‹ E. Renan devant la science, ou réfutation de la prétendue Vie de JésusChapitre 21 sur 25 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Voici le résumé du syst^ne de H. E. Renan sur Topposition que rencontra Jésus :

On no lui fit pas d'abord beaucoup d'opposition; mais peu à pou il irrita ses adversaires par ses invectives et ses ironies ; il oublia sa douceur première et se fît des ennemis. Ce changement dans ses sentiinents>enait de ce que sa vie vagabonde commençait à lui peser ^ et de l'indifférence avec laquelle on accueillait ses paroles; puis il rencontra l'orthodoxie juive dans les Pharisiens. Non-seulement il s'attaqua à leurs traditions contraires à la loi, mais à la loi de Moïse elle-même, La conséquence de ces luttes lut une haine qui ne pouvait s'assou\ir que par la mort.

Ce système contient quelques détails vrais; mais dans son ensemble il est faux. D'après l'Évangile, que M. Ë. Kenan prétend avoir pris pour guide, Jésus rencontra dés le début de sa prédication l'opposition la plus vive; il eut à lutter dès le commencement contre les incrédules et les hypocrites ; il les traita constamment de la même manière^ et le changement que M. E. Re-

nan lui attribue n'est qu'un produit de rimaginatioii de notre écrivain. La vie évangélique et pauvre que Jésus menait lui était si peu à charge, qu'il n'en parlait que pour la proposer comme modèle à ses apôtres, en leur prédisant qu'ils ne seraient pas mieux traités que lui. Cette vie ne put donc le disposer à rirritation, comme voudrait le donner à penser M. Renan; elle était toute volontaire. Quant à rindin'orence et à 1 incrédulité, elles ne lui causaient aucunf:^ irritation, car il savait d'avance, i)ar les prophéties, que 1(! peuple juif, au lieu d'obéir à sa voix, le poursuivrait de sa haine jusqu àle faire mourir.

Tels étaient les sentiments de Jésus d'q>rès les évangélistes.

M. Renan n'a pu lui on attribuer d'autres qu'en altérant les textes, spImii sa coutiniie. On pourra facilement le constater, si on a la patience délire les textes qu'il indique lui-même et qui portent avec eux sa condamnation.

Notre écrivain a encore altéré, de parti pris, TËvangile, en affirmant que Jésus attaqua non-seulement les traditions pharisaïques^ mais la loi de Moïse ellemême, qu'il aurait voulu remplacer par une nouvelle religion. L'Évangile dit tout le contraire en maints endroits. Jésus a déclaré ([umi iota, un point, ne seraient pas retranchés de la loi, et il n'attaqua dans les Pharisiens que l'hypocrisie et des traditions contraires à la Ici,

Le seul point qui soit vrai, dans ce chapitre de M. Renan, c'est que les Pharisiens conçurent une telle

haine contre Jésus, à cause des attaques sévères qu'il dirigeait contre eux, qu'ils résolurent de le faire mourir.

Tèut le mte du chafâtre est de pure fontaine. Si du moins notre écrivain avait donné tout cela oomuie de son invention, on eût pu le lui pardonner, car on pardonne beaucoup aux romanciers; mais il a prétendu

s'appuyer sur l'Évangile ; or, il n'a pu le faire sans donner une nouvelle preuve de mauvaise foi.

GHAPITRË XXI

Nous remarquons surtout dans ce chapitre, à travers une foule de détails fort contestables, cette assertion : que Jésus, à Jérusalem, changea complétemcDi son. mode d'enseignement; qu'il devint raisonneur, scolastique, subtil, mais que ses raisonnements étaient peu conformes aux r^les de la logique d*Âristote. (P. 348.)QuandM. E. Renan aurabien voulu donner un exemple des mauvais raisonnements de Jésus, nous lui prouverons que c*est lui-même qui raisonne mal. Mais comme il se contente d'affirmer, il nous suffit de tiier. Nous lui proposerons, en outre, do prouver que tout est parfaitement logique, môme dans ce chapitre vui de saint Jean, qu'il n'admet comme authentique que relativement. (P. 345, note 6.)

