CHAPITRE XII
Ambassade de JFean prisonnier vers Jésus.
— ■•rt de Jem. — Rapporte de mui éeole
(( Pendant que la joyeuse Galilée célébrait dans les fêtes la venue du bien-aimé, le triste Jean^ dans sa prison de Machéro, s'exténuait d'attente et de désirs.)) (P. 195.)
C'est ainsi que M. E. Renan commence son douzième chapitre. Nous avons dit que les fêtes de la joyeuse Galilée n'étaient qu'un produit de la gracieuèe imagination de notre romancier. Le portrait de Jean s'exté^ nuant (TaUente et de désirs est sorti de la même source. Les monmnents historiques ne parlent pas plus des fêtes de Jésus que des tristesses de Jean. Us mentionnent seulement la modeste mission que Jean 4;onfia à deux de ses disciples, mission que notre romancier transforme en ambassade. Cette mission est racontée par saint Mathieu au chapitre xi ; mais, comme au chapitre Lx l'évangcliste avait parlé de quelques disciples de Jean qui demandaient à Jésus pourquoi ses disciples ne jeûnaient pas comme eux, M. E. R^an rapproche ce dernier iait du premier, il identifie les pre-
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miers discijdes de Jean avec les deux ({u'il envoya de $ia prison, et il trouve ainsi le moyen de façonner un foit tout nouveau. « L'air de fête, dit-il, qui régnait autour de lui (Jésus) les surprit» Accoutumés aux jeûnes, à la prière obstinée^ à une vie toute éPaspirationSi Us bétonnèrent de se voir tout h coup transportés au milieu des joies de la bienvenue. »(P. 196.)
Que diraient M. E. Renan et toutes les écoles rationalistes pour présenter tel ovi tel fait de la révélation, les chrétiens prenaient ainsi çà et là quelques traits détaches afin de les irroupcr ensuite et d'en former un récit tout diûérent de celui des documents historiques? Toutes les %ures de l'éloquence ne leur suffiraient pas pour peindre leur indignation. Ce qui ne serait point permis au chrétien en faveur de la révélation^ ce qui n'est permis à aucun honnête homme qui étudie ou qui écrit l'histoire, M. E. Renan se le permet dans rintérèt de son système, et nous serions trèsétonné s'il ne nous trouvait pas bien hardi de lui reprocher son procédé.
Il en a un autre que nous livrerons, comme le précédent, à l'appréciation des hommes de bonne foi. Il consiste à glisser d'un pied léger sur les détails ou sur les faits qui contrarient ses hypothèses. C'est à ce dernier qu'il a recours en racontant Tentrevue de Jésus et des deux disciples de Jean.
On sait que M. Ë. Renan ne veut pas que Jésus ait cru d'abord à sa mission messianique, et qu'il attribue à saint Jean des doutes sur ce point. Ces deux assertions sont contraûres à tous les documents historiques de la vie de Jésus. Si Jean envoyait à Jésus deux de ses disciples, c'était pour savoir s'il était bien celui qu'il avait connu par inspiration être le Messie lorsqu'il
l'avait baptisé dans le Jourdain, et non [»as pour savoir si le Messie était venu, puisqu'il le savait.
Jésus, de son côté, n'avait jamais douto do ro qu'il était. Dès qu'il paraît dans le monde, dès l'âge de dix ans, il se donne comme le vrai Fils de Dieu chargé d'une grande mission par son Père. Dès le début de sa prédication, il multiplie les miracles pour prouver qu'il parle au nom de Dieu. Biais M. E. Renan ne veut pas qu'il en ait été ainsi et prétend que ce ne fiit qu'à l'époque de son entrevue avee les deux disciples de Jean qu'tY tChé* sUaitpkts guère sur son rôle de ifesne.(P. I96.)n serait bien impossible à notre romancier d'indiquer un seul texte à l'appui des prétendues hésitations de Jésus. 11 les invente donc, et s'appuie sur cette invention comme sur un fait. Il veut même que Jésus ait encore hésité un peu à ! 'époque de l'entrevue, puisqu'il affirme qu'il n'hésitait plus guère. Or, que dit l'Évangile?
