‹ E. Renan devant la science, ou réfutation de la prétendue Vie de JésusChapitre 11 sur 25 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

I«e royaume de DIca roni^a Maiaie Vmwémntmtmt des jfmmwrtm. '

Nou€ ayons exposé déjà par qu«l procédé M. E. Renan a trouvé des changements dans la doctrine de Jôsus touchant le royaume de Dieu. 11 a pris çà et là quelques textes tronqués dans les quatre Evangiles, afin d'attribuer à Jésus son propre système dit de la religion pure ^ c'est-à-dire d'une religion sans Dieu, sans dogmes, sans morale, sans culte, sans prêtres. De sa propre autorité, il a Mt de cette opinion la pensée primitive de Jésus sur lé royaume de Dieu.

lia ensuite recueilli çà et là dans les quab^ Évan<* giles le reste des textes qu'il avait tronqués, dont il a Ciît plusieurs parties qui devaient correspondre aux changements qull ' voulait imaginer dans les idées de Jésus.

C'est là un procédé qui dénote, dans notre romancier, la résolution arrôtée, parfaitement réflécliie, de faire dire à Jésus tout le contraire de ce qu'il a dit. Nous laissons à nos lecteurs le soin d'apprécier la méthode qu'il a suivie.

Pour nous, nous n'avons qu'à faire ces deux remar*

ques fort simples pour détruire son système de mensonges : La première, que les textes n'ont besoin que d'être lus en entier pour détruire toutes ses assertions ; la seconde , qu'ils se rapportent indifféremment à toutes les époques de la fie de Jésus, qu'ils expriment la même idée, dans les premiers discours comme dans les derniers. De là il résulte que M. E. Renan n'a pas plus respecte ses lecteurs que les Évangiles, en tronquant les textes et en les pliant pour les faire entrer de force dans son système. Le cha|titre XI ne présente rju'une des phases qu'il a imaginées pour le développement prétendu des idées de Jésus. Nous pourrions nous contenter d'engager nos lecteurs à remonter aux textes que le romancier cite iui-môme et à les lire en entier dans l'Évangile, pour j trouver la réfutation de ses assertions. Hais, puisque nous avons entrepris de foire nous-mème le travail, continuons notre œuvrer

Jésus aurait compris bien vite que le cotnmumsine délicat que lui a attribué H. E. Renan ne sufiBrai^ pas à la masse. H en prend son parti et il rêve tme vaste substitution de race^ en mettant les enfants^ les pauvres, les hérétiques, les schismatiqties^ les publicaim, les samaritains, les païens de Tyr et de Sidon ?i la })lace des gens comme il faut. C'était un appel au peuple légitimé par la parabole des invités au festin. « Le pur éhiojiisme, c'est-à-dire la doctrine que les pauvres (ebionim) seuls seront sauvés, que le règne des pauvres va venir, fut donc la doctrine de Jésus. » (P.. 478, 179.)

Nous avons réftité dans le dernier chapitre cette théorie de M. Renan. Du reste, il prend soin de.s^ réfuter lui-même dans les pages suivante^ (180-181), en remarquant que, de tout temps^ au seii^ du peuple

d'Israël, les prophètes avaient pris comme Jésus le parti des pauvres. Jésus ne changea donc rien, sous ce rapport, aux traditions des prophètes. Pourquoi alors lui attribuer comme nouvelle cette vieille doctrine?

Jésus prit le parti des pauvres, des humbles, victimes, non de la morgue sociale, comme dit notre écrivain (p. 179), mais de l'injustice sociale. Il rappela les grands prindpes de réalité du pauvre et du riche devant Dieu ; il recommanda au pauvre la patience, en reprochant énergiquement aux mauvais riches l'abus qu'ils faisaient de leurs richesses. H flagella tous ceux qui vivaient d'injustice, de rapine; qui s'âevsient audessus des autres, qui les méprisaient; il prêcha la justice et l'amour rnutuel comme les deux principes vivifiants qui devaient faire régner l'ordre dans les rapports sociaux. Mais il ne rêva jamais la substitution du pauvre au riche ; cette idée ridicule n'a pu germer que dans un esprit décidé à dénaturer complètement sa doctrine. Â quoi eût servi cette substitution? Elle eût pu être utile, d'une manière transitoire, à quelques indhidus, mais quel aurait été le résultat social? Que telle classe, de riche devienne pauvre, ou de pauvre devienne riche, l'état 4e U société ne sera-t-îl pas le même? Ceux qui seraient devenus riches, ayant hérité des vices de ceux qu'ils auraient remplacés, la société n'eût-elle pas été dans les mêmes conditions? Jésus s*éleva plus haut. Il savait parfaitement que, par suite même de la nature de l'homme, les aptitudes seraient toujours différentes, et qu'il y aurait toujours nécessairement des inf'galitfs sociales. II voulut seulement que ces inégalités ne fussent pas une source d'orgueil et d'égoisme pour les uns, de malheur et d'humiliation pour les autres. U prêcha la justice et l'amour inutuel ;