Nous ferons de plus observer que Jésus raisonna en Galilée comme à Jérusalem. Les Évangiles en fournissent de nombreuses preuves ; mais M. E. Renan avait besoin, pour son système, d'inventer une nouvelle modification dans renseignement de Jésus. Un fait certain, c'est que cet cnseiguement fut constamment le

même, et que la haine des Pharisiens ne date point de celui qui fut donné pendant le dernier voyage de Jésus à Jérusalem.

U est mutile de faire observer que M. Renan reporte à ce dernier voyage des fiiits qui s'étaient passés antérieurement. G*est chez lui affaire d'habitude de bouleverser les récits évangéliques dans l'intérêt de son système. D s'est émancipé au point de fixer le même fait à des époques différentes lorsqu'il en avait besoin, pour (lonoLT une apparence de vérité à ses assertions.

Nous no relèverons pas dans ce chapitre quelques expressions qui ne sont que des allusions à des idées fausses ou systématiques d^à réfutées.

CHAPITUE XXII

« M. Renan commence ce chapitre en parlant du Toyage de Jésus sur les bords du Jourdain. Il y retrouve

le miracle, comme si Jésus n'en avait pas fait partout, même à Jérusalem. Après sa visite aux bords du Jourdain, Jésus revint à Béthanie, où il se passa quelque chose qui fut regardé comme une résurre<y tim. (P. 360.) La résurrection de Lazare n'est pas tout à fait une légende^ selon notre ingénieux écrivain; mais on peut Texpliquer sans croire au miracle. CSom** ment? Void le procédé :

La fomllle de Béthanie pul être amenée) pmque sans ftm douter^ à l'acte important gu^m âàîrait. Il SEMBLE que Lazare était malade. La joie de l'arrivée de Jésus PUT ramener Lazare à la vie. Peut-être aussi l'ardent désir de fermer la bouche à ceux qui niaient outrageusement la mission divine de leur ami entraîna-t-il ces personnes jcMisMonn^ds au delà de toutes les bornes. Psirr-ÊTRE Lazare , pâle encore de sa ma^ ladie, se fit entourer de bandelettes comm un mort et enfermer dans son tombeeài de fmmlle. Jésus^ amené

au tombeau de Lazare, croyait que son ami ékùt mort. L'émotion qu'il ressentit PUT être prise pour ce trouble qui accompagnait les mirades. Dan» cette hypothèse, Jésus désira iroir encore une fois celui qu'il avait aimé, et, la pierre ayant été écartée, Lazare sortit avec ses bandelettes et la tète entourée d'un suaire. Cetu ajh pariHon dut naturellement être regardée par tout le monde comme tme résurrection.

Voilà l'ingénieux moyen trouvé par M. Renan pour expliquer h résurrection de Lazare. Après quoi il excuse le fait par ces raisons dignes de l'explication : La foi ne connaît d'autre loi que l'intérêt de ce qu'elle croit vrai. Lazare et ses deux sœurs forent hallucinés, ce qui explique pourquoi leur consdence les porta à. des actes feints, et Jésus s'y prêta, parce qu'il ne put foire autrement, comme il arriva depuis à saint Bernard et à saint ÏVançoîs d'Assise. (P. 361, 362.) Tout ceci se réduit à dire que Lazare, ses deux soeurs et Jésus lui-même furent des imposteurs, et que les témoins du fait furent des idiots. C'est tout ce que M. Renan peut opposer au récit évangélique. Se contentera qui voudra de cette explication. Quant à nous, nous pensons qu'il est plus raisonnable de croire au miracle tel qu'il est rapporté dans l'Évangile, qu'à une hypothèse ridicule qui n'a pu être conçue que par un écrivain plus désireux d'obéir servilement à ses préjugés que de rendre hommage à la vérité.