« Jean ayant appris, dans ses chaînes, ks œuvres du Christ, lui envoya deux de ses disciples pour lui dire t tf Est-ce toi qui dois venir, ou devons*nous en attendre « un autre?» Jésus leur répondit : « Retournez an- « noncer à Jean ce que vous avez entendu et vu : les «aveuli voient, les boiteux marchent^ les lépreux « sont guéris, les sourds entendent, les morts ressusci- « tent, les pauvres sont évangélisés. Or, bienheureux « celui qui ne trouvera pas en moi une occasion de « chute ! » (Math., xi, 2 et suiv.)
Ainsi Jésus faisait des miniclos ; il les donnait comme une preuve qu'il était le Christ^ le Mesf^ic, Dieu luimôme revêtu de l'humanité. Il proclame bienheureux celui qui n'iiésitera pas au sujet de sa mission. Et M. Renan vojit que lui-même ait encore hésité alors I « Jésus, dit-il, qui dès lors n'hésitait plus guère sur son
propre rôle de Messie, leur éauméra les œuvres qui de^ voient caractériser la venue durayaume deùieUy la guérisan des malades^ la bonne nouvelle du saluiprocham annoncée aux paums^ » (P* 196.) De bonne foi, est-ce là le sens de la réponse 4e Jésus? Ne fit-fl cqu'éitmi^ rer les œuvres qui devaient caractériser la venue du royaume de Dieu? » Ne parla-t41 que de la gvériaom des malades? Jésus, d'après FÉvaugile, fit les miracles dont il parlait ; il ne guérit pas seulement des malades, il délivi a par sa puissance divine d'infirmités incurahles une foule de gens ; il ressuscita des morts ; il annonça, non pas un salut prochain, mais la parole de vérité aux pauvres, c'est-à-dire à ceux que l'on consi- • dérait comme des êtres inférieurs n'ayant aucun droit ni à la vérité, ni à la justice, et il dit aux disciples de Jean ; a Allez, et annoncez à Jean ce que vous avez vu et ce que tous avez entendu. » Ce ne fut point une théorie vague sur un avenir bypothétique qu'il leur . donna pour réponse, mais bien des faits dkins^ à fofh pui ^une mimtmdioine.
M. K. Renan n'ose pas dire que Jésus se soit vanté d'ceuvres qu'il nè faisait pas, mais il a soin de restreindre ces œuvres à la guérison de quelques malades et à la prédication des pauvres. « 11 faisait toutes ces œuvres, » dit-il (p. 196). Mais on sait déjà comment il les faisait, d'après notre écrivain. Quelques malades, travaillés des nerfs, recouvraient le calme en le voyant sourire. On sait aussi comment il a défiguré le sens de ces admirables paroles : « Les pauvres sont évangélisés. » Ainsi, M. Ë. Renan mentionne, comme en passant, les miracles de Jésus ; il a eu soin déjà et il aura soin plus tard de les réduire à des proportions insigni^ fiantes et ridicules ; il défigure le caractère que Jésus
ni-même leur donnait. Après avoir pris de telles précautions, il ne craint plus de diro : quil faisait lotîtes ces œuvres. Il semble ainsi admettre les miracles de Jésus, et, en réaliti\ il ne les admet pas. Nous laissons à chacun le devoir de caractériser, comme elle le miTite, cette manière d'agir ; mais dous doutons fort qu'il se rencontre un seul homme qui appelle cela de la franchise.
