‹ E. Renan devant la science, ou réfutation de la prétendue Vie de JésusChapitre 9 sur 25 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Jean-Baptiste. — Voya^ de Jésus «ers Jean et son séjovr an désert de Jndée.— Il adopte te baptèine de Jean.

M. Ë. Heuan a interverti l'ordre de la \ie de Jésus, afin de pouvoir la diviser en deux parties ayant un caractère opposé : la première, où Jésus aurait enseigné une doctrine pure, c'est-à-dire, sans mélange de surnaturel^ et qui n'aurait pu conduire l'humanité qîi'à ce degré de médiocre bonté qui serait, sebn notre philosophe, son état nécessaire; la seconde partie, oii Jésus se serait abandonné à une doctrine excessive et au rôle de thaumaturge, c'est-à-dire de charlatan. La première partie aurait précédé le baptême de Jésus par Jcan- Baptiite.

Pour établir cette division dans la vie de Jésus, M. Ë. Renan a glané çà et là dans les Évangiles quelques textes, sans tenir compte de Tordre chronologique le plus nettement déterminé, et les aplacés, de sa propre autorité^ dans la première partie qu'il jugeait à propos d'inventer pour son romim» Le bs^tôme de Jésus, dont il &itun point d'intersection dans la prédication du FUs de Dieu, n'est raconté qu'au VI* chapitre, et n'aurait eu lieu qu'après la {»rédication de cette

doctrine que nous avons examinée dans le chapitre

précédent.

Pour détruire le système de M. E. Renan, il n'est besoin que de placer les faits dans leur ordre chronologique. Saint Luc, qui a suivi cet ordre dans la composition de son Évan^^ile, s'accorde avec saint Mathieu, saiotMarc et saint Jean sur ces deux points: i" le baptême de Jésus eut lieu au début de sa prédication ; 2° dès qu'il commença à enseigner, il joignit le miracle à la pré^cation. (V. saint Math., ch. m; Marc, ch. i; Luc, di. iv; Jean, ch. i et n.)

Donc le système de M. E. Renan est ofigoaé au témoignage formel des quatre évangélistes, lesquels affirment, de la manière la plus positive, le contraire de ce qu'il a affirmé. Sur quoi s'est donc appuyé notre académicien pour établir sa théorie anti-cvangélique? Sur ►son imagination, tout simplement. Or, son imagination, toute gracieuse qu'elle soit, peut-elle Atre investie d'une autorité supérieure au témoignage positif des quatre historiens de Jésus? On comprend maintenant pourquoi il s'est élevé si fort contre la « chronologie prétendue fausse ou inexacte des Évangiles. Pourquoi aussi cette chronologie re&ise-treile de se prêter à ses théories ?

Lorsqu'on veut&ire avecbonnefoile taUeau delà vie de Jésus, la chronologie évangélique suffit bien, et au delà; lorsqu'on veut présenter la doctrine chrétifloone d'une manière complète et exacte, on tient compte de tous les textes, sans distinction; on arrive ainsi, sans la moindre difficulté, à les concilier tous, et souvent, du rapprochement de ceux qui, à première vue, pourraient offrir des difticultés, jaillissent des vérités profondes et d'une parlaite évidence*

Mais â Ton aborde^ comme M. Renan, la tecture deB Érangiles avec un système préconçu, on rencontre la

chronologie et mifle passages qui entravent. Alors on se plaint, et de cette chronologie, et de ces toxte> qui font obstacle au nouveau système. M. Renan est dans ce cas. Nous lui dirons, en toute i'mnchise, qu'il serait beaucoup plus raisonnable de se plaindre de ses théories que des Évangiles. Est-ce la faute des vrais historiens de Jésus, s'il lui a pris fantaisie de Haire un roman j)our les contredire ?

Ceci dit, abordons le sixième chapitre de ce rooum. Selon sa méthode ordinaire, M. Renan y a noyé son siiyet principal dans une foule de détails, charmants sans doute (notre académicien ne peut laisser couler de sa plume d'or que des choses charmantes), mais qui auraient mieux trouvé leur place aîOeurs.

