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miracles. Jésus connaît l'heure de sa mort; il la prédit; il y prépare ses disciples. Jamais le monde n'avait été témoin de tant de grandeur unie à tant de simplicité touchante.
Mais M. £• Renan voulait faire un chapitre sur la progression croissante d un enthousiasme et d'une «altation qui n'ont jamais existé. La chose était facile au moyen de son procédé historique. H a donc ramassé çà et là quelques fiûts, sans tenir compte des dates; il a recudlli quelques mots dont il a forcé et dénaturé le sens; il a groupé tout cela en un chapitre qui est un des plus fimx de son livre^ ce qui, certes, n*est pas peu dire, et il a placé les faux enseignements qu'il a attribués à Jésus à la date qui lui convenait. Voici les principaux points de ces faux enseignements :
Jésus interdit la propriété et le mariage. (P. 307.) Mensonge. Jésus respecta la propriété, condamna le vol, et ne préféra au mariage qu'un célibat individuel exceptionnel, observé en vue d'un dévouement absolu à la société.
Jésus sembla approuver ceux qui se mutileraient en vue du royaume de Dieu. (P. 308.) Mensonge. Jésus n'encouragea que le célibat volontaire et pur ; et s'il a employé la métaphore pour le désigner, comme pour peindre le retranchement de toute occasion de péché, celte métaphore doit être entendue conformément au reste de son enseignement, où il défend à l'homme toute entreprise contre lui-même.
Jésus a prêché hardiment la guerre à la nature. (P. 309.) Mensonge. Jésus n'a prêché la guerre qu'aux vices de la nature, et il n'a conseillé un état extrch naturel qu'à ceux qui pourraient l'embrasser en vue d'une haute mission sodale et pour Dieu.
Jésus a ordonné à ses disciples l'abnégation la plus absolue. (P. 310.) Mensonge. Il ne l'a prescrite qu'à ceux qui recevaient de lui une mission exceptionnelle.
Dans ses accès de rigueur, il^allait jusqu'à supprimer la chair et vouloir que l'on n'aimât que lui. (P. 311, 312.) Mensonge. Il respectait tout amour légitime^ et voulait seulement que Tamour divin fût la seule inspiration de ceux çui devaient continuer son œuvre d'évangéHsation.
M. E. Renan a confi^ndu la morale qui, dans FÉvangile, est applicable à tous, avec des lè^ements qui ne regardent que les apâires elles hommes qui Avaient être chargés d'une mission exceptionnelle. Même dans ces règlements, il prend à la lettre des expressions qui sont évidemment métaphoriques et qui trouvent ailleurs leur explication. Gomment en agit-il ainsi, lui qui attribue à Jésus tant de métaphores, alors môme qu'il n'en existe pas? Il groupe dans un seul cadre les enseignements exceptionnels disséminés dans l'Évangile tout entier, afin d'en former sa période d'exaltation croissante, et d'établir une distinction entre le fin ^joyeux mdraUste des premiers jmm, et le géant sembre qu*une sorte de pressentiment granr diose jetait déplus en plus hors de t humanité, (P. 312.)
Le moraliste fin et joyeux, aussi bien que le géant sombre, ce sont là deux créations de l'imagination de M. Renan. Jésus fut le môme du commencement à la fin, c'est-à-dire un moraliste pur, enseignant une morale divine au monde, et créant pour les besoins de la société un corps d'élite formé d'hommes élus que l'Ësprit de Dieu élèverait au-dessus de la condition commune des autres hommes. L'humanité a toujours eu ses héros, lorsque la Providence les crut utiles.
Jésus les a sanctifiés, rommf» il apurifi'^ le monde entier. M. Renan n'a rien compris à cette double morale commune et excpptifmnelle ; il a préféré attribuer à Jésus des contradictions qui n'existent que dans son propre esprit.
Après avoir tout ooofondUy M. E. Benan se croit en droit de tirer ces conséquences de ses prémisses absurdes:
Le bon chrétien sera mauvais fils, mauvais patriote ;
l'homme évangélique sera un homme dangereux; le moine est, en un sens, le seul vrai chrétien. (P. 314, 34?), 346.) Tout cela est aussi faux que la thr^^orie qui lui sort de hase. Jésiis a sanctifié Vhéruisjjw tpIkju'Ux. Telle est la vérité. M. llenan confond l'héroïsme avec la condition commune, et s'écrie que l'héroïsme est absurde, immoral, anti-social. Il chanterait au besoin la gloire d'un héros qui s'arracherait aux bras de sa vieille mère, de sa femme, de ses enfants, qui irait affronter la mort sur un diamp de bataille pour sa patrie; et il trouve exagéré que Jésus ait montré le ciel au héros chrétien qui s'élèverait au-deasus de la nature pour répandre dans le monde la vérité! On a abusé j)arfois des paroles do Jésus-Christ, soit par exaltation, soit par hypocrisie, donc elles sont mauvaises! Telle est la locrifpie de M. Renan. Nous lui eussions cru assez d'intelligence et de cœur pour comprendre l'héroïsme de la vertu, pour le préférer à l'hé- Toftme guerrier; pour savoir que s'il est beau de tout sacrifier pour sa patrie, il est plus beau encore de tout sacrifier, sans orgueil omnmé sans ostentation^ pour le bien de l'humanité et pour Tamour de Dieu ; pour comprendre que lliérelsme pour la vérité, qui est rintérôt universel de la société, est préférable à Thé»
roîame fondé sur un intérêt matériel, individuel ou national.
