‹ E. Renan devant la science, ou réfutation de la prétendue Vie de JésusChapitre 3 sur 25 · SA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

SA VÉRITÉ

Que signifie ce verbiage prétentieux, quand on le rapproche des observations que nous avons discutées? ijue dire surtout de cette phrase : saint Luc « est moins un évangéliste qu'un biographe de Jésus? » Onehe différence, s'il vous plaît, entre lui biographe de Jésus et un évangéliste? C'est encore là sans doute une de ces délicatesses que M. Ë. Renan peut seul seniir. Saint Luc est, de plus^ « un hunionstey un correcteur à la manière de Marcion et de Tatien. »

Nous, cherchons à comprendre. Qu'estrcë qu'un Aumprùie?. On donné ce nom aùx jiommeis avec lesquels il est difficile de vivre ; ou bien encore aux médecins . qui font résider dans t humeur le prindpé de toutes les tnailadies; Dans ces deux acceptions, le mot se rappor-'

terait difficilomonl h sfiint Luc rommo historien. On trouve encoro ce mot dans quelques écrits modernes pour désigner ceux qui ont une certaine originalité qui excite le rire. Nous ne Toyons rien en saint Luc qui sui mérite, sous ce rapport, la qualification que lui inflige M. Ë. Renan. Quel sens donne-t-il donc à ce mot? Nous n*en savons rien.

Quant k Marcion et à Tatién, nous ne comprenotis vraiment pas que notre élégant académicien ait trouvé entre eux et saint Luc le plus petit point de rapprochement. S'il eût étudié la doctrine de ces deux hérétiques, îl eût su qu'elle est opposée à celle de saint Luc ; qu'ils n'ont point été àes correcteursy mais des corrttptmrs de la doctrine chrétienne; que leurs disciplos furent toujours regardés comme des ennemis du srui christianisme. A côté de ces renseignements, il en eût trouvé un autre qui lui eût été utile : c'est qu'ils aduiettaient les quatre Evanf/i/ds commo des livres divinement inspirés, et que Tatien avait même fait un ouvrage dans lequel il démontrait qu'entre ces quatre Évangiles il n'y avait aucune contradiction .

On comprend donc difficilement comment M. Ë. Renan se soit passé la fantaisie de comparer saint Luc à Marcion et à Tatien. U y a autant de rapport entre ces hérétiques et saint Luc, qu'entre M. E. Renan et Bossuet.

' Après sa taifiè critique dé détail contre lès quatre . éVat^listes, M. E. Renan conclût ainsi : « En somme, on peut dire que la rédaction synopticjue a traversé

trds ûegrês : l« Fétat doeomentaîre original (X6>/a de Mathieu, Xtx^trrût n rr^nx^tvraàe Marc). Premières rédactions qtà n'existent plus. » (P. xlii.)

De ce que nous avons prouvé, nous concluons contre cette première affirmation de M. E. Renan : qu'il n'est point démontré (\y\o los deux premiers Évangiles aient existé dans une autre forme que celle qiie l'on possède aujourd'hui; notre savant n'a pu citer à l'appui de son système qu'un texte de Papias qu'il a mal compris, mal traduit, qu'il a dénaturé par ses réticences, et qui, malgré ces manœuvres, prouve encore contre M. Ë. Renan dans son propre ouvrage. Notre académicien a, ' déplus, passé soud ^ence les témoignages positife des premiers siècles chrétiens en &veur de l'identité du texte primitif avec celui que nous possédons encore.

Le premier prétendu faU articulé par Télégant critique se réduit donc à une simple assertion, non-seulement dénuée de preuves, mais qui a contre elle des preuves d'une valeur incontestable. Vétat docttmen" taire original des deux premiers Évangiles n'est qu'une simple fantaisie.

Il en est de môme du second état par lequel ils auraient passé, selon notre auteur : «2°, dit-il, l'état de simple mélanfie où les documents originaux sont amalgamés sans aucun effort de composition, sans ([u'on voie percer aucune vue personnelle de la part des auteurs (Évangiles actuels de Mathieu et de Marc). )> ' On dirait vraiment que M. E. Renan a assisté à ce travail par suite duquel les deux écrits primitifs de Mar thieu et de Marc auraient été amalgamés. Mais, du moins, a-t-il trouvé quelque document historique propre à lui donner des lumiènres sur ce point? Aucun. A-m trouvé dans les écrits eux-mêmes qudque iodiçe

àe ce^ anuUganuitwn? Aucun. Alors, pourquoi admet-il un tel fait? Pourquoi? Nous l'ignorons. Mais, tout ce que nous pouvons lui dire , c'est que s il s'imagine avoir assez de génie pour découvrir, par un simple effort de son esprit, les faits passés que rien ne lui atteste, nous le prions de nous permettre de n'avoir pas de lui une aussi haute opinion. Il ne peut trouver mauvais que nous, lui refusions la faculté de lire dans le passé, par un simple elSbrt de son intelligence et sans documents historiques, lorsqu'il refuse à Jésus la faculté de lire dans Tavenir. Sans doute que notre érudit^rtiste se croit plus que Jésus; mais nous avons le droit de penser, nous, qu'il n*est pas permis, sans 6tre taxé de folie et de blasphème, d'avoir la simple idée d'une comparaison entre Jésus et M. le professeur m parHbm du Collège de France. Vous ne voulez pas, monsieur le professeur, que Jésus ait lu dans ravenir?Ne trouvez pas mauvais que nous soyons aussi incrédule à votre égard que vous l'êtes à l'égard de Jésus, et que nous refusions de croire à votre seconde vue rétrospective? Avez- vous à nous citer un doculuent historique, un seul, en faveur de votre étatdocummtairp des deux premiers Evangiles et de leur ornai' gamation? Non. Alors, taisez-vous; et n'alfîrmez pas des faits que vous ne connaissez pas et contre.lesquels s'élèvent tous les monuments du christianisme primitif. , ■

Mais ce n'était pas assez pour M. E. Renan d'avoir mœnté àsm états successifs des deux premiers Évan- .giles. Il se passe la fantaisie .d'une troisième période -pour les rédts évangéliques : «3*, dit-il, l'état de com- .binaison ou de rédaction vot</«/6 et réfléchie, où l'on •senti* effort^xa concilier les différentes versions(Évan-

gile de Luc). L'Évangile de Jean, comme nous Tavons dit, forme une composition d*un autre ordre et tout k

fait à part, n

Nous avons apprécié les considérations contradictoires sur lesquelles M. K. Renan a appuyé son système touchant les Evangiles de saint Luc et de saint Jean. Quant à invoquer un seul docummt historique, notre académicien n'y a môme pas song*', et pour cause. Devons-nous supposer qu'il soit assez ignorant des monuments de l'histoire du christianisme primitif, pour ne pas connaître les témoignages (pii détruisent radicalement son système, qui établissent que jamais on n*a connu d'autres Évangiles que ceux que nous connaissons aiyourd'hui, et dans la forme où nous les avons encore?

Dès que les Évangiles sont mentionnés, ils le sont dans la forme actuelle ; ils sont attribués aux auteurs dont ils portent encore le nom. C'est là un fait [qu'on n*a jamais pu ébranler. M. E. Renan n'a pas m6me songé à le contester ; il s'est contenté de tirer alentour un feu d'artifice de phrases plus ou moins magistrales et ambitieuses, pour éblouir ses lecteurs et les empêcher d'apercevoir la réalité ; mais la fantasmagorie de ses périodes se dissipe d'elle-même devant le fait qu'il n'a pu contester, qu'il s'est contenté de passer sous silence. Le procédé peut être habile à l'égard des homities légers et ignorants ; mais 11 ne peut, aiix yeux dés hommes sérieux et instruits, qu'établir unëprésomptlon fiUsheuse contre la bonne foi de notre él^ànt écrivain. , Après avoir exposé son système sur les quatre Évan» gîles canoniques^ M» Ë. Renan arrive aux apoèryphes. . « On rémarquera, ditril, qui? je n*ai foit nul usagié des Évangiles tgaocryphes. iCes (Qompositions né doivent

être en aiicuno façon mises sur le môme pied que les Évangiles a/nonif/ucs. » (P. xliii.)