Notre émvain veut bien admettre la mort de Jean- ^ptiste, teQe qu*dle est raconté par les évang^stes^ mais nous avons tu que, par avance (ch. VI), il avait pris la précaution de plaider les circonstances atté^ nuanUs en faveur d'Hérodiade et de sa fille, et les circonstances aggravantes eontre Jean qui aurait bien pu se mMcr de politique. Ayant à revenir sur ce fait, il passe Iraèrement, comme s'il eût eu à marcher sur des charbons ardents, et se hâte d'arriver à sa théorie sur les ra])[irirts des deux écoles de Jean et de Jésus.
D'abord ces deux écoles n'ont pas existé, ce qui rend fort difficile en elle-même la thèse des rapports qu'elles auraient eus entre elles. Mais c'est là, pour M. Renan, une légère difficulté : il invente les deux éedes et leurs rapports. Si l'histoire n'existait pas, notre écrivain ne reculerait pas devant la tftehe d'en fabriquer une. Tel est le fait très-simple qui a fimmi matière è ses imaginations.
Jean-Baptiste parut dans la Judée, non pas avec une
doctrine à lui, mais avec celle des prophètes, et annonça que le Messie allait venir, selon les saintes Ecritures. Plusieurs Juifs crurent qu'il en était ainsi. On les appela disciples de Jean.Ce grand homme ayant reconnu Jésus pour le Messie, le fit connaître à quelques-uns *de ses disciples qui s'attachèrent à Jésus. D'autres, qui
n'ayaw&tpasea le mâme avantage, espéndABt tonjoun. Jean, étant en prison, entend parler des mirades de Jésoe. Il veut savoir s'il est bien le Messie quil avait connu sur les bords du Jourdain ; il lui envde pour
cela deux disciples qui ne le connaissaient pas encore. Après Ja mort de Jean, plusieurs de ses disciples s'atlâchèrent à Jésus, comme au Messie ; d'autres, sans doute, qiù ignoraient le témoignage rendu à Jésus par leur maître, restèrent avec le reste des Juifs, dans l'espérance de Celui qui devait venir.
Peut-on, de ces faits, déduire l'existence de deux écoles^ ayant des doctrines différentes, exerçant l'une sur Tautre une influence plus ou moins directe ? C'est Cendant ce que M. E« Benan a pensé pouvoir essayer»
Examinons ses preuves*
Après avoir raconté la mort de Jean, il ajoute que Jésus, (f craignant de la part d'Ântipas un surcrott
de mauvais vouloir, prit quelques précautions et se retira au désort, n Saint Mathieu, au([uel il renvoie, dit simplement que Jésus, après avoir appris la mort de Jean, se retira au désert. Le reste est dû à la riche imagination de notre écrivain. « Beaucoup de monde l'y suivit, a joute-t-il (p 198). Grâce àuneeX' trême frugalité, la troupe sainte y vécut ; on crut naturellement voir encêht un nUraeké » Ët notre écrivain ose renvoyer en note aux quatre évangélistes qui racontent unanimement que Jésus avec quelques pains et quelques poissons fit distribuer à plusieurs milliers de personnes une nourriture ri abondante qu'il y en eut de reste. Devant ce fût si explicitement attesté, M. E. Renan ne s'incline pas. II croit l'expliquer par la fruff alité extrhne de la troupe sainte. Il nous est plus diliiciie d admettre avec lui que plusieurs milliers de
g:ens, même très-sobres, aient pu vivre sans manger dans un désert, ({ue d admettre avec les évangélistes une intervention de la puissance divine pour les nourrir. Gomment n'a-t-il pas vu que le fait de la multiplication des paiiis a été raconté par les évangélistes à une époque où vivaient encore des milliers de témoins qui en avaient profité, qui auraient pu démentir leur récit? On crut naiurellmmt au miradey dit candidement M* E. Renan. Oui> sans doute, et natureiiemmt on devait y croire, puisqu'on Tavait vu. Geui qui l'ont vu y ont oni etn'ontpasdtoentilea évangélistes. Aprèi dix^huit sièdes, M. E. Renan vient nous dire que les évangélistes se sont trompés, que des milliers de té» moins ont cru voir ce (ju'ils n'ontpas vu, r]ue la multiplication des pains n'a pas été laite. A-t-ileu do graves raisons pour s'élever ainsi contre des milliers do témoignages? 11 n'en donne aucune et se contente de mettre son récit k la place de celui des évangélistes, et d'expliquer le miracle par l'extrême frugalité de la troupe sainte» Kt c'est avec de pareilles sornettes qu'un Mvant se croit autorisé à contredire le récit évangé** liquel
