‹ E. Renan devant la science, ou réfutation de la prétendue Vie de JésusChapitre 13 sur 25 · CHAPITRE Xlli · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlli

Pi*eiuièi-e« tentative» sur Jénumleui.

Pourquoi M. E. Renan a-t-il ainsi intitulé ce cba« pitre? car il effleure à peine ce sujet. D avoue que Jésue allait chaque année à Jérusalem pour la fête de Pâques ; que plusieurs faits placés, sans chronologie, dans les Synoptiques ou premiers Évang^iles, ne peuvent s'clrt' [)aï^S('s qu'à Jérusalem; que saint Mathieu et saint Luc supposent ces voyages; il soutient même que Luc « a un scMiliuiiMit vague du système du quatrième Évangile sur les voyages de Jésus. » Pourcjuoi? Parce que dans son chapitre ix {VA , 54) il raconte un détail relatif au dernier voyagede Jésus à Jérusalem. Lia raison, conune on le voit, n'a pas grande valeur, alors même que le quatrième Évangile aurait un système sur les voyages de Jésus; ce que M. E. Renan est seul capable d'apprécier.

S'il eût voulu indiquér la première tentative sur Jérusalem, il eût dû remonter à l'époque où, Agé de douze • ans, Jésus fut trouvé dans le temple enseignant au milieu des docteurs. (Luc, ii, 41 et suiv.) L Évan::ile raconte un autre voyage a Jérusalem, quand Jésus y

fût transporté par Satan qui le plaça sur le pinade dn temple et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette**toî en bas. » Haïs notre écrivain est un trq[)'grand es[)rit pour croire à Satan et voir, dans le fait précité, autre chose

qu'une légende.

Saint Mathieu et saint Luc ne supposent pas ohmirémenij comme il le dit, plusieurs voyages à Jérusalem. Ils en parlent fort clairement en nous conservant oes paroles de Jésus : u Jérusalem^ Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois si voulu rassemblertes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes I et tu ne ne Tas pas voulu! » (Math., nui, 37; Luc, xni, 34.)

Ces paroles démontrent évidenunent que Jésus, pendant les trois années de sa vie d'évangélisation, ût do nombreuses tentatives sur Jérusalem.

Saint Jean rapporte qu'il y alla dès le début de sa prédication. « La Pàcjud des Juifs était proche, dit-il, et Jésus monta à Jérusalem. » (ii, 13.) L'année d'après, il s'exprime do même : a La féte des Juifs était proche, et Jésusmonta à Jérusalem. » (v, 1.) Enfin, saint Jean a indiqué, avec les autres évangélistes, le voyage pour la troisième Pâque, alors que Jésus fut mis à mort.

C'est sans doute l'indication de ces trois Pftques, qui oorrei^ondent aux trois années de l'évangélisation du Sauveur, que M. Renan appelle le système du qmtième Évangile sur les voyages de Jésus. S'il eût été im éorivain sérieux, il eût recueilli avec soin ces indications de Jean qui lui eussent servi k dresser une chronologie évanpélique très-exacte; il n'eût eu pour cela qu'à enclaver, dans ces trois années parfaitement indiquées, les faits racontés y^or ordre \u\r saint Luc, en partant de celte idée admise par tout le monde : que

saint Jean, dans son quatrième Évangile^ n*a voulu que compléter les précédents.

Enfin, avec un peu plus d'impartialité, il n'eût pas plus imputé à saint Jean qu'aux autres évangélîstes

des transpositions de date, ou un mélange de circonstances appartenant à divers voyages. 11 fonde ce reproche sur ce fiit : que les trois premiers ovangélistcs racontent qu'à son voyage pour la troisième PAque, Jésus chassa les marchands du temple, tandis que Jean raconte le même fait lors de la première Pâque.

Il suffît, pour répondre à robjection de notre antagoniste, de Mre remarquer que, chaque année, le même trafic se renouvelait dans le temple de Jérusalem. Jésus put donc chasser les marchands deux fois, et même trois fois. Qui a dit ii M. E. Renan que la chose nëtait arrivée qu une fois?— Mais le fait se ressemble. — Sans doute, mais aussi l'abus était le même et se renouvelait chaque année.

