CHAPITRE XIV
M. E. Renan commence ce chapitre par un résumé de ses propres opinions, dont il fait celles de Jésus.
Parliaine [)our 1ns prAtres juifs, Jésus aurait dédaigné tout ce qui n'était pas la religion du cœur, k ï^es vaim» pratiques des dévots (1), dit-il (p. 22 i), le rigorisme extérieur') qui se fie pour le salut h des simagrées, ravalent pour mortel ennemi. Il se souoiait pea du jeûne; il préftait le pardon d'une injure au saerffioe. L'amour de Dieu, la charité, le pardon réeiproqiie, voilà toute sa loi. Rien de moins saoerdotal. »
(I) Ici M. Henan renvoie au ch. xv, vera. 9, de saint Mathieu. Nous y lisons: « C'est en vaia qu'ils me rendent un culte, epseignaot les doetrioesatlsseomintiidaiiiaote detlioBiiiie«.f
Dans tout le chapitre, Jésus reproche aux pharisiens, non leur dévotion, mais la faussée dôvotion qu'ils avaient mise à la place do la vraie qui consiste dans h cuUe foiidc sur la ^rolc de Dm cl nou sur les traditions d^s hpoioiet;. M. Renan avait sans dente ses raisons de dissitnulei la Tra|e doctrine de JôsnsvCliristBur la dévotion.
On sent en tout ceci rez-fléminariste insuigé contre les sottes dévotions des Sulpidens. S'il n'eût que ri-
diculisé ces simagrées^ nous eussions été de son avis.
Mais il a eu tort de les confondre avec la vraie dévotion et de prétendre que Jésus, en les condamnant, a aussi condamné la dévotion, et toute pratique de culte extérieur.
Jésus voulait un culte extérieur, mais uni à un culte de sentiment sans lequel le premier n'est qu'hypocrisie. Le juif, comme le païen, croyait fléchir Dieu par de longues prières vocales dans lesquelles le eœor n'était pour rien. Jésus veut la prière vocsle, mais il veut ausû qu'elle ne soit que l'expression du sentiment intérieur. M. E. Renan a cité lui-même avec éloge celle que Jésus a apprise à ses disciples et dans laquelle nous avons trouvé des preuves qui détruisent de fond en oomhle le système de notre antagoniste sur la doctrine évangélique. S'il n'avait pas voulu de prière, en eût-il enseigné une? aurait-il dit à ses disciples : « Lorsque vous priez, ne faites pas comme les hypocrites qui aiment à prier en se tenant debout dans les synagogues • et à l'angle des rues, afin d'être mti par les Aoamm. En vérité, je vous le dis, ces gens ont reçu leur récompMise. Mais toi, quand tu prieras^ entre dans ta cham^ bre^ et ayant fermé la porte, prie ton Père en secret : et ton Père, qui voit dans le secret, t'en récompensera. Quand vous priez, ne vous perdez pas dans dé vaines paroles, comme les paTens ; car ils pensent que c'est en parlant beaucoup qu'ils sont exaucés... Vous prierez donc ainsi : Notre Père qui es dans les yeux, etc. » (Math., VI, f) et suiv.)
Jésus n'a donc condamné que la prière purement vocale, faite par hypocrisie.
S'il 5? souciait peu du Jeune, comment a-t-il dit à ses disciples :
u Lorsque vous jeiinez, ne soyez pas tristes comme les hypocrites qui se défigurent pour faire voir aux hommes qu'ils jeûnent. En vérité, je vous le dis, ceuxci ont reçu leur récompense. Mais toi, lorsque tu jeûim, parfume-toi la tôte et lave ton visage, afin de ne pas paraître jeûner aux yeux des hommes, mais seulement aux yeux de Diea^t fen réeompemera. » (Math., VI, 16 et suiv.)
Le jeûne, comme la prière vocale, sont donc deux bonnes choses dont Dieu nous récompensera^ si nous les faisons sans hypocrisie.