■ Il a jeté comme en passant son singulier récit du miracle de la multiplication des pains. Il revient à
son sujet, et, pour prouver que Jésus ne parla plus do Jean (ju'avec un redoublement d'admiration, apr^ès fa mort de ce grand homme, il traduit mal quelques pari»les prononcées par Jésus, avant la mort de Jean. (Matli., xi, 12, 13; Luc, xvi, \i'ï.) Puis il essaye d'exposer la tradition israélite sur celui qui devait être le précurseur du Messie. Il trouve entre cette tradition et certains passages du Zend-Avesta quelques rapports et se hâte de oondure p^on e$t très-porté à
croire que cette doctrine passa des Parsis aux Israélites. On est très-p(jrté ! le mot est charmant. Avec un peu moins de modestie, M. E. Renan aurait pu dire : je suis très-portp. On ! c'est trop général. Des savants ont remarqué en effets comme l'avoue M. Benan luimême enito/e (note 4 de la page 200), qiie, a aucun des (asta ponts qui impliquent vraiment l'idée de prophètes Mflsasdtés et précurseurs, n'est andm, » Dès lorsy on démit être Uès-portéà croire que la tradition fort ancienne des Israélites passa aux P&isis. Mais, non; M. Renan veut que l'on soit irè$'f>orté à qu'elle a passé des plus jeunes aux plus anciens , qu elle soit une tradition en sens inverse. Pourquoi? C'est que « les idées contenues dans ces textes /m/v/wsent bien antérieures à l'époque de la rédaction des dits textes. » (Ibid.) Jusqu'ici on a pensé qu'une idée n'est connue que par l'expression qui en est communiquée; qu'une idée exprimée dans un texte quelconque d'un lim ancien ne peut être que de la même époque que le texte; qu'il faudrait avoir des textes antérieurs pour prouver que les idées Vont été. MaÎB M. E. Renan Mt une distinction subtile entre les idées, et les textes par lesquds s^ il les connaît. Les textes sont jeunes, ditp^l, mais les idées sont vieUles. Le prouve-lril? Non. Mais il espère que ses lecteurs sympathiques le croiront sur parole et qu'ils admettront avec lui qu'une tradition d'un peuple relativement moderne a pu remonter les siècles pour se communiquer au peuple le plus ancien.
Avouons ([ue nos esprits-forts poussent un peu loin la crédulité dès qu'il s'agit de contredire la révélation.
Avec un peu plus d'attention, M* Ë. Renan eût
distingué deux traditions relativement aux précurseurs du Messie, comme il eût distingué deux avènements de ce môme Messie : l'un qui a déjà eu lieu, l'autre qui est réservé à l'avenir. La première fois, le Messie devait avoir pour précurseur une voix qui crU^ rait dans le désert : Prépares la voie du Seigneur, etc. Cette voixj c'était Jean-B^itiste que Jésus n'a appelé Elie que métaphoriquement» Au second avènement, le Messie aura pour précurseur Elle lui-même, qui n'aura pas besoin de ressusciter, comme dîtM. E. Renan, puisque, selon la Parole de Dieu, il n est pas mort, et qu'il a disparu seulement de la terre. M. E. Renan ne croit certainement j)as à cette disparition ; mais peu importe ; il n'en devait pas moins tenir compte pour ex~ poser exactement les traditions des peuples anciens. Quand il s'agit de cette exposition exacte^ un écrivain sérieux laisse de côté ses appréciations personnelles ; il critique s'il le juge à propos, mais d'abord il expose exactement et il ne confond pas les fidts et les témoignages pour en feire un amalgame anti-4iistorique, comme Ta fidt notre académicien. .
