qui ne rendent pas pour cela leurs habitatits plus heureux. Les charmes d'une contrée ne suffisent jMspour donner le bonheur aux habitants; dans tôus les pays du monde, le travail pénible est toujours le travail, et il ne peut se transformer en perpétuel étuehiSMmmt qn^ dans linti imagiiâatioki poétique.
Mais, tout eharmaiit que soit le lae de Génésafeth, nous
avons peine à croire que les pêcheurs qui y exerçaient leur métier puissent être transforuiés en heureux mortels, « bercés sur leur délicieuse petite mer ou dormant le soir sur ses bords, » (P. 165 ) Nous ne comprenons pas bien non plus comment, en se laissant bercer sur l'onde ou en dormant, ils pouvaient jsréluder au royaume de Dieu, (P. 164.) U est vrai que M. Ë. Renan nous avertit que « on ne se figure pas Tenivrement d'une vie qui s'éeoule ainsi à la (ace du del, la flanune douce et forte que donne ce perpétué contact avec la nature, les songes de ces nuits passées à la clarté des étoiles, sous un dôme d'azur d'une pro« fondeur sans fin. »
M. E. Renan chante les pécheurs de Galilée avec les mêmes accents que madame Deshoulières chantait les bergers Aujoiu'd hui que r affreux réalisme a envahi les arts et la littérature, on se permet de rire des bergers et bergerettes si gentiment peints ou décrits par nos poètes pastoraux, si gracieusement habillés par nos peintres de même style. Nous craignons bien le même sort pour les pécheurs de Galilée inventés par M. E. Renan.
Mats cela n'empêché pas que la description de notre académicien ne soit charmante. Nous demanderons smilement : Pourquoi tant de poésie? Pour une raison fort simple, qui est d'expliquer tout naturellement le songe de Jacob et la lucidité des apôtres dont Vceil clair et doux contemplait le monde dans sa source idéale! Une source idéale du monde ! Contempler une source id.éale! De si gracieuses expressions sont audessus' de notre intelligence. Mais les apôtres ne contemplaient pas 9ei|l^|Qei4t çette source ^ui est idéale^
c'est^-dire qui n'existe pas, «le monde dévoilait peutêtre son secret à la conscience divinosiént lucide de ces en&nts heureux I » Ainsi, parce que les apôtres habitaient la Galilée et qu'ils étaient pécheurs sur le lac de Génésareth, ils connaissaient peut-être des secrets qui ont toujours été et qui sont encore deé mystères pour tous les sairantsl Us avaient encore un autre avantage, « la pureté de leur cœur leur mérita un jour de voir Dieu. » Gela est très-vrai; mais nous ne savons trop quel sens M. E. Renan peut attacher à de telles paroles, puisque son Dieu est purement idéal. Il est vrai qu'il gratifie les apôtres d'un œil clair et doux assez lucide pour voir même Vidéal. Mais si leur cail était si clairvoyant, et s'ils savaient tant de choses, comment étaient-ils en même temps si ignorants, si faibles d'esprit?
La poésie qui précède était destinée, dans Tesprit de M. E. Renan, a donner aux auditeurs de Jésus un ca* ractère tout nouveau. « La troupe fidèle^ dit-il, allait ainsi» ffoie et mgah&nde^ recueillant les inspirations du maître dans leur première fleur. Un doute naïf s'élevait parfois, une question doucement sceptique : Jésus, d'ttn sourire ou d'un regard, faisait taire l'objection.» (P. 166.)
M. E. Renan tient, comme on voit, à faire sourire Jésus fort souvent. Le fait est que Jésus, d'après l'Évangile, pleura plusieurs fois, mais qu'il ne sourit jamais. Nous nous permettrons de faire à notre romancier une autre observation : c'est que Jésus a toujours répondu très-cnt^riquement aux questrons qui lui étaient foites par les apôtres, et que jamai» il ne se contenta <f tm regard eu £m sourire en guise de réponse* Il ne pourrait citer un seul mot des Évangfles
pour appuyer son assertion, qui peut tUre fort poétique, mais qui n'en est pas moins ridicule.
