‹ E. Renan devant la science, ou réfutation de la prétendue Vie de JésusChapitre 15 sur 25 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Cocummeemeiit de la légende de Jésus.— Idée a de luft-niéme e< de «on réle soma-

M. E. Renan suppose trois périodes dans la \ic publique de Jésus. Celle des « innocents apborismes de

son premier âge prophétique n ; celle de ses « belles prédications morales » ; enfin celle de la Légende. (P. 236.)

Nous devons lui demander d'abord sur quoi il s'appuie pourétablir cette classilication. Est-ce sur les documents historiques ? Non ; car les aphorismes, les prc» dications morales ei les faits qu'il appelle légendaires sont tellement mêlés les uns avec les autres, dans les documents historiques relatif à la vie de Jésus, que tout se tient essentieUement et que les aphorismes et les prédications supposent les faits dits légendaires^* comme ces fidts se trouTent liés aux aphorismes ét aux prédications. Ces documents se refusent donc positif vement à la classification proposée ; des faits, analogues les uns aux autres, des aphorismes et dts prédications identiques s'y rencontrent au commencemcn de lu

IV PAITII. 23

lie pdUique de Jésus, dans le cours de cette vie et à lafio.

N'oublions pas non plus que la vie publique de Jésus est renfennée dans une courte période de trois années. Comment, dans un espace de temps aussi court, est-il possible d'établir cette classiGcation méthodique que suppose M. Renan? Notre écrivain n'a donc tenu compte ni du peu de temps pendant lequel Jésus remplit sa mission, ni des documents historiques qui devaient être son unique guide.

n suppose en outre que la pénodel(^gendaire aurait commencé après la seconde Pâque célébrée par Jésus à Jérusalem. Pendant ce voyage, qu'il considto, on ne sait pourqud, comme plus important que les autres, Jésus aurait conçu une telle baine du sacerdoce juif qu'il auisit quitté JérusétaiD avee tiiw /Ni/t^^ ebsBl Tabolltioii delà loi, laquelle devait être remplacée par une nouvelle vévâation^ par le royaume de Dieu, « D sait bien, ajoute notre antagoniste, qu il sera >ictime de sa hardiesse, mais le royaume de Dieu ne i)eut être conquis sans violence ; c'est par des crises et des déclûrements qu'il doit s'établir, » et il appuie ces affirmations sur un texte de saint Mathieu (xi, 12), et un de saint Luc (xvi, 16), Ces textes se rapportent h des prédications antérieures à ce que M, E. Heuan rck garde comme la troisième période de la vie 4^ Jésus; le divin MiUtre y dit simpismenl que jNiKr gagner k fiifilf il âmt se fMre violence h aoi-m4m «t doi^pt«i? ses passioiii. Mais M. E; Ben^Oi n'^y^nt pqa de textes ll'appid de son système, se penqet| wmm lQDgow9f 4*en dénaturer quelqMe$i*uns pour tes bmins 4e S4 cause.

S'il n'a pu établir sa clas^cation $ur les dgcu-

tD^j^U historiques, quel fbndemept a^il puluî doiw oar? 8e)ndt-oe la philosophie 7 M^ûs, en histoire, 1« philosophie ue peut avoir d'autre base que des faits

certains ; et les seuls faits certains sont ceux qui sont appuyés sur les documents. Serait-ce la science? Mais la science historique n'est que la connaissance exacte des documents. Si M. Renan n'a pas pour lui ces documents, il ne peut se flatter d'avoir ni pbilofiO' phie ai science historiques. Encore une fois, sur qttc4 repose sa olaaûfieaUon? Sur les fanlaisies de son imirgioation^ sur un système mça â pnori^ auquel il vàn orifie les documents de Hustoire et mceux laphiloso* phie et la soient histofiques»

Âu début de la période qu'il appelle légmimn^ M. E. Benan renoontrerorigine de Jésus. 11 ne veut pas qu'il soit né à Bethléem ; qu'il ait été descendant de David. 11 veut qu'il soit né à Nazareth (p. 239) ; que le recensement de Quirinius n'ait été u/i tour{ihid.) par lequel on rattache son origine à Bethléem et à la famille de David ; il prétend qn(3 les généalogies inventées pour prouver sa descendance royale sont fictives (ibid.) ; qu'elles sont inexactes et qu'elles se contredisent (p. 240) ; que pendant les trois premiers siôdçs, « des fractions considérables du christianisme eh nièrent Fauthentidté. » (/ftûf.)

Nous avons fait précédemment justice des assertions' de H. B. Henan, touchant la prétendue naissance de Jésus à Nasareth et le recensement de Quirinius. Nous V9wsm convaincu d'ignorance sur ce point historique. Nous en ferons autant au sujet des généalogies.

On doit remarquer d'abord que notre écrivain n'appuie sur aucune preuve ce qu'il dit des généalogies de Jéâu$. U m contente die renvoyer à saint Mathieu qt h

saint Luc qui les donnent. (Math., i, 1 et suiv.; Lue, m, 23 et suiv.) Il compte donc, ou sur Tobéissance

aveugle de certains lecteurs qui s'en rapporteront à sa parole, ou sur Tignorancc des autres qui, après avoir lu les deux prénéalogies, tireront les m^Mnes conclusions que lui en apercevant, dans ces généalogies, des différences dont ils ne connaîtront pas la raison.

Nous ne spéculons, nous, ni sur l'obéissance passive de quelques-uns de nos lecteurs, ni sur leur ignorance, c'est pourquoi nous prouverons que les généalogies donnés par saint Mathieu et par saint Luc ne sont ni inexactes, ni contradictdres, ni ficdyes, et qu'elles prouvent parfaitement que Jésus descendait en droite ligne de David.

Nous devons d'abord prouver, d'après la Bible, qu'il y avait chez les Juifs deux ordres de descendance. Tous ceux qui connaissent les livres de l'Ancien Testament le savent; mais, pour ceux qui ne les connaissent pas, nous transcrirons cette disposiliou légale :

« Lorsque deux frères demeurent ensemble et que

l'un d'eux sera mort sans enfants, la femrae du mort

n'en épousera puint d'autre que le frère de son mari, qui la prendra pour femme et suscitera des enfants à son frère ; et Vainé des fils qu'W aura eus sera appelé fils du premier mari jSiùiï que le nom de son frère ne se perde point dans Israël. S'il ne veut pas épouser la^ femme, etc., etc. n (Deutéronome, ch. xzy,^ et6.)

D'après cette disposition légale, un enfant portait le nom de celui qui "ne l'avait pas engendré réellement, et représentait le frère de son vrai père. Il suffit de tenir compte de cette loi pour que les deux généalogies données par saint Mathieu et saint Luc s'accordent

parfidtemeot. Afin de le faire mieux comprendre^, nous les mettrons sur dèuz lignes parallèles. Seulement saint Luc ayant, dans sa généalogie, remonté de Jésus à David, tandis que saint Mathieu est descendu de David à Jésus, nous placerons la généalogie de saint Luc par ordre de descendance pour plus de clarté (l).

et Abraham engeodra Isaac ;

fsaac engendra Jacob; Jacob engendra Juda et ses frères ; iuoa engendra, de Thiroar, Pharès etZara; Pharèswgendra Esron ; Ksron engendra Aram ; Aram engendra Âminadab: AminadaD engendra Naasson; Naasson engendra Salmoa;$almpn engendra, de ttahab) Booi; Booz engendra, deRuth, Obed; Obed engend ra Jessé ; Jessé engendra ie roi David. »

Il y a accord parfait pour cette première partie de la généalogie.

ùinialogit «Téqprés S. lue.

« Abraham fat !e père d'I*

saac; Isaac, de Janob; Jacob, de Juda; Juda, de Pharès; Pharès, d'Esron; Esron, d'Aram; Aram, d*Aminadab}AûJ^ nad^b, de Naasson; Naasson, de Salmon; Saimon, de Booz; BoQz, d'Obed ; Obed, de Jessé ; Jessé, de David. »

Généalogie (TaprêiSoMathiim.

« Le roi Danl'd engendra, de

la femme qui avait été à Unie, Salomon; Salomon engendra Roboam ; Roboam engendra Ailla; Abia engendra Asa; Asa engendra Josaphat; Josaphat engendra Joram; Joram engendra (2) Osias ; Osias engendra Joathan; Joalban eng»^ndra Achaz; AcIihz engendra Ezécbias; Ezéchias engendra

Qénéahgie diaprés 6. Lue.

« David fat le père de Nathan; Nntban. de Matbatha; Mathatha, da Menna; Menna, deMeléa; Méléa, d'Eliakim; Eliakim, de Jona; Jona, de Joseph ; Joseph, de Juda; Juda, de Siméon ; Simèon, deLévi; Lévi, de Mathat; Mathat, de Joiim; Jorim, d'Eliézer ; Eliézer, dy Jesu; Jesu, de Her; Her, d'Elniadan ; Elmadan, de

(1) Saint Luc a en outre établi la généalogie de Jésus, d'Abraham k Adam. Saint llathieu Tayant eommencée seulement à Abraham, il sufflia de donner aussi celle de saint Lne

depuis ce patriarche.