Jésus exalta Jean-Baptiste; personne n'en doute. Seulement il n'attendit pas pour cela qu'il fftt mort ; et tous les éloges cités par M. E. Renan se rapportent au temps où Jean vivait encore.
Les disciples de Jésus eurent les mêmes sentiment* que le maître. Personne n'en doute non plus. Mais au lieu de borner le respect des chrétiens pour Jean-Baptiste à la première génération chrétienne^ M. E. Renan aurait dû l'étendre jusqu'au dix-neuvième siècle, car, de nos jours, toutes lesÉgliseschrétiennes, sans exception, vénèrent Jean-Baptiste comme le plus grand des enfants des hommes. Si nousen croyons notre écrivain.
ce serait par suite du respoct des premiers disciples de Jésus pour Jean qu'on l'aurait supposé parent de, Jésus (p. 201); que Ton aurait supposé encore qu'il reœnnut Jésus pour le Messie dès leur première entrevue ; qu'il se reconnut son inférieur : «C'étaient là des exagérations^ dit gravement notre professeur m;)<7;'//Z*w5, la forme dubitative du dernierineaBagede Jean les réfutait sti//^a/;2mé»/. » Pardon, cette /orme nfoi^'^toe ne réfute rien du tout* Les éyangélistes racontent que Jean reconnut Jésus pour le Messie, lorsqu'il le baptisa sur le Jourdain ; qu'il le revit peu de jours après et qu'il lui rendit témoignage en présence de plusieurs de ses disciples, Jean est ensuite mis en prison par Hérode. Pendant ce temps, Jésus commence sa mission, fait des miracles dont le bruit pénètre jusqu'au saint prisonnier. Il ignore si le Ikaumaturge dont tout le monde parle est bien le même qu'il a reconnu pour le Messie et qui a commencé sa vie d'évangéUsation. U lui envoie donc deux de ses disciples pour s'en assurer. M. E. Renan doit savoir qu'à l'époque où parut Jésus^ une foule d'ambitieux cherchèrent à exploiter l'espérance générale des peuples qui attendaient le Messie, et qu'ils essayèrent de se faire passer pour ce Messie. Le vrai était venn dans le monde, Jean le savait; mais, sous les verrous, il ne pouvait aller vérifier lui-même si c'était celui qu'il connaissait dont les miracles et les prédications avaient laiit de retentissement. Il envoie donc deux do ses disciples pour s'en assurer. Celaprouve-t-il contre les faits antérieurs racontés par les évangélistes? Non, évidemment, et pour trouver là une réfutation suffisanté de ces faits, noti'e écrivain a vTaiment eu trop de complaisance en faveur de ses théories.
Passons sur le tableau de haute fantaisie que&it
M. E. Renan de Jean-Baptiste dans la légende chrétienne.
Nous relèverons seulement une fausse appréciation de notre écrivain : (C L'école rlc Jean, dit-il, ne mourut pas avec son fondateur. (P. 203.) Puis, il affirme que plusieurs disciples de Jésus Tétaient en même temps de Jean-Baptiste« Il y a là une étrange oonfiision d'idées qui dénote, dans M. Renan, des études par trop super» flcielles.