Après l«i préambule que nous venons d'examiner, M. Ë. Renan traduit les huit béatitudes qui forment le commeiiMmdiit du discotms la montagne. SAiai Mathieu 9 uvant de les rapporter, s'etpriaie ainsi : « Jésus» voyant la loule, gravit une mmitagitejeiy lorscpi'i) m fut mmy les discipka a'appfoehèrant ^ lui. Alors, ouvrant la boucha, il Its instruisait en dieaut : Qienheurem, etc. » L'Évangile afllrme donc qua la pmmler dlaoours de Jésus fut prononcé aur une mentagne. Fidèle à son habitude de contredira Pfivangile, M. K. Renan appelle ce disc^mrs : Prédicat ions du lac, 11 tenait aussi à faire croire qu'il s'agissait, dans les huil béatitudes, d'un royaume de Dieu qui devait être étabU sur la terre et où les pauvres et les affligés allaient obtenir la richesse et la joie. C'est pourquoi il a supprimé ce résumé de ces huit béatitudes, qui les suit immédiatement dans le discours :
« Vous serez heureux lorsqu'on vous maudira, brsr* que Ton voua persécutera et que Ton dina è fiuix toute aorte de mal contra vous à cause de mdi. R^ouissaz- * vous alors et tressaillez d*allégresse, car votn réem^ pense sera grande dans les deux; car c'ert ainsi qu'ils ont persécuté les prophètes qui vous ont précédés. » (Math., V, 11-12.) M. E. Renan, qui enseigne que Jésus ent(Midait, pai- le roi/munc des cimx^ une ère de joie, de plaisirs, sans autre religion que le scepticisme, sans autre Dieu que Tidéal; (jui vent que Jésus n'ait cru ni à l'âme, ni à son immortalité, ni aux récompenses futures, devait prudemment supprimer des paroles qui détruisent toutes ses imaginations. Ëst^ iè delà bonne in? Du reste, l'Évangile entier nposa sur
la doctrine dos récompenses futures pour la vertu, et il fait principalement consister la vertu dans la lutte contre le mal moral et le mai physique, qui exerceront opnstanmient leur i'unestç influence dans le ^loud^ présent. J\ fmi lénner las yeux volontairement pour ne pas apercevoir cette doctrine dans tiQU^ les dis^XHirp de Jésus. Ia doatrine évaogétique peut résumer ^^ cfnç deux mots : Lutte s^i* ^ terre «ontre le m9l> compense dans le cieipiMir la vertu. La lutte est notre partage ici--bas; le bonheur sera dans le monde futur ou dans le royaume 4e Dieu. M. E, Renan, en s*efforr çant de donner une idée contraire de la doctrine évangélique, n'a pu le faire que par suite d un parti pris qui ne fait pas honneur à sa bonne foi ; car il est impossible de supposer qu'il n'ait pas aperçu les mille lextes qui donnent à ses théories les plus formels démentis.
Du reste, il n'a pu citer le plus simple passage des Évangiles sans se réfuter lui-même ; c'est ce qui lui fkrrive, par eiçemple, dans le reste de son X' chapitrai oîi il glane à tort et à travers, quelques paroles dç Jésus pour donner une fausse idée de son enseignement. Le mal puni et la vertu récompensée dans le monde lîitur ] Dieu, être personnel^ réel, qui prend soin de ses créatures, qui les gouverne, qui les punira dans Venfer ou qui les récompensera dans le ciel, telle est la doctrine qui éclate dans les textes cités par M. E. Ui uan luimême (p. 169 à 177). Est-ce bien celle qu il attril)uç à Jésus- Christ?