Il préférait le pardon d'une injure au sacrifice. Oui, sans doute, mais il ire.xcluait pas le sacrifice comme moyen de rendre un culte à Dieu, et M. Renan a pu en trouver la preuve dans les textes de saint Mathieu auquel il renvoie :
0 Si tu offres ton présent à l'autei, et que, là, tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, . laisse ton présent devant tituiel, va d'abord te réconcilier avec ton fir^ ; puis, reviens offrir ton présent,» (Math., V, 23.) Jésus ne condamnait donc pas le sacrifice en lui-même, comme objet de culte. S'il dît ailleurs : qu'il veut la miséricorde, et non le sacrifice, il n'entendait pas ici, comme le prétend M. Uenan, le mot sacrifice dans le sens d'objet du culte (Math., xi, 13; xn, 7), mais depunition du coupable. «Je veux, dit-il, la miséricorde et non le sacrifice, car je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs,,. Si vous aviez connu cette doctrine : Je veux ia miséricorde et non le sacrifice, vous n* eussiez jamais condamné des innocents. »
Si M. Renan lient k ce que le moi Meri/kê soit entendu ici dans le sens qu'il lui donne, il dem dn moins oonvenir qu'en préfi$ntnt la mîsérleorde au sacrifice, Jésus-Ghrist n'abolissait pas ce dernier*
L'ûmour de Dieu et du prochain est toute la loi de Jésus, selon M. Renan. Oui, certainement, mais (|u'est-ce que Jésus entendait par amovr do Dint? tétait -ce un sentiment vague se rapportant à un être qui n'existe pas? Notre écrivain le pense ainsi, sans doute, puisque Dieu pour lui n'est qu'tm ralliai qui
est pa$ encore obtenu (1). Mais, pour Jésus, Dieu est un être réel, personnel, qui nous a prescrit des devoirs; que nous devons aehrer, prier; auquel nous devons rendre un culte ; qui nous récompensera dans le inonde futur, ti nous l'avons servi comme il Ta prescrit. C*est l'ensemble de ces sentiments que Jésus désigne par le mot amour dr Dieu. L amoiir du prochain consiste à aimer son soml)lal)le, même son ennemi; à faire du bien à tous autant qu'^^n 1p peut. L'amour de Dieu et du [)rocliain sont ainsi In r(''sumé de toute la religion chrétienne. M. Renan a donc dénaturé la doctrine de Jésus-Christ, en donnant à entendre que ^ ffmourdeDieu n'était, selon ce divin Maître, qu'un sentiment vague, indéterminé, sans objet, eidusif de tout acte religieux. Jésus ne voulait point de culte purement extérieur, voilà pourquoi il condamnait ceux qui disaient seulement de bouche : Seigneur I deigneur (2) !
(1) Telle est la thèse qu'il a soutenue dernièrement dans la Meoueâes Bcuap-lfomitt.
(2) M. E. Renan (p. 225) tvadoiti «Babbil R«bbll»Uteile
grec dit Kuîte, Seigneur, et le texte latin /)o77j me, c'est-à-dire, aussi Seigneur. Le mot Rabbi n'est qn'un terme honorifique ^ui ne donnait que l'idée de Docteur ou Maître; les évangô-
«t qui ne faisaient point la volonté de son Père; ceux qui « honorniont Dieu seulement des lèvres et dont le cœur était loin de lui. »
Notre romancier est tellement préoccupé de l'idée de sa religion sans rite extérieur qu'il ose affirmer que le baptême lui-même n'avait pour Jésus qu'tm« tm« porUmeesecondaire. (P, â25,)0uclle preuve en donner t<-il? Il indique ce texte de saint Mathieu ; a Jésus ré«pondant (à Jean-Baptiste) lui dit : Permets pour le moment ; car il coiivientque nous accouiplissions toute justice. » Ainsi, Jean par respect pour Jésus ne se trouve pas (Vifim- de lui donner son baptême, Jésus insiste pour le recevoir, et M. Renan conclut de ce fait que le baptême n'avait aux yeux de Jésus qu'une m»porktim mondaire. U affecte de confondre le baptême figuratif et transitoire de Jean avec le baptême chrétien ; il affecte de ne pas distinguer entre Jésus, qui n'avait certes besoin d'aucun baptême, en sa qualité d'Hamm0-Diêu^ et les hommes ordinaires, et il tire la conséquence que nous avons vue. D'abord cette consé»* quence ne ressort pas du text«^ indiqué; déplus, elle contredit ces autres passa'^cs de l'Evauf^ile : « Allez, instruisez toutes les nations, /es baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ; leur apprenant h observer tout ce que je vous ai prescrit. » (Math., xKvuî, 19.) Y.^i'Gt]k une légende? N'est-ce pas un ordre formel donné aux apôtres, c'est-èniire à des prôitrès, eonsacrés par Jésus lui-môme^ de prêcher les
listes s'en servent en ce sens. Dans le texte ci-dessus, ils se sfltTeat 4tt mot Seiqnmr %p\ donne l'idée de Jésai considéfé
wmw JHeUj puisqu'on lui adresse des prières. M, E. Benan n*a pas mh\ < i tte nuance, ou bien il ayaitses raisons ponr ne la pas faire ressortir.