Pouniuoi ne croirions-nous pas avec Jean que Jésus chassa les marchands du temple lors de la Ptlfiiio (ju'il céléb ra à J é ru sale m 1 a premi è r e a n n é e de sa [ » ré d i f a t i (.) 1 1 ; et, avec les trois autres évangélîstes, qu'il les chassa encore lors de la troisième Pâque? Nous ne voyons à cela aucune difficulté. Après s'être appuyé sur ce fait pour mettre les évangélîstes en contradiction, M. Ë. Renan l'a donné plus loin comme un on dit {j^» 214). S'il n'est pas certain à ses yeux^ pourquoi a-t-U essayé de le donner comme une preuve des contradictions des évangélîstes? U foUait le nier, et dire pourquoi on ne devait pas sur ce pointcroire aux témoignages des historiens de Jésus.

Les notes du quatrième Évangile sur les voyages de Jésus à Jérusalem ne sont donc pas très-confuses^

comme h prétend notre écrivain (p. 205); elles sonl au contraire fort claires et elles jeUenide vives luimèra sur la chroD(dogie évangélique.

D'après k quatrième Evangile, le voyage de la première PAque eut lieu avant Temprisonnement de Jean-Bi^tiste» c'estnànlirey dès le début de la préélea^ tion de Jésus, et aussitôt après les noces de Gana. « C'est âeefv^il me semble, dit M. Renan, Fan 31, et certainement après la mort de Jean qu'eut lieu le plus important des séjours de Jésus dans la capitale. » (P. 206.) Notre érudit n'en sait rien, il ne peut fonder sur le plus léger prétexte son il me semble. Les faits rapportés par le quatrième Evangile aux deux premiers voyages sont d'une ^ale valeur; pourquoi donc mettre le second au-dessus du premier ? Quant à nous, U nous semàkraù plus naturel de regarder le voyage de la troisièmifr et dernière PAque oomipe le plus important, à cause des fidts qui y eurent lieu et des' enseignements qui y furent donnés.

Après avoir jeté ainsi quelques phrases vagues et inexactes sur les voyages de Jésus à Jérusalem, M. E. Renan critique la scholastiquc juive, barbare, absurde . sans compensation^ dénuée de tout élément moral (1). n s'étend sur le mépris de Jérusalem pour la Galilée et en particulier pour Nazareth qu il affecte d'appeler la vUk natale de Jésus. (P. 20d.) Jésus est né à

(1) Il met en cet endroit celle note : « On en peut juger par le Talmud, écho delaschoi&stique juive de ce temps.» (P. 207.) Et e^efet ee livra que M. E. Rtnan a. indiqué' eomme une source pour la vie de Jésus, source qu'il place an nlTeau des

Evangiles, quoique le Talmud, absurde, fiarbare, sam élément moral, n'ait été compilé qiie.pluMurs siiclu après l'époque de Jésus.

lu* mus. SI

fisUiléem, monèieur RéilAfi ^ l'Evangile le dit, et nous Sfont anéanti \h ^uYi^^ objections qneimnmt ùp* posées au témoignage des éirangélidtetf«

Vient entttUe la deicdpticm de ^énisalein et de ses ettviioni« fin poiteot des ttonimients^ nMte écrltaitt gUsM en passant une peltM UMinoadon destinée à fidre croire qne Jésot était ennemi des arCd. ir lésus, dit^il (p. 211), qui enifisagcait les ouvrages d'art comme un pompeux étalage de vanité, voyait tous ces monuments de mauvais œil.»— Etles preuves ?— Renvoi au texte où saint Mathieu (xxin, 27, 29) compare les srribes et les pharisiens hypocrites à des sépulcres blancs qui au dehors paraissent beaux, et qd au dedans sont remplis d'ostements et de pourriture.

