‹ E. Renan devant la science, ou réfutation de la prétendue Vie de JésusChapitre 18 sur 25 · CHAPITRE X.VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE X.VII

V^rate déOnltlve ûem Idées de Jénu le royMUM de IMen.

C'est pour la troisième fois qno M. Renan revient sur ce sujet. Pour la troisième fois nous lui répondons que les phases qu'il a imaginées touchautles idées de Jésus, relatives au royaume de Dieu, sont purement feiwes; qu'elles ne reposent ni sur l'interprétation exacte des textes, ni sur les témoignages historiques ; qu*one8 sont, au contraire, opposées aux textes doctrinaux et aux témoignages. nNous supposons, dit le prétendu historien, que cette dernière phase de Tactirité de Jésus dura environ dix-huit mois. » (1) (P. 270 Notis supposons! le mot est bien choisi. Si c'était encore une simple supposition, on pourrait la pardonner

(1) Ici M. Renan met cette note : «Nous suivons le tyitéme de Jean, d'après lequel la vie publique de Jésus dura trois ans. Les Synoptiques, au contraire, groupent tous les faits dans un cadre d'un an. » Cette dernière assertion est fausse. 11 est vrai que les premiers évangéllstes n'ont pas une classification par année comme saint Jean, mais ils ne disent nulle part que la vie publique de Jésus n'ait duré qu'un an; et d'après leurs récits même, on peut fixer des dates qui corres-

à notre écrivain, ^oîqu*un véritable historien ne 8*en permette point. Mais la supposition de M. Renan est contraire au témoignage des historiens de Jésus. La question se réduit donc à ceci : Peut-on faire des sup^ positions contre le témoignage d'écrivains que l'on prétend prendre pour guides dansses récits? Poserainsî la question, c'rst la résoiulre contre notro adversaire. Quoi qu'il en dise, Jésus n'a ou qu une idée touchant le royaume de Dieu : ce royaume est l'Eglise composée de tous ceux (|ui le reconnaissent pour leur Roi spirituel, et qui vivent dans l'espérance de l'avoir pour Roi dans le monde futur. U appelle tous les hommes sans exception à ce royaume ; les pauvres, les déshérités de ce monde y sont appelés comme les riches; ils ont même moins d'obstacles que les riches pour y cntref , car ces derniers se préoccupent outre mesure des intérêts matériels. Ce royaume a été prédit p&t les prophètes ; ils l'ont annoncé sous les figure^ les plus pom^peuses comme le règne de la justice de la vérité,

pondent parfaitement aux trois anoées indiquées par saint Jean. S'il était vrai, comme le priHend M. Henao, que les synoptiques aient groupé toute la vie de Jésus dans un cadre d'aa an, et tf, eomma il le ptétead eoeore , uê synoptiques loat les vrais historiens de Jôsui, pourq*ioi n-t>ll établi tes trois classifications des idées do Jésus, classifications qui seraient impossibles d'après les synoptiques? Pourquoi en appelle- t-il à saint Jean, si TÉvangile de ce saint apôtre n'esl pas authentique, coinme II l'a prétendu si souvent, et s'il n'a qu'un syst(?mi! touchant la classification des actions da Jésus? r.filte manière deprocéder est-elle celle d'un filslorien sérieux? Qu'est-ce qu'une suppo$ilion qui repose sur le système d'un écrit historique à l'authenlicité duquel on ne croit pas? Voilà pourtant h quoi se réduit la classifleiUon des idées ûë Xéstis en tfois périodes, d'après l*aveu indirect de H. fteatn laiinêine.

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comme le règne de Dieu. Ce n'était point un culte nouveau (p. 271) que Jésus voulait fonder dans son royaume, mais le culte primitif développé, et dont les rites figuratifs sèraient remplacés par la réalité; il y appelait tous les peuples, toutes les classes, mdla Sans rêver d'autre révolution quô la transformation la vieille société par la vertu \ les pauvres cômme les riches n'appartenaient à son royaume que par la vertu ; et si lui-même était pauvre, sll aimait les pàuvres, sa pauvreté n'était pas dédaigneuse. (P. 272.) Ce genre db pauvreté n*ést qu'une forme de l'orgueil, et Jésus fUt doux et humide de cœur.