nations, de les baptiser, de les instruire des commandements du Maître ? Le baptême était donc de première nécessité, aux yeux de Jésus ; il était aussi nécessaire que la connaissance de sa doctrine et la pratique de ses commandements.
Jésus dit encore : « Celui qui croira et sera baplùé sera sauvé, i» (Mare, xvi, 16.) U cohsidéFait donc le baptême comme nécessaire au salut. On voit, par le livre des Actes, que les apôtres exécutèrent les ordres du Maître et qu'ils baptisaient tous ceux qui croyaient. M. Renan passe par-dessus tous ces textes, et après en avoir indi(jué lui de saint Mathieu qui ne dit rien de favorable à sa thèse, il renvoie à la première épîlre aux Corinthiens, (i, 47.)Saint Paul dit en cet ondroil : «Car le Christ ne m'a pas envoyé baptiser, mais prêcher. » M. Renan ne pouvait donner une preuve plus éclatante de mauvaise foi. Il suffît en effet de lire ce qui précède les paroles indiquées, pour voir quesaint Paul n'a point exprimé Hdée que notre écrivain lui préte^ H reproche aux Corinthiens de s'être divisés en pluâeur» Églises, selon qu'ils avaient été baptisés par Paul, par Apollo ou par Pierre. « Avez-vous été baptisés au nom de Paul? leur dii-il; je remercie Dieu de n'avoir baptisé parmi vous que Cris[)us et Gaïus, de peur qu'il s'en trouve parmi vous (jui disent qu'ils ont été baptisés en mon nom. J'ai aussi baptisé la famille de Stephana. Je ne sais pas si j'en ai baptisé d'autres, car le Christ ne m'a pas envoyé baptiser, mais prêcher, etc. » li est évident que saint Paul voulait dire.que sa mission particulière était plutôt de prêcher que de baptiser; que d'autres baptisaient ceux qui croyaient d'après sa prédication. Le sens de ses paroles est tellement clair, qu'un écrivain qui se respecte et qui respecte ses leo-
teurs n'oserait jamais les indiquer à l'appui d'une théorie comme celle de M. Renan.
On pourrait multiplier les textes pour prouver que saint Paul avait, au sujet de h nécessité du bt^éme^ la m6me croyance que.les autres apâtres, la même doctrine que Jésus-Christ. Mais à quoi bon? M. Renan le sait bien ; lés chrétiens le savent ; ceux qui ont lu le Nouveau Testament le savent. Quant aux Renanistes, ils se garderont bien de lire les écrits aj)ostoliques et notre réfutation du roman de leur u:rAX\à homme.
11 tombe dans une nouvelle erreur en disant (p. 226) que Jésus violait ouvertement le sabbat, qui . était le jour de la semaine consacré au culte de Dieu. Pour preuve il indique les passages des Évangiles où Jésus reproche aux pharisiens d'avoir mis leurs traditions à la place de la loi de Dieu. Ceci prouve que Jésus n'observait pas les tradUiom des Pharisiens sur le sabbat; mais n'observait-il pas la loi eUe même? Nonseulement il l'observait ; mais il enseigna qu'w?e iota, un point, ne serait pas effacé de la loi. (Math., v, 18.) Aussi les chrétiens l'ont-ils conservée pour être fidèles à l'ordre du Maître ; et leur loi morale est la même que celle qui fut donnée par Dieu à Moïse sur le mont Sinaï. M. E. Uenan croit-il que l'on n'observe pas une' loi, lorsqu'on blâme les abus dont elle a été roccasion? Non, sans doute. Pourquoi donc prétend-il que Jésus violait le sabbat, parce qu'il ne suivait pas les traditions, hypocrites et ridicules des pharisiens touchant l'observation du jour consacré à Dieu?