Renflé à un autre teite du même Mathieu qd rapporte 1 et sniv.) que Jésus étant sort! du temple^ ses disciplee lui en faisaient remarquer les con-stmctkms, et que Jésus, à cette oecarîon, leur prédit que tout cela serait détruit et qull n'en resterait pas pierre sur pierre.

Renvoi h. saint Marc qui raconte ce même fait (xm, 1 et 8uiv.). .

Renvoi à saint Luc (jui expose les [)rophétics de Jésus contre Jérusalem (xix, 44) et contre le temple (xxr^ 5 etsuiv.).

De toot c^ M. £. Renan conclut que Jésus n'afmait pas les ouvrage» (Tarty qu'il les voyait d'un mauvais œiij h cause de son sjnrituaUsme absolu et de son opinion arrêtée que la figure du viem monde aUêtit passer» (P. 2ii.)M. E. Renan n'a rien compris à l'enseignement de Jésus relatif au vieux monde,et il en tire une conséquence ridicule qu'il n a pu appuyer que sur des preuves qui n'en sont pas.

Ea parlant des constructions nouvelles ajoutées au temple sous Hérode, M. E. Renan prétend que JésuS les vit « non sans quelque humeur secrète. Ces espérances d'un long avenir étaient comme un insulte à son prochain avénemmt. Plus clairvoyant que leâ in* crédules et les fanatiques, il dmnaU que ceti superbeâ constructions étaient appelées à une coufte dul'ée. ii (P. 211, 112.)

Et notre écrivain , pour prouver ce qu'à avaiice^ renvoie aux évangélistes qui ont raconté que Jésus/?^ dit positmemeni la ruine de Jérusalem et du temple^ II ne veut pas croire à l'esprit de prophétie ; il aime mieux altribuer à Jésus une clairvoyance exception-^ nelle et quelque humeur secrète. Alors pour(|uui en appelle-t-il aux évangélistes, qui admettent la prophétie de la mantére la plus explicite, et qui ne peuvent par conséquent laisser le moindre prétexte à la prétendue humewr secréie que notre écrivain a inventée pour les besoins de sa cause ? Est-il permis d'eU appeler h àeê liistoriens à l'appui d'une idée, kvrsclue oette idée est positivement contredite par eux ?

Notre romancier s'étend ensuite lotiguement su^ U sacerdoce juif à l'époque où Jésus parut à Jéru9il«n« C'était pour dire que Jésus n'aimait pas plus les prôtres^ sadducéens pour la plupart, que les pharisiens. Puis il ajoute : « Etranger et sans crédit, il dut longtemps renfermer son mécontentement en lui-même, et ne communiquer ses sentiments qu'à ia société intime qui l'accompagnait. » (P. 218.) On ne pouvait contredire plus positivement les évangélistes qui, dès le début de la prédication de Jésus, mettent en scène des phari-^ siens et dMsadduoéeos qui lui tendent des pièges, qui Hn posent des questions insidieuse»/ et auiquelt il

adresse les leçons les moins voilées 9ur leur hypocrisie et leur incrédulité. Jfésus ne renferma jcnnais en luimême ses sentiments touchant les pharisiens et les sadducéens, TEvangile tout entier l'atteste à tontes ses pages. M. Renan veut qu'il les ait renfermés longtemps^ et cela sans en donner la moindre preuve. Toujours la même bonne foi !

Cette bonne foi éclate encore dans les affirmations suivantes :

Jésus ne semble pas avoir fait la connaissance de la famille de Béthanie avant son dernier voyage à Jérusalem, peu avant sa mort. (P. 219.) La famille de Béthanie était celle de Lazare, Marthe et Marie. Ils étaient déjà amis de Jésus lorsqu'il ressuscita Lazare ; et cette résurrection eut lieu avant la troisième Pftque.