Du reste, M. Renan avoue que, dos trois idées dU royaimic de Dieu qu'il attribue à Jésus, l'une ne paraît pas ravoir beaur<)}ip avrHé. (P. 271.) Quant aux deux autres, Jésus paraît toujours les avoir gardées simultanément (p. 272) ; elles se sont appuyées hme étir t autre (iàid.), A quoi se réduit ce verbiage? A ce que nous avons affirmé d'après les évangélistes, c'est-à-dire qiie Jésus n'eut jamais que la même idée touchant le royàume dé Dieu. M. Henan n'en a trouvé trois qu'en dénaturant, en tronquant quelques textes, et encore est^il obligé de convenir que les trois idées de Jésus se complètent et qu'il les a eues HmuliahémenL Alors pourquoi a-t-îl fait trois chapitres différents sur ce sujet? Pourquoi a-t-il fixé la date où // suppose que la troisième idée prit le dessus sur les autres? '

Des assortions contradictoires de M. lienan résulte, pour tout honuue de bonne foi, un hommage iuvoloDtaire rendu à l'Évangile.

Dans l'exposition qu'il a cru faire de ïa doctrine de Jésus sur le monde futur, M. Renan n'a pas fait preuve d'une intelligence bien {^i^fondé. I)aùs k péùséé de

JéenSy le royaume de Dieu est tm, soit dans le monde actuel, soit dans le monde futur. Le ^eux monde de

l'espérance, le monde judaïque, croulera sous ses propres fautes: Jérusalem sera détruite, et sa destruction sera précédée de V abomination de la désolation. 11 en sera de m^me de la ruine définitive du vieux inonde^ lequel continuera à vivre sur cette terre, à côté du monde nouveau, ou royaume de Dieu, Il s'écroulera comme le monde judmque au milieu d'affreux malheurs. }^'è\ï&}0V0X ces deux ruines dans ses prophéties; il fixe l'époque où arrivera celle du monde judaïque, et annonce que plusieurs de ceux qui Fentendent verront les malheurs de Jérusalem; quant à Tépoque de la seconde ruine, il ne Ta point fixée. M. Renan a jugé à propos d'appliquer ce que Jésus a dit de la ruine de Jérusalem et du monde judaïque, à la ruine complète du vieux monde, à la fin des temps. Puis il conclut raaiji^trnloncnt : u Par une illusion commune à tous les grands réformateurs, Jésus se fujarait le but beaucoup plus proche qu'il n'était; il ne tenait pas comj)te de la lenteur des mouvements de Thiimanité; // s imaginait réaliser en un jour ce qui, dix-huit cents ans plus tard, ne devait pas encore être achevé. »

Pardon , illustre philosophe I Jésus savait tenir compte de la lenteur des mouvements de Thumanité ; il tenait même compte des vices de cette humanité qui devaient Tempécher d'entrer complètement dans son royaume. La preuve, c'est qu*il annonçait qu'il condanmerait^ à la fin du monde, tous ceux qui n'auraient pas voulu se soumettre à son règne. Jésus ne se berçait donc pas de l'illusion que vous lui prêtez. Seulement, il prophétisa qu il apparaîtrait dans sa majesté souveraine, en brisant, après un court délai, le vieux peuple qui n'avait

})as voulu le reconnaître, niiil^ré les [iroplictics qui rannonraiont ; ([u'il apparaîtrait de nouveau clans sa majesté souveraine, à la lin <hi tcmps^ à la fin de la génération humaine^ pour détruire le vieux monde et juger l'humanité entière. Le vieux monde juif a péri, cmime H r avait prédit^ et juste à l'époque annoncée par Daniel (1). L'humanité est appelée tout entière au royaume de Dieu ; mais combien ne répondront pas à l'appel ! Jésus a prédit qu*il en serait ainsi : sa parole est accomplie. // a prédit qu*à la fin des temps aurait lieu le jugement de Thumanité : sa parole s'accomplira.