Nous nous [KTQjettrons donc de passer par-dessus ses recherches scientifiques sur les analogies des diverses sectes philosophiques et religieuses d'Orient. Il avoue lui-m<^mc qu'il n'a àce sujet que des données fort vagues, puisqu'il s'exprime ainsi en divers endroits: « C'est ce que l'on ignore... » (P. 9ô.) « Il est fort difficile de démêler ces vagues analogies... » (P. 99.) «Les sectes fbttantes... présententà la critique. le problème le plus singulier, ». (/M) «On peut cnnre... « (lèid,) Ces formes dnlntathes qu'il emploie démontrent assez '^'il n'avait rien de positif à dire. Alors pourquoi se détourner de son sujet? Etait-ce dans l'intérêt mesquin de faire montre d'une érudition plus ou moins contes^table ? Ce serait peu digne d'un membre de l'Institut de France, car il est convenu que tout membre de l'Institut, à quelque académie qu'il appartienne, est un grave personnage. Pourquoi ausâi s'étendre sur les analogies

qui existent entre les traditions de tous les peuples sur la vie solitaire et sur le baptême, lorsque chacun sait que ces analogies existent, lorsque notre savant luimême avoue que les ablutions étaient en usage chez tous les peuples orientaux, que plusieurs sectes religieuses avaient fait du baptême une cérémonie d'initiation ? Pourquoi rediercher si ces traditions sont venues de tel peuple à tel autre, de telle secte à telle autre, lorsqu'on est obligé de convenir qu'on l'ignore? Qu'un savant fasse un travail spécial sur cet objet, nous le comprenons; mais qu'à propos de Jean-Baptiste, on s'embarrasse dans une telle dissertation, nous n'en voyons pas la raison, à moins que M. E. Renan n'ait voulu, coin 1110 <»ii «lit, jeter de la poudre aux yeux de ses lecteurs, pour les emp«x'lîer d'aperccxoir les erreurs qu'il s est permises au sujet du soiut précurseur de Jésus.

Examinons ses assertions : ull ne semble pas, ditil, qu'il- (Jean) possédât même en germe la grande idée qui a lait le triompbe de Jésus, l'idée iftine reUgim pure» » (P. i03.) Vraiment? mais c'est à n'y pas croire 1 On sait que M. Renan entend par reUgionpure une religion sans Dieu, sans croyances, sans culte, sans prêtres. Or, il est modeste en disant seulement que Jean semble n'avoir pas patronné une aussi sublime idée. Avec moins de modestie , il eût été plus positif ; il ne se serait pas contenté du mot // semble, car il est certain que Jean fut un Israélite, dans toute la force du terme, croyant en Dieu, au Messie, à la révélation, au culte extérieur, aux prêtres établis de Dieu. Notre académicien ne connaît Jean que par les Évangiles; or les Évangiles ne laisseiit aucun doute à ce sujet; pourquoi donc son semblant d'hésitation? //

iembiel M. Renan, qui aime tant les mots graekux, charmant, délicieux, doit trouver dans son expression toutes. ces qualités réunies! <c Mais, continue-t-il, il (Jean) servait puissamment cette idée (d*une religion pure) en substituant un rite privé aux céréfnontes légales pour lesquelles îl fallait des prôtres. » {Ibid.) Nous marchons de surprise en surprise.