Autre preuve de bonne foi de notre écrivain : en pariant de Nicodème et de ses relations avec Jésus , M. Renan se hâte de dire en note : « On est certes libre de croire que le texte nièiiic de la conversation n'est qu'une cn''ation de Jean. )) (P. 220.) Pourquoi? Parce que Nicodème vit Jésus pendant la nuit. Mais qui a dit à M. Renan qu'il le vit sans témoins, que Jean, Tami intime de Jésus, n'était pas un de ces témoins? Jean ne donne-t-il pas la conversation comme textuelle ? Pourquoi donc affirmer qu'on es< Ubre de la croire de son invention? Si notre romancier a voulu dire que personne nepeutle forcer à respecter saint Jean, il n'a dit. qu'une banalité; il a tant usé et abusé de cette li« berté qu'il n'a pas besoin de dire qu'il la possède ; mais s'il a prétendu que, de bcvme foi, on pouvait librment dénaturer le témoignage de saint Jean, il nous permettra de ne pas être de son avis. Si saint Jean est un historien grave et bien renseigné, comme nous l'avons

prouYé, sôn témoignage a une haute valeur historique, et Ton ne peut de bonne foi le dénaturer par esprit systématique.

Encore une preuve de bonne foi ! Jésus n'eut pas de

succès à Jérusalem, surtout lors de ses premiers voyages. (P. 2l9.)((Le chan/Kint docteur, qui pardonnait à tous pourvu qu'on l'aimât, ne pouvait trouNcr beaucoup d'écho dans ce sanctuaire de vaines disputes et des sacrifices vieillis. )) (P.iJ19.) LQc/iarmmit E. Renan a oublié que saint Jean, parlant du voyage de la première pAquc, s'exprime ainsi : a Lorsqu'il était à Jérusalem pour la fôte de Pâques, èeauetnqi crurent en kdy en voyant les miracles qu'il foisait » (Cfaap. u, 23.) Ce fut alors que Nicodème, un des hommes les plus éminents d'entre les Juifs, le vînt trouver. Mais, selon M. Renan, Nicodème ne se fit pas chrétien. (P. 220.) Cependant toute la société chrétienne primitive le compta parmi les siens et le vénéra pour sa sainteté. Mais ce témoignage a-t-il de la valeur contre celui de M. Renan qui lit dans le passé sans livres, sans documents?

Notre écrivain termine son chapitre en disant que Jésus rapporta de Jérusalem l'idée que l'ancien culte devait être aboli, et remplacé par un culte universel. Là* dessus, il &it de grandes phrases qui ne prouvent qu'une chose : qu'il ne possède même pas les notions élémentaires du christianisme.

Comment, lui qui prétend connaître si bien l'Ancien et le Nouveau Testament, n'en a-t>il pas compris le premier mot? Oui ne sait que le ciilte juif était essentiellement local et transitoire ; que le but de son institution avait été la conservation de la promesse du Messie; que ce Messie, en venant dans le monde, devait abolir le culte figuratif institué pour entretenir l'es-

pérance de sa venue, le remplacer par un culte destiné à tous les peuples du monde appelés à connaître l'envoyé de Dieu? Les écrits prophétiques comme les Évangiles sont remplis de cette doctrine; et M. Renan en fait une idée révohiihnnaire que Jésus rapporta de Jérusalem après 7 avoir vu les vices du sacerdoce juif? Si M. S. Renan a lu la Bible et l'Évangile, il faut convenir qu'il a des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre, puisqu'il n'y a pas m<*'mc aperçu une doctrine fondamentale, esseiitirllo, sans laquelle l'Ancien Testament est aussi incompréhensible que le Nouveau.

Par ce qui précède, on a pu remarquer que M. Honan, sous le titre de Premières teîiiativcs sur Jéntsalem^ a parlé longuement de beaucoup de choses, et fort peu et très-mal de ce qui devait être son sujet principal. Trop ennemi des évangélistes pour étudier sérieusement leurs récits et y mettre un ordre &cile, il effleure les questions, il voltige ^ et là, traitant tout superficiellement, jetant & pleines mains les contradictions^ et ne se préoccupant que d'une chose : saper hypocritement la foi dans les hommes ignorants, et rabaisser Jésus- Christ, en couvrant son mépris de quelques éloges fades et insignifiants, lorsqu'ils ne sont pas ridicules et impies.

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