M. Renan a condensé en deux pages de préliminaires toutes les erreurs que nous venons d'indiquer, n a même trouvé moyen d'accumuler dans cet étroit espace des accusations contre les dévots et contre les
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préiresi Noils n'atttchoni tucuiie iiDportsDce à oes diatribes. Nous savoDS, aussi bien que lui, qu'il y a de mauTais prêtres et de faux dévots; que Jésitô-Gfarist
a condamné les uns et les autres. Mais nous savoDS aussi, et M. Hcnan ne l'iifnore pas, qu il y a des prôtres que Jésus n'a pas condamnés; que ce divin Maître n'a pas condamné les dévots, c'est à-dire , les honniies sincèrement pieux, mais seulement les liypocrites. Nous compreuoES que, p' mr les besoins de sou système» notre ex-séminariste ait déversé les flots de sa rancune contre le sacerdoce en général, et qu'il n'ait voulu voir que des bypocrites dans tous les hommes vraiment religieux ; mais nous lui apprendrons qu'il y a une hypocrisie pire encore que celle des faux dévots et des mauvais prêtres : c^est celle d'un sceptique qui ne croit pas en Dieu et qui parle sans cesse de Dieu ; ({ui blas* phème Jésus- Christ, et qid le dit cliarmant! qui l'ait du Sauveur un imposteur et qui l'appelle honwie divin ! qui en l'ait un huntnic ujnoranl vt ridicule^ et qui l appelle Dieu ! qui exalte lu doctrine de l l^vangile, et qui déuature avec impudence ceftc doctrine ! qui accumule des textes pour tromper les ignorants par do fausse science^ et qui sait bien que ces textes ne prouvent point ce qu'il avance !
Nous ne connaissons pas de pire hypocrite qu'un tel sceptique* Nons détestons, avec Jésus^ ceux qui spé^ culent sur la religion pour se Cure valoir ; mais celuilà n'est-il pas phis détestable encore qui spécule sur le mensonge, sur l'erreur, sur le blasphème, pour sé** duîre les ignorants et se faire croire ce qu'il n'est pas?
Flagellez les hypocrites, monsieur E. Renan. Vous ferez bien; mais commencez vous-même par ne pas l'être.
V(Hilant parler des relations deiéuù» iTOdkMpatdAdy M. E« Renan débute ainsi à «( U M contiAittait pÊâ as-> ses les Gdntils pout songer h Ibnder sui* leur oonveiv sion quelle chose de solide. » (P. Préeédem^ ment il a admis que Jésus avait pour but de fonder une religion uniT^ette, destinée à tous les peuples, et ilon circonscrite dans la Judée et destinée seulement aux Juifs. Gomment concilier ces deux assertions? comment concevoir que Jésus ait voulu ùta!)lir une relieioii pour tous les peuples sans exception et qu'il n'ait point songé à convertir les païens, puisque, à part les Juifs, tous les peuples l'étaient ?
Notre antagoniste a aperçu cette contradiction et il cherche à la mettre sur le compte de Jésus ou de rÉvan^^ gile. n a recours pour cela h m procédé qui fait peu d'honneur à son intelligence, si l'on tient à ce qu'il y . ait eu recours de bonne foi.
Ne pouvant dissimuler que Jésus ait destiné rÉvan* gile à tous les peuples, il cherche d'abord à transformer ce but positif en aspiration un peu vague. 11 passe rapidement sur les paraboles et les prophéties dans lesquelles Jésus enseigne positivement la vocation de tous les peuples au christianisme; il les atténue, puis il m rapproche des ordres qui auraient eu, suivant lui, une tendance contraire : u II semble, dit-il, leur (à ses apô^ très) recommander de ne prêcher le salut qu'aux seuk Juifs ortliodoxes. » D'abord ce dernier mot est coa* traire aux textes de rÉvangile indiqués par Hcnan lui-même et dans lesquels Jésus dit expressément de prêcher aux breim de la mmon^ Israël qui ont périt (Math^> X, G.) Le mot U semble est aussi de trop, car Jésus donna à ses disciples tordre fannelàtîM prêcher^ ni aux Samaritains ni aux puens* On le voit Mieofe
dans les textes indiqués par M. E. Uenan lui-même : «Jésus envoya les douze apdtres en leur donnant cet ordre : « N'allez pas dans le pays des Gentils et n'en* « trez pas dans les irilles des SaiDaritaiDS.)»(Matb. z, 5.)