(2) Joram engendra Ochoslas ; Ochosias engendra Joas; Joas

Cosàn: Cdsan, deHaddi; Daddt, de Melcbi ( îlelehi, île Mti ; Néri, de SaiathleL »

Maftàskê^ Manassé entendra ▲mont Axaotk engtiodra Jo- 8ias;mias engendra Jéchonias et ses frères pendant la captivité de Babylone,et,après la captivité de iiabyione, Jé- «IkmiIM «Dgendta SalatiiSel. i

Les deux branches delà famille de David par Nathan et par Salomon se réunissent donc dans la personne de Salathiel. Parmi les frères de Jechonias mentionnés par saint Mathieu était Néri, qui mourut sans enfants. Jechonias épousa sa veuve, cotiformément à Ift loi. Le fils qu'il en eut fut Salathiel qui TeuttH^ur réelj et qui avait Néri pour pèro légtù.

Généalogie éPaprét 3. JTaiMMi.

« Salathiel engendra Zorobabel; Zorobabel engendra Abiud. »

CMoJogtt éFaptés 8» Im*

« Salathiel fut le père dèllo* robabal ; Zefobahel^ de Aelà.*

La famille de David se réunit de nouveau sous Zoro^ babel, qui eut deux enfants, Abiud et Ré$a. Si^int Mathieu a donné la généalogie par le premier j iaiat Luc par le second.

Généalogie d'après S. Mathieu.

« Abiud engendra Ëliacim ; Bliteitn engendra Aior; Aaor engendra Sadoc; Sadoc «m gendra Achioi : Achim engendra Eliod; Eliud engendra Eléattir ; Bléaair engendralla* tliad«»

Généalogie d'afirès S- Luc.

a Hesa fut le père de Joanna; loanna, de ladaj Jnda, dé

Joseph; Joseph, deSômôi; Sé* méi, de Matbalhias; Mathathias, de Joseph ; Joseph, de Janné ; Janné, de Melcbi: MeU chi, de Lévij Lèvi, de Mathat. «

La femillè de David se fduiiit ds ftomail dans Ift

engendra Ama&iasj Amasias engendra Osias, Saint Mathieu a'done passé les notes des trois rois Oeho^as, losi ef Atda-

tfàs; nu plutôt il ne les trouva pas sur les registres publics. Its n'y avaient pas été mis à cause delà malédiction prononcée deux lois par Dieu contre la race d'Achab à laquelle ces trois tm a^tMitonaieili (III Reig., Il $ «t IV Re^.» 9<) '

pei^nne de Mathan ou Mathai qui eut deux fils, Jacob ét fiéli. Ce dernier étaat mort sans enfants, Jaoob épousà 8a veuyè et eut pbur flb loseph^que Toti j^éàsàit 6tre.le père de lésus, et qui avait aiiin Jaicob fiour pire rietei âéli pôur pire l/gai,

(Hniahjgie d'après S. Mathiea. GtnécUoQie d'aprét St LifCi

«t Mathan eogendra Jacob} «Mathat futlepèredeH61ix lacob engendra Josepb, époux Héli de Josepii que Ton crbyait de MàriK^de laquelle est Dé pèM itt) iéMI»

léMM-qoi Mt êfjfaU ChfiaiL .» |

Ainsi Joseph descentfâîl dfe David en ligne natUrellt par son vrai père Jacob ; et en ligne légûle par Héli, lé premier mari de sa mère et qu'il représentait y d'après la loi, quoique ens^chdr^ par Jacob.

Nous demandons maintenant s'il j ^ la moindré contradiction entre les deux généalogies données par saint Mathieu ët t)ar saint Luc. Évidemment, nott; L'âss0rtion gfaiUite dé M. £. Renan est donc réduité à néant par uné simple ectposition. Ces généalogie^ èOBMles /kUm, inVèntéës à plaisir? D Sti£Bt dé liitepoui^seeotivalQcris qdli A*en peut ètiè éinri. 8i Édm Màthieu aVait iitV6iltj la géiiéali%ië, sàltit Liiii aê sorttil bien gâirdé d'én étièdr u&e atitte qui^ de priisil aboM, et poiir les îgndfttnts qui oiît toiijotitS Ibimé Ht grande majotitédans lé genre htitnaîn, aurait contre-* dit la première. Les évangéîistes eussent ainsi démontré eux-mêmes leur fraude. La divergence apparenté qui existe entre les généalogies suffit pour prouver que le mensonge n'a joué ici aucun rôle; et leur accord parfait au fond démontre que Joseph, l'époux de Maîfie, descéndait bieti de David; que Jésus dont il était hf père, aux yeut du monde, avait droit par Conâéquënt

au titire 1^ de Ûs bti de descendant dé David. P«a

importe donc que Joseph n'ait pas engendré Jéms, il était son ptre aux yeiivdo la lui, aux yinix delà suciété; et Jésus, ;90î/r la société comme pour la loi, était fils de Joseph, et par Q:(i^s(n\\imi descendant de David.

Nous pou?Tions faire remarquer que, la ])lupart du temps, les mariaLiPs, chez les Juif<, étaient contractés entre parents, entre membres de la même lamiUe; que Joseph étant de la famille de David, Mario en était aussi fort probablemenL Mais la généakigid de Marie ne peut avoir de Timportance. Du reste^ les évangélistes ne pouvaient la transciire, parce que l'on ne conservait que celles des hommes dans les rostres publics.

Ces registres ont existé chez les Juifs jusqu'à la ruine

de Jérusalem, nous pourrions en citer des preuves nombreuses. Le tém()ii:ua!ze de l'histurien juif, Flavius Josèphe, suffira. Dans sa réponse à Appion (liv. ï, § 7), il s'étend sur ces registres publics et siu* les arbres généalogiques, conservés dans toutes les familles ; et •fiu commencement de sa Vie écrite par lui-môme, U avertit qu'il parle de sa famille d'après /es tableaux publics des généalogies. Cet usage s'est conservé chez plusieurs peuples de l'Orient, et M. £. Henan, qui se croit docte orientaliste, doit savoir qi;e, chez les peuples de race judaïque et aràbe^ Tétude des généalogies des familles est la première et la plus importante, aux yeux de ces peuplades.

Chez les Juifs, jusqu'à leur dispersion, les tableaux généaloL;iques étaient la base mémo de l'organisation sociale et de la propriété'. Le peuple et le territoire étaient divisés en tribus. Tous les cinquante ans, il y avait l'année du Jubilé, pendant laquelle toutes les propriétés aliénées rentraient dans les familles, et tous

ceux qui avaient perdu leur liberté la recouvraient. (Lévit., ch. XXV, 9 et suiv.) Les tableaux généalogie ques, coiiservésdaiis chaque bcalité, étaient les guides dans ce rétablissement des propriétés et des fiunilles , dans leur état primitif; c'était par eux aussi que Ton constatait la légitimité des mariages qui n'étaient légaux qu'en telles ou telles familles ou tribus déter* minées.

Ces remarques suffisent bien pour prouver que M. E. Renan, en parlant de fraudes innocentas {p. 237) à propos de la généalogie de Jésus, a fait voir qu'il no connaissait pas l'état social des Juifs à l'époque elle a été transcrite par les évangélistes. « Jamais, dit-il, les Asmonéens ne cherchèrent à s'attribuer une telle descendance. )» (P. 237-238.) Qu'est-ce que cela prouve? M. Renan parle des dierniers rois juifs comme de certaines fiimilles de nos rois modernes qui^ pour se grandir, se font iSabriquer des généalogies. Cet orgueil ne pouvait exister chez les Juife, par cette raison fort simple que toutes les familles avaient leurs généalogies conservées non-seulement dans leurs mémoires particuliers, mais encore sur les registres publics. Aucune fan)ille, même royale, ne pouvait donc prétendre être de la race de David, si elle n'en était pas.

Mais « ni Hérode ni les Romains, ajoute; M. Renan, ne songent un moment qu'il existe autour d'eux ub représentant quelconque des droits de l'antique dynas^ tie, » Notre savant parle ici de la race de David, comme il le ferait de celle des Bourbons qui s'attribuent un droit inaliénable sur la couronne de France. S*il eût un peu mieux connu les livrea.saints des Juifs, il eût su d'abord que jamais la fomllle de David ne s'attribua de teh droits; il eût ensuite observé que depuis la

chutë de lu ro3faulé, à l'époque de k captii^tt de Bébylone, aucilti dedcéddabt de David île ehereha à l'ëmpfti«r du trOtie. La yoyautâ Juive ihi^Sê pat Dtéu^ était considérée comme ayant été abolie de la môme manière. ïl était donc impossible que la race de David • s'attribuât les droits que suppose M. Renan. Cette race rentra dans îe rùle commun à toutes les autres familles de Juda, et il ne pouvait en être autrement. Notre sa- Tânt n'en eût pas douté s'il eût eu seulement quelques àOtiona élémentaires sur la constitution de l'État juif.

Mais, est-il vrai qu'Hérode et les tlDmaitiS n'aient pas songé à la famille de David ?

Nous lui Di^oSerons d'àbord le témoignagd de saiul Mathieu ^ui raconte ^u'Hérodè Ayant appris la nais* sauce miraculeuse de Jésus, et qu'il était de Ift fiUnille de David, craignit d'avoir utt compétiteuir, èt eberclia à i'èhvelopper dans le massacre de tous lés ëtifknts nés depuis deux ans à Bethléem et aux environs. (Math., lï, 16.)