Mais, en les citant, il n'avait qu'un but qui l'empêchait d'apercevoir toutes les vérités qu'il constatait maJrgré lui, c'était de dénaturer la doctrine évangélique sur ia propriété. Il voudrait donner à penser que k crnnmmime était la doctrine d^ Jésus* C'est une ca^
iS»miiwpureineikt et simplement. Une chose certaine, c'est que Jésus condamna les riches qui abusaient de leurs richesses; qu'il consola les pauvres en leur disant entrevoir que leur tour viendrait dans un monde meilleur, dans le royaume de Dieu, où ils seraient reçus après leur mort, s'ils supportaient avec confiance en Dieu leurs privations dans le monde actuel; mais il ne condamna pas plus la propriété qu'il ne sanctifia la pauvreté en elles-mêmes. 11 considérait la richesse comme un obstacle terrible à la sanctification de l'homme ; il enseignait que le renoncement volonUdrê à cette richesse était une condition essentielle pour être admis dans la troupe choisie qui devait être char> gée d'annoncer l'Évangile; H établissait que, riches et pauvres étant frères, ceux qui possédaient devaient secourir ceux qui étaient dans le dénùment; il ne voulait pas que la préoccupation pour les intérêts de ce monde détournât l'honmie de la pensée du monde futur auquel il était destiné; mais, de cette doctrine à la condamnation de la propriété, à la jrlorification de la misère, il y a un abîme. M. E. Renan croit le combler en affirmant que, dans l'Évangile, richesse veut dire propriété; que le riche en général est condamné^ et non pas seulement le mauoais riche. Ces deux assertions contredisent positivement FÉvangile. Le riche qui est condamné, dans la parabole du riche et de Lazare, est celui qui ne donne même pas au pauvre les miettes qtd tombent de sa table. Prétendre que c'est là seulement un rkhe^ c'est un peu abuser de la liberté de mettre ses fantaisies à la place de la vérité. Plusieurs riches, des rois, des hommes puissants, sont mis en scène dans les paraboles évangéliques , et ils y sont luués, lorsqu'ils n'abusent pas de leurs richesses ou de
leur pouvoir. Zachce était riche, et Jésus le distingua dans la foule, parce qu'il voyait en son cœur une disposition charitable qui le porta à donner la moitié de son bien aux pauvres. Lazare et ses deux sœurs Marthe et Marie étaient riches, et Jésus les avait en particulière afiection. Jaïr était riche, et Jésus loua sa foi et le récompensa par la guérison de sa fille.
Si Ton veut interpréter sainement la doctrine de Jésus, il ne faut pas en prendre Un trait particulier^ l'exagérer et en tirer des conséquences générales, comme le fait toujours M. Renan ; il faut la voir dans son insemble» Or, ainsi considérée, la doctrine de Jésus n'est point une théorie sociale, n'est ni le communisme^ ni le socialisme, mais la charité. Il n'a point dit aux pauvres : Prenez à autrui ce qu'il possède, car vous V avez droit. Mais il a dit aux riches : Donnez h. vos frères les pauvres une partie des biens que la Providence vous a confiés pour en faire un bon usage.
Notre écrivain n'a pas aperçu cette distinction esser^ Heikj fondamenteUey qui existe entre la doctrine de Jésus et les systèmes anti-évangéliques du comm»nisme. Est-ce &ute de pénétration? Nous n'en savons rien. Mais, que ce soit par défaut de pénétration ou par défaut de bonne foi, il n'en est pas moins vrai ([u il a complètement dénaturé la doctrine de Jésus, sur. ce point comme sur les autres.