Maison notre éiudit a-t-il trouvé que Jean substituait son baptême aux cérémonies légales? Dans son imagination, sans doute; car, d'après l'Évangile, Jean respectait les cérémonies légales et les observait ; il n'y substituait point son baptême, et ce baptême n'était h ses yeux qu'un rite stgoplémentaire auquel se soumettaient ceux qui vouhdent se préparer, par la pénitence et la pureté de vie, à la venue du Messie. En effet, Jean annonçait positivement qu'il était envoyé de Dieu dans le but de préparer les voies au Messie. Sur ce point, M. Renan fait encore le modeste : «Nul doute, dit-il, qu'il (Jean) ne fût possédé au plus haut degré de l'espérance messianique, et que son action principale ne fût en ce sens. » (P. 102.) Pardon, monsieur Kenan, mais cet aveu rend aussi mal la pensée que le texte de l'Évangile. Il y est dit que Jean reçut de Dieu la mission de précurseur immédiat du Christ, du Messie, et qu'il savait parfaitement que telle était sa missimi. Vous eussiez donc été moins éloigné du vrai en parlant d'une manière plus positive. Mais nous oublions que toute action de Dieu dans le monde est légendaire^ aux yeux du prétendu historien de Jésus, fc On ne sait pas, dit-il encore candidement, sous quel jour il (Jean) concevait ces événements (de la venue du Messie).)) (P. 103.) Pardon, on le sait. L'I-^vangile nous renseigne parfaitement à ce sujet et nous apprend que

Jean voyaH dans le Messie le vni FiU de Dieu ohirgé de régénéier le monde^ en s'ofiant pour être la Tietime de ses iniquités, victime innocente que Jean désigne 80118 le doux titre Agneau 4e Dûu, Lisez sérieuse-

ment l'Évangile et vous y trouverez ce que nous y avons trouvé nous-mAnie.

Jean, selon notre académicien, (( était piein de fougue et de passion (p. 94)... Le ton général de ses semions (lo mot est charmant) était sévère et dur (p. i03)... Les expressions dont il se servait contre ses adversaires paraissent avoir été des plus violentes. G'éiaki une rude et continuelle invectwe, » (P. 104.) Evidemment, Jean-Baptiste n'était pasun des quarante de FAcadémie française ; il n'appartenait pas même à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Nous prions donc M. E. Renan de Fexcuser s'il appelait tm chat un chaij îXRoUetun fripon ; s'il flagellait les hypocrites et les faux savants ; si la vertu était à ses yeux toujours la vertu, et si le vice était le vice, môme lorsqu'il était couronné du diadème. C'ét^iit sans doute un défaut de caractère dont Jean-Baptiste se serait corrigé s'il eût pu prendre les conseils de nos hommes positifs. « 11 est probable, dit encore M. Henan, qu'il ne resta pas étranger à la politique. Josèphe le latste entendre à mate ecuoerts^ et la catastrophe qui mit fin à ses jours semble le supfosir 1 » (P. i04.) Par ce dernier trait, M. Ë. Renan pousse le mensonge jusqu'à l'inqHidence. Nous ne trouvons pas d'autres expressions pour caractériser son procédé.

D'abord, Josèphe n'a pas dit que Jean se soit mêlé de politique. Les réticences de M. Renan lui-même et la note qu'il a mise à cet endroit (note 2, p. 104) suffisent pour l'attester. Il voulait en appeler à son témoignage,

et il est en même temps obligé de oonfeiiir que oe 1^

moignage est nul.