Nous lui opposerons le témoignage d'Hégésippe, qui vivait au premier siècle de l'ère chrétienne et qui s'exprime ainsi : « A cette époque (règne de Domitien, ann. 96 de l'ère chrétienne) il restait encore, de lafamiUe de JésuS) les neveux de ee Juda qui était appelé frèrd du Seigneur (!)< Ils furent dénoncés par quelqueé^unl àoHnme éMU (k la rat» de David, et un certain {IvoiAtUS lés ttmenaè l'emperettr Domitien. Car BomiUen ^ commê Hérode, avait eenj^u des craitites touchant TaVénetnent du Christ, tnterlôgé par lui s'ils

(l)llida, fils de Marie de Cléophas, ainsi que Jacques, Jov

sepli et Siméon, cousins de Jésus et appelés /r^es selon l'usafe t^û alors, comme nous l'avoDs élaibU précédemment.

éfoient dfi Ifl 1168 de David, ild avottbretit pie eekt àdt irê»'^. Doitiitlen Iwif démanda ^uéMea pn^Ms al oûoibieii d'atgeàt Ha avaient Ba r^uditetit quitta {Msaédàkut aettlement fteuf ttdlle déniera, molti^^ pour ebaeun d'eux ; qu'ils né lea pMaédatent pas en argent, mais que c'était seulement le prix auquel ils estimaient les trenté-neuf jougs de terre qu'ils possédaient ; que surîerevemi, ils avaient à payer les impôts, et que, le reste ne pouvant leur suffire pour vivre, ils étaient obligés d'y subvenir par leur propre labeur; et ils montrèrent^ comme preuve, leurs mains calleuses et durdeapar le travail. Interrogés sur le Ghriat et sur MMi règne, de quelle nature il était, et quand et en quels Heot il devait iqijtaraltre^ ila répondirent que ce tt'était "pêa un i^e de ee monde et qui dev&it être établi aur la terre ; mais que e'étaii un régné angé^ llqne et eéleate qiH aurait Keu à la fin du monde ; que lé QhHat Viendrait abra dana la glôire pmA juger iea vivante et lea fbmta et rendre à chacun selon ses àstk

vres (1). » •

■ Domitien, ajoute Hégésippe, méprisa de si pauvres gens, les renvoya en liberté et fit cesser la persécution contre l'Église.

Au oommencoment du troisième siècle, la race de David exieteit encore; car Jules l'Africain consulta alors tes parants de Jésue sur les généalogies évangé« lîques, et ceui-ci les lui expliquèrent, comme elléa • expliquent d'eUea-mémea f par les bniocliea mUu^ nUe él l^fàk. Bi M. Renan^nvait bien voulu lire eé qu'à écrit Jiiles l'Africain (2), il eût appris que les gé-

H fl. iH ' •■ lÉ ■ I Tigi ■ ■ II'* Ai #1 > — Umï — - r

(1) Hcgesipp. apud Ëuseb.^Hui^ ecd , liv. Ul, ch. 20.

(2) Jul. Âfrîc. Epist. ad Aristld. V. Ëuseb., Uiat. eeel., liv. I,

néalogies étaient conservées en des registres publics: que dans les familles on savait par cœur les généalogies ; qu'Hérode, jaloux des familles qui avaient ime origine plus illustre que lui, ût brûler beaucoup de ees registres publics, mais que les faniiUes enconservèreiit eneore longtemps le souTenir^

ÂTons-nous besoin, après ces renseignements, de dire combien M. £. Renan a été infidèle à rhistoire lorsqu'il a dit : « La fkmille de David était, â ce qu^tl semble, éteinte depuis longtemps. » (P. 239. );4 ce çu*i$ semble! N'est-ce pas là le sublime du genre (i)? Les documents les plus certains attestent le contraire ; mais quelle importance ont les documents historiques devant l'imagination de notre écrivain? U soutient donc que les généalogies furent « le résultat d'un travail populaire s'opérant sur divers points. » (P. 240.)

Tout ce que nous nvpns dit détruit radipalement cette fontaisie; mais nous voulons bien cependant, pour l'instruction de nos l^teurs, discuter les motifs sur lesquels notre écrivain s'est appuyé.

n donne modestement en note ses preuves contre les généalogies :

«Jules Africain, dit-il, mppoae que ce fîirent les

ch. VII. Nous ne pouvons croire que M. Renan l'ait lu, quoiqu'il le préleade. (P. 240, note 2.) iNous dirons plus loin pourquoi.

(I) n est obligé de çonTenir (note 2 delà page 237) que certains docteurs, tels que Hillel et Gamaliel, eontemporains de Jésus, /«taient regardas par les Juifs comme étant de la race de David. Il est rapporté par Pliilon et dans leTalmud que Hérode fit tuer soixante-dix membres de la famille de David. Ln Jutis ne croyaient donc pas plus que les chrétiens à l'extiaction de la race de David. Hais U unM$ à M. Benan qu'elle était éteinte dsputt <on0l«mpf.

parents de Jésus qui, réfugiés en Bslanée, esioyèrm^ de recomposer les généalogies » (p. 240), et il renvôier

à Eusèbe, liv. I", ch. vii, pour le passage de Jules TAfricain. Nous ne pouvons croire que M. E. Renan ait lu ce que rapporte cet écrivain du troisième siècle^ car il n'eût jamais osé écrire ce qu'on vient de lire. Nous aimons mieux croire à son ignorance qu'à une impudence impossible à caractériser. Que dit en effet Jules l'Africain? Après avoir expliqué les généalogiesi données par saint Mathieu et par saint LuCi comme nous l'avons fait précédemment^ cet auteur ajoute que cette explication lui a été fournie par les parents de. Jésus» qui lui avaient aussi donné des renseignements sur leurs ancêtres : « Les parents de notre Sauveur, dit-ilt'soit pour montrer la noblesse de leur origine, soit tout simplement pour faire connaître la chose, nous ont transmà ce récit. » Ce récit consiste principalement en ce que nous avons rapporte touchant les registres généalo.dques des grandes familles, brûlés par Hérode, et les traditions cons^vées dans ces familles d'après ces registres publics. Du nombre des registres brûlés étaient, selon les parents de Jésus, ceux qui contenaient les généalogies de leur famille données par les évangélistes.

Ge rédt est relatif aux généalogies et destiné à les expUqtier; il date du troisième siècle de Père chrétienne , puisqu'il fut fait à Jules l'Africain, qui vivait à cette époque. Les généalogies, au contraire, étaient connues dès le premier siècle, puisque les Evangiles, d'après M. Renan lui-môme, avaient reçu leur forme actuelle et définitive avant la fin du premier siècle. Jules l'Africain ne donne pas le récit qui lui fut fait par les parents de Jésus comme iucoutes-

table «ur tous los points, mais il dit : « Que la chose soit ainsi ou qu'il en smk autrement, il est certain qu'on ne trouverait pai iacilemeiit unaexpUcation des généalogies piui latiibistBte que eèlle qa*Us m'ont 4)oBiiée« »

Et e'est sur un tel témoignage que M. Renan s'apfpuie pour dire que <r Jules .Africain suppose que

ce furent los parents de Jésus qui essayèrent de recomposer les généalogies! » Confondre ainsi un renseignement explicatif avec une supposition iVinvention^ c'est là, il faut on convenir, un procédé indigne de tout écrivain honnête.

« Ajoutons, dit encore M. Henan(»dtVI.), que, durant les trois premiers siècles, des fractions con8idérai>les du christianisme nièrent obstinément la descendance royale de Jésus et l'authenticité des généalogies. »

Ce que M. Renan appelle des fractions considérableê 4u christimisme ne furent que des sectes coouae celles d'Ébion. de Tatien e| ck Mareion, seotfs à peu pr^ insigoifi^Sies quant m nombre^ eon^aratinmeiit 4U rate de ta SQCîéjié chrétifinooi 9fc qui rejetaient teUe m telle partfe 4e« fivanf;Ue6 qu'ils . considéraient, comme opposée & leur système* Leur procédé éteil k même que celui de M. Benan* Or, de ce que-M. Renan rejette comme légendaires les récils qui ne lui conviennent \m dans les Évangiles, est-ce une raison pour que ces récits soient réellement légendaires? Parce qu'Ébion, Marcion et Tatien rejetaient les généalogies, est-ce une raison pour ({u'elles ne soient pas authentiques ? Le témoignage de toute la socicto ehrétienne n'o£p:€ht-ilpa3»ei;t.iAveur de leur autheur

Ucitéf plvttde gmnti^ qu«i h né^iUm df que^uea

«eelurÉS nè fimnài ds notifc pour duotor éè celle tuthebtkitét Ce n'éttit pas pour des reisong iBlrin- •èqtiee ou historiques quite les rejetaient, mais uniquement parce qu'elles contredisaient leurs systèmes théologiques, et surtout leur opinion sur l'état exceptionnel de Jésus qui n'aurait pas appartenu h l'humanité. De tout temps il a existé des hommes assez amis de leurs propres idées pour leur sacrifier des vérités ÎBContestables , des faits historiques pariaitement prouvés. On en rencontre de nos jours comme aux premiers siècles du chrisUanisme ; mais leur orgueil 11% jamais prouvé, ni contre les Térités, ni contrô les iliilt qu'ils ont contestés.