Le foit de la résurrection de Lazare, tel qu'il se présente dans l'Évangile, est opposé, par toutes ses drconstances, h celui qu'a inventé M. Renan. H suppose que Lazare venait de se faire mettre au tombeau pour jouer son rôle lorsque Jésus arriva, et TÉvangile rapporte qu'il y était depuis quatre jours; il suppose que

le lait eut lieu sans témoins, et l'Évangile rapporte que, (le Jérusalem, beaucoup de juifs, qui n'étaient pas disciples de Jésus, étaient venus faire à Marthe et à Marie leur visite de condoléance; qulls suivirent Jésus au tombeau; qu'en voyant l'émotion qu'il éprouvait, ils disaient : « Puisqu'il a ouvert les yeux d^un ayeugle-né, ne pouvait^il pas empèdier hmre de mourir? » Il suppose que Marthe et Marie avaient imaginé la fourberie qu'il leur reproche; l'Évangile rapporte que les sœurs de Lazare doutèrent jusqu'à la fin que Jésus ressuscitât leur frère. M. E. Renan a donc contredit le l'ait évangélique dans toutes ses circonstances; il en a inventé un tout nouveau, et il nous dit : (( Voilà peut-être comment les choses se sont passées. )) Que signifle ce pcut-ètrel sur quoi repose-t-il? JNotre écrivain a évidemment compris que le fait évangélique défie toute critique ; que le miracle de la résurrection de Lazare présente toutes les garanties qu'un homme raisonnable puisse désirer; qu'il anéantit à lui seul tous ses petUSire, toutes ses imaginations, toutes ses théories sur le miracle. Pour se tirer de ce mauvais pas, il n'avait qu'un moyen : le remplacer par un autre. Il n'hésite donc pas ; il bifl'e d'un trait de plume le récit ovangéliquc sous prétexte de l'expliquer,, et cette expli" cation n'est qu'une négation, avec les circonstances aggravantes de l'hypocrisie et de l'absurde.

Nous comprenons le rationaliste qui nous dit loyalement : L'Évangile est rempli d'un bout à l'autre de surnaturel; je ne crois pas au surnaturel, je rejette donc rÉvangUe; je nie tous les faits qu'il contient. Jésus n'a été qu'un charlatan qui a exploité la crédulité publique, et qui s'est fait passer pour Dieu lorsqu'il n'était qu'un habile magicien. On peut démontrer au

IV* PABTIE. 29

ntioiuiliste qu'une pareille théorie est &us8e en elle** même et qu'elle conduit au scepticisme absolu; mais» du moins, on la comprend. Gomment comprendre la théorie de M. E. Renan, qui prétend faire de Jésus

l'homme par excellence, qui l'appelle au besoin homme divin et fi/s de Dieu j et qui en m»^me t emps le rabaisse jusqu'au rôle honteux d'exploiteur de la crédulité niaise et des préjugés de ceux qui l'entourent? qui proclame le miracle possible et qui ne croit pas en Dieu? qui suppose le surnaturel et qui fait de Dieu, de l'hommOf de toute la nature un chaos informe, un amalgame où tout est Dieu, excepté Dieu lui-môme? qui admet FÉvangile comme document, et qui contredit chaque ligne de rÉvangile? qui prétend qu*un miraole n*est pas scientifiquement démontré, et qui nie sans raison ceux où la science n'aurait rien à redire? Il est facile de ne trouver aucun miracle bien prouvé lorsqu'on les nie tous à priori, Lazare était bien mort lorsque Jésus vint à son tombeau ; il sentait déjà mauvais. Jésus l'a appelé, et Lazare s'est levé de son tombeau. Un grand nombre d'ennemis de Jésus, qui connaissaient la mort de Lazare, assistaient à cette résurrection. Lazare est resté vivant et a été un deë prédicateurs de rÉvangile. Si ces fadts ne sont pas certains, aucun fût historique ne Test. M. Renan n'a pas essayé de les contester; il a préféré les rem« placer par un Mi de son inirention. Le procédé est &cile ; reste à savoir s'il est plus raisonnable de croire à l'invention de M. Renan, qu'aux milliers de témoins qui ont attesté le fait évangélique en embrassant le christianisme.