Ainsi notre écrivain atténue deux fiiits qui ne souffrent pas d'atténuation dans rÉvangile, afin de laisser planer sur eux quelque chose de vague qui ressemble à de la contradiction.
Mais ces deux faits ne sont-ils pas en effet contradictoires? Non. Lorsqu'on connaît la Bible et surtout l'Évanf^Mle, on sait que la mission du Messie avait |iour but principal le i)CMple juif, prodestiné à conscrNorla promesse de l'Envoyé de Dieu et à ie l'aire connaître au monde. La mission de cet Envoyé consistait donc à se &ire connaître des Juifs, et à choisir parmi ce peuple ceux qui devraient évangéliser le monde. Voilà pourquoi, pendant les trois années de sa prédication, Jésus . concentra toute son action et celle de ses apôtres en Judée ; voilà pourquoi encore^ avant de quitter la terre, il dit à ses apôtres, à tous ceux qu'il avait élus pour prêcher sa doctrine : « Allez, enseignez toutes les nat'ous et baptisez-les.» L'l'^\ungile n'avait pas un caractère local, national; Jésus enseigna ainsi constamment; mais tous les peuples ne de\ aient être évangélisés qu'après l'accomplissement de la mission messianique auprès du peuple d'Israël ; Jésus l'enseigna avec non moins de clarté. Qu'y a-trillàde contradictoire? Pourquoi avoir recours à un système d'<i^/eniiahons et de réticences pour entourer cet enseignement certain, évident, de vague, d'incertitudes, de contradictions? n est possible, dit M. Renan, que les disciples n'aient pas bien saisi les paroles de Jésus ; il est j[)ossible aussi que Jésus lui-môme ait varié r^ativement aux Juifs, comme Ma-
homet. (P. 229.) «La tradition, ajoute-t-il a\cc un sérieux qui va jusqu'au comique, prête à Jrsus deux règles de prosélytisme tout à fait opposées et qu'il a pu pratiquer tour à tour. » Vraiment? mais voyons ces deux règles : « Celui qui n'est p(is contre vous est pour vous ; celui qui n'est pas avec moi est contre moi. » Une lutte passionnée, ajoute notre grave philosophe, entraîne presque nécessairement ces sortes de oontradictions. (P. 329.)
M. E. Renan fera bien de mettré encore sur son propre compte les prétendues contradictions qu'il reproche d la tradition, D*abord^ pourquoi cette expression? C'est Jésus lui-môme qui a dit : « Celui qui n'est pas avec moi est contre moi, » Et il l'a dit dans ces Xc^/at de Mathieu que notre antagoniste admet comme authentiques, quoiqu'il les contredise constamment. (Mathieu, xii, 30.) C'est lui aussi qui a dit à ses disciple$ : ({ Celui qui n'est pas contre vous est pour vous.» (Marc, ix,3û.)L'Évangéliste saint Luc lui attribue ces deux sentences, comme saint Mathieu et saint Marc. Pourquoi donc, encore une fois, parler ici de tradi^ Oon?
Mais, du moins, notre^rivain a-t-il raison de trouver delà contradiction entre ces deux nuudmee? Il n'eût même pas songé à le fure s'il les eût comprises ; et il les eût comprises, s'il eût daigné lire sérieusement rÉvangile.