M. Renan, ayant nié rauthentioité dès généalogies, devait expliquer ce titre àèfibde Damd que Ton ren* centre al aouvent dans l'ISvangile. Void son expli» cation :

. « Le titre de fils de Damdt\xi le premier qu'il (Jésus) accepta |j9ro&à6iS6in«n/ sans tremper dans les fraudes innocentes par lesquelles on chctrcha à le lui assurer. »

Nous répondons d'abord quMl n'y a de fraudes imio centes qu'aux yeux des casuisLes jésuitiques ^ c'est-àdire des hypocrites qui ont cherché les moyens de subordonner la morale aux mauvaises inclinations de l'humanité. Nous répondons , en second lieu , que les fraudes en question sont de l'invention de M. Uenan , et ne reposent que $ur la iausseidée qu'il a des généalogies. Ënûo» nous ^outenms que le probablement doulil se sort pour atténuer ce qui , en Jésus, serait k

d*iprteQe6i»ooMmentsbi»toriquea|îK^ seliôs^ pas seuleoient imposer le titre i^fib dp ùamd^ il le pnt

lui-même et il prit du môme coup celui de Fils de Dieu.

Nous lisons en effet dans ces a«>m de Mathieu, n eUunés de M. Benan : «Jésus interrogea les Pharisiens et leur demanda : Que vous semble du Christ? de qui est-il fils7Ilslui dirent : De David. H leur dit : Gonunenl donc David 1 appelle-t-il en esprit Seigneur^ par ces paroles : Le Seigneur adUà mm Seigneur : Asseyes^ vous à ma droite jusqu'à ce que je place vos ennemis comme un marchepied sous vos pieds. Si David l'appelle son Seigneur, cumment est-il sou lils ? » (Mathieu, XXII, 42 et suiv.)

La réponse était simple, mais les Pharisiens ne pouvaient la faire sans se condamner; ils savaient que le Christ devait descendre de David ; les prophéties étaient formelles sur ce point; ils savaient aussi que Jésus était fils de Da\id ; tout le monde le savait et lui donnait ce titre, mais ils ne voulaient pas reconnaître le caractère divin de Jésus qui, de son côté^ les força à reconnaître intimement que le Messie devait être simultanément le fils de David et son Seigneur, c'est-à-dire avoir le double caractèrcnlc l'humanité et de la divinité. Jésus sedonna pdiir le Christ dès ses premières années; il se donna par conséquent comme Fils et Seigneur de David, et i 1 ne pouvait en être autrement, puisque chacun savait que le Christ devait être fils de David. C'est un fait qu'il ne faudrait pas atténuer par un probablement, comme Ta fait notre écrivain, même dans la doucei'euse intention d'épargner à Jésus un mensonge. S'il a menti, il faut le dire ouvertement ; mais, n'en déplaise à M. Renan, Jésus, Verbe de Dieu incarné, était la véritémême; aucun mensonge n'est sorti de sa bouche divine. H s'est dit fils de David, parce qu'il l'était, et il n'aurait pas permis qu'on lui donnât ce titre , s'il n'j

a\ait pas eu droit ; on ne le lui aurait pas donné non plus, dans un pays où chaque famille conservait nécessairement sa généalogie, si tout le monde n'eût pas su qu'il y avait droit; enfin il ne se fût pas appuyé lui-même sur ce titre pour embarrasser les Pharisiens el les réduire au silence, car ces euDemis n'avaient qu'à nier la descendance de David pour réduire à néant le dilemme ^'il appuyait sur cette descendance. Gomment Jésus eût-il pû hormètemmt se laisser appeler fUs de Deundj 8*il ne Teût- pas été? Gomment les Juifs Tauraient-ils appelé ainsi, et môme les Pharisiens n'auraient-ils pas protesté contre ce titre, s'il ne lui eût pas appartenu incontestablement? Ce ï^ont là des questions que M. E. Renan n'a pas jugé à propos de se poser et de résoudre. 11 aime mieux dire : a 11 (Jésus) se croyait fils de Dieu et non pas iils de David. Son royaume et la délivrance qu'il méditait étaient d'un tout autre ordre. » La belle raison , vraiment 1 Notre romancier tient, comme on voit, à son idée : qu'on ne pouvait être descendant de David sans être prétendant au trône de Juàée. Nous avons déjà dit que c'était là ignorer les premiers éléments de la constitution de TÉtat juif. David avait des descendants, au retour de la captivité de Babylone; M. E. Renan voudra bien, sans doute, en convenir; eh bien , ({u1l nous dise s'il y a eu un seul prétendant parmi ces descendants. Pourquoi n'y en eutil pas? C'est que, aux yeux de tout Juif, la royauté, en Israël , n'avait été qu'une institution transitoire ; que le vrai roi d'Israël était Dieu lui-même ; ([ue chacun était persuadé que, par ordre de Dieu^ la royauté ilavidique ne devait plus exister après la captivité de Babylone. Jésus pouvait donc être fils de David sans être prétendant au trône de Juda; et dire qu'il ne Tétait

IV* PABTII, %4

pas, ;7«rrce ^M t/ n'était pas prAmdmty e'est, il finit

en convenir, donner à tout homme tant soit peu instruit , une preuve évidente d'ignorance et de fausse logique.

Oiio donc [ten-^er des inductions suivantes de

notre romancier : ce l'ut l'opinion qui lit à Jésus une sorte de réclame ; il se laissa donner un titre qui ne lui appartenait pas ; il comprit que, sans ce tître^ il ne pou* vait espérer aucun suoc^ ; il finit par y prendre plaisir, « car il feisait de la meilleure grâce les miracles qn'on loi demandait en l'interpellant ainsi, i» H se plia, comme dans plusieurs autres droonstances de sa lîe, « aux idées qui aiFaient cours de son temps , bien qu*el1es ne fussent pas précisément les siennos. » (P. 238, 239.) Cela veut dire, en bon français, que Jésus fut un menteur, prenant plaisir au inensonije, et en usant pourv. arriver au siicrès. M. E. Ren.in jin'nd des formos polies pour le dire; il a recours à toutes les ressources d'un jésuitisme raffiné pour insinuer son opinion. Un peu plus de franchise, illustre professeur, n'eût pas ^té un défaut en cette circonstance. Toutes vos déductions roulent sur deux suppositions : la première, que Jésus n'était pas descendant de Da\id; la seconde, que les Juifs pouvaient attribuer à quelqu'un cette descendance, quoiqu'elle n'eût pas été mie. Vous affir« mes même po^tivement qu'il en a été ainsi. (P. 239.) Or, ces deux suppositions sont contraires à ces deux faits certains : que Jésus, né à Bethléem, était de la race de David, sous le double raj)port naturel et légal; le second, que les Juifs connaissaient trop bien les généalogies des familles pour donner à quelqu'un un titre qui ne lui eût pas appartenu. Or, que valent des suppositions qui contredisent des faits certains?

Ilesl vrai que M. E. Renan en appelle aux contradictions des généalogies et à 1 anachronisme de saint Luc touchant le recensement de Quirinus. (P. 240, note {.) Mais, cuiimie les contradictions n'existent pas, €t que \ anachronisme n appartient qu à M. Renan luimême, comme oous l'avons démontré, il s'ensuit qu'il n'a prouvé ni que Jésus était né à Na;:areth ni qu'il nëtait pas de la race de David. U résulte de là que toutes les déductions qu'il a tirées de ses deux suppositions ne rqiiosent sur aucun fondement.

D'un autre côté^ Jésus s'étant dminé positivem^t comme fils de David, quoique notre écrivain prétende le contraire (p. 240), tous ses efforts bienveillants, quoique un peu suspects, pour excuser les complaisances de Jésus à l'égard de ceux qui lui donnent ce titre, n'ont aucune raison d'être. Il faut choisir entn' CCS deux opinions : ou J/'sus fut véritablement fils de David, ou il fut menteur et ami du mensonge. Nous avons prouve qu'il était iilg de David ; il put donc se donner ce titre et permettre qu'on le lui donnâtes toute vérité.

Le £ûl que M. fienan regarde comme le commenoe» ment de la Ugende de Jésus ne fut donc point U^et^* dave^ c'est-à-dire foux, mais une vérité historique.

U regarde eoQune légmdainiy c'estrà-dire fàuz^ tons les fiûts qui se rapporteat à la naissance mira» caleuse de Jésus, ou à son enfance, comme la sanctification de J tau-Baptiste, l'adoration des mages, le massacre des innocents, les prophéties de Siméon et d'Anne. « Une chronologie assez lâche présidait à ces combinaisons fondées sur des laits réels travestis. « (P. 246.) A-t-il donué quelque preuve à l'appui de ces négations? aucune. A-t-iX du moins tenté dft

présenter les motifs qui l'ont déterminé à rejeter le témoignage des Évangiles sur ces faits? Nullement. On peut croire, ditril, que ces récits circulaient déjà du temps de Jésus (p. 243), « sans rencontrer autre chose qu'une puérile crédulité et une naïve admiration. » Notre écrivain est bien bon de nous permettre de croire que les récits évangéliques circulaient du rivant de Jésus. Mais nous prétendons que la raison veut que l'on mette, à la place de son Oti peut croire, la formule On doit croire. Comment concevoir, en efTet, que le-; évangélistcsqiii écrivaient au milieu même de témoins qui avaient vécu avant la naissance de Jésus et qui vivaient encore après sa mort, de témoins qui connurent le Sauveur pendant le court espace de trente-trois ans que dura son existence terrestre, eussent pu ra^ conter des fiûts qui auraient été ignorés de tant de monde, et les &ire accepter comme certains? Gomment concevoir que ces mêmes évangélistes aient pu écrire, en présence des Juife, les ennemis du Christ, des récits quils donnent comme ayant été de notoriété publique en Judée, tels que le passage des mages à Jérusalem et le massacre des innocents ? Comment concevoir que les Juifs, au lieu de nier ces faits, se soient convertis en grand nombre au christianisme; qu'ils aient accepté comme certains ces faits dont ils avaient été témoins et que M. Renan proclame, d'autorité^ légendaires? Il admet que les faits étaient connus du vivant de Jésus et qu'ils étaient crus; il admet qu'ils furent écrits avant la fin du premier siècle, et il n*a pas voulu comprendre qu'en admettant ces deux pmnts^ trop évidents pour être sérieusement contestés, il condamne lui-même son système sur le caractère daim de oea récits.