il établit les gi*andes lois de l'égalité devant Dieu, de la charité en vertu de laquelle les richesses doivent circuler dans toutes les veines du corps social. Il ne rêva doi^c ni bouleversement politique ni substitution d'une classe à une autre. Il enseigna pour tous les temçs, pour toutes les sociétés, quelle que soit leur forme gou* vernémentale ou sociale, et son enseignement mis en pratique coupe, dans leurs racines, tous les abus^ toutes les injustices.

Certaines sectes purent abuser de la doctrine de Jésus de la même manière que M. E. Renan; tels auraient été les Ebionites, qu'il appelle ébionim, dont le nom signifie pauvres. Que cette secte ait eu un chef nonmié Ëbion, ou que son nom lui vienne du titre que se donnaient les adeptes, peu importe. M. £. Renan affecte une grande érudition sur ce point, comme s'il avait la plus légère importance (1). Un fait certain, c*est que, d'après les écrits les plus anciens que Ton connaisse, les Ëbionites étaient considérés, au sein de la société chrétienne, comme une secte hérétique, M. E. Renan en convient (p. 182), maïs il veut, en même temps, que cette accusation soit fausse, et il prétend

(i ) Pour faire apprécier avec quelle bonne foi M. G. Renan

fait (ie l'érudition, nous ne relèverons qu'une de ses assertions. Les Ebioniles, d'après lui, étaient ainsi appelés parce qu'ils élaientpartisansde son système delà suh.-tituliûti despauvres. Il cite à ce propos plusieurs écrivains qui n'en disent lien, et il attache surtout de l'importanee à Eusèbe. Or cet historien, non-seulement n'attribue pas aux Ëbionites les idées que leur prêle M. D. Henan, mais il rai'otito qvi'on les appelai! pauvres à cause de la pauvreté de leur intelligence au sujet des dogmes chrûtiens. (V. Lusèbe,llts<. £ccl.,\i\. 111, cli.xxvii.)On peut apprécier d'après ce seuUrait toute l'éradUion de M, £.

qua l68 Ëbionites n'étaient que les ohrétiens prinuti&i. On comprend pourquoi il en agit de la sorte. Mais il persuadera difficilement que les vrais chrétiens aient

été ceux qui étaient regardés comme antichrétiens toute la société chrétienne, dès le premier siècle. Au lieu de s'appuyer sur les erreurs des Ébionites pour étayor son système sur la doctrine de Jésus, il serait plus raisonnable de procéder tout autrement, et de conclure, du sentiment général de la société chrétienne primitive, queles Ébicmites abusaient.de quelques mots de l'Évangile.

Mais M. Renan a cru que Terreur des ÉlHonitesliv&< risait son système-; c'était assez pour qu'il prît parti pour ces sectaires. Il veut voir le vrai duistiaiusme dans leur doctrine et dans celle d'une foule de sectes immorales et communistes du moyen âge, comme celles des Bégards, des Pauvres de Lyon, des Fratricelles, etc. Il confond avec ces sectaires les Franciscains, et il appelle la fondation de cet ordre mendiant le grand mouvement ombrien du treizième siècle {j^. ^^^)î il trouve que ce mouvement ressemble le plus an mouvement galiléen; et u François d'Assise, dit4i^ fut l'homme du monde qui, par son exquise bonté, sa communion délicate, line et tendre avec la vie univers selle, a le plus ressemblé à Jésus. » (Pv £88.) François d'Assise fut pauvre et créa un ordre mendiant, voilà pourquoi Bf. E. Renan revient d souvent sur ce personnage, qui n'eût certes pas été flatté s'il eût entendu notre écrivain confondre ses disciples avec les Bégards. Mais M, Renan n'y regarde pas de si près, et il ne voit aucune différence entre des hommes qui^ comme les Franciscains, devaient se dévouer à la pauvreté ifoloniairement pour tjravailler à l'évangélisation du

monde, et ma qui, comme les Bégards, rêvaient un bouleversement sorîd pour s'enrichir. Il feît des uns et des autres, au même titre, la vraie Kgnêe de Jésut (p. 183), lee vrais disciples de Jésus (p. 184); puis il fait l'apologie de la mendicité, le 5^?// éfat qui convienne à nm foule d'âmes contemplatives!