Mais comment Jean est-il mort? Qui ne le sait? Hérodiade, une créature infâme, spéculant sur sa beauté et sur celle de sa fille, obtint d'Antipas, un roi faible et irarooral, la tête de Jean. Pourquoi? parce que ce saint homme disait ouvertement à ce roi qu'il ne lui était jm» pmnis de vivre dans l'adultère et dans l'ineeste avee ffirodiade, sa beUe^mur. H y avût pourtant, adon M. Renan, bien des oiroônstaneeB atténuantes en fin veur do cette beUe Hérodiade 1 EBe avait éfé mariée, prohahkmaU malgré eife, à son onde Hérode, désh^ rité par son père, Hérode le Grand. (P. 109.) Antipas était éperdument amoureux (Telle, (P. HO.) N'était^ vraiment pas assez pour qu'Anti pas répudiât sa femme légitime, et prît celle de son propre frère à la place? Dans la religion pure de M. Renan, ces choses-là ne souffriront pas de difficulté. Mais, gracieux académiden, permettez-nous un apologue. Supposons donc que M. Ernest Renan ait un frère du nom d'Adolphe, et qu'il soit doté lui-même d'une belle femme dont il ne aeraitpasaimé. Cette dame, au lieu d'aimer son mari Ernest, aimerait éperdument le frère AdoSphe qui la payerait de retour. Alors, elle pourrait, selon las prin«-> dpes delà reUgûm pure^ abandonner œ pauvre M. Ernest, et vivre maritalement aveo le frère Addphe après avoir engagé ce dernier à renvoyer sa propre femnic? Si Hérodiade et An(i{)as n'ont pas trop mal a^â, pourquoi le frère Adolphe et la femme d'Ernest agiraient-ils mal en les imitant? Mais voici qu'un homme, peu partisan des principes de la religion pure, s'en vient dire au frère Adolphe : « Il ne vous est pas perxms de vivre en adultère et en inceste avec la femme dç

votro frère Ernest. «Sur ce, l'ex-dame Ernest Renan s'irrite et obtient que son amant coupe la tête du moraliste importuti. Que dirait à cela M. Ernest Renan? II devrait répondre , conformément à ses i»rincipes : (( Pourquoi ce prédicateur s'occupaU-U de politique? » Sa réponse serait gracieuse, charmMte, délicùme, comme tout ce qui découle de sa plume.

Notre académicien ne nie pas la mort de Jean \ mais il voudrait bien que Ton crût les circonstances de ce fait un peu obscures. Pôurquoi? Pour cette raison que Jean resta quelque temps en prison. (P. 112.) Il a oublié sans doute délire, dans l'Évangile, le récit d'après lequel Autipas accorda la tAto de Jean aux charmes de la fille d'Hérodiade, et comment cette innocente jeune fille apporta à sa mère sur tui plat la tùte sanglante de l'homme vertueux sacrifié au vice. Notre académicien, épris des charmes d'Hérodiade et de sa fille, aurait sans doute rougi de retracer de tels détails! Elles sont si intéressantes, ces deux belles femmes 1 Il fallait bien plaider en leur fiTeur les circonstances atténuantes. Les imitatrices d'Hérodiade doivent une couronne d'or à notre académicien; il la mettra dans le même écrin que la plume d'or que lui ont vot^ les francs-maçons belges.

M. E. Renan, selon son habitude, a opposé aux témoignages évangéliques les fantaisies de son imagination^ relativement aux rapports de Jésus avec Jean- Baptiste.

Que disent les Évangiles?

Voici le récit de saint Mathieu : « En ces jours-là, vint Jean-Baptiste prêchant dans le désert de Judée et disant Tous, confessant leurs péchés, étaient baptisés par lui..... Alors, Jésus vint de Galilée au Jour-

daîh pour Atro baptisi; par lui. Mais Jean sV refusait en disant: « C'est moi qui dois être baptisé par toi, et tu « viens à moi I » Jésus lui répondant lui dit : « Permets « pour cette heure; c'est ainsi qu ilnous convient d'ac- « eomplir toute justice.» Alors il consentit. Jésus étant baptisé et sortant de Teau, les cieux s'ouvrirent et il (Jean) vit TEsprît de Dieu descendant sous forme de colombe et venant sur lui ; et voici qu'une voix vint du ciel disant : « Gelui-«i est mon Fils bien-aimé en qui je « me suis complu, » (Math., m, i , 0, 43 et suiv,)

Aussitôt après son baptême, « Jésus fnt conduit par l'Esprit dans le désert.... 11 apprit ensuite que Jean avait été mis en prison, et il se retira alors en Galilée.» (Math., IV, 1,2.)

(( Jean, étant en prison, entendit parVr des œuvres de Jésus, et lui envoya deux de ses disciples pour lui dire : <x Est-ce bien vous qui devez venir, ou devons- (( nous en attendre un autre?» Jésus leur rendit, etc.» (Math., XT, 1 et suiv.)