La doctrine de Jésus fut parfaitement comprise de ses disciples. M. Renan aurait pu en voir une preuve dans la réponse que les neveux de Tapôtre Judde firent à l'empereur Domitien, réponse que nous avons rapportée {)récédemnient ; il en aurait encore trouvé une preuve positive dans la croyance de l'Église primitive. Plusieurs cependant les interprétèrent mal et enseignèrent que Jésus devait apparaître de nouveau, après un délai assez court, pour régner rmUe ans sur la terre. Mais cette opinion ne fut jamais la croyance générale de l'Église; on y condamna môme les millénaires y qui joignaient à Topuiion du règne de mille ans, des détails obscènes sur la nature du bonheur dont les élus jouiraient pendant ce règne terrestre de mille ans. Enfin, il y eut et il y a encore des millénaires qui interprètent les paroles de Jésus en ce sens qu'il régnera sur la terre

(I) M. Renan (p. 273, note 2) voudrait donner à penser que Daniel n'a annoncé que l'apparition dernière qui doit avoir lieu à la lin des temps. iNous lui piouverons, qu4md il levwirâra, que Daniel a fixé dtwns fModèn préciae l'année de la prédication dé iéixxBt Mlle de sa mort et celle de la mine de Jérasalem.

pendant mille ans, soit avant, soit après le jugement dernier. Ces diverses opinions n*ont jamais eu le caractère d'une croyance universelle.

L^glîse crut i une première ruine, celle de Jérusalem (i); elle crut & une ruine définitive, celle du monde, suivie du règne étemel de Jésus-Ghrist sur les élus. C'est ainsi qu'elle interpréta toujours la doctrine du Maître.

Cette doctrine, M. Renan ne l'a pas comprise; il a confondu ou aflecté de confondre deux faits, afin de pouvoir appuyer sur cette confusion toutes les fantaisies de son imagination. Il n'a pas mieux réussi dans son exposition de la doctrine de la résurrection des morts qui est, ditril, le complément ou plutôt la condition des croyances apocaitfptir/ues des Juife toucbant la ûn du monde. Écoutons notre écrivain :

a Cette doctrine, comme nous l'avons dit, était encore assez neuve en Israël. » M. Renan ta mais ne Ta pas prouvé, La résurrection des morts avait toujours été une croyance positive du peuple juif, et la preuve, c'est que ceux qui n'y croyaient pas, comme

(1) Saint Jean, au moment où il écrivait V Apocalypsej iixa à qumuOe-dmix mois U ruine du Tvmple. (Ch. xi, versets.) M- tteuau ch rche à prendre saint Jean an déraul en affirmant queVAporah/pae fut écrite en C8; cir on sait que la ruine du Temple a eu lieu en TO. c'est-à-dire, moins de quarante deux mois après ceUe an née US. Pourquoi M. Hen.in a-t-il aftirméque cet ouvrage fut écrit ta tfS ? avait-il une preuve positive k QOP service? il n'en a aucune. 11 n'a donc fixé l'année 68 que pour contredire la prophétie de saint Jean ; de plus, il d-mne à jtpri' ser que saint Jean fixait à quarantc-'leux trujis la ruine du inonde, lorsque le saint prophète désigne positivement le temple do lérnsaiem, et la ville elle-même. Peat-dn donner une preuve plus évideato de mauvaise fol f

les Sadducoens, formaient une secte à part, Jéius n'enseigna donc pas une nouvelle doctrine sur ce point, comme notre adversaire en convient (p, â80) ; mais il la développa^ comme il le fit pour les autres doctrines judaïques. Il n'enseigna pas que la résurrection serait pour les justes et le niant pour les pécheurs. (P, 280.) M. Renan a constaté lui-même le ooQtrdre (p. 274), et c'est en vain qu'il en appelle à saint Luc et à saint Paul qui auraient cru^ d'après lui, au néant des méchants. Saint Luc et saint Paul ont parlé du caractère de la résurrection des justes. De là M. Renan conclut qu'ils n'ont cru qu'à cette résurrection. (P. 280, note 2.) Avec un peu plus de bonne foi, il eût cité les textes où les deux écrivains sacrés ont parlé du caractère de la résurrection des méchants, et il en eût conclu qu'ils enseignaient la résurrection des uns et des autres; des justes pour la gloire, des méchants pour la punition. Mais lorsque notre érudit veut trouver dans les livres sacrés la doctrine qui lui conviept, il a recours à ce procédé ; U en extrait quelques mot$y il les Interprète à sa manière, et garde sur le reste un silence profond.