Si certains faits évangéliques sont l^endaires, tout ce qui est dans l'Evangile esi légende. Gar^ quoiqu'il admette pour les besoins de sa cause phmeun mesures de smeériié en histoire (p. 253), chacun comprend qu'un historien est sincère ou qu'il ne l'est pas: que sll ne l'est pas, on ne peut rien affirmer de solide sur son témoignage; que s'il l'est, et qu'il ne soit pas prouvé qu'il se soit trompé de bonne foi, son témoignage doit être admis. Les évangélistes sont des historiens sincères ; ils ont écrit en présence de témoins amis et ennemis; ils n'ont point été contredits; un grand nombre de leurs ennemis, au contraire, ont embrassé la doctrine qu'ils prêchaient, ont cru aux' faits qu'ils racontaient. Si ce témoignage historique n'a pas de valeur, il faut les rejeter tous et ne croire qu'aux ûdts qui fhippent nos yeux; car aucun ne peut présenter le caractère d'une sincérité plus complète. Mais M. Renan veut qti*i\ eskit plusieurs mesËtres de smcérUé^ et il s'établit juge suprême et infaiiUbk de ce qui est sincère et de ce qui ne l'est qu'à tel ou té! degré. Nous qui ne croyons à l'intaillibilité de personne, pas môme à celle de notre romancier, nous osons lui demander ses preuves contre la sincérité des récits qu'il appelle légendaires; nous les cherchons dans son livre et nous ne les trouvons pas. Nous en concluons qu'il n'en avait pas à son service ; qu'il n'a par conséquent suivi pour guide en histoire que son imagination, ou plut^son antipathie contre Jésus et contre l'Evangile; antipathie profonde, d'autant plus profonde qu'elle est dissimulée, de parti pris, sous des mots vaporeux destinés à fidre Ôlusion aux lecteurs peu attentifs.

Nous pourrions nous dispenser de prouver des faits

que M« lienau donne gratuitement comme légetulaires; car nous avons pour nous le témoignage évaogélique, c*estFà-dire un témoignage historique de la plus haute gravité, et il n*a pour lui rien, absolument rien. Mais nous voulons bien cependant grouper autour de ce témoignage, des ilsits qui jetteront sur lui des lu* mières plus vives encore. Nous reviendrons sur la divinité de Jésus, le seul point sur lequel notre adversaire ait cherché à jeter quelques ombrer de sa science négative. Mais voy(3ns siraduratiun diis mages et le massacre des innocents doivont ôtre acceptés comme légendaires, même par ceux qui n'admettraient pas la complète sincérité des évangélistes.

Pour ce qui coneeme les moges ou sages de l'Orient, il est certain que, au moyen des Juifs dispersés sur les bords du Tigre et de TEuphrate, ils purent apprendre qu'une étoile miraculeuse annoncerait la naissance du Messie* Balaam, qui habitait Péthor, sur rEuphrate, et qui était un des aaycsy avait béni les Hébreux des hauteurs de Phasga et avait dit : « Je connais la doctrine du Très-Haut : wic étoile sortira de Jacob; il sortira de Jacob un dominateur. » (Num, xxii-xxni.) Zoroastrc, chef des sfiges, avait recueilli cette antique tradition et avait enseigné : « Hu a une époque i)eu éloignée, une Vierge sans tache enfanterait un sainli dont l'apparition serait auuoncée par une étoile. »

Les ancien? Juifs, comme Jonathan et Onkelos (i), entendaient d'une véritable étoile la prophétie de Balaam. M. Renan lui-même a admis que, à l'époque où, parut Jésus-Christ, FOrient attendait le Messie, et que

(I) Autenn dei Tarfocmini,

Virgile lui-même se faisait, en Occident, l'écho de cette attente universelle. A cette tradition était toujours jointe ridée d'un astre qui se lèverait en Orient ei qui annoncerait la venue de l'Envoyé de Dieu. Daniel, qui avait écrit au milieu des sages de TOrient et qui avait été ûdt leur ohef, avait supputé Tépoque où cet Eavoyé devait paraître. Il n'est donc point éumnant qvuè, du fond de TOrient, des sages se soient rendus en Judée^ & Tépoque si clairement indiquée, pour rendre leurs hommages au Messie.

Mais r<^toile prédite a-t-elle paru? Si M. Renan ne veut pas croire au témoignage cvangélique, récuscrat-il celui d'un philosophe païen ? Eh bien, Chalcediiis, dans son commentaire sur le Timée de Platon, parle de l'étoile qui annonça la descente d'un Dieu sur la terre, et il ajoute que « des Chaldéens illustres par leur science et leur habileté dans l'astronomie rirent la nouvelle étoile et résolurent d'aller à la recherche du Dieu qu'elle annonçait, et qu'ils lui rendirent leurs hommages, aprds l'avoir trouvé. » Ainsi, au troisième ttéelê de l'ère chrétienne, la philosophie elle-même, la philosophie nan-^hrétiettne, rendait hommage au rédt que M. Renan, à une distance de dix-huit siècles, et sans pouvoir alléguer aucune raison, proclame lé" fjendairc. C.else lui-môme, l'ennemi du christianisme, ne contestait pas le fait de l'apparition de l'étoile Conduisant les Mages à Rethléem.

Ouelle était cette étoile? a-t-elle été créée pour cette mission ? a-t-elle seulement brillé d'une manière spéciale pour guider les Mages ? Peu importe. Il n'y a que ceSui qui nie Dieu qui puisse lui contester la puissance de créer une étoile, ou d'en faire briller une d'un éclat nouveau et temporaire.

M* E. Renan n*a pas eu plus de raisons de xegarder comme légendaire le masaaore des innocents. Avec un peu d'attention, il eût trouvé des faits analogues à celui de Hérode, à Rome même et jusque dans l'Inde. £n sa qualité d'orientalisie, il doit savoir l'histdre de ce dernier pays. Eh bien, qu'il nous dise si, la 3!81' année du Caly-Yougam, laquelle année correspond à lu premièro de l'ère chrétienne, l'empereur de l'indo, alarmé de certains oracles qui annonçaient la naissance d'un Roi divin, n'ordonna pas de le rechercher pour le mettre à mort. Notre antagoniste, qui a lu Suétone et qui le préfère même aux évangélistes, comme nous l'avons vu, a dû trouver ce passage dans la Vie de César~ Augutie : « Selon le témoignage de Marathus, il y eut à Rome un prodige par lequel il était annoncé que la nature en&ntait un roi pour le peuple romain, et le sénat effrayé défen<Ët d'élever aucun enfant mflle né cette année. »

Si notre savant eût connu ces faits, il n'eût pas trouvé étonnant ce qui est rapporté dans l'Evangile sur la frayeur d'Hérode en apprenant la naissance du Messie et sur le décret qu'il porta contre les enfants nés dans les environs de Bethléem. S'il eût connu le caractère cruel et ombrageux d'Hérode, il eût jugé ce fait très-conforme à ce caractère. L'homme qui, sur de simples soupçons, souilla son palais du sang de sa mère, de sa femme et de ses enfants, ne pouvait certes pas reculer devant un décret contre d'innocentes victimes étrangères à sa fiimille, pour se défiiire d'un futur compétiteur. « Son esprit plein de frayeur, dit rhistorien juif Josèphe, le rendait si soupçonneux que, pour atteindre les coupables, il exerçait sa- rage contre les innocents. » (De Beii, Jud., i, 19.) Le mêmehîs-

torieû raconte que ce tyran, se sentant près de mourîr, jet sachant que sa mort serait un sujet de jde pour la Judée, fit enfermer dans le drqueles principaux d'entre les Juifs et donna ordre & ses parents de les faire égorger dès qu'il aurait rendu le dernier soupir, afin que toutes les iamilles lussent obligées de pleurer le jour de sa mort.

Le massacre des innocents n'entro-t-il [)as parfaitement dans le caractère de cet homme atroce?

M. Renan, qui prétend connaître Philon et le Talmud, n'y a-t-il pas vu que Hérode fît tuer soixante-dix membres de la famille de David? S'il eût connu ce fait et d'autres que nous lui avons cités^^il n'eût pas affirmé d'abord que la famille de Da\id était étante dqntis longtemps à l'époque du règne d'Hérode ; de plus, il eût trouvé moins étonnante la cruauté d'Hérode en présence d'un oracle qui lui annonçait la naissance d'un fils de David qui serait roi d'Israël. Le récit évangôiique, dans sa simplicité, est le résumé complet et exact du règne et du caractère d'Hérode : jalousie et cruauté.