NouB plaignons sincèrement M. Ë. Renan de n'avoir pas même aperçu la théorie sublime de Jésus sut rbérol&me dirétîen, et d'atoir donné au monde une preuve si manifieste de Tétroitesse de son esprit.
Partant de son idée fiiusse et anti^évangolique d'une progression d'enthousiasme, M. Renan prétend que Jésus en arriva jusqu'au désir de se faire tue?-, et il a osé renvoyer h l'Evan^^ile pour étayer cet impudent mensonge. A quel texte renvoie-t-il? A celui où saint Mathieu raconte que Jésus avertit ses apôtres qu'un d'entre eux devait le trahir 1 (MatbuyXVi, âi, 23); à ceux où le même évangéliste raconte que, devant aèê jttgesj Jésus ne répondit pas aux injustes, aocusotiôns dont il était roljjet ; que Pilate laissa aux Juife le choix entre Jésus et Barrabas, pour,ôtrct mis en liberté! (Math., xvu, 12/21, 22.) Dépassons^nôus les bornes» én appelant une .telle assertion de M» Renan un impuf 4ent mensonge?
Nous ne sommes pas étonné que notre écrivain n'ait rien compris à la sublime doctrine du sacriiice volontaire que Jésus voulait faire de sa vie pour sauver l'humanité. Gomment celui qui ne croit pas en Dieu, et dont toute la morale n'est qu'une convention inté** resséei pourrait^il croire à la régén^ation de l'humib^ nité par le sacidfkie du Dieu-Homme? Gomment pouiv rait-n comprendre ces élans divins de Jésus çn vue de son sacrifice? n -a dû croire que larmon de Jéna se etoublait (p. ZiS), lorsque c'est la sienne qui se trouble et qui s'annihile dans le froid délire de Torgueil et de rîn&ensibilité. Au déàut de sa prédication, quelques^ uns des disciples de Jésus le croyaient fou, alors qu'ils
rétaient eux-mêmes. M. Renan transporte ce fait à la fin de la prédication pour en enrichir son chapitre sur Ibl progression croissante, et semble tenté de croire que Jésus était en elfetattfiiatdeMe. (P. 318, 319.) Vous ne savez donc pas^ monsieur Bensn, qu'il y a deux eqièoes de folies : la mioi qui n'est teeonnue que par les hommes sensés, et Fautre, edle qni est attribuée généralement aux hommes sensés par les fous euxmêmes. Dans ee eas, êtes-vouslliunme sensé on le fou? Jésus fut-il fou, ou est-ce vous qui l'êtes? Permetteznous d'avoir moins de confiance dans votre raison que dans celle de Jésus. Vous êtes un grand homme, sans doute ; vous êtes un grand philosophe ; qui pourrait élever à ce sujet le plus léger soupçon; vous serez même un grand érudit, un grand historien, si ¥Dus ?oulex; TOUS avez tout ce qui constitue la sagesse humaine, d'accord; mais saint Paul nous a vpgim que cette sagessen'est souvent que folie, et que les hommes sensés ne sont pas ceux qu'on pense. Nous croyons à cette doctrine de saint Paul, et éDe explique beaucoup de choses. Je suis trop poli, monsieur Renan, pour l'exposer dans tous ses détails^ et je vous renvoie à saint Paul lui-même.
Pour prouver que Jésus était atteint de folie à la fin de sa vie, M. E. Renan parcourt l'Évangile çà et là afin d'en tirer quelques actes qu'il déclare absurdes (p. 319), et qui inspiraient une e^èce de terreur à ses disciples.
n suffit de se transporter à tous les textes qu'H a cités dans ce chapitre pour a^oir la preuve: i* quH en a dénaturé le sens de la manière la plus déloyale; 2* qu'ils ne se rapportent pas aux dejmiers temps de la vie de Jésus.
Donc, M. Renan n'a pu faire son XIX* chapitre sans fausser l'Évangile sur lequel il a prétendu s'appuyer, sans en altérer tous les textes avec une insigne mau<iraisefin.