C'est ainsi qu'il est arrivé à trouver dans les Évangiles que Jésus annonça la fin prochaine à\i monde qui aurait dû être détruit un siècle après lui. (P. 282.) Si Jésus a prédit cette lin prochaine, il s'est trompé. Oui et non, répond M. Renan. Oui, si l'on prend la chose dans son vrai sens; non, si Ton fait attention que le maïn^Qaété renoue e le, rt en un sens, renouvelé, comme Jésm le vaulaU, £t M. Henan s'applaudit de ktver r/ionneur de kotbe ghand MAim au. moyen de cette sophistique ridicule. NomcwAMB Marras 1 C'est M. Heni^U qui s'exprime ainsil (P, 282.) Gomment «it»il votre M^ltrei h, wis qui Viivez déshonoré, qui \%y^

trdité comme un fou, comme un iunorant^ comme un menteur, comme un charlatan? Trôve d'hypocrisie, monsieur Uenan. Si vous reconnaissez Jésus comme mire Mcâirey croyez à sa parole, et ne la défigurez pas; croyez à ses miracles, et n'en faites pas des prestiges; adorez-le comme Yotre Dieu, puisqu'il a prouvé sa divinité par ses œuvres divines. Vous ne croyez ni à sa doctrine, ni à ses œuvres, et vous l'appelez w>tre MàUre! Encore une fois, comment Test-il? Il a été, dites-vous, un crtùte incomparable, (P. 282.) Vous hd pardonnez ses chimères (p. 283) qui peut-être n'étaient pas siennes ; vous lui pardonnez parce qu'il s'est élevé jusqu'au Boudhisaie, dans sa conception du bien (p. 384); parce qu'il a cru énergiquement à la réalité de rihtkhiH (Jbid,)\ parce qu'il a fait des vérités avec de féconds malentendus. {Ibid.) Vous lui pardonnez^ parce qu'il aurait enseigné une religion pure, sans pratiques y sans temple^ sans prêtre {Ibid.); parce qu'il a décerné le jugement moral du monde à la conscience de l'homme juste et au bras du peuple, (P. 285.)

S'ilavait ainsienseigné, il serait le dernier des esprits chimériques. Mais rien de tout cela ne se trouve dans l'Évangile. Jésus n'a donc point mérité votre pardon^ monsieur Renan; vous ne l'excusez qu'en lui prêtant vos propres systèmes. Ne lui faites pas tant d'honneur. Laissez-le avec la doctrine qui éclate à toutes les pages de l'Evangile et qui n'est pas la vôtre. Il ne méritera pas ainsi votre pardon ; mais il méritera l' adoration de l'Immanité. 11 \ous est facile de dire que les plus authentiques continuateurs de Jésus sont ceux qui semblent le l'épudier. (P. 287.) Mais vous ne prouverez jamais que le socialisme antichrétien qui aspire à la possession du bien matériel soit identique à l'esprit

chrétien fondu sur le détachement de ces biens; vous ne prouverez jamais qu'un mot vague, r idéalisme absolu j soit le résumé d'une doctrine toute pratique qui se résume dans F amour de Dieu et ramùur du prochain, (P. 287 et 288.) Libre à vous de rêver que « le derniei terme du progrès, dans des millions de siècles, amènera la conscience absolue de l'univers, et dans cette conscienoe le réveil de tout ce qui a vécu. » (P. 288.) Si ce rêve, plus incompréhensible que tous les mystères chrétiens, peu vous satisfaire, nous ne voyons aucune raison de vous en distraire ; mais ne le donnez pas du moins comme une émanation de la doctrine de Jésus qui n'a jamais rien enseigné sur la conscience ahsohie de l\mivers. Notre Maître ne s'est point perdu dans ce vague que vous appelez sublime, et qui n'est pour nous comme il Ta été peur lui que le dernier terme de l'absurdité humaine, et la punition de l'orgueil.

En résumé, Jésus a prédit la ruine de Jérusalem, et Jérusalem a tombé avec le peuple juif, à Tépoque qu'il avait fixée;

n a prédit la ruine entière du monde, précédée du jugement général de l'humanité, et il n'en a pas fixé répoque ;

Il a prédit que son royaume, ou son Église, durera jusqu'à la ûii du monde, malgré les luttes dont il sera l'objet;

n a prédit que sou royaume, composé, en ce monde, de ses vrais disciples, continuerait éternellement dans la gloire du monde futur*

Voilà ce que Jésus a enseigné ; il a donc condamné tous les systèmes que lui attribue M. Renan.

1^ MBTll.

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