En disant : « Celui ({ui n'est pus avec moi est contre moi, )) Jésus a parlé d'une manière générale pour exprimer cette idée ; que l'on est chrétien ou qu'on no l'est pas. Notre philosophe trouverait-il un moyeu terme? nous n'en serions pas étonné. Les Allemands Itii ont fourni tant de subtilités que nous ne serions m* fàxoM, 22
pbini sutprié de rentèndre êoutenir que l'on peut en iûétûe térûpi ètt^ de t^Ue tnàniërd il être d'une mA«
nière opposée. Quant à nous, qui n'allons pas au delà du Rhin chercher d'aupsi belles choses, nous sommes assez partisan flu sens commun poUr admettre què ^luîqui n'est pas chivtien ne l est pas. Mais alors pourquoi JcsUs a-t41 dit à ses apôtres : u Celili qui îl*èst pai contre vous dst pour vous?» L'Évangile nous l'apprend. Au lieu d'indiquer seulemènt le texte^ selon le pràùédé ilÊHàfl, dtons-le ti^tuelleâient : « Jean dit à Jésttà : MflltM, flous àvotm tu un iuditidu qui ohai» Mit te« détnottâ et) tou nôm) eottUne il ii*eet ^ de boire suite, tious IVn tiVons empêché» Jésus répoiidit % NéTeU emtiéehez pas ; car il A'eet péfBonhe qui fiose ttfi miracle en mon notri et qui puisse aussitôt màl parler de moi. Celui qui n'est pas contre vous est pour vous. )ï (Marc, ix, \M et suiv.) Que signifient ces pafoies, sinon que Jésus ne voulait ni caste, ni parti? lîn homme se sert de son nom pour opérer des miracles; léâ apôtres semblent vouloir s'attribuer le monopole de
là puiss&tKie du uom du Christ et ne veulent ims que cet homme en appelle à ce nom contre renneiâl dii bien, parce qu'il fl'àptMftiëut pas à leur ifoupe. Mais Jésus tides pensées plus étefées t Gélui, ilii4lj qui se sert de tnon nom est pour mot ; sll éstpmtf ttoi» piu^ it être eohtre vousf L&isses donc la pulisatioe de taaik
nom agir dans le monde, et partout où vous ITOUWèt
qu'elle opère, voyez des frères et non des ennemis. N'est-ce pas là le sens vrai, clair, évident de la réponse du Maître? devient donc la contradiction dont parle M. Renan entre ces paroles et ces autres \ « Celui qui n'ést pas avec moi est conlrè raol? n GénAinement telui qui u*est pas éi^e Jésus^hrtst esl e&ntM M;
mtis il wutque 868 disciplfs regardent eomme ét9Qt avec lui tous ceux qui vénèrent son nom, qui s'en Bervenl contre le principe du mal et de l'erreur.
Nous avons donc eu raison de dire que M, E. Renan devait encore mettre cette contradiction ù son coiyjp^ déjà $i chargé d'erreurs, d'ignorances et d'inipi^^tés.
En réalité, il n'a rien dit des rapports de Jésu^ avec 4eg païens, et il a avd lipprécié Id dootrine du divin . Mattra à ce tiiget. Avaqt do paa^r 9m 9mmU^nSt '\\ Mme que Jéaui eut parmi ao» (KnçîplQa d«a Mi^lims, Encore une fauaae appréeiaticm. Tous 1^ dipciplea de Jéaui, oonnus par lea Evangiles, étaient Jttibd'oiigine. Les douie. apdtrca en particulier Tétaient. Mai^ il est certain que parmi les Gentils convertis au judaïsme et qu'on appelait Hellènes ou Grecs, plusieurs le recontnurent, même avant sa mort, pour le Messie. La tradition des premiers siècles chrétiens l'atteste, et nous fait connaître plusieurs de ces Hellènes. M. E. Renan parle de ce fait d'uac manière pbsQure ; puis \\ se b4W d'ajouter ^e les vrais Zxôh r^ardaient les Hell^i|09 comme leur étant inférieur» i a C«tte iiiférioritô inouïe, aJou(e-t>il (p. 830), était $am dêtUe la oauae qui las rapprochait de Jésus et kup vakdi $a fmmtr. » OueUe fiiTeur? L'Évangile ne menticoine qu'indirectement les Hellènes (saint Jean, xn, 20-21); on y voit que toutes les faveurs de Jésus ont été pour des Juifs d'origine. Mais quand un fait sourit à rimaginaticoi de notrQ^lâgant romancier, il l'improvise.
Quels furent les rapports de Jésus avec les Samaritains? Sur ce point, mémf eonfùsion dans les idées de M* $t Renan que sur les rapport^ avec les païens.
« Jésus, dit^il, montre da )a préférence pour les Samaritains. » (P. 23i.) L'assertion est fousse. Seule-
ment, pour donner à certains Juifs mauvais^ aux Pha«
risiens hypocrites, par exemple, d*^ leçons méritées, il met en scène des Samaritains méprisés par eux, en leur attribuant de bons sentiments. C'était leur dire : Vous méprisez les Samaritains comme des schismatiques? Kh bien, ils valent mieux que vous (1). « Si, dans d'autres cas, ajoute M. E. Renan, i7 5em/>/e défendre à ses disciples d'aller les prêcher, résenxmtson ÉvangilA pour les Israélites purs, c'est là encore, sans doute, un précepte de circonstance auquel les apôtres auront donné un sens trop absolu.» (P. 234.)