Josèphe rapporte que, peu de temps après le serment de fidéliti! prôté à Hérode par les Juifs, le bruit se répandit qu'il ne régnerait paslongtonjps. C'étaient les prophéties sur la naissance du Messie qui avaient donné occasion à ce bruit. Alors, selon l'historien juif, Hérode commit des exécutions cruelles, et il en lait le hideinc tableau. C'est précisément à cette époque que l'Évangilo place le massacre des innocents.

Le Talmud lui-même (Traité sur le Synédrion) fait allusion à ce massacre qui força Jésus à fuir en Egypte. Seulement, l'écrivain de cette informe compUation commet un anachronisme d'un siècle en rapportant ce

firit. L'anachronisme ne dirniiuieeii rien rimportance du témoignage. Un écrivain païen, Macrobe(^'«/?/rrîo/. , liv. II, ch. iv), mentionne aussi le massacre des ifinocentes victimes de deux immolées par Hérode. Cclse, l'adversaire acharné du christianisme, qui vivait au second siècle, admettait le massacre de Bethléem et la fuite de Jésus en Egypte. Il s'en Daisait même une arme contre la divinité du Christ.

Mais, ditHm, les historiens du temps, comme Suétone, Tacite, Dion Gassîus, n*ont pas parlé du massacre des innocents. C'est irnii, mais ils n'ont pas parlé non plus des autres cniautés d'Hérode, et ils n'ont consacré que quelques lignes à l'histdre des Juifs. Que prouve donc leur silence?

Josèphe, du moins, n"aurait-il })as dù le mentionner? r4et }iistori(Ui n'a décrit que les massacres qui devaient avoir plus de retentissement, plus de notoriété à cause de la qualité des victimes ; il ne parle des autres que d'une manière générale. Du reste, les textes que nous avons cités démontrent que le récit de l'Évangile est en parfaite harmonie avec son histoire. Josèphe n'a pas voulu faire un tableau complet et détaiUé de tontes les cruautés d'Hérode. Dès qu'un fait particulier, connu par d'autres historiens véridiques, est en parfaite harmonie avec ses récits, peut-on raisonnablement objec^ ter son silence?

En présence des faits et des témoignages que nous uAons rapportés, on comprendra quelle importance I)ent avoir cette petite note de M. E. Renan : a La léycnde du massacre des innocents se v^^\)OYi(i probablement à quelque cruauté exercée par Hérode du coté de Bethléem. Gomp. Jos. Ant, XIV, ix, 4. » Que signifie ce ptobabkmmt? Parée que Hérode auraitcommis

d'autres cruautés du cùté de Bethléem, serait-ce une raison de les confondre avec le massacre des innocents? Cet atroce tyran n'a-t-il pas couvert de sang la Judée entière? Notre écrivain offre-t-il du moins une preuve, un semblant de preuve, ({uirautoriseà donner comme une légende le récit évangélique? Non. Nous ne trouvons que le probabkment de la note ci-dessus.' De bonne ibi, est-ce assez pour nier un Sût raconté par un historien grave, en présence des témoins, en pré-» sence des mères qui avaient à plonror leurs enfants égorgés, en présence des Juifs qui, au lieu de le démentir, ont embrassé le christianisme par milliers, ou qui, malgré leur haine contre Jésus et l Evangile, ont conservé, dans leurs écrits talmudistes, le souveair du fait en question?

M. Renan n'a pas donné non plus la raison pour laquelle il a fait autant de légendes du récit de la con<' oeption miraculeuse de Jésus, de la sanctification de Jean-Baptiste et des prophéties de Siméon et d*Ânne* Il croit sans doute que son affirmation pure et simple est une bonne raison. Une telle prétention ne peut être que ridicule. « Une chronologie assez lâche, dit-il, présidait à ces combinaisons, fondées pour la plupart sur des faits réels travestis.)) (P. 242.) A-t-il démontré les fautes de ciironologie qu'il reproche aux évangélistes? A-t-il indiqué les faits réels qui auraient été trnvestisi? 11 n'a môme pas tenté de le faire. Donc, toujours le même système : affirmation au lieu de raison. Les récits évangéliques sont des fables (p. 242), dit M. Renan, et la preuve, c'est qu'il le dit. Illustre savant, la preuve n*est pas péremptoire.

Nous voici arrivé à un siyet que notre écrivain a essayé de traiter sérieusement : Jésus s'est-îl donné

connue Dieu, ou bien, l'incarnation appartientr-elle à la léfjende^ est-elle une fablef

Dans rexamen de cetti' question, il débute avec son outrecuidance ordinaire: « Que janiais Jésus n'ait songé à se faire passer pour une incarnation de Dieu luimAme, c'est ce dont on ne saurait douter. » (P. 242.) Nous prétendons, nous, qu'on ne saurait douter un seul instant que Jésus se soit donné comme Dieu luimême revdtu de l'humanité, dans la personne du Fils ou du Verbe.

Les onze pages de citations ou d'assertions que M. Renan a consacrées à sa thèse se réduisent à ceci : Les synopti(jiies ne parlent de Jésus que comme d'^m honiDw; le tilre de V'(h dr Dieu n'est qu'une qualiliiatiou générale qui appartient à tous les hommes de bien ; l'Évangile de saint Jean est le seul qui fasse de Jésus le Verbe incamé. Et, pour prouver qu'il en a été ainsi, il indique les textes qui prouvent V humanité de Jésus, et passe sous silence ceux qui prouvent sa divinité.

Nous acceptons tous les témoignages des Évangiles sur Vhumamté de Jésus, car, en effet, il fut homme. Ces témoignages ne prouvent donc point en faveur de la thèse de M. Renan. Mûs est-il vrai que saint Jean soit le seul qui ait rendu témoignage à sa divinité (1)? Nous le nions formellement, et notis allons établir que,

(1 ) M. b). Heaan suppost» qu'il a démontré que le témoignage de l'EvaDgile de saint Jean ne pouvait 6trè accepté comme expression de la doctrine de Jésus. Nous avons prouvé (f* partie) que saint Jean est l'écho de la doctrine de Jésus au même litre que les trois premiers évangélistes. Donc, alors même que Ton ne posséderait que son témoignage en faveur de la divinité de lésus, il suffirait pour établir que, dans la pensée chrétienne primitive et d'après l'enseignement de Jésus lui-même, il fut le Verbe ineainé.

d'après les Évangiles, Jésus fut un Dieu-Homme. Nous puiserons nos prouves dans les sipioptiques que M. Renan appelle les interprètes si authentiques des paroles de Jésus (p. 249)^ quoiqu'il le> contredise à chaque page de son livre ; et surtout dans les Xoyia de Mathieu auxquels il donne la préférence.

Saint Mathieu rapporte (ch. i)la conception miraeu-' leuse de Jésus dans le sdn d'une vierge, et ajoute : « Ged eut lieu afin que fÙt accomplie la parole du prophète disant: «Voici qu'une vierge concevra et enfantera un « fils; et on lui donnera le nom d'Emmanuel, ce qui (c signifie : Dieu avec nous » (1).

Voilà donc, d'un côte, l'humanité', et, de l'autre, la divinité de Jésus constatées. Tel est le caractère général de tous les laits et de tous les enseignements des Évangiles : le caractère divin uni constamment au caractère humain.

Jésus fuit en Égypte devant un persécuteur comme un homme faible; maïs il part et il revient par suite; d'un avertissement céleste. (Math., u.)

n s'hunûlie devant Jean-Baptiste et reçoit le baptême comme un pécheur; mais la voix de Dieu le Père se fait entendre du ciel : <c Gelui-d est mon fils bien* aimé dans lequel je me suis plu à moi-même^ » et l'Esprit de Dieu descend sur Jésus d'une manière sensible. (Math., m.)

Jésus est soumis, dans le désert, aux tentations de Satan comme un homme ordinaire; mais Satan vaincu s'étant retiré , les anyes de Dieu viennent servir Jésus comme leur maître. (Math., iv.)

(1) H. Rensn affirme que l'ioterprétation donnée au texte d'Isale est fausse. U n'af aftprii iapeina da le protty6r.(P. 2él.)

Il commenee la prédicatioii de sa doctrine ; il marche

à pied et appelle ses apôtres pour l'aider; vuilà l'homme. Mais on m^me temps, il fait des miracles si nombreux, si éclatants, que la foiilo se précipite sur ses pas. Voilà le mlv. divin. (Math,, iv.)

II enseitrno sa ct'lcsto doctrine (Math., v, vi, vn), mais il renseigne eu maitre et comme Dieu^ et il avertit que c'est en vain que ceux qui ne l'observeront pas s'autori-seront d'avoir ûdt mèmedes miradespour obtenir iie bd la récompense étemelle : et Beaucoup me dironi en ce jour: Seigneur! Seigneur! n'avons-nous pas prophé» tisé en ton mm; n'avon&-nous pas chassé les démons en tan nom; n'avons-nous pas fait beaucoup de miracles en ion nom? Et alors je leur dirai : Je ne vous ai jamais connu; retirez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité.... Il enseignait, ajoute saint Mathieu, comme af/ant pouvoir, et non comme les sciibeb elles pharisiens. » (Math., vu.)

' Qui a le pouvoir selon la doctrine évangélique ? Dieu seul.

Les actions miraculeuses de Jésus faisaient com^ prendre à chacun que la puàsanee dnnne était à sa disposition : « Seigneur, lui dit un lépreux, si tu le veux, tu peux me guérir. » Que répond Jésus : mJelê veux, sois guéri. B (Math.^vm.) N'était-ce pas dire qu'il était IHeu?