* Telles sont les relations qui eurent liea entre Jésus et Jean, d'après saint Mathieu. Jean reconnut Jésus pour le Mesde au moment du baptême, et d'après ^une révélation divine. Entendant parler des œuvres merveilleuses de Jésus, il lui envoie demander si c'était bien lui^ 1<^ Messie, qu'il avait baptisé.

• Le récit de saint Marc, plus bref que cekii de saint Mathieu^ s'accorde parfaitement avec ce dernier, quant aux faits et à l'ordre dans lequel ils sont arrivés : Baptême de Jésus ; retraite dans le désert; emprisonnement de Jean après cette retraite et retour de Jésus en Galilée. (Marc, i, 1-14.)

Voici le récit de saint Luc : « Jésus ayant été baptisé (par Jean) et priant, le ciel s*ovvrit, et le Saint-Ei^prit

dBaceodii sur lui soub la km» wamkAià d'imo cobmbe, Ql une voix se fit entendre du del, disant : «Tues mon « FUs blen^aimé» je me suis oomplu en toi.» (Luc, in, 21,22.)

Saint Luc, comme saint Mathieu et saint Marc, raconte la retraite de Jésus après son baptême, puis son retour en Galilée; ensuite fait mention de la uiission des deux disciples que Jean envoya de la prison pour s<i\oir si Jésus était bien le Messie dont l'existence lui avait été révélée. (Luc, vu, 20 et suiv.)

L'Évangéliste Jean a donné un détail de plus que les trois premiers évaugélistes. U raeonte que Jésus ayant été bi^tisé, Jean Tavait reconnu parce que Dieu lui avait dit d'avance : « Celui sur qui tu verras de»* cendre l'Esprit, c'est Gbldi qui baptise dans le Sainte Esprit. » C'est ainsi que Jean avait reconnu le Messie, Le lendemain, avant la retraite de Jésus, Jean le vit venir vers lui, et dit à ceux qui l'entouraient : a Voici l'Agneau do Dieu, celui qui ôte le péché du monde, » et il raconta comment il 1 avait connu par une révélation. (Joann., i, 29 et suiv.)

Au chapitre m* de son Évangile, saint Jean donne un autre détail et dit qu'après la mission en Galilée, Jésus vint en Judée oîi il prêcha. Il raconte que Jean* Baptiste rendit alm témoignage h la divinité de Jésus, rappelant oe qu'il avait dit de lui j^^cédemment. (Joann., m , 25 et suiv.)

Ainsi, d'après les quatre évangélistes, i* Jésus n'alla qu'une seuk fois vers Jean, pour être baptisé par lui ; 2" il n'avait pas encore prêché alors, et n'avait pas de disciples ; 3" depuis, aucune relation directe n'exista entre eux.

M. E. Heqaa Q'en prétend pas moins que Jésus

avait déjà « formé autour de lui, par ses premim dît-

cours, un petit cercle d'amis » (p. 104); qu'il se rendit avec sa petite école auprès de Jean ; que Jean « les accueillit très-bien (p. 105); que « les deux maîtres s'aimèrent et luttèrent devant le public de prévenances réoij^roques. » Ce sont là de pures inventions.

Lliumilité de Jean surprend M. Ë. Renan et le porteiait pmque à douter de rautheoticité des récits éfingéliques; eur Jean était une Morie de Lamennaii Un^wn irrité 105-106), et il est étonnant qu'il ait cédé le pas à Jésus aussi &oilement. Mais Jean était jeune, presque aussi jeune que Jésus; il ne le consi^déra donc pas comme un successeur, mais oomme un émule dans la môme carrière; du reste, Jésus, upen^ dont tout le temps ffiiil passa près de Jean^ le reconnut comme supérieur et ne développa son géuie que timidement. » (P. 106, 107.)