PourqiHti? Quolle difTércncc peut exister pour M. E. Renan entre les l''\angilos (/jj/z/r/jp/ws et les canoni^ quea? Aucune évidemment. Si ces derniers furent, comme il le prétend, de simples compilations fjiitespar on ne saitqtdy ils possèdent absolument le même caractère que les apocryph^j et nous ne comprenons pas que M. Ë. Renan ne les mette pas sur le même pied^ comme il dit fort élégamment. Nous distinguons, nous, les apocryphes des canoniques^ par cette raison que ces derniers furent composés par des témoins oculaires et regardés dès rorigine comme contenant les paroles et les actions vraies de Jésus ; que les apocryphes^ au contraire, furent considérés, dès torifji/ic, comme des compilations romanesques sans vérité historique. Mais j\l. E. Ucnan ne peut établir une telle démarcation entre les uns et les autres, puisiiue, d'après lui, les l'^vangiles ( annuiqucs n'existent plus comme documents primitifs^ et (pi'ils ont été dénaturés par M*? Icgowlcs ou récits romanesques. M. E Renan confond donc les Evangiles apocryphes et canoniques; il leur attribue le mAme caractère, et, en même temps, il leur refuse, en théoiie du moins^ la même autorité.

Nous apercevons là une nouvelle atteinte portée à la saine logique de notre érudit-artiste. Mais nous pouvons recueillir l'aveu que l'évidence des foits lui a arracbé et qui détruit, par la base, tout son système. Eïi effet, les apocryphes existaient an second siècle de Tère chrétienne. A cette époque qui tôuchait aux temps apostoliques, on classait donc en deux catégories distinctes les écrivains de la vie de Jésus : ceux qui étaient regardés comiïie yéridiques et ceux qui ne

Tétaient pas. Les premiers étaient au nombre de quatre et on les désignait par leur nom. Les autres étaient rejetés comme apocryphes; n'étaient considérés que comme des romans fabriqués à Tusagé de quelques sectaires et qui ne méritaient aucune créance de la part de la société chrétienne. Cette distinction n'était pas seulement un système de quelques érudits, elle appar» tefiait à toutes les sociétés ctirétiennes, en Orient comme en Occident, au midi comme au nord. Dans toute l'Église primitive, et partout^ on retrouve cette distinction entre les Evans"iles canoniques et les apocryphes. Ce fait est tellement »'« vident que M. E. Renan est obligé de 1 admettre, (ju'il renreiristro sans aperciîvoir toutes les conséquenres ([ue l'on en doit tirer contre ses théories particulières. Or, si, à l'époque qui touclmit immédiatement au temps où les quatre Évangiles canoniques furent composés, on les reconnaissait si hautement comme authentiques et véridiques; si on les distinguait si clairement des récits légendaires, romo' nesques, apocryphes, comment M. E. Renan peut-il raisonnablement soutenir que ces Évangiles étaient le résultat d'un travail de fusion, légendaire, romanesque, ajKJcn/phe, comme ceux qu'il appelle, avec toute Fantiquît»', apocryphes? Comment distingue-t-oh un écrit apoc?^yp/}e de celui qui ne l'est pas? Par le témoignage des contcinporalns. Or, toute la société chrétienne des temps primitii's se déclare ouvertement en faveur de Vaatîicnticitv et <Ic la rrvw/^/des quatre ?]vangiles canoniques; elle rejette avec mépris les icycndes ou Évangiles aporrypJics; et, au dix-neuviéme siècle, en présence de ce témoignage universel de toute une société religieuse, et sans avoir môme l'ombre d'une preuve ii son service, M. £. Renan vient nous dire ; Les

Évangiles canoniques sont légmdaires^ c'est-à-dire : ils soQt apocryphes quoiqu'il ne iaille pas les confondre avec les apocryphes.

Une contradiction et une assertion gratuite : voilà donc tout ce que M. E. Renan peut opposer au témoignage de millions de témoins qui savaient d*où venaient les quatre Évangiles, qui les vénéraient comme la voix de ceux qui avaient vu Jésus, et avaient vécu avec lui, et qui les avaient instruits eux-mêmes de vive voix l

M. E. Renan veut faire l'érudit en citant les titres de quelques Évangiles apocryphes. S'il oùllii Fabriciiis, il aurait pu en citer d'autres encore. Il veut attacher une certaine importance à quelques-uns d entre eux parce qu'ils auraient été écrits « en araniéen coiuiue les y^oyta de Mathieu, qu'ils furent l'Évani^ile des Ebionim, petites chrétientés de Batanée qui gardèrent l'usage du syro-chaldaîque, et qui paraissent à quelques égards avoir continué la ligne de Jésus. » Qu't'stce que la ligne de Jésus? C'est sans doute sa doctrine. Or, comment les Ébionites (nous ne tenons pas à nous donner un reflet d*hébraTsant, en disant Eàionim)^ comment, disons-nous, les Ébionites, secte immorale rejetée par toute la société chrétienne primitive, a-^pclle conservé la ligne de Jésus? Nous Tignorons. Mais, ce que nous savons parfaitement, c'est que M. E-. Renan n'a pu lire en araméen ou syro^haldaTque des écrits qui n'existent pas dans cette langue; qu'il ignore aussi bien que nous l'origine des écrits dont il indiqiie les titres; qu'il est obligé de convenir que, dmu l'état oii ils yroiifi faont arrivés, ils sont inltM iours, /^rv?//* l'antorité critiqup, à la rédaction de l' Évangile de Mathieu que nous possédons, (P. xliv.)

Cet aveu nous suffit. Laissez donc alors les légendes^

et n'osez pas les comparer à dt^s récits historiques dont rauthenticito est si bien établie, que vous n'osez la nier ouvertement, tout en vous efforçant de la nier d une manière indirecte et à Taide de distinctions et de restrictions indigaes d*UD écrivain loyal et sincère.

Autre résumé de notre auteur touchant les Évangiles : « On comprend maintenant, dit-il (p. xiiv), ce semble, le genre de valeur MUorique que j'attribue aux Évangiles. Ce ne sont ni des biographies à la feçon de Suétone, ni des légendes fictives à la manière de Phibstrate ; ce sont des biographies Ugendmres. »

Nous ne sommes pas beaucoup plus avancés qu 'auparavant en présence de cette déclaration. Les Évan^^iles, selon notre académicien, ne peuvent (^trc comparés, pour la vérité historique, aux biographies que Suétone a composées sur les douze premiers empereurs romains. Pounpioi? M. E. Renan ne le dit pas, mais l'a donné à penser par ce qui a précédé. Suétone est donc pour lui un type do vérité iiistorique, et les évangélistes ne le sont pas. Saint Luc, par exemple, dont le récit, même de l'aveu de M. £• Renan, est arrivé intact jusqu'à nous, ne vaut pas, quant à la sincérité, Suétone. Nous serait-il permis de demander pourquoi à M. Renan? Suétone vivait au second siède de l'ère chrétienne et n*a pu recevoir de témoins oculaires ses renseignements sur les premiers Césars; saint Luc a vécu au premier siècle et n'a écrit que d'après les récits de ceux qui

avaient conversé avec Jésus. Suétone, à la cour de rempereur Adrien, abusa de la confiance de cet empereur, manqua d'égards à Tinipératrice et fut exilé pour ses procédés peu honorables; saint Luc a toujours été considéré comme un homme de haute intelligence et d'une moralité irréprochable. Suétone s'est montré aussi débauché dans ses récits que les empereurs dont il faisait les bio^Taphies l'étaient dans leur vie; saint Luc appîiraît, dans ses récits, cunuiie un homme d'une pureté de vie exemplaire. Suétone écrit mal en latin: saint Luc écrit en grec avec élé^^ance, et S(jn travail accuse ainsi une éducation première beaucoup plus soignée que celle de Suétone. Ce dernier écrivain, mêlé aux intrii^'ues de cour, peut être soupçonné d'en avoir subi rinfl uence dans ses appréciations historiques ; saint Luc, ;d'abord païen, converti au christianisme par suite d'une conviction sincère et réfléchie, n'a subi d'autre influence que celle de cette conviction.