Le précepte était positif, et les apôtres Font bien interprété. Seulement, Jésus ne réservait pas .son Évangile pour les Israélites 'purs ; il voulait ks évangéHser lêspremiers, et enseignait qu'après cette évangélisation do trois années, le christianisme serait offert à tous les peuples. Voilà pourquoi « la fraternité humaine dans le sens le plus large sortait à pleins bords de tous ses enseignements n (p. 232) ; voilà pourquoi sa religion ne devait pas ôtre un culte local, national, mais un culte universel; voilà pourquoi il répondit à la Samaritaine : « Femme,- l'heure est venue où l'on n'adorera
(I) En faisant allasion à la parabole da boa Samaritain qui
soigne un blessé sur la route de Jéricho, M. E. Renan s'exprime ainsi : « Jpsus conclut de là qne la vraie fraternité s't^tablit entre les hommes par la charité et non parla foi religieuse.» (P. 232.) Cette conclusion n'appartient pas à Jésus, mais à M. Renan cpil n'aurait pas dû attribuer à Jésus ce qui lui appartient en propre. La conclusion deJéf^ns est tout autre; elle ressort de toute la parabole qui signifie simploment qu'il arrive que ceux qui sont plus oblipés à la charitp ne la pratiquent pas, tandis que ceux dont on l'aurait moins attendue la pratiquent. (S. Luc, x, 30 et suiv.) Jésus n'était pas assex pÂtfosopAe pour avoir la belle idée que lui attribue M. Renan ; notie romancier lui fait ici vraiment trop d'honneur.
(iluB nî sur cette montagne, ni à Jérusalem, mais oîi les \rais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. )) M. E. Renan admire cette réponse et s'écrie : « Le jour où il prononça cette parole, il fut vraiment fils de Dieul » Pardim, mmisieur Renan^ il l'était auparar vant, il rétait de toute éternité. Une l'était pas epnune vous k pensez, c'est-à-dire^ sans fêire; il Tétait réellement, essentiellement. Mais la réponse de Jésus est donc bien belle, pour jeter aind M. E. Renan en extase? Oui, vraiment, elle l'est en elle-même; elle est dierne de Dieu. Seulement, elle est absurde si ou lui donne le sens que lui attribue notre romancier.
Que signifie-t-elle en elle-même? que l'heure est venue où le culte juif, purement figuratif, doit s'éclipser devant la réalité; où les espérances du Messie doivent disparaHre, puisque ce Messie est venu ; que le culte institué pour en préserver le souvenir de l'oubli où il aurait été presque totalement enseveli par suite des superstitions des peuples, que ce culte devait être remplacé par une reUgion universeDe à laquelle tous les peuples étaient appelés; que le culte de Jérusalem étant détruit, celui de Garizim qui lui faisait opposition devait disparaître avec lui; que ces deux cultes, fondés sur des pratiques extérieures et figuratives, devaient être remplacés par une religion en vérité, c'està-dire, non figurative ; une religion spirituelle^ c'està-dire^ où l'acte extérieur ne serait que l'expression du sentiment intérieur. L'Évangile tout entier n'est que le commentaire de la profonde parole de Jésus à la Samaritaine. Mais M. Renan laisse de c6té ce commentaire et veut que Jésus ait annoncé une religion : sans Dieu, sans dogmes, sans culte. C'est là^ s'écriet-il, la religion absolue qui doit être celle des autres
poètes si e)leg ont des habitants doués d« raison etd^ moralité (p. 834); qui a été méoonnue pendaal dii« huit aièolèa et jusqu'au moment eb lui, Renaii, est venu fnUitptélê¥ laiBem^ut l'évangile | enfla qui ter» à IVnrenir h veliglon 4e rhumanllé, (P. m)
Bt ee aérait parae que Jéaua ausait prodamé eetle véUgion indéfloissalde ; eette religion Mvnéê de teul ee qui eonatitue une religion ; paroe qu'il n'aurait eru ni en un Dieu réel, ni à Tàme ni à son immortalité; qu'il aurait prèctié une moralo vague, si^ns raison ni sanction, qu'il aurait été Fils dê Dieu!
S'il eût prêché ce que lui prête M- Renan, il n'aureit pae même été digne du titre d'Aonum rommqbk.
yiH Dl LA TB0I81|MI PAETll*