CHAPITRE PREMIER
Placf» de Jémuu dans l'htotoirc du niMidr*
• Pour préciser la place que Jésus occupe dans Fhistoire du (monde, M. E. Renan a jeté m regard rétrospectif sur les reKgions dans l'antiquité. Il a essayé d'en indiquer l'origine et d'en déterminer les carao* tères. 11 part de ces deux idées : 1* que l'homme, d'à* bord animal, trouva en lui la faculté religieuse dès (}u il| fut homme (p. 2); 2° que cette faculté se diversifia selon les races diverses de riuunanité (ch. i, passifn).
Puisque nous nous sommes fait une loi de suivre pas à pas l'auteur de la pnHendue Vie de Jcsiis^ examinons de près s(jn système. Les idées qu'il émet nous ont convaincu qu'il n'a qu'une notion très -étroite dos religions de l'antiquité. Pour lui, elles se réduisent à quelques s^mltoles ou mythes h peu près vides 4e sens. Ceci prouve qu'il ne les a pas étudiées , qu'il en a parlé d'une manière superficielle, à priori j d'après les données vagues enregistrées dans un dictUmnoire quelconque. S'il avait lu avec soin, examiné de près, les livres sacrés de toutes les religions; s'il avait approfimdi le sens mystique des symboles^ il fût arrivé
Jl* PARTIE.
à ce résultat : que dans toutes les religions, qu'elles aient appartenu à la race japhétique (indo-européenne) ou à la race sémitique ( 1 ) , ou à la race de Gham (nègre ou africaine), il y a un fond commun dont les points principaux sont ; I* un Dieu personnel; 2" ce Dieu se communiquant à l'hiimamté; 3"* l'homme créé à l'état parfait, puis dégénéré; 4° le sacrifice comme moyen de régénération de riiunianité; 5° l'attente d'un ^tre mystérieux qui viendrait régénérer le monde. Telle est la doctrine qui résulte des livres sacrés et des symboles religieux de tous les peuples.
M.Renan dédaigne les symboles. L'humanité n'y aurait eu recours que fiiute d'idées claires. (P. 3. ) On voit percer ici la pensée principale de l'auteur qui rêve une religion purement intelligible^ sans autre Dieu qu'une énergie perfectible qui est en même temps cauee et eff^ des éléments qui composent la nature; sans autre culte que.des phrases sonores ; sans autres dogmes que ceux qu'il conviendra à chacun d'accepter, en dehors de la révélation; sans autre morale que Tintérèt, considéré comme un résultat &tal.
Cette religion, soi-disant philosophique , doit avoir beaucoup d'attraits pour ceux qui veulent se donner pour religieux sans avoir de religion. 11 leur est facile de se dérober à la vue des simples mortels en se cachant dans une théorie nuageuse, inaccessible au bon sens vulgaire. Mais, nous ({ui nommes esptnts forts ci libres penseurs h l'égard de ce système mystérieux, nous osons pénétrer dans son sanctuaire. Qu'y trou-
{{) M. E Renan ne se sert de ce mot qu'à regret (p. 5, note); il est trop biblique. Dans notre réfutation de son discours d'oùvertare pour sou fittw cours d'hébreu au Collège de France, noQs avons prouvé que ee mot est teienH^fiqummi exact.
voQS-nous? Rien. Cette religion du néant n'a pas d'attraits pour nous. Notre esprit est fait de telle sorte qu'il jie peut se trouver satisfait par des mots vides de sens; il veut le réel, le vrai, ce qui est. Dans le système de M. Renan, nous ne trouvons rien que YmtdU^k^ et rintelligîble sans principe dans lequel il ait sa raison d'être.