M. Renan confond ici la mendicité et la pauvreté volontaire. Ce n'est pourtant pas la m/^nne chose. One des «Imes contemplatives, dégoûtées du monde ou peu Mtes pour lui, se réfugient dans une retraite où elles trouvent, sans s'en préoccuper, le nécessaire^ on le comprend ; mais il y a loin de là à la mendicité, qui ne naquit, au sein du diristianisme, à titre dlnstitution, que pendant le moyen âge. Cette déviation de Tidée chrétienne fbt consacrée dans les quatre ordres mendiants, et non pas seulement dans celui de Françoi^t d'Assise, comme semble le croire M. Renan; elle entraîna avec elle les plus criants abus, comme l'histoire entière l'atteste. Notre écrivain a donc prouvé qu'il ne connaît pas le christianisnir en le confondant avec la doctrine antichrétienne qui a donné naissance aux mendiants; il a prouvé qu'il ne voulait môme pas se donner la peine de connaître la valeur des mots en confondant mendicité a.\ec pauvreté volontaire ou abnégation ; il a prouvé qu'il ne savait pas l'histoire, en confondant les moines mendianis avec des sectaires communistes qui avaient des principes diamétralement opposés.

« Gomme tous les grands hommes, dit M. fi. Renan, Jésus avait du goût pour le peuple et se sentait à Taise avec lui. L'Évangile, dans sa pensée, est fait pour les pauvres; c'est à eux qu'il apporte la bonne nouvelle du salut. » (P. 184.) Notre auteur prétend

appuyer cette assertion s)i£ . les - témoignages de seini Mathieu et de saint Lue. Le premier dit tout Amplement (xi, 5) : « Les pauvres sont évangélisés ; » le second 20^ 21) ; « Bienheureux, pauvres ; car le royaume de Dieu est à vous; bienheureux, vous qui maintenant avez faim, parce que vous serez rassasiés ; et vous qui pleurez, parce que vous serez dans la joie. »

Une chose certaine, c'est que Jésus donne l'évangé* lisation des pauvres comme un signe de sa mission divine. La raison en est fort simple. Â l'époque où il vivait, le pauvre était victime du riche ; il ne comptait pour rien dans rhiimanité. Jésus est venu annoncer à ces déshérités du monde qu'ils étaient , au môme titre que les riches et les savants^ les enfants du Père céleste; appelés, sans distinction, à la vérité, à la possession des biens éternels. Mais en appelant une partie de l'humanité au salut, Jésus a-t-il rejeté l'autre? Il faudrait n'avoir pas lu l'Évangile pour le penser. Jésus ne voulait plus de distinctions sociales aux yeux de Dieu, Il ne prétendait donc point mettre les pauvres à la place des riches pour £ûre de ces derniers des pauvres; il annonçait seulement que tous ceux, pauvres ou riches, quipratiqueraioit ses préceptes, seraient les élus de Dieu ; que les riches devaient devenir pauvres m e^D»t^,.par leur abnégation et leur charité; que les vrais pauvres n'étaient pas ceux qui étaient privés des biens de ce monde, mais ceux qui en étûent détachés en esprit, qui n'y attachaient pas leur cœur. Pourquoi M. E. Renan, qui estime tant — (du moins il le dit) — les Logia do Mathieu, a-t-il renvoyé à saint Luc pour nous donner à penser que l'Evangile n'était fait que pour les pauvres ? Le discours auquel il

renvoie dans saint Luc se trouve aussi en saint Mathieu. Pourquoi donc n'avoir pas renvoyé à ce dernier au lieu do renvoyer à saint Luc? Voici pourquoi : Saint Mathieu, en rapportant les paroles de Jésus, dit : « Bienheureux les pauvres en esprit / » Or ce dernier mot contrariait M. Renaû. En lisant le discours tout entier en saint Luc, on ne peut se tromper sur le sens qu'il attachait au mot pauore; mais cet évangéliste n'a pas dit expressément « pauvres en esprit; ^ c*est assex pour que notre consciencieux écrivain préfère ren« Yoyer à son texte plutôt qu'à celui de saint Mathieu.