Nous dierchons en vain une seule raison qui ait pu motiver la préférence que M. E. Renan accorde à Suétone sur saint Luc, et nous ne trouvons que des motifs de préférer l'historien de Jésus à celui des Césars. L'élégant érudit aurait bien dû nous dire pourquoi il donnait à riiistorieu des Gésais la préférence sur celui de Jésus? Mais il ne daigne pas s'abaisser jusqu à ces détails. Ils ne seraient pas inutiles, cependant, pour ceux qui ne croient pas à son infaillibilité.

Ce que nous disons do saint Luc, nous pourrions le dire et à fortiori de saint Mathieu, de saint Marc et de sai nt Jean; mais nous ne citons que saint Luc, parce que M. Ë. Renan n'admet que son Évangile comijne étant d'une parfaite muhentkUéy d'une parfaite intégrité.

Notie vgunaeiit ne peut donc être contesté» même par lui, et nous le mettons en demeure de nous décliner les moti& pour lesquels il préfère aux rédts de saint Luc ceux de Suétone. Nous affirmons, nous, qu'à simple titre d'historien, saint Lue mérite plus de créance que Suétone, parce qu'il fut plus rapproché des événements racontés, parce qu'il a puisé ses renseignements à des sources plus pures ; parce que, personnellement^ il avait plus de culture intellectuelle et de moralité. Tels sont nos raisons de préférer saint Luc à Suétone. Quelles sont celles de M. E. Renan pour préférer Suétone à saint Luc? Nous les connaîtrons, s'U daigne nous répondre et les exposer clairement.

Mais si M. Ë. Renan préfère Suétone aux évangélistes, il préfère ces derniers à Pliilostrate. Pourquoi encore? Philostrate n'était pas très-éloigné du temps d'Apollonius de Thyane, dont il a écrit la Vie. Cet ouvrage a été considéré de tout temps et par tous les hommes do bon sens comme un recueil de légendes inacceptables. Nous sommes par&itement d'accord sur ce point avec M. E. Renan. Seulement, nous lui ferons observer qu'il n'a pas le droit, lui, d'établir la moindre différence entre les récits de PÛlostrate et ceux des évangélistcs. Les récits de ces derniers, en effet, ne sont pas àses yeux des hiofiraplàesy c'est-à-dire des travaux historiques proprement dits. Il les reî^arde comme des luinations où la léf/ende^ c'est-à-dire l'erreur, se trouve niêlt'-e àla vérité. Les récits de Pliilostrate ont le même caractère. Tout ce qu'il raconte n'est i)as faux; seiileincnt il a mêlé des légendes ou récits apocryphes et faux à (pielques vérités. C'est bien là le caractère que M. E. Renan attribue aux Évangiles. Dès qu'il les confond ainsi avec les faibles de Philostrate, pourquoi leur donne-t^il un

caractère différent? C'est sans doute par tm reile ét

pudeur; mais cette pudeur est illogique.

Les évangélistes offrent-ils des garanties historiques? alors, pourquoi leur préférer Suétone? N'en offrent-ils pas? pourqtioi les préférer à Philostrate? Tous les récits évangéliques sont empreints d'un caractère miraculeux: le divin ^ dans le sens strict du mot, y éclate à chaque ligne. Si ce dii in, ce viiraculeux est faux, s'il est légendaire, comme dit poliment le délicieux académicien, les récits évangéliques rentrent dans la même catégorie que ceux de Philostrate. Le système deM. Ë. Renan est donc contradictoire, il est scienHfiçuemeni inacceptable; la distinction qu*il veut étabUr ne repose sur aucune base sdide et logique; son moyen terme se réduit à un aveu que la vérité lui arrache, mais qui détruit tout son système. Qu'entend-il par légendes? Des récits &UX, non historiques. Dès que les Évangiles sont des biographies légendaires, elles sont sans valeur historique, et la biographie légendaire de Pliilostrate ne mérite ni plus ni moins de créance que les É\aMgiles. M. E. Renan recule devant cette conséquence. Pourquoi ces ménagonionts illogi(}ues? Lorsqu'on a une conviction et que l'on veut écrire, le devoir est de l'exprimer sans détour, sans hypocrisie. Quand on s<' pose en libre penseur, en exégète indépendant et supérieur, il ne faut pas reculer devant les conséquences de son système; si les Évangiles n'offrent pas plus de garanties historiques que la Vie dApoUonius de Thyane, il ne faut pas rougir de le dire tout haut. Mais M. E. Renan a vu à quoi il s'exposait en plaçant saint Luc, par exemple, sur la même ligne que Phflostrate. n a donc inventé un juste miUm entre la vérité et l'erreur. Mais ce juste milieu ne peut exister, et, en dépit

de ses habiletés, il faudra toujours en revenir à ce dilemne: ou les Évangiles sont des récits histori(iuos,ou ce sont des romans; dans le premier cas, il faut les accepter tels qu'ils sont; dans le second, il faut les rejeter; car un écrivain qui a mêlé le vrai avec le faux dans ses récits ne mérite aucune créance, surtout lorsqu 'aucun autre document historique, d'une incontestable autorité, ne vient jeter des lumières qui fassent distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux dans son travail.

M. E. Renan ne veut voir dans les Évangiles que des récits cmUradkUnres^ semblables aux l^endes des saints, aux Ftes de Plotin, de Produs, d'Isidore; aux récits de quelques vieux soldats de Napoléon I*' racontant leurs anciennes guerres. Le catacUre du héros ressort mieux de tels récits que d'une histoire solennelle et offictelle, dit M. Renan. (P. zuv-xLy.) Alors, pourquoi préfère-t-il Suétone, historien solennel et offidei, aux Évangiles? De plus, comment des détails faux on léf/endaircs peuvent-ils donner une idée exacte du caracti-rc de celui qui en est l'objet? Toute la phraséologie prétentieuse de notre académicien se réduit à ceci : les faits faux conduisent mieux à la vérité que les faits vrais. Voilà, il faut en convenir, un singulier système.

Autre observation : si les détails Mr/endaires des Évangiles donnent une idée plus exacte de Jésus-Christ que des histûres solennelles et offidelles^^ésnsfatJHeUy car il apparaît comme Dieu dans tous ces récits, et c'est là le caractère qui en ressort le plus nettement. Alors, nous demanderons à M. E. Renan pourquoi il a feit 9on livre pour combattre la divinité de Jésus-^ihrist? n s'appuie sur les ÊvangOes dans son ouvrage ; il admet que les récits évangéliques, quoique légendaires, mettent en relief, mieux que ée» hisUfires solermeUes

€i offusMes, le earactôre de Jésus; ce caractère est incontestablement celui d*an homm^Hku^ foisant cfe» miraiekspourpirctmer sa dhnmté. Et M. E. Renan remise d'admettre ce earadére^ quoiqu'il prenne pour ^uide ces rédtà qui le peignent ayee plus de vérité que n'aurait pu le faire fhisioire proprement dite ^ et il rabaisse ces récits au-dessous d'uné kuUnte «msat celle de Suétone, et il leur accorde moins de valeur historiciue qu'à cette histoire!

Ne peut-ou pas dire que M. Ë. Renan se moque de ses lecteurs?

Mais, après avoir successiNement rabaissé les Évangiles au-dessous de llihtaire et les avoir élevés au-dessus, il s'appli(juc à les rabaisser de nouveau. 11 prétend y découvrir des contradictions « sur les temps» les lieux, les personnes.» {Jlnd,) U affirme que Ton n'attachait, dans les premiers temps du christianisme, aucune importance à ces contradictions; que l'on ne considérait point comme m^tnâ les récits des Évangiles. Et snr quelle preuve M. E. Renan appuie-tril toutes ces assertions? « Sur le passage précité de Papîas. » (IM., note.) Ce passage dit tout le contraire; mais notre savant y a sans cesse recours, et l'on dirait qu'il compose toute l'érudition de l'élégant académiden.

Avec son texte de Papias, M. Renan devient réellement ridicule. Nous en dirons autant de ses ])hrases déjà répétées à satiété sur le travail Ivr/oidaire dont les Evangiles ont été l'objet et sur lesquels il revient encore après avoir indiqué son texte de I\i{nas.

Nous en avons fait justice. Mais imus devons nous arrêter sur ses assertions touciiaat les prophéties messianiques.