Nous demandons s'il est possible de contredire plus positivement sur tous les points les récits évangéli» ques. Du moins, M. E. Renan a-t-il quelque document, en dehors des Évangiles, pour appuyer ce qu'il avanee? U n'en dte point, il n'en possède pas. H affirme ce que les évangélistes nient ; il nie ce qu'ils affirment» et cela, uniquement parce qu'il lui convient d*en agir ainsL

Un sairant ne procède jamais qu'appuyé sur des preuves positives ; un homme de bonne foi qui a sons

les yeux des documents historiques ne les dénature pas ; il les donne tels qu'ils sont, ou il prouve qu'il a des raisons pour n'en pas admettre rauthenticité. M. Renan ne prouve rien, ni la non-authenticité des récits évangéli^ues, ni ce qu'il avance, li n'est donc ni

un savant, ni un homme de bonne fbi. Qu'est-il alors? Un ramaneier qui a osé donner son roman pour une

histoire véridique.

L'Évangile rend parfaitement compte de l'humilité de Jean vis-à-vis de Jésus qu'il recunnaissait comme le Messie, grâce à une révélation de Dieu. Mais M. E. Renan peut-il croire à cette révélation ? Il n'en tient aucun compte , et il affirme , en note (note de la page 105), que Jésus avait déjà une certaine notoriété lorsqu'il vint vers Jean, puisque ce dernier le reconnut. « Les synoptiques, ditp-il, font venir Jé«is vers Jean avant qu'il eût joué de rôle public i» ; mais les synoptiques se sont trompés, sebn H. B/cnaskj puisque Jean connaissait Jésus. Mais, a Jean^ comme le disent les synoptiiiues, connut Jésus par une réo^ lotion de Dieu^ il n'avait pas besoin d'un autre moyen pour le connaître, et il n'était pas nécessaire de sup^ poser que Jésus était dès lors un maître assez renommé. Les évan,£iélistes expliquent comment Jean connut Jésus. M. E. Renan rejette, sans dire pourquoi, leur explication et la remplace par une supposition^ puis, il s'appuie sur sa supposition^ pour nier l'authenticité du récit évangélique. Avec de tels procédés on peut trouver dans tous les livres tout ce que Ton voudra.

M. Renan prétend que le quatrième Évangile parle d*un second voyage de Jésus vers Jean, et il indique le ch. m, versets 22 et suiv. Il suffit de lire ce

passage pour voir que Jésus ne vit pas Jean à cette

époque, puisque plusieurs Juifs \inrent apprendre à ce dernier que Jésus baptisait comme lui et prêchait. Notre savant i)rofite de l'occasion pour allirnier que les Évangiles se contredisent touchant les voyages de Jé-

«us. Avec un peu plus d'attention, il n'eût point aperçu de contradictions.

Les trois premiers évangélistes font venir Jésus de Galilée vers le Jourdain pour y être baptisé ; de là il va passer quarante jours dans le désert de Judée ; puis il retourne en Galilée où il commence sa prédication et choisit ses disciples. Saint Luc, sans mentionner, jour parjour,le8événementsdelaprédicationdeJésus,donne à étendre qu'elle s'étendit non-seulement à la Galilée, mais à la Judée entière y compris Jérusalem. (Luc, v, 17.) Le quatrième Évangile raconte que, lorsque Jésus vint prêcher en Judée, Jean n'était pas encore alors en prison (ch. nr, 24). Ce qui fait voir que Jésus y vint aussitôt après avoir évangélisé Nazareth, sa ville natale, et quelques autres cités de Galilée. Peut-on trouver dans ces faits la plus légère contradiction? M. E. Renan croit dire une chose uierveilleusi; à la fin de sa note en s'exprimant ainsi : « Il faut se rappeler, du reste, que les premières pages du quatrième Évangile sont des notes mises bout à bout sans ordre ehronolo6;ique rigoureux. »