Un cenUirion s'approche et proclame hautement que toutes les maladies obéissent à Jésus, comme ses propres serviteurs lui obéissent à lui-même. Jésus prétend-il qu'il exai^ère et que Dieu seul a un tel pouvoir sur la nature? «Jésus en l'enteudant l'admira, dit saint Mathieu (viu), et dit à ceux qui le suivaient : Je n'ai pas trouvé uncaussi grande foi en

IsFa(â. » N'est-ce pas dire (pill avait la puiasanoe de Dieu, qu'il était Dieu?

.ïosus se montre homme, en acceptant les ser^jcos qnc Ton rendait anx autres hommes (Math., vm, 15); en môme temps, il chasse les démons, et guérit les maladies à!im seul mot (Ibid,, i6). Il monte sur une barque pour passer la mer; comme homme, il avait besoin de ce secours. Une tempdte s'élève^ il l'arrête d'un seul mot. (Math., iàid,) Voi& le Dieu.

Saint Mathieu rapporte que les mauvais esprits eux-

mômes acclamaiont Jrsus par ce titre : Jésus, l'ils de Dieu! et le reconnaissaient pour leur souverain, (vni, 29.) Peut-on dire qu'eu celte circonstance, ils ne lui d(»nnaient ((u'iuie qualification qui appartenait à tous les hommes de bien ?

Il est certain que Jésus appelait enfants de Dieu tous les hommes qui pratiquaient ses préceptes ; qu'il nous a appris à nommer Dieu notre Père! Mais M. E. Renan doit comprendre qu'il y a une distînotton essentielle à faire entre ceux qui sont appelés fils de Dieu métaphoriquemertt parce (jue Dieu a pour eux l'amour d'un père, cl celui (jui est l'ils dd^n^lescns propre do,cG mot. Cesd(;u\ sens éclatent dans les Evangiles avec tant d'cNidencc qu il est difficile de croire que M. Ptenan ait fait, de bonne foi, la confusion qui est une des bases de son argumentation contre la divinité de Jésus-Christ.

. Ce n'est pas dans TEvangile de saint Jean que Von trouve l'eidamatioD citée plus haut, et sur le sens de laquelle il est impossible de se faire illusion, mais dans

ces Xoyut de Mathieu si estimés de M. Renan.

Ces heytety nous les suivons pas à pas :

Jésus hùmmê monte sur une barque pour revenir à Nazareth. Un paralytique se présente à lui. Jésus lui dit : « ]^ I aie confiance, tes péchés te sont remis. » Des scribes aussitôt disent en eux mêmes: Il blasphème ! Ils pensaient a\cc raison que Dieu seul peut remettre les péchés.

Jésus va-t-il leur expliquer qu'un homme a le pouvoir (le les remettre? Non ; au contraire. « Quel est le \)\y\> facile, leur dit-il : prononcer ces mots: Tes péchés te sont remis; ou ceux-ci : Lève-toi et marche. Je veux donc ce que vous sachiez que le Fils de l'homme 9l, sur la terre, le pouvoir de remettre les péchés. Il dit alors au paralytique : Lève-toi, emporte ton lit, et va en ta maison. Et il se leva et s'en alla en sa maison. » Que signifie ce récit de saint Mathieu (ix)^ sinon que Jésus, fils de Thomme, était Dieu - qu'il faisait des miracles pour prouver sa divinité?

La foule glorifiait Dii'u d'avoir donné \m tel pouvoir aux hotnmps. On croyait donc, dit M. Renan (p. 246), que Jésus était ini homme^ Oui, certes, on le croyait, et avec raison ; mais Jésus ne prouvait-il pas en môme temps qu'il était Dieu ?

Lorsque Jésus faisait des miracles, ajoute-t-il , il faisait un effort pénible , il ressentait une fatigue comme si quelque chose sortait de lui. (P. 251 .) Donc, il ^tait un homme. Le moi pénible effort (Afatiffue sont de M. Renan, quoiqu'il les attribue aux évangélistes Luc et Jean (|ui n'en disent rien. Mais un fait certain, c'est que Jésus sentttit qu'une vertu sortait de lui. Nous voyons là une preuve de son humanité ; mais la vertu eUe-inrmr no prouve-t-elle pas sa divinité? A Dieu seul peut appartenir une vertu supérieure à la nature. C'est la conclusion qui ressort des récits de

saint Mathieu et des autres évangélistes. (Math., ix.^ Partout, dans les actes comme dans les paroles, c'est la personnalité de Jésus qui agit, soit comme homme, soit comme Dieu; d'où nous concluons que les quatre

Evangiles ne sont qu'un continuel témoignage rendu à la double nature, divine et humaine, du Christ. M. llenan n'a mis en relief que le côté humain, et il en a conclu que Jésus était un homme. Il lui sera facile de faire la seconde partie de son travail et il en conclura : Jésus était Dieu. U arrivera ainsi à la vérité du témoignage évangélique.

Suivons toujours saint Mathieu. Jean envoie vers Jésus (Math., xi) pour lui demander s'il est bien le Messie qu'il savait^ par révélation divine, être dans le monde. Jésus lui répond par le miraeley c'est^t-dire, par une œuvre divine. H adresse ensuite des reproches à ceux qui refusent de comprendre cette voix du iiiiraclc et il pruelanie sa divinité par ces paroles : n Je te relld^ témoignage, ô Père, Seigneur du ciel et de lu terre, que tu as caché ces choses (sa doctrine) aux sages et aux prudents et que tu les a révélées aux petits. 11 en a été ainsi. Père, parce que telle a été ta volonté. Toutes choses m'ont été données par mon Père. Personne ne connaît le Fils, sinon le Père; et personne ne connaît k Père sinon k Fils et celui à qui /e FUs a voulu le révéler. » (Math., xi, 25 etsuiv.) Pèut-on soutenir qu'il ne s'agisse ici que du titre général de fils appliqué à tous les liommes de bien? que Jésus ne prenne pas le titre de vrai Fils de Dieu ?

M. Renan a soutenu cependant que, dans les synoptiques, Jésus ne prend jamais ce titre.

Rapprochons de ce passage des Xo^/a de Mathieu, cet autre qui en est pour ainsi dire le commentaire :

<( Jésus dit à ses apôtres :Ouedit-oii du Fils de l liomme? Ceux-ci ivpniKlerit : Les uns disent que vous êtes Jean- Baptiste, ou Eiie^ ou JérémiCjOU undes prophètes. — Et vous, ajoute Jésus, qui dites-vous que je suis ? Simoa Pierre répond : « Tu es le Christ, Fils du ùieu vi" vont. — Tu es bienheureux, scoute Jésus, car ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les deux. » (Math., zvi, 13 et suiv.) Ne s'agit-il encore ici que d'un titre commun à tous les hommes ? Jésus ne donne-t-il pas sa filiation divine comme une vérité, dont la connaissance émane de Dieu lui-même ?

Remarquez, monsieur Kenao, que ce n'est pas àl'Evangile de saint Jean que nous empruntons ces textes, mais au premier des synoptiques que vous voucUiec exalter au détriment des autres Evangiles, comme si l'Evangile de saint lAathieu n'écrasait pas aussi bien que les autres vos systèmes.

Les paroles de saint Mathieu ne sont- elles pas identiques avec celles de saint Jean : « Au commencement était le Verbe <*t le Verbe était en Dieu... et toutes choses ont été faites par lui... et il donna à tous ceux qui ont cru en lui le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui ne sont pas nés du sang, ou de la volonté de la chair, ou de la volonté de l'homme, mais deùim.n

Dieu, par le Verbe son vrai Fils, a régénère les hommes ; et ces hommes j^égénérés sont appelés fils de JJieu. Voilà /a raison d(; ce titre d'enfants de Dieu donné par la vertu du vrai et unique Fià, le Verbe a qui s'est fait chair et qui a habité parmi nous. » (Joann., i.)

Gomment M. E. Renan n'art^il pas aperçu dans rSvangile ces notions élémentaires du christianisme? ou, s*îl les a aperçues, pourquoi les a-t-il passées sous

silence? Sans doute pour se procurer roccasion de fabriquer une pauvre objection contre le titre de Fils de Dieu (jui appartenait à Jésus-Christ.

Revenons à l'Evangile de saint Mathieu.

La divinité et l'humanité de Jésus-Christ apparaissent encore dans ces laits et ces témoignages :

Dans son enseignement sur l'observation du sabbat (Math., xn), Jésus se prodame Maître dn sabbat. Or, cette loi n'était-elie pas une loi de Dieu ? Dire que l'on est MoMre lorsqu'il s'agit d'une loi de Dieu, n'est-ce pas affirmer, que l'on est Dteti?

Dans le même chapitre, saint Mathieu rapporte la réponse prophétique que Jésus fit à ses ennemis qui lui demandaient un miracle. Il prend là le titre de Fils de rhommCj mais, en même temps, il annonce sa résufrection\Hmv le troisième jour après sa mort. Toujours le témoignage de sa divinité à côté de celui de son humanité. Les Juifs comprirent si bien cette réponse qu'ils en prirent occasion de l'accuseF de se donner comme Dieu,

Âu chapitre xni, on trouve plusieurs paraboles su^ blimes, en particulier, celle de la semence^ que Usui expliqua à ses apôtres. « Celui qui sème, dit-il, c'est leFik fie rhomme ; et c'est lui qui, pour fiiire la récolte^ envoie on^eff. 9 heFUsde fhamm» était donc en même temps le Mt^Ure (les anges, c'est-è-dire Dieu hdmène* ''''-^

Les miracles les plus étonnants sont entremêlés aux enseignements dans les chapitres xiv et suivants. A chaque ligne, le double caractère de Jésus se manifeste.