Parmi les sources où M. Renan prétend avoir puisé ses renseignements sur Jésus-Christ, il a indiqué les livres « apocryphes de l'Ancien Testament» (p. ix), mais il n*a pas fait le même honneur aux livres canoniques. A-t-il donné la raison de la préférence qu'il accordait aux premiers? Pas le moins du monde. Serait-ce parce que les flr/;r>rry^/^e.s- contiennent plus de renseignements sur Jt'sus-Ohrist que les canotii(/ifes? Ils en contiennent moins; on pourrait même dire qu'ils n'en contiennent pas du tout, puisqu'ils ont précédé la naissance de Jésus, et que leurs auteurs n'ont pas été doués do l'esprit prophétique. Pourquoi donc M. Renan a-t-il cité les « apocryphes de l'Ancien Testament » parmi les documents qu'il a consultés touchant Jésus-Christ? Nous le saurons quand il aura bien voulu nous l'apprendre.

Quant aux livres canoniques, nous comprenons fort bien pourquoi il ne les a pas mentionnéSi Le oélèbre académicien qui s'attribue le droit de lire dans le passé, ne croît pas à l'esprit prophétique des hommes pieux que Dieu aurait éclairés sur l'avenir religieux du inonde. Israélites et chrétiens se sont toujours accordés sur ce point : que les écrits qui composent r Ancien Testament sont tous enq)reints d'esprit . prophéti([ue; que tout, dans les rites religieux du peuple ".juif, a un but uni(iue; que rites et écrits conver^^nt tous . vers un homme extraordinaire qui devait être TEnvoyé .. JUK DiEUj le Messie; israélites et chrétiens s'acconknt à .

— loa —

reconnaître que le peuple juif a vécu d'une vie religieuse dont le terme était dans fax>enir\ que sa vie politique elle-même vivait été organisée dans le but de conserver intacte la promesse de rEKVOVÉ de Dueu, de Celui qui devait venir.

Ce faraud fait prend, sous la plume de M. Renan, les plus minces proportions; il se réduit h une espèce de sentiment populaire qui n'avait pas conscience de sa raison d'cMre. Les évangélistes s'en seraient rendus les échos d'une manièn? ridicule en disant tantôt : « L(; Messie doit faire telle chose; or Jésus est le Messie, donc Jésus a fait telle chose; n tantôt en raisonnant à l'inverse : ((Telle chose est arrivée à Jésus, or, Jésus est le Messie ; donc telle chose devait arriver au Messie. » (P. xlvi, xlvh.)

Notre auteur donne cette note pour preuve : « Voir, par exemple, Jean, xix, 23-24. » Que dit Jean à cet endroit? «Les soldats, après ravoir crucifié, s'emparèrent de ses vêtements, en firent quatre parts, une pour chacun d*eux ; et de sa tunique. Cette tunique était sans couture, tissue tout entière d'une seule pièce. lisse dirent donc entre eux : <c Ne la partageons pas, mais « tirons au sort à qui elle appartiendra, » afin que fût accomplie rÉcriture qui a dit : ((.Us se sont partagé «mes vêtements, et ils tirèrent ma tunique au sort.» C'est ce que firent les soldats. » La prophétie citée par SiintJean se trouve au psaume 21 (22 de l'hébreu). M. E. llenan, qui ne croit pas aux projjhéties, ne priit naturellement regarder «pie comme une chose fortuite la similitude si frappante qui existe entre les paroles du psalmiste et le fait rapporté par saint Jean. Mais s'il eût bien voulu considérer que le psaume cité se rapporte tout entier l'avenir ; que récrivaim sacré annon-

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çait les soufTi-ances dont sorait l'objet un liomnie extraordinaire dont les hinijiiiatitins et la mort seraient la source d'iui meillour avenir pour tous les peuples du monde; s'il eût réfléchi, d'un autre côté, que le peuple d'Israël regardait les psaumes comme autant de chants prophétiques, il eût compris que saint Jean devait opposer aux Juifs le psaume en question, comme un témoignage accablant contre eux. Tous les détails de la Passion de Jésus-Christ ont vérifié les prophéties du psaume. On ne peut en rq>prochcr le récit des évangélistes sans être saisi d'admiration. Saint Jean n*a rappelé qu'un détail ; il aurait pu eh citer d'autres. Le psaume commence par ces mots prononcés par Jésus^ Christ lui-même sur la croix : <r Mon Dieu ! mon Dieu f pourquoi m'a\ez-vous abandonné 1 » Le prophète adresse à Dieu cette plainte : « Tous ceux qui me voient m'insultent : ils remuent les lèvres et secouent la tcto en disant: (( Il a mis Sun espérance en Dieu, qu'il le délivre I «qu'il le sauve, s'il est vrai qu'il rainieî)) Ce sont les paroles de la populace qui entourait la croix. Il faudrait citer le psaume entier pour constater les rapprochements saisissants qui existent entre cette prophétie et les récits des divers évangélistes. £t.M. Renan ne veut voir en tout ceci qu'im mauvais raisonnement fait après coup et qui interprétait assez mal un sentiment populaire 1 Libre à lui; mais il nous semble, à nous, que Ton doit traiter avec un peu plus de sérieux ttn l7miMf/atV,leiaitprophétîque,qui a été et qui est encore le principe de la vie religieuse du peuple Israélite, qui l'est en même temps de tous les peuples chrétiens. Nous concevons que les débris d'Israël ne conviennent pas que leurs pères aient été assez aveugles pour avoir une idée fausse du Messie, pour se rendre coupables de

k mort de V Envoyé de Dieu ; mais ce que Ton doit concevoir aussi fieicilement, c'est que roux d'entre eux qui ont reconnu cet Envoyé dans le Christ mis à mort, dent indiqué à leurs frères coupables les traits des prophéties qui avaient rapport h sa Passion et à sa mort, à son triomphe tout spirituel sur le monde païen. Telle est la raison des rapprochements que font parfois lesévangélistes entre les actions de Jésus et les prophéties, des rapprochements plus multipliés que faisaient les apôtres dans leurs prc^'djcations (Act., i, 20; ii, IG et suiv. Qt prm.). Ils ne font point les raisonnements ridicules qur leur prAte M. Renan; ils indi(îneiit les prophéties (jiii pouvaii^nt inettr*; sur la voie leurs frères qui s'étaient fait une fausse idée du Messie.

M. Renan ne voit que des suhtilltrs dans les allusions messianif/ues qu'ils relèvent. (P. xi.vi.) Cette assertion purement ^ra/MzVe ne prouve qu'une chose : c'est que le célèbre hébraïsant ne connaît ni la Bible ni la vie religieuse du peuple d'Israël. Il existe cependant sur ce sujet des ouvrages assez nombreux et assez savants pour mériter l'étude de notre docte académicien. On a bientôt dit que la prophétie n'a pas existé ; que les aHusUrnsmessiamqt4es ne sont que àes subtilités; mais il serait plus difQcUe d'appuyer ce sentiment sur de bonnes raisons, et de répondre aux vrais Israélites et aux vrais chrétiens qui ont (iixh^isdeniifiquernentlè contraire. Mûs M. Renan a trouvé plus commode de laisser de côté les livres canoniques l'Ancien Testament; de n'accorder sa considération i\\i'm\nporrt/phes^(ïiàç décider, du haut de son infaillibilité, que les prophéties messianiques ne sont que des subtilités.

Le lecteur sérieux appréciera ce procédé peu sden-^ tifique de l'élégant académicienf

N'ouUions' pas de citer textuellement une belle phrase au moyen de laquelle U a cru lé^timer sa manière de considérer les alluHomnmsimùqves des évangélistes : « Les explications trop simples, dit-il^ sont tot^ûurs fimsaes, quand il s'agit d'^mô^aer ie tissu de ees profondes création» du sentiment populaire, qui ê^aueni tous k$ systèmes par leur richesse et leur infinie variété. » (P. XLlm;) C'est là assez bien parier pour ne rien dire. Toutdbîs, analysons le tissu de «ette période que M. Renan a dû prononcer ore rotundo.

Les explications données aux prophéties par les évangélistcs sont trop simples. C'est-à-dire qu'elles sont si simplos qu'il n'y a pas moyen de contester le rapproclieineiit qu'ils font entre les fr/its Tacontés par eux et les paroles do l'Anoion Testament. Cependant M. Renan vient de dire que leurs (illusions étaient subtiles. Notre autejir tient à avoir constamment à son service deux opinions contradictoires spr le môme sujet.