Rétablissons le fait dans toute sa vérité. On ne
pouvait ôtre en môme temps disciple de Jean et de Jésus, par la raison toute simple que le disciple de Jésus le regardait comme le Messie et que le disciple de Jean n'était tel que parce (ju'il se préparait à la venue de ce Messie. Seulement, parmi les disciples de Jean, la plupart étaient devenus chrétiens de fait en recevant le baptême de Jésus; d'autres, qui eroyaient en Jésus, n'avaient pas encore reçu ce bap* tême avec le complément d'instruction que donnaient les apôtres, et cela, parce qu'ils ne se trouvaient pas en des lieux ou en des drconstances favorables. Tel était ApoUo qui se trouvait à Ephèse. (Act., xvni, 2ly.) Ds devenaient entièrement chrétiens dès que les apôtres ou les hommes apostoliques leur avaient donné les instructions nécessaires.
Enfin, quelques fanatiques eurent pour Jean-Baptiste une espèce de culte, et ne se firent pas chrétiens. On découvre encore en Orient des débris de cette secte, qui ne fut jamais composée de vrais disciples de Jean, mais de Juifs qui ne voulaient être ni Israélites ni ohrétiens.
Tels sont les faits. M. Renan les a présentés avec une telle confusion qu'il est diUficile de les reconnaître dans
son roman, quoiqu'il en ait indiqué les principaux caractères (1). Il termine son chapitre sur saint Jean par ces paroles : «Jean avait bien vu de quel côté était l'avenir. S'il eût cédé à une rivalité mesquine, il serait aujourd'hui oublié comme la foule des sectaires de son tempg. Par l'abnégation, il est arrivé à la gloire et à une position unique dana k panthéon religieux de F humanité» 9 Que signifie ce pathos?
Jésus n'avait encore nén ens^^vi^lorsque Jean le vit. Depuis^, il n'eut pas de relations avec lui. Ce sont là
deux faits certains.
Pour les besoins de sa cause, M. Renan a ??/<? que Jean ait reconnu Jésus pour le Messie Iorsi[u'il le l)aptisa; il a 7we qu'il se soit humilié devant lui, et il regarde cette humilité comme une exagération des évangélistes. // veut que Jean ne Tait pas reconnu pour le Messie, même peu de temps avant sa mort, et il en donne pour preuve la forme dubitative de son dernier message.
n est vrai que nous l'avons vu auparavant abuser des textes évangélîqiies relatlfe è l'humilité de Jean, pour
(1) 11 parle en passant comme d'imilateurs de Jean de certains ascètes, sans faire attention qu'il avait affirmé ailleurs que Jean lui-même n'avait fait qxi*imiier d'anciens prophètes
par sa vie solitaire et pénitente. Parmi les imitateurs de Jean il cite « Jacques, celui qu'on appelait le fréredti Seignextr. » Il ajoute: « Il y apeuf-éfreici quelque confusion d'homonymes.» l^ourquoi? Il admet que ce Jacques, cousin de Jésus et non son propre frère, fut évêque de 'Jérusalem; et c'est Jacques, évêque de Jérusalem, qui fut un grand nscéle, selon Hégésippe cit(^ par Eusèbe; où trouver ]h trace de confusion? Le peutêtre de M. E. Renan n'a pas de sens et n'a pu lui être inspiré que par son désir permanent de laisser planer des doutes sur lés faits les plus certains.
s'en faire un appui dans son système sur les rapports de Jésus et de Jean.
Mais, en présence de ces contradictions, n'avonsnous [)as le droit de demander à M. E. Renan s'il pense véritablement ce qu'il a dit, ou s'il a la merveilleuse facilité de penser de toutes les manières possibles selon les circonstances? Il nie l'abnégation de Jean, et il afiSrme cette abnégation comme le principe de sa grandeur; il nie qu'il ait reconnu Jésus pour ce qu'il était, même dans sa prison et à la veille de sa mort, et fl affirme qu'il a si bien vu de quel côté était l'avenir, qu'il s'est humilié pour entrer dans le pati'théon religieux de t humanité. Notons qu'il lui donne dans panthéon une place unique^ loi*squ'il l'a déjà donnée à Jésus.
De bonne foi, Uenanistes, votre docteur est-ii un homme sérieux? ,