Notre écrivain admet la notoriété du fait, puisqu'il avoue que « tout semble faire croire que le miracle de

Oigitized

Béthanie contribua sensiblement à avancer la fin de Jésus. )> (P. 363.) Si le fait était notoire, un devait le contester s'il n'eût pas été certain. L'a-t-on fait? M. Renan u-t-il à son service un seul mot d'tm seul Juif oontemporain qui se soit inscrit en Um7 Non, Alors pourquoi vient-il, après plus de dix-huit siècles, nier un £iit que les contemporains n'ont pas contestéi malgré l'intérêt qu'ils avaient à le nier? Le miracle venait d'avoir lieu lorsque Jésus parut devant ses juges. Lui a-t-uii reprotliù d'avoir simulé la résurrection de Lazare, de n'avoir pas ouvert les yeux de cet aveuglené connu de tout Jérusalem, qui parcourait la ville en glorifiant celui qui lui avait ouvert les yeux, malgré les menaces qui lui étaient faites par les chefs de la synagogue et de la nation? Les ennemis de Jésus qui voulaient sa mort, qui Taccusaient de séduire le peuple, n'ont osé contester aucun de ses miracles, en présence des innomlïrables témoins qui les attestaient; et M. Renan, à une distance de dix-huit siècles, sans preuves, sans témoins, sans autre raison que son pré-» jugé, s'en vient nous dire hypocritement : « La résurrection de Lazare n'a été qu'un fait combiné par l'exaltation de quelques fanatiques et auquel Jésus se prêta d'assez mauvaise grâce. » 11 valait mieux, monsieur Renan, dire t(jut simplement: Jésus a voulu faire croire qu'il ressuscitait des morts, qu'il ouvrait les yeux des aveugles-nés, qu'il faisait toutes sortes de miracles ; il n'a donc été qu'un imposteur, et tous ceux qui se sont crus ressuscitéa ou guéris n'étaient que des fanatiques. On vous crcâra si Ton veut ; mais, du moins, vous aurez parlé en homme et non pas en h^^crite; vous ne vous serez pas caché dans ces nuances vaporeuses dont vous faites une ^i singuUère apologie (p. 325)^

vous aurez été firanc, ce qui vaut beaucoup, mieux. Vous avez beau dire que « le sentiment de la nuance ûiit rbomme poli et modéré » (iàid,), vous ne convaincrez jamais personne que la politesse et la modération consistent, pour l'historien, dans l'affirmation de faits qui ne reposent sur aucune preuve, et ckms la négation, même avec des nuances, des faits les plus incontestables. Jésus n'aimait pas la minnce; il enseignait à ses disciples à r('-|)ondre simplement oui ou non; et pour lui, ce que vous avez appelé le sentiment de la nuance n'était qu'un mensonge doublé d'hypocrisie. Son évangile est celui de la loyauté; le vôtre est tout le contraire.

La résurrection de Lazare ftit si notoire que « les personnes qui en avaient été témoins se répandirent dans la ville et en parlèrent beaucoup ; m c'est M. Renan qui s'exprime ainsi. (P. 363.) « Les disciples racontèrent le fait, » ajoute-t-il ; mais il invente cette circonstance : qu'ils le racontèrent « avec des détails démise en scène combinés en vue de l'argumentation. » Acceptons cette fantaisie ; il en résultera plus évidemment encore que les ennemis de Jésus étaient provoqués à la négation. Ont-ils nié? Non. Ils furent irrités, dit M. Renan, et se hâtèrent de décider la mort de Jésus. Aux yeux de tout homme de bonne foi, M. Renan accepte assez des circonstances du &it pour le rendre indubitable.

n termine son XXIP chapitre en disant que Jésus

fut victime du parti de f ordre qui, dans tous les temps, s'est opposé à toute initiative. C'est fort possible; mais cette allusion à l'état moderne nous semble d'assez mauvais goût lorsqu'on avait à parler à'hommes d ordre de la valeur des Anne et des Gaîphe, qui n'arri-

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vèrent à leur but gu*au moyen du fanatisme d'une vile

populace.

Il va sans dire que M. Renan s'imagine que si Jésus n'était pas mort, il se serait épuisé dans une lutte désespérée eontre nni]tossible. (P. 369.) Il affirme bien ailleurs que son prétendu idéalisme était lucessairement la relifjion de r avenir ; mais , s'il ne fût pas mort, ce qui devait être tUcessairemerU aurait été impossible. Comprenne qui pourra cette subBme théorie de TtinpomHHté du nécessaire.

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