Mais de ce que les explications sont simples^ il s'ensuit qu'elles sont fmtsses. De là, il faudrait conclure que, aux yeux de M. Renan, plus les explications sont obsetanes, plus elles sont satisfisisantes et vraies.

Nous ne pouvons être de cet avis. .

Il est vrai que notre- profond écrivain ne veut qu'il en soit ainsi que s'il s*agit à*aMdyser le tissu des nM>- FONDES créations du sentiment populaire. Pourquoi, s'il' vous plaît, les explications obscures auraient-elles le privilège d'ôtre plus mies que les explications claires quand il s'agit iVa/ta/t/ser ce tissu? Plus les créations sont profondes, plus il faudrait, ce semble, s'attacher à y porter une vive lumière, pour que l'obscurité de ces profondeurs fût dissipée. Notre auteur prétendrait-)! ^ue plus il fait 4uit, plus on y voit clair?

Mais les profondes créations du sentiment populaire déjouent tous les systèmes. C'est une raison pour ne point s'en permettre, et de prendre les choses telles qu'elles sont. Pourquoi donc M. Uoiiiin en a-t-il tant fait sur les Évangiles et sur Jésus-Christ? S'il est nue création profonde du sentiment populaire (on comprend que nous citons ces expressions sans les approuver), c'est bien le Messie^ Y Envoyé de Dieu^ annoncé par les prophèteSi sortant du sein de Dieu, venant dans le monde sous le nom de Jésus; détruisant les vieux cultes pour établir son rèigne immortel sur le ciel,[8ur la terre et sur l'enfer. Certes, s'il est une création profonde du sentiment populaire qui défoue tous les systèmes^ c'est bien celle-là, qui nattavec le monde, ^i a défié toutes les . révolutions sociales, qui existe encore dans toute sa force. Et c'est à cette création profonde du sentiment de l'humanité que M. RenaA ^ent opposer des systèmes mesquins et des phrases vaporeuses !

Votre œuvre, illustre académicien, est condamnée par les mots sonores que vous avez prononcés. Vous avez dicté vous-même l'arrêt contre vos systèmes, et le Messie, VHomme-Dieii, Jésus, cette pensée sublime de Dieu lui-môme, incarnée dans l'humanité, sortira plus brillante des nuages que vous avez voulu amasser autour d'elle.

. On voit que nous avons été poli, en disant que M. Reluin avait lait une belle phrase pour ne rien dire. Nous aurions pu la caractériser tout autrement.

Revenons, avec notre auteur, à la valeur historique des Évangiles. Il tient à ressasser ses idées ; mais leur infime wmété ne les rend pas plus vraies.

xn

Pour résumer ses idées sur la valeur MsUmque des Évangiles, M. Renan établit: i* que les discours qui y sont rapportés ne sont pas textueb (p. xlvu) ; 2'* que les récits sont légendaires, et que Ton y rencontre

beaucoup d'à peu prèa (p. XLym); 3** qu'il faut cependant les admettre, quoiqu'ils ne soient pan vrais à la lettre {ibid.)\ 4* que de ces récits légendaires et qui ne sont pas x^rnis à la lettre^ ressort une vérité supé^ rieure, la vérité rendue expressive et parlante, éujvéb

A LA HAUTEUR d'L-NE lltÉE.

D'abord, qui a jamais prétendu que les discours de Jésus fussent textuels? Ne peut-on pas en avoir le sens quoiqu'ils n'aient pas été sténographiés^ NesufQt-il pas d'en avoir le sens pour en connaître la penséel Jésus n'avait pas de stéiographe, et il n'y tenait pas. Mais il avait des hommes de bonne foi pour Téoouter, ce qui valait beaucoup mieux; et si ces hommes étaient inspirés, l'inspiration ne vaudrait-elle pas mieux que la sténographie? M. E. Renan ne le croit pas, mais nous, nous le croyons. S'il a le droit de nier, nous avons celui d'affirmer.

Puis, qu'eslHse qvCunevéM ékvée à la hauteur étune idée? qu'est-ce que Fidée? Les logiciens discutent sur la définition, mais leurs discussions roulent toutes autour de cette vérité universollement admise : que l'idée est l'esprit pensant, ou la pensée de l'esprit humain. Quel peut Atre l'objet delà pensée? Évidemment ce qui existe^ ce qui est^ soit dans Tordre matériel, soit dans

Tordre spirituel, soit dans Tordre purement inteUi^ hh^ comme le résultat des rapports des êtres entre eux. Or, ce qui est^ c'est la vérité, La vérité est donc fo^ jet de Tidée, laquelle idée est plus ou moins légitime, selon qu'elle perçoit plus ou moins clairement la vérité ou ce qui est. D'après ces notions si simples, comprend-<in ce que c'est ([u 7/110 vérité élevée à la hauteur une idée? Si M. E. Ronan eût parl<^ d'une idée élevée () la hauteur de la vérité^ nous reussions compris; mais imo rériti' élevée à la hauteur d'une idée^ c'est lu, soit (lit sans intt'ntion do blesser le savant académicien, un pathos philosophique sous lequel toute idée disparait.

Maintenant , nous serait-il permis de demander à notre philosophe comment imtf vcW/c supérieure ^ui être le résultat de faits f€tux ou légendaires? Comment cette vérité st^périeure est plus vraie que la nue vérité ? (P. xLYiii.) Nous avons cru jusqu'ici, et nous continuerons à croire jusqu'à preuve du contraire, que ce qui est vrai est vrai purement et simplement; que Ton ne peut établir de degrés dans la vérité. On peut en établir dansles idées, parce que ces idées peuvent êtreplus ou moins conformes au vrai ; mais établir des degrés de vérité dans ce qui est vrai, c'est là une [)hilosophie qui ne pourra jamais rtrc îi l'usage du sons commun. Nous ne comprenons pas mieux que ce i^ui eut vrai puisse résulter de ee qui est faux, môme à ce degré inférieur que M. E. Renan appelle la nue vérité. Le faux est lîaux, le vrai est vrai : c'est là, ce semble, un axiome que chacun admet, et les habiletés littéraires de M. E. Renaane pourront Tébranler. Son opinion analysée avec exactitude se résout en une erreur grossière que les iiommes d^ boi^ sens désignent, 8ans|»QHte8S9 Ut-

ItTairo, par lo iriot ahsrtnVfté. Ce mot est peu parle" moUairc, mais nous n'en trouvons pas d aussi juste pour caractériser Tétran^îC opinion de notre savant.

Après avoir exposé cette opinion , il éprouve le besoin de se justifier auprès de ceux « qui trouveront qu'il a accordé une confiance exagérée à des récits en grande partie légendaires » {ibid,) ; il les prie de tenir compte de Vobsertxaim que nous avons discutée. Nous ne savons si ceux dont il ménage la susceptibilité s'arrangeront de cette obsermHm; quant à nous, nous maintenons qu'aucun bomme tant soit peu raisonnable ne peut pas plus s'en contenter que des développements que l'auteur lui donne.

« A quoi se réduirait, dit-il, la vie d'Alexandre, si on se bornait ?i ce qui est màtéric^lleiuent certain? » Eh! mon Dieu, elle se réduirait, yionr /lous^ à ce qui est vrai, à ce que nous sav<»ns certaiiieiueut; comment peut-on fa ronnaltre que par ce qui est vraH « Mais, ajoute l'auteur, les traditions, même en partie erronées, renferment une portion de vérité. » (P. xux.) M. de la Palisse n'eût pas mieux dit. Qui nie que des traditions qui contiennent une partie de vérité contiennent cette partie de vérité? Mais là n'est pas la question. Que l'on . prenne la vérité partout où on l'aperçoit, rien de mieux; mais que l'on prétende tirer la vérité de l'erreur comme un résultat supérieur à la vérité nuey c'est là ce que prétend M. Renan, et ce qui est contraire au bon sens. Notre auteur s'excuse par l'exemple de M. Sprenger, qui, en écrivant la vie de Mahomet, a tenn compte des . hadifh^ ou traditions orales. Ou est-ce que cela prouve? Si M. Sprenger a donné comme vraies les traditions fausses, il a eu tort, voilà tout. De ce qu'il a eu tort, s'ensuit^ij <)uc M. lierai) ^it raison? u Les traditions

sur Mahomot, ajoute notro illustre académicien, n'ont pas un caractère historique supérieur à celui des discours et desrécitsqui composent les Évangiles. » (Ibid.) Nous sommes assez disposé à le croire; mais que s*ensuit-il? Qu'il faut distinguer soigneusement dans ces traditions ce qui est m» de ce qui est faux y historiquement parlant ; admettre le premier et rejeter le second, et ne pas prétendre, comme H. Renan, que ce qui est vrai peut sortir de ce qui est &ux.