Chacun sait que l'Évangile de saint Jean n'a été écrit que pour servir de complément aux trois premiers. Ile là il &ut conclure que l'on doit prendre pour

guide, en chronologie, l'Évangile de saint Luc, qui a eu pour but de mettre da l'ordre dans les laits de la vie de Jésus, et enclaver, dans ses récits, les notes complémentaires de saint Jean. En procédant ainsi, on met la première prédication de Jésus en Judée après une piemière course en Galilée, oii il revint ensuite pour continuer ses prédications, d'après le quatrième Évangile lui-même (nr, 3). M. E. Renan a une autre manière de procéder et raisonne ainsi : « Saint Jean n'a pas

suivi l'ordre chronoloe^ique ; cependant, comme je puis abuser d'un fait raconté par lui en faveur de mon système particulier, et en l'isolant des autres récits, je le préière aux autres Évangéiistes dans la circonstance actuelle. » Mais c'est en vain que M. Ë. Renan voudrait abuser du texte du quatrième Évangile, puisqu'on y distingue k mission de Jésus en Judée oà se trouvait encore Jean-Baptiste^ du premier voyage au Jourdain pour y être baptisé. De deux 6its disilnolB, If. Renan n'en a vouhi &ire qu'un, afin de mettre les évangâistes en contradiction ; mais il ne fiiit que donner une nouvelle preuve de sa légèreté, pour ne pas dire autre chose.

Remarquons en passant la note de la page 106, où il affirme que les récits des Evangiles sur la naissance de Jean-Baptiste et sur sa parenté avec Jésus sont lcf/(mdaires^ c'est-à-dire faux. Il ne s'abaisse pas jusqu'à en donner la moindre preuve.

Nous remarquons à la page 107 une note aussi intéressante* Quelques Juifs disaient à Jean que Jésus baptisait. « Ce n'était pas lui qui baptisait, ajoute révangéliste, mais c'étaient ses disciples. » Cette parenthèse, où révangéliste corrigeait l'ass^ftion des Juifs, apparaît aux yeux de M. Renan avec un tout autre caractère. « C'est révangéliste qui se corr^eait lui-môme ! » Nous croyons, nous, (jue s'il eût voulu corriger son récit, il l'eût fait avant de le publier. Le procédé eût été plus simple et plus raisonnable.

Devant les faits racontés par les Évangiles, que deviennent les théories de M. Renan sur les rapports de Jésus et de Jean , sur les doctrines que Jésus aurait empruntées du Baptiste? Tout cela est de pure fiEUitaisîe.

D'après notre nuiiaiider, Jéeus aurait, par cem-

plaisance pour Jean, adopté son baptême. S'il eût lu ksévangélistes avec un peu plusd'attention, il eût compris que, d'après Jean lui-même, le baptême de Jésus était différent du sien. Voici, d'après saint Mathieu^ oe que disait Jean-Baptûte : « Pour nun, Je vous baptise dans l'eau pour vous exciter à la pénitence ; mais céhii qui doit voiir après moi, qui est plus puissant que moi, dont je ne suis pas digne de porteries chaussures, celui-là vous baptisera dans rKspiit-âaint fit le feu. )) (Math.j m, 41.)

Saint Marc rapporte plus brièvement les mêmes paroles : « Moi, jo vous ai baptisé dans l'eau; lui^ vous baptisera dans le Saint-Esprit. » (Marc, i, 8.)

Saint Luc rapporte les mêmes paroles que saint Mathieu. (Luc, m, 16.) Saint Jean les rapporte d'une manière équivalente. (Joann., i, 25-26.)

Le baptême de Jésus n'était donc pas le même que cehii de Jean-Baptiste. Ce dernier n'était qu'un rite humm destiné à préparer, par la pénitence, ceux qui avaient foi en la venue du Messie; le baptême de Jésus est un rite dmn communiquant le Saint-Esprit et le feu de la charité, pour remplacer la circoncision et créer un peuple nouveau, le peuple chrétien.

Mais M. E. Renan veut, malgré Jean-Baptiste luimême, que le baptême de Jésus n'ait été que celui de Jean. Nous préférons le témoignage de l'Évangile au sien.

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