Quoi qu'en dise notre romancier, Jésus nedoîtpas être mis au nombre de ces prétendus démocrates qui, de tout temps, ont fait grand bruit de leur amour pour le peuple, et qui n'ont \onlu,sousle nom de p(Miplo, ([n'établir une aristocratie d'un nouveau genre. Le jiouple, pour Jésus, c'était rininianité entière, et sa démocratie a consisté à donner à toutes les classes sociales, sans distinction, les mêmes préceptes, préceptes divins qui, s'ils étaient pratiqués, ne flatteraient point l'utopie d'une égalité sociale impossible, mais unifierftient les classes diverses dans un même sentiment d'amour de Dieu et d'amour mutuel. Chercher dans l'Évangile un de ces systèmes communistes ou socia* listes qui n'ont jamais été et qui ne peuvent être que l'exploitation d'une classe par ime autre, ou de toutes par quelques ambitieux, c'est donner la preuve que l'on ne comprend pas le premier mot de la doctrine de Jésus.

Cet adorable maître n'approuvait pas plus le pauvre vicieux et envieux que le bourgeois pédant, formaliste^ orgueilleux de son apparente moralité (p. 185)^ que le pharisien qui mettait la religion dans ses tradi-

tions orgueilleuses, que le faux dévot qui n'avait que l'apparence de l'esprit religiein.il n'appréciait point l'individu par la classe à laquelle il appartenait, mais bien par ses qualités personnelles. Peu lui importait que celui qui l'approchait eût été coupable ou vicieux, appartînt à telle ou telle classe sociale. La vertu conservée ou le repentir du péché, tels étaient les titres à ses prélérenees. Le coupelle ne trouvait pas, comme le prétend M. Renan, dam sa conversion à ia iectè un moyen de réhabiUtaHon facile (p. 187), car cette conversion à la prétendue secte n'était autre chose que la pratique de la vertu et le renoncement complet aux • vices.

Si cela est si facile, comment se l'ait-il, monsieur Renan, qu'il y ait si peu de vrais chrétiens, qu'il y ait môme si peu d'hommes dont la simple moralité soit sincère? Croyez-vous qu'il suffisait, pour entrer dans ce qu'il vous plait d'appeler la secte de JésuSrChrist, de dire simplement qu'on y appartenait, de suivre leMaîtrc et d'écouter ses préceptes sans les mettra en pratique? lisez l'Évangile, et vous apprendrez qu'il en était tout autrement. Jésus ne flagellâit pas seulement l'hypocrisie dans la secte pharisaïque, mais partout oii die se rencontrait; il ne l'aurait pas tolérée dans le faux dis* ciple qui n'aurait pas pratiqué sa morale suWime; ce n'était que dans la pratique de cette morale que consistait la réhabilitation pour le coupable. Quelle influence pouvaient avoir sur Jésus ces larmes ridicides, ces fades tendresses que vous attribuez aux pécheurs ou pécheresses qui suivaient le divin Maître ? Il ne les estimait qu'autant qu'elles étaient le signe de la conversion du cœur et d'un retour sincère à la vertu. Voilà ce que Ton trouve dans les paraboles que vous citez, monsieur

Roiuin (p. 186), et si vous no l'avez pas aperçu, ce n'est certes pas la faute d(î l'Évangile (1).

Mais notre romancier avait ses raisons pour faire croire qu'il suffisait de se mettre à la suite de Jésus pour ôtre réhabilité. Il ne tient pas à lui que Ton n'envisage Jésus comme un bon vivant^ entouré de fiUes de joie (p. 188) et de gens mal femés, mangeant, buvant, se livrant à à^edmabks pkdsanienes (p. 188), par^eourant la Galilée au milieu d^une fête perpétueUe*