Enfin notre auteur s'excuse sur V^en^le futur de celui qui « écrira l'histoire des écoles juives aux siècles qui ont précédé et suivi immédiatement la naissance du christianisme. » Cet écrivain « ne se fera aucun scrupule dt^ prêter à Hillcl, à Schammaï, à flamahol, le> maximes que leur attribuent la Mise hua et la Gnn/tr/i, bien que ces grandes compilations aient été rédi^iéi s plusieurs centaines d'années après les docteurs dont il s'agit. »

Si le futur historien des écoles juives agit ainsi, • line s'ensuivra pas qu'il ait raison. Son exemple /ti^vr ne peut donc pas plus excuser M. E. Renan que Texempie passé de M. Sprenger. Toutes ces belles phrases peuvent avoir un bouquet d'hébraîsme, quoique des hommes compétents nient que M. Renan sache bien ]*hébreu ; mais, encore une fois,e11es ne prouvent pas du tout que la vérité supérieure puisse être une conséquence des récits foux ou légendaires.

n n*a donc pas répondu à ceux qui lui reprocheraient d*avob accordé une confiance exagérée aux légendes.

Comment M. E. Renan répond-il « aux personnes qui croient, au contraire, (jue l'histoire doit consister à reproduire sans interprétation les documents qui nous

sont parvenus? » Voici sa réponse : « Je les prie d'observer qu'en un tel sujet, cela n'est pas loisible. » Loisible est un vieux mot qui sigrnifie permis. Il n'est donc permis j selon notre académicien, d'écrire la vie de Jésus sans interpréter les documents de cette vie. Nous le voulons bien. Mais qu'entend M. E. Renan parle mot interpréter? Ce mot signifie, en bon français, /iœer le vrai sens. Mais notre académicien lui en donne un autre, et, dans sa pensée, interpréter signifie changer^ dmaturer, rejeter. Le mot est mal choisi pour caractériser la chose. Mais, dit notre auteur, «les quatre principaux documents sont en flagrante contradiction l'un avec Tautre. » (làid.) L'assertion est fausse, et en ne peut découvrir dans les quatre Évangiles aucune contradiction. — (c Josèphe les rectifie quelquefois. » — Cette assertion est aussi &usse que la première. — « Il fout choisir. » — Quand il fondrait chdsir, il resterait à examiner si Josè^e est plus digne de foi que les évangélistes ; mais cette peine est inutile, er Josèphe, au lieu de contredire les évangélistes, les appuie.

M. E. Renan se réserve de prouvej' plus tard ce qu'il avance. Nous lui réseTxous des preuves qui détruiront les siennes et qui démontreront^ on qu'il n'a pas lu Josèphe, ou qu'il n'a pas voulu tenir compte de ses récits,

(c Prétendre qu'un événement ne peut pas s'ôtre passé de deux manières à la fois, ni d'ttne façanmpossible, n*est pas imposer à l'histoire une philosophie à priori. )) (P. xuxrL,) — Sans doute, mais prétendre qu'un événement s*est passé de deux manières, par suite de l'ignorance de rhistoire, et prétendre qu*un événement est impossible lorsqu'il est non-seulement jmwtibk, mais certain, c'est bien là imposer à rhistoire, non pas tf 72« pkiloiophie a imobIi mais un système anUn

— uo —

philosophique» Or, ce système est celui de M. Renan,

quij sous prétexte d'inteiyjrétatiom et d'inductiojiSy a dénaturé les faits de la vie de JT'siis.

Notre auteur s'est attribué le dmit d a^ipliquer son système aux réci/s suniatnrcls. 11 a voulu dire, sans doute, aux récits des faits surnaturels, car il n'admet pas évidemment le caractère divin des récits. «Réduire ces récits à des légendes, ce n'est pas, dit M. Renan, mutiler les faits au nom de la théorie; c'est partir de faàsen}atùmmèmedes faits. » (//>;>/.) Singulière oÂserwUion qui se résume dans la négation I

En effet, du haut de sa grandeur scientifique, notre élégant académicien af3Brme que : <c Aucun des mîrar des dont les vieilles histoires sont remplies ne s'est passé dans des conéiûonsscieniififjues. » Qu'eût-il fallu pour que les conditions scientifiques fussent observées? ({ue les miracles eussent été opérés devant des savants. « Ni les personnes du [jeuple, dit ni;ijestueusement notre académicieu, ni les i^ens du uiondc ne sont compétents |iour cela. 11 y faut de jurandes précautions et une longue habiliide des recherches scientiii([ues. » La prouve, c'est ([iie, de nos jours, des (/eus du //tonde, des petites ri /les tout entières ont été dupes de gî'ussiers prestiges, 11 n'en serait [)as de même si les savants avaient pu critiquer en détail tous les faits miraculeux. Qu'un thaumaturge se présente pour ressusciter un mort, on nommera, dit M. Renan, « une commission composée de physiologistes, de physiciens, de chimistes, de personnes exercées à la critique historique. » A ce dernier titre, M. E. Renan -entend bien, sans doute, qu'il en ferait partiel Gomment procéderait la commission? « Elle choisirait le cadavre, s'assurerait que la mort est -bien réeUCi désignendt la utUe oà detfrmt se faire fea^

périence, réglerait tout le système de précautions nécessaires pour ne laisser prise à aucun doute. Si, dans de telles conditions, la résurrection s'opérait, une pro~ bahilité presque égale à la certitude serait acquise. » (P. LU.) Pour arriver à la certitude complète, illaudrait que rexpérience fût répétée plusieurs fois.

Mais, monsieur Renan, ceux qui n'auraient pas été témoins «fes expénenm, qui. voudraient soupçonnerla bonne foi ou la compétence des savants qui y auraient présidé ; qui objecteraient aux savants les erreurs «etientifiques qui ont été consacrées par les commissions les plus flolennelies, ceux-là auront-ils ki certitude? Non. Votre moyen d'arriver à la certitude du miracle est donc parfaitement inutile. On sait à quoi s'en tenir, illustre académicien, sur l iniaillibilité des connnissions scientiiiques ; et, sans mépriser la science, tout le monde comprend ipie les savants se sont souvent trompés et se trompent souvent encore, non-seulement sur les choses les plus difficiles à constater, mais sur les choses les plus simples.

Mais existe-t-il un moyen de constatation plus sûr que k procédé scientifique de M. Renan pour ôtre certain de l'existence du miracle? Oui, assurément, et c*eBt celui que nous voyons en action dans TÉvangile.