Au xvii% le premier des évangélistes raconte la transfiguration. Ije Père intervient visiblement pour dire : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me suis plu à moi-même; écoutez-le* » C'est la seconde fois que Dieu le Père rendait ce témoignage à son Fils dans lequel ii se plaisait à hii-mênie, \mrce que son Verbe est nécessairement l'expression de sa substance, de son ôtre.

Au XIX* chapitre saint Mathieu rapporte ce fait : « Un homme s'ypprocha de Jésus, en lui disant : Bon rabbi, que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle?... Jésus lui répondit : Pourtpioi m'appelles-tu bon ? il n'y a qu'un seul bon, c'est Dieu, n M. Renan aperçoit là des précautions que Jo?us aurait prises pour repousser la doctrine de sa divinité. (P. 243.) Avec un peu plus d'attention, il eût rejeté cette conséquence. Quel était rhomme qui l'interrogeait? Un flatteur qui ne le croyait qu'un rabbi, un simple mortel ; qui vient à lui avec des paroles ndelleuses, et dans le but de tirer vanité de sa propre vertu, en assurant qu'U avait toujours pratiqué la lui de Dieu. Gomment Jésus devait-il répondre à un tel homuie?Au même titre que celui-ci l'interrogeait, c'est-à-dire en homme, et en donnant une leçon d hiunilité à cet hypocrite qui se croyait hon lui-mAme, et qui donnait à celui qu'il regardait comme un homme, une qualification qui n'appartient réellement qu'à Dieu. Si le Juif hypocrite eût eu la foi de Pierre, il eût répondu à Jésus: Mais vous êtes Dieu, donc vous êtes bon. Mais ii n'avait pas la foi, et il interrogeait le divin Maître, plutôt pour se rehausser lui-même que pour s'éclairer.

Ce n'était pas à de tels hommes que Jésus découvrait sa doctrine. // ne jetait pas les perles diBomt ks pour^

€MMsr, comme il dBsaitldiHnéine, et il a indiqué clairement la classe des hypocrites comme indigne de recevoir ses enseignements. La réponse faite par Jésus à un hypocrite ne prouve donc pas contre sa divinité, mais seulement que l'Homme qui l'interrogeait n'était pas de ceux auxquels le Père avait voulu^ comme à Pierre, révéler ce mystère.

Du reste, on trouve dans ce même cliapitre : « ëd vérité, je vous le dis : lors de la régénération, lorsque le Fils de rbomme sera assis sur le siège de êa nu^eué, vous serez aussi assis sur doiue trAnes, jugeant les dooie tribus d'Israël. »

QuéUe peut être cette majesté du Fils de raomme? Celle de juge suprême de l'humanité. Or, un simple mortel peut-fl être ee juge suprême, ayant pour assesseurs ceux quMl a mis à la tête de son É^ise? Selon notre savant : « Le Christ surhumain des absides byzantines, assis en juge du monde, au milieu des apôtres analogues à lui^ et supérieurs aux anges, qui ne font qu'assister et servir, est la très-exacte représentation figurée de cette conception du a Fils de l'homme» dont nous trouvons les premiers traits déjà si fortement indiqués dansic livre de Daniel. » Ceci sera très-vrai, si M. Renan veut bien ôter les mots atialogues à lui qui, du reste, ne sont pas d'un français très-ptir et qui ne sont pas oasts. Le Fils de rhrâimey dans la pensée chrétienne «primée sur les absides byiantines, occupe le trône supérieur; les douze apêtres ne lui sont pas OMlogues, comme il dit, taminféieun^h, titre de simples délégués; le Christ lulHnêrôe est avrAianaMiy commeFavouenotre critique, c'est à-dire qu'il esXÙieu Ses traits, tels qu'ils se retrouvent dans l'image chrétienne appelée par M. Renan représenlaùon /t^urétySont

mjot d'un IHeu servi par tes anges qui sont hmmî^iirei deDUu^ et ai$ii sur k$ MnMu euxHBiéiiies. Ces (raito du Dieu-Homme, on les retrouve, non-seuleraeiit dans le livre de Daniel, mais dans les autres livras prophétiques, lorsqu'on les lit sans préjugés et avec la seule intention de les comprendre exactement.

Du reste^ M. Renan aurait pu trouver l'idée exacte du Fils de r homme, juge du monde, au chapitre xxvi des XcytoL de saint Mathieu. N'y a-t-il pas lu ce passa,£re? «Le prince desprfMres lui dit :« Je t 'adjure, par le Dieu «vivant, de dire si tu es le Christ, Fiis de Dieu.n Jésus lui répondit : u C'est comme in le dis, et j'ajoute <c que tu verras le Fils de Phomme^ assis à la droite de la « puissance de Dieu, et venant sur les nuées du cieL » Alors le prince des prêtres déchira ses vêtements en s'écriant : « Il a blasphémé ! i>

Jésus, FiU de r homme ^ se disait donc aussi Pik de ùieu^ mais vrai fils, assisà la droite de la puissance de Dieu, expression figurée qui n'a* d'autre sens que cehii d'égal en puissance à Dieu le Père. Voilà, monsieur Renan, lo Christ surhumain, juge du monde, telqu il est peint dans les Évangiles, et dont les traits ont été^ de tout temps, reproduits par ricoaographie chré* tienne..

Ce dernier trait, tiré de l'Évangile de saint Mathieu, ne suffît-il pas pour prouver que M. Renan en a imposé à ses leeteurs lorsqu'il a affîrmé que, dans les synopti^ qoes, Jésus ne {Hrend jamais le titre de Fils de Dieu?

Nous pourrions prolonger notre étude sur les trois premiers évangéUstes ; mais à qucn bon ? Ge que nous avons dit suffit Inen pour prouver que notre écrivain a dénaturé leur témoignage. Il en a pris et là quelques traits auxquels il a . donné un faux sens, pour prouver

que Jésus fut un idéaiùte qui identifia tous les hoomeA avee lui, et lui-méoie avec IKeu,* o'e8t-è.*dire qui nia Dim, nia le «MrfMrfurs/, le surhMimam; qui ne yii dans la nature qu'un dtre universel résultant de Fensemble des êtres et ayant une énergie propre. Ce système absurde est celui de M. Renan; c'est le panthéisme le plus grossier. Que notre philosophe l'admette, si cela lui convient, mais l'attribuer à Jésus -Christ, à l'Évangile, c est dépasser toutes les bornes que doit se fixer tout homme honnête et consciencieux. 11 n'y a pas dans FEvangile un snil mot qui favorise tant soit peu le système que M. Heoan a prêté à Jésus; et, de tous les textes qu'il acUés, aucun n'a le sens qu'il leur a attribué. Tout bomme qui voudra lire de bonne fui rÉvangile en sera eonvaincu sans peine*

Du reste, notre écrivain est obligé d*en convenir indirectement; car, d'après lui, les notions que Ton trouve dans rÉvangile sont coniraeUetaires (p. 251) toucbant la personne du Christ; « mais, ajoute4^0, banne foi et imposture ne sont pas deux termes inconciliables (p. 252); on ne peut taire l'histoire qu'en admettant pour la amcérité plusieurs îiiesures. » (P. 253.) Les apolres ont donc vU' f/ir7itews, en faisant de Jésus tantôt un homme, tantôt un Dieu , ((Uiais, ajoute; t-il, quand nous aurons fait avec no& scrupules ce qu'ils firent avec leurs mensonsres, nous aurons le droit d'être pour eux sévères. » (P. 253.) Ainsi, pour M. Renan, la morale, c'est le succès. L'humanité a voulu être trompée, elle est donc seule coupable; ceux qui l'ont trompée sont innocents. (P. 264).

Notre écrivain a des raisons particulières, sans doute, pour prendre û chaleureusement le parti des imposteurs qui ont eu recours au mensonge pour

tromper rhumanité. 11 a mis en pratique la théorie de kt bonne foi mpasiurey et de la smeérUé meneonçère, Pomr nous, une parelUe théorie est ce qu'il y a de plus dégradant et de plus immoral. Nous croyons que la vérité est la vérité, ci que le mensonge est mensonge. Jésus a pensé de même, les évangélistes aussi; et tous les honnêtes gens, à quelque religion qu'ils appartiennent, ont toujours cru qu'un imposteur de mauvaise foi peut seul faire l'apolot^ie du mensonge et des menteurs. Aussi lesévangélistes ne se sont-ils pas contredits. Ils ont enseigné que iésus était Dieu, parce qu'il l'est; ils ont enseigné qu'il éiait homme, parce qu'il Test, Celui-là seulement aperçoit des contradictions dans leurs témoignages, qui les étudie avec le parti pris de leur imposer ses propres orreurs, et qui, pour arriver à ce résultat, dénature leurs paroles, torture leurs textes, et nie aussi eff^ront^ooent leur doctrine, qu*il leur en attribue une autre qui n'est pas dans leurs écrits.

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