(1) En faisant allusion à la paiâbole de la pécheresse qui tépaadit un vase de parfums sur les pieds de Jésus, M. Renao revient eo note (p. 187) sor ses aesertions touchant le * prétendu soin de saint Luc à relever tout ce qui se rapporte au pardon du pécheur. Il veut trouver une contradirtion dans les ôvangélistes qui rapportent le même fait, parce que ce fait ne se trouve pas ekronoloQiqiiemnt k la mèroe place, et, en même temps, il convient qu'aucun des év&ngélistes n'a eu la pensée d'aligoer chronologiquement les faits. Nous avons refuté déjà M. Renan sur ce point (V.i" partie, p. 7S et suiv.). N'oublions pas que, dans sa note, il cite encore, nous ne savons pourquoi, son fameux texte de Papias. 11 parait qu'avec la bonne volonté de M. Benan, on trouve de tout dans ce passage de Papias.

Faisons observer, en outre, que M. E. l{enan prétend que saint Luc a composé son récit delà femme péciieresse « avec les traits d'une autre histoire, celle de l'onction des pieds qui eut lien à Bétlianie quelques jours avant la mort de Jésus. » Vabordf c'est peut-ôtre la même histoire que saint Luc rapporte, seulement il ne la met pas chronologiquement à la même place que saint Mathieu. M. Renan pourrait aussi en faire deux histoires analogues, car Marie de Béthanie put très-bien aller deux fois dans la maison de Simon répandre des parfume sot les pieds de Jésus. M. Renan devrait l'admettre d'autant plus volontiers qu'il nous apprend qu'il arrivait souvent que des femmes versaient des parfums sur les pieds de Jésus. (P. 190.) Puisque ce fait, qui était dans les mœurs de l'Orient^ arrivait souvent^ la même femme pouvait l'avoir accompli deux fois dans des circonstances identiques, mais M. Renan se feiaH •cnqpnle d'être juste une seule foia «nvass i'fivaofik. -

■MllnïHM .r

(P. 188, 189.) «Il se servait, ajoiitc-t-il, d'une mule, monture en Orient si sûre et si bonne, et dont le ^rand œil noir ombragé de longs cils a beaucoup de douceur. » (P. 190.) Voilà une description de la physio uomie de la mule qui vient bien à propos vraiment. Mais où M. Benan a-t-il trouvé que Jésus se servait d'une mule pour parcourir la Galilée? Dans sa gra* deuse imagination, j^uisque aucun document n'en £ait mention, a Ses disciples , dit-il encore , déployaient çuelquefaù autour de lui une pompe rustique, dont leurs vêtements, tenant lieu de tapis, Msaient les frais. Ils les mettaient sur la mule qui le portait, ou les étendaient à terre sur son passage. » (P. 190.) M. E. Renan renvoie pour ces détails à saint Mathieu (xxi, 7,. 8). C'est de l'impudence; car, (pii ne sait (pie Jésus, d'après cet évaiiir('4iste, entra à Jérusalem monté sur une àncssey et seulement une fois, lorsqu'il y allait consommer son sacrifice ; que la foule l'acclama alors, le recevant en triomphe, jonchant de vêtements et de branches d'arbre ce chemin que l'innocente victime devait, quelques Jours plus tard, arroser de son sang? Transformer ce modeste et passager triomphe populaire (1) en courses joyeuses sur une mule à TcBil doux, c'est, il &ut en convenir, dépasser toutes les bornes. On peut en dire au|ant des fantaisies de notre écrivain touchant les enfents que Jésus, e&mme Samnaroïe^ aurait employés à des missions pieuses. (P. 191 .)0n ne peut, sans ressentir une indicible pitié, lire Icsderniùres

(i) Il généralise le même fait d'une autre manière en disant que te enfants lui décemaieDt de pefUes owtUm auxquelles il MpUUtaUfiiirt, l'appelant « fils de David,» criant Aosatmal et portant des palmes antoar de lui. {P. 191.)

pages du chapitre XI, si ladesy si fausses, si prétentieuses. L'auteur y déploie un grand luxe de citations pour dire que Jésus recommandait à ses disciples Thumilité et k naïve âmplicité des enfants. H en conclut que les disciples étaient de grands enfants qui se berçaient de l'idée chimérique d'un paradis , espèce de jardin où ils continueraient éternellement leur joyeuse vie.

Quand on connaît l'Evangile elquon lit d«! pareilles fadaises, la plume tombe des mains, et l'on ne sait qui l'on doit plaindre le plus, celui qui a osé les écrire ou ceuik qui les croient sur sa parole.

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