D*abord analysons le vrai miracle. Qu^ trouvet-on? i* un fait simple et palpable; 2« le caractère par lequèl ce foit se présente comme en dehors des .fûts naturels ; puis vient FexpHeaÈion qui peut en être donnée» Cette explication n'appartient pas au miracle lui-même. Prenons un exemple : Jésus vient au tombeau de Lazare publiquement, en présence môme de ses ennemis. Lazare est enseveli depuis quatre jours, il

smi mauvais. Penonne n'a besoin ni de physioltH gistes, ni de MadUes, ni de physiciens, encore moins de personnes exercées à la critique htstoriqtie, pour savoir qu'il est mort et bien mort. Tout à coup Lazare

est vivant, parle et agit instantanément en présence de ceux qui l'ont vu mort. Ils n'ont besoin ni de p/n/siologistes, lù de chimistes, ni de phi/siciens, encore moins de personnes exercées à la critique historique pour savoir i\\\ il vit. La mort de Lazare , la vie de Lazare, ce sont deux faits simples que chacun constate mieux avec ses sens que [yar la lecture d'un rapport d'une commission scientifique. Pour rappeler Lazare <k la mort à la vte, Jésus prononce quelques mots. A-tp-on besoin d'une commission scientifique pour constater qu'un homme a prononcé seulement qudques mots? Non, évidemment, pas plus que nous n'en avons besoin pour savoir que M. Renan parie et a écrit son livre. YoiUi donc à quoi se réduit le plus grand mirade : à des faits simples, aussi simples que ceux qui se passent chaque jour sous nos yeux, et dont personne ne peut douter sans s'exposer à passer pour un fou. Jésus parcourt les villes et les villages; d'un mta, il fait des actions claires, palpables pour tout le monde. ^4 sa voix, des morts ressuscitent, des aveugles recouvrent la vue, des sourds-muets de naissance entendent et parlent, une foule d'infirmes, de malades, sont guéris et le suivent en chantant ses louanges ; ses ennemis l'épient dans tous ses actes ; ils ne peuvent surprendre en lui le plus léger signe de charlatanisme. Ses actes sont simples, à la portée de tous ; il opère ses miracles au grand jour; il les multiplie partout où il passe. Le monde entier y croit et devient chrétien, et proclame la divinité de qui lesa€|»éré6. £t c'est

en présence de cette constatation universelle de feits qui tombent sous les sens, qui, par leur côté nature], ne sortent pas des faits ksplus simples qu'il soit donné à fhomm/s de constater, que M. Renan va nous parler de prestiges grossiers gui ont trompé des gens du monde ou des petites tdlles, précisément parce qu'ils avaient wi earactère exceptionnel que personne ne pouvait constater! M. Renan a raisonné sur le vrai iniraclc comme sur une expérience obscure, sortant des lois communes par tous ses caractères, et sur laquelle la science seule peut donner le dernier mot. Par là il a prouvé qu'il n'a point analysé avec exactitude ces faits, qui ne sont miraculeux que parce qu'ils sont r/e.ç faits singles, dont le caractère surnaturel est aussi facile ù. constater que les &its les plus ordinaires de la vie. Il n'a donc pas fait preuve de philosophie, tout au contraire, en exposant son moyen de certitude pour le miracle. Ce moyen ne pourrait tout au plus que donner une certitude à quelques privilégiés. Or, ce n'ert point pour les privilégiés de la science que Jésus-Christ a fait des miracles, mais pour tout le monde, parce que tout le monde est appelé par lui à la vérité. C'est pourquoi sa doctrine est aussi simple, malgré ses profondeurs divines, que ses actes sont simples, malgré leur caractère divin.

• Ce n'est point au nom à'une constante expérience que M. Renan bannit le miracle de Llùstoirc (p. li), mais bien au nom d*uné fiiosse philosophie qui n'a

même pas analysé exactement ks fiuto ({u'eUe rejette, et au nom d'un pr^ugé oMe, qui, pour mieux nier Dieu, rejette toute manifestation divine dans Thu-* manité.

ff Nous ne disons pas, ajoute notre écrivain, le m^-

raclc est impossible; nous disons : « Il n'y a pas eu jusqu'ici de miracle constaté. » [Ihid.) Et nous, nous répondons : Il y a eu beaucoup de miracles constatés, et si bien constatés comme faits historiques, qu'il faut rejeter rhistoirc entière si on ne les admet pas; car aucun fait historique n'est mieux attesté que certains miracles ; et û, môme selon notre académicien, le miracle est possible, le caractère miraculeux de ces foits ne peut être une raison de les rejeter à priori. U n'est pas vrai que Jésus n'ait fait ses miracles que devant des hommes disposés â y croire (p. i'); il n'est pas vrai qu'il ait choisi ses sufets, son milieu, son pubUc (p. ui); il n'est pas vrai que 'ce soit le peuple lui-même qui ait attribud à. ses actes un caractère miraculeux. {Ihid.)

. En insinuant tout cela, M. E. Renan a saemmeni faussé les documents de Thistoire de Jëeus ; il ne les a pas interprétés, mais il les a diangés, dénaturé,

n termine son Introduction en racontant comment il est allé en Palestine, et comment la vue de ce pays lui révéla un cinquièuw Kcanyile, (P. un.) Cette révélation d'un nouveau jjenre ne nous offre pas, nous en ferons l'aveu, tout à fait autant de garanties que celle qui fut faite aux évani^élistes. Les arbres, les montagnes, les rochers, les lacs, la vie poétique de l'auteur dans um cabane maronUe, tout cela peut être fort beau, mais nous ne comprenons pas bien qu'il en soit sorti tm cinquième Évangile, un cinquième récit de faits qui se, sont passés il y a dix-huit cents ans, un récit tout

contraire aux documents certains ('crifs sur les mt^nies lieux, et en présence des témoins oculaires, M. Renan réclame, il est vrai, une part de divination et de con- .iLcruRE. Cotijf'clure! passe, lorsqu'on n'a pas de documents certains; et encore faut-il donner la conjecture pour ce qu'elle est. Mais la divination I Quel droit y a M. Eenan? Puis, qu'estr^îe que la divijiatim? Nous comprenons Vi?ispiration, la révélation, la communieation de Dieu à l'homme. Mais la divinatimt Ët en demander pour soi lorsqu'on nie l'inspiration, la révélation l Non, monsieur Renan, vous n'êtes pas deoin; nous sommes assez esprit fart pour ne point croire aux êminatiom^ quoique nous soyons assez esprit faible pour croire à la révélation.

Notre dSnnn s*est libéralement attribué une forte dose de cette divination dont il sollicite si humblement une petite i)art. Nous aurons occasion de lu démontrer plus tiird. Croira (jiii \oudra à cette seconde vue! Nous jiiéférons, nous, la. première vuc^ (jui nous paraît beaucoup plus authentique. La poésie est une belle chose ; mais, lorsqu'il s'agit d'histoire, nous lui prêterons le fait da?is toute sa brutalité. Un esprit délicat, raffiné, comme celui de M. Renan, est probablement un objet admirable; mais, que voulez-vous? nous ne pouvons saisir des nuances aussi étbérées. Notre esprit se refuse à suivre, à travers les nuages dorés d'une théorie fantastique, range aux ailes d'or qui a pu surprendre sur les rives des lacs de Galilée, dans le doux murmure des ruisseaux de la montagne, dans le bruissement des feuilles du palmier, une vérité contraire k celle qui se révélait, il y a dix-huit cents ans, d'une manière moins poétique, îi est vrai, mais très-positive, au puhlicain Mathieu, à Jean, pauvre pêcheur du iac de Gonésareth, à Marc et

à Luc, qui écoutaient attentivement ce que racontaient Pierre, un pauvre pêcheur aussi, et d autres ténu ins, lesquels n'avaient aucune prétention aux fauteuils des académies de leur époque.

Nous Youlons bien croire qu'à une grande vie est un toM organique qui ne peut se rendre par la simple agglomération de petits faits » (p. lv) ; mais ce qui dépasse notre conception, c'est que les faits vrais ne constituent pas la condition essentielle de toute histoire vraie. «Il faut ([u'un sentiment profond embrasse Vriisemble et en fasse l'unité. » (Ihi(L) Oui, certainement, mais pour que V('/isr//i///r soit (rii/t//lrf , il faut des détails vrais; on nu doit pas en élimiiiej" ce (|ui en [orme précisément le caraclèi'C princi|)al. « Ln raison d'art, en pareil sujet, est un bon guide. » (Ibid,) Sans contredit, pourvu que Tart soit récUiste, car, lorsqu'il s'agit d'histoire, le réel est seul vrai. « Le tact exquis d'un Gœthe trouverait à s'y appliquer. i» {Ibid,) Pourquoi pas? Mais à la condition, toutefois, que Gœthe ne puiserait ses inspirations que dans les faits, car, en dehors des faits vrais, certains, l'histoire n'existe pas ; en dehors des faits, Goethe, comme tout autre, peut faire de la poésie, du roman, mais non de l'histoire. « La condition essentielle des créations de l'art est de former un système \ivaiit dont toutes les parties s'appellent et se commandent.)) (lOid.) Bien possible; mais l'histoire n'est pas une création de l'art, c'est un récit cxactde faits vrais ; et toute philosophie de l'histoire doit prendre ces faits pour base, sous peine de tomber dans un système plus ou moins poétique, mais qui n'est plus la . philosophie de Fhistoire. L'histoire ne se crée pas, elle g*accepte. Quand on veut l'inventer, sous prétexte

d'art, on fait un roman comme la prétendue Vie de Jésus ilo M. Kenau, mais on ne fait pas une œuvre historique.