Nous avons déjà remarqué que notre antagoniste, tout en donnant quelques éloges aux paraboles de Jé- Jésus, a osé affirmer que plusieurs d'entre elles étaient ridicules et bizarres. Dans son chapitre X, il indique celle de rm^enc^on^ comme méritant cette qualification. Examinons-la deprès,èt voyons s'il en est ainsi^ou bien in* pAim. 19
si c'est M. Renan qui ne Tapas comprise (Lac, xyi, i et suiv.) :
« Un homme riche avait un intendant qui fut diffamé auprès de lui comme dissipant seshiens. H rappela et lui dit: Qu'est-ce que j'entends dire de toi? rends-moi compte de ton administration, car à l'avenir tu ne seras plus mon intendant. Alors, celui-ci se dit en lui-même : Que ferai-je si mon maître m'ôte ma place? J(3 ne puis travailler la terre, et j'ai honte de mendier. Je sais ce que je vais faire, afin que lorsque j'aurai perdu l'intendance, je trouve des gens qui me reçoivent chez eux. Ayant donc appelé les uns après les autres les débiteurs de son maître, il dit au premier : Combien dois-tu à mon maître? Celui-ci lui répondit : Cent tonnes d'huile. Il lui dit: Reprends ton obligation , assieds-toi là vite, et écris-en une de cinquante. Il dit ensuite à un autre : £t toi, combien doistu? Celui-ci lui répondit: Cent mesures defkoment. n lui dit : Reprends ton billet et iais-en un de soixante. Et le maître loua la prudence de l'intendant infidèle, car ks enfants de ce sikkmDX plus prudents que les enfants de lumière dans l'administration de leurs affaires. Je vous dis donc: faites-vous des amis avec l'argent fie rmif/iiite\ afin que, venant à manquer, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels. »
Il est bien évident que Jésus ne donnait point ici pour modèle cet intendant; il l'appelle: intendant infidèle, ou à*iniquité] il désigne argmt (j^imqmté celui qu'il avait volé à son maître. U dasse cet inr tendant parmi les enfants du siècle^ par opposition aux enfants de lumière qui sont les hommes de bien. Il constate seulement que les hommes pervers sont irèsainsés dans la conduite de leurs intérêts; et il engage
les hommes de bien à être aussi avisés qu'eux dans les choses de leur salut. '
M. E. Renan trouve cette parabole bizarre. Pourquoi? (( Parce qu'un intendant y est loué pour s'ètrQ Âit des amis parmi les pauvres aux dépens de son maître. » (P. 174.) PentK>n dénaturer plus ouvertement la doctrine de Jésus? 8'ii avait énseigné ce qu*on lui attribue^ ee n'est pas par le mot bizarre qu*il faudrait caractériser sa parabole, mais bien par le mot . immoral^ puisqu'elle ne serait que l'apologie du vol.
Nous avons voulu citer, mot pour mot, la parabole évangélique et l'appréciation de notro »''cri\ain, afin de prouver une fois de plus que le nouvel ennemi de Jésus^Chrisi a pris à tâche d'imputer à l'Évangile le contraire de ce qui y est enseigné*
Pour résumer ce chapitre, nous devons dire que M. Ë. Renan y a multiplié les preuves qu'il n'a rieii compris à la doctrine évangélique sur la richesse et k pauvreté ; qu'il a confondu les préceptes de la charité avec un communisme aussi opposé à FÉvangile qu'au bon sens ; qn il a pris pour des préceptes généraux, applicables à tous, des canseiU de dénûment absolu, adressés seulement à ceux qui voudraient se dévouer au rude labeur du l'évangélisation; qu'il a pris pour un enseignement social y une doctrine qui n'avait d'autre but cpie la sanctification de Vindividu; qu'il n'a pas cfinipris cette idée élémentaire qui éclate à toutes les pages de l'Évangile : que c'est par le perfectionnement individuel^ et par l'espérance d'un bonheur futur, que Jésus a posé les bases de l'amélioration de la société. L'Honune-Dieu n'a rêvé ni systàmé politique, ni rénovation sociale. lia voulu sanctifier Tmci^oMftidans les diverses conditions de la société; et si la
société a ressenti llnflomoe bieniûniile de rÉvangile^ c'est qu'eUe possédait plus de membres dirétleiis,etiion
pas par suite de l'établissement de telle ou telle insti- -
lution évangélique. Plus l'esprit chrétien pénétrera le» hommes, plus la société soutira riiifliu-nce delà justice et de la charité. Au contraire, à mesure f|uc les vagues systèmes de M. Renan et des prétendus philusophes pénétreront les Ames, plus l injusticeet l'égoïsme s'infiltreront dans le cf)rps social comme autant de poisons mortels. Toute institution sociale pénétrée de l'esprit chrétien est bonne et salutaire; toute institution qui en est privée est mauvaise et nuisible. Voilà pourquoi l'Évangile a produit de bons résultats dans les sociétés les plus mal oiganisées, et voilà pourquoi aitsâ les sociétés les plus savamment organisées en dehors de l'esprit chrétien n'ont jamais rien produit de bon pour l'immense majorité de ceux qui les composent*