La sirène de l'Académie des inscriptions et belleslettres chante pendant une page entière sur ce ton harmonieux. (P. lvi.) Laissons-la se complaire dans le teflet de ses pensées arlts^t^ties, et allons au feit qui en est la conclusion : a La lecture des Évangiles suffirait pour prouver que leurs rédacteurs, quoi^e a^nt dans l'esprit un plan très-^usteâe la vie de Jésus, n*ont pas été guidés par des données chronologiques bien rigoureuses. Papias, d'ailleurs, nous l'apprend expressément. )) (En note : hc. cit., p. lvii.) Encore le texte de Papias! Cet auteur dit-il du moins un mot de ce que lui attribue M. Renan? Pas un mot. Nous avons cité tea tucUement ses paroles; ce que M. E. Renan n'a pas osé faire.

Mais notre illustre académicien a une autre preuve contre Toxactilude chronologique des évangâistes : « Les expressions en cetemp»-là.,, exprès cela.,» alors,,, il arriva que,,, etc., sont de simples transitions destinées à rattacher les uns aux autres les différents récita. » {Ibid,) Voilà, il faut en convenir, une objection foudroyante ; les Évangiles ne s*en relèveront pas! Mais, monsieur E. Renan, tout chrétien sait que saint hucsei(/ a entrepris de mettre la \ie de Jésus dwis un ordre rigoifreKX ; que les autres Evangiles ne sont quf? des récits, des discours, enregistrés sans autre .prétention chronolog^iquo (jue celle de ne pas mettre la naissance avant la mort. Croyez-vous avoir dit une , chose nouvelle en remarquant que les Évangélistes .a'ont pas été des chronologistes rigoureux dam les dé~

'-^ lis —

tails? Vous donneriez alors à penser que vous n'avez pas les premières notions de l'exégèee chrétienne. Vous avez cherché wi pl pour vous diriger dans la chronologie delà vie de Jésus? Vous pouviez le trouver sans peine^ et vous n'aviez pas besoin de tant de travaux; saint Luc vous a appris, dès les premières lignes de son Évangile, qu'U mettait la vie de Jésus m ordre. Pouvez-vous prétendre que vous connaissez mieux cet ordre qu'un historien contemporain qui travaillait sur les écrits et les récits oraux des témoins oculaires? Est-ce en faisant, de fart que l'un fait de la chronologie? Si vous vouliez faire une (purre d'art, il ne fallait pas intitule r \otie ouvrage Vie de Jpsus, car une vie est une œuvre d/dstoire et non une œuvre dort.

Après avoir dénié tout ordre chronologique aux évangélistes, M. Renan leur prête un tact extrême' ment fin dans Tarrangement des faits^ une gradation très-artistique. G*est leur fiiire beaucoup trop d'honneur> après les avoir trop dépréciés. Les évangélistes ne furent, comme écrivains, ni aussi sots ni aussi artistes que notre académicien le suppose. Ils enregistrèrent les paroles et les actions de Jésus avec cette touchante simplicité qui n'abandonnait jamais l'Homme- Dieu lorsqu'il parlait ou qu'il acissait. En cela, ils ont ét('} les dignes historiens de Celui qui était doux et humble de cœur.

Enfin notre auteur se décerne, en terminant son Introduction, un brevet d'infaillibilité historique. « Pour faire l'histoire d'une religion, dit-il (p. lix), il est nécessaire, premièrement, d'y avoir cru (sans cela, on ne saurait comprendre par quoi elle a charmé et sa«

tis&it la conscience humaine); en second lieu, de n'y pka croire d'une manière absolue; car la foi absolue est incompatible avec l'histoire sinc^. » H. Renan se flatte d'avoir cru au christianisme et de ne plus y croire; il est donc dans une position exceptionnèUe pour dire la vérité sur le christianisme. Nous oserons penser que si M. Renan a cru au christianisme, il n'a jamaâs su po7trqnoi, et que c'est pour cela qu'il n'y croit plus. Tout ce ([u'il dit du christianisme prouve jusqu'à l'évidence qu'il ne l'a jamais connu. Ce no sont pas quelques années passées sur les bancs d'un séminaire qui peuvent donner cette connaissance. Quelques pages d'un assez mauvais manuel théologique, peu ou mal appris, est-ce assez pour se donner comme un homme -connaissant le christianisme? M. Renan est sorti du séminaire avec qudques notions vagues et incomplètes qui se sont dissipées promptement parce qu'il n'avait pas étudié sérieusement* Depuis, il n'a point éto^ le christianisme, quoi qu'il en dise. 11 n'a que des notions superficielles de Thlsldre de l'Église, et ce n'est pas aujourd'hui, qu'il ne croit plus ^ qu'il p&lira sur les innombrables documents doctrinaux et historiques du christianisme. 11 a bien autre chose à faire. Dans la suite de ce travail, nous prendrons l'auteur, à chaque page, en flagrant délit d'ignorance, et son livre sera une preuve évidente qu'il n 'a jamais connu et qu'il ne connaît encore ni la doctrine chrétienne ni l'histoire de la religion.

Et puis, que penser de cet aj^risme qui fait de Visa* partialité l'apanage de l'incrédulité? Il se réduit à ced : que Ton ne peut avoir de conviction et Are la vérité. Nous comprenons ches M. Rnuin cette apologie du

défaut (le conviction, car, franchement, nous ne pensons pas qu'il en ait une quelconque. Supposé qu'il en ait dans son livre, alors il croit à (piolque chose, // ( rait en lui-inême, par exemple. Dès lurs il rentre dans lu sphère de ceux qui croient, et il aura à démontrer qu'en se donnant à soi-même sa foi , on est moins exposé à Terreur qu'en la donnant è Jésus-Christ et aux évangélistes. Qu'un fenatique (pii se passionne aveuglément pour une doctrine, sans savoir pourquoi, sans raisonner, ne puisse être impartial, on le conçoit; mais un homme dont la fi^ est le résultat d*une conviction raisonnée peut-il être comparé au fanatique aveugle ? Je regarderais plus volontiers comme un fanatique l'homme orgueilleux ([ui se complaît dans ses systèmes, qu'un homme religieux qui adopte une doetrine lorsqu'il en a examiné les motifs de crédihilité. La foi exclut moins Tamour de la vérité qu'un froid scepticisme qui entreprend de critiquer une doctrine qu'il ne connaît pas et qu'il défigure départi pris. N'en déplaise donc à notre élégant antagoniste, son aphorisme dénote en lui fort peu de philosophie, et la peine qu'il se donne pour affirmer qu'il a traité son scyet anee amour ne nous a point convaincu.

Quand on aime un sujet, on le respecte assez pour ne pas le défigurer; on en fait un tableau fidèle et non pas une caricoture, M. Renan s'imagine, il est vrai, que le Dipu cac/ié nu fond de la conscience /tnmaine l'a délégué pour continuer les révélations de Jésus. C'est à .ce titre, sans doute, qu'il affirme que Dieu s'est révélé .avant Jésus; qu'il se révélera après j qu'il s'est révélé .en lui, M. Renan, tout conune en Jésus; qu'on est par conséquent plus chrétien en ne croyant pas en Jésus-

Christ qu'en y croyant; qu'on lui rend un cuite moins vrai en Tadorant qu'en « montrant que l'histoire entière est incompréhensible sans lui. » (P. ux). Nous, qui croyons à un Dieu qui n'est pas caché dans la cotisdence humaine^ à un Dieu qui s'est incamé en Jésiis-Ghrist, nous ne croyons pas aux rovélations de M. Renan; nous les appelons tout simplement ses propres pensées, et nous disions, tout prosaïquement, ' que les belles phrases de notre académicien se réduisent à ceci : qu'il ne respecte point Jésus-Christ; qu'il a dénaturé son caractère; qu'il n'a entrepris son livre que pour ternir d'un souffle impur cette ligure divine devant laquelle les anges et les hommes doivent s'incliner.

Nous allons le prouver en suivant M. Henan à travers tous les chapitres de sa prétendue Vie de Jésus»

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