Mieux vaut, le symbole ou le mythe, écho d'une réalité , que le néant exprimé par des phrases vapo psuses»
Du reste, chacun comprend que le symbole, est inhérent à la nature humaine, dont on ne peut nier le côté matériel qui est assez évident par lui-môme. La parole n'est-elle pas elle-même un symbole de la pensée? La parole ^m/f' n'est (\\i\m symbole revêtu d'un autre symbole. Que l'écriture soit alphabétique ou phonétique, elle n'en est pas moins un ensemble de signes symboliques ou conventionnels au moyen desr quels la pensée s'exprime. Qu'une idée religieuse soit rendue par un symbole, par un signe visible, c'est une nécessité de la nature elle-même, et M. Renan .a feint de méconnaître la base essentielle de cette nature, en faisant du signe extérieur l'expression d'une idée non encore arrivée à son complet développement.
Il a, sous ce ra{^rt, péché gravement contre la philosophie.
Il a péché contre l'histoire, en donnant les mytholo-
gies symboUques comme l'expression primitive de l'idée religieuse. Un livre qu 'il connaît, mais que, pour certaines raisons, il n'accepte que dans les données qui conviennent à ses systèmes; un livre, le plus ancien de ceux qui nous sont connus et qui nous fait remonter à l'origine même des choses^ la Genèse, naus
founiit des renseignements historiques positifs, que le utoént ne doit pas plus mépriser que le croyant. Je sais que de doctes artistes croient se grandir en rejetant ce fivre, en lui opposant certains systèmes qu'ils voudraient foire passer pour le dernier mot de la science, et qui reçoivent cependant de la science de continuels démentis. Mais, parce que des savants d'une érudition très-contestable regardent la Genèse en pitié, est-ce une raison pour les hommes sérieux de rejeter les renseignements que ce premier des livres nous fournit? Nous prions M. E. Renan de nous permettre de ne pas le croire sur parole, et de réserver notre adhésion à ses théorit^ pour le jour oii il les aura dt'tiioutrées avec évidence. En attendant, nous attacherons de la valeur à la Genèse; et, alors môme que les faits qui y sont relatés présenteraient quelques obscurités, la raison \eut que nous les admettions jusqu'à ce que des théories incontestables, évidentes, leur donnent un démenti formel. Entre un livre qui remonte si haut dans l'antiquité et qui raconte des faits f et des théories nouvelles qui ne reposent sur aucune donnée positive, il n'y a pas à hésiter. Il est nulle fois plus raisonnable de s'en rapporter au vieux livre qu'à des systèmes qui n'ont d'autre base que l'imagination de monsieur tel ou tel, fût-il membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
Or, que dit la Genèse de là religion primitive de l'humanité? Elle nous la présente comme émanant d'un Dieu peisonnel qui se communicpie à riioniuie; elle nous fait assister à la création de 1 homme, être intelligent et non pas simple animal; l'homme abuse de sa liberté, qui est une prérogative essentielle de sa uaiure; il tombe de Tétat primitif dans lequel Dieu
l'avait créé ; mais aussitôt il apprend de Dieu qu'il sera régénéré par un être exceptionnel et au moyen du sasacrifioe. Dès lors le sacrifice devient la base du culte religieux, et l'attente de YEnvoyé dwm est le centre autour duquel gravitent toutes les doctrines religieuses. -
Telle est la religion primitive selon la Genèse; et cette religion, vous la retrouvez chez tous les peuples, avec des modifications dans la forme, avec des erreurs locales, mais conservant partout le fo7id commun, malgré la diversité des mœurs, des climats, de l'existence sociale.
M. E. Renan n'a vu dans les anciennes religions que les détails accidentels, et il les a pris pour le fond. De là son systhme a/iti-p/iiiosop/tique et anti-historique. Il a brisé la cliaîne qui rattache toutes les religions à la religion primitive ; il a pris chaque anneau en particulier, et il a raisonné sur les détails comme sur l'ensemble. 11 a trouvé dans les contrées peuplées par la race indo-européenne, dans l'Égypte, patrie principale de la race de Cham, dans les régions oti se fixa la race sémitique, des idées locales, des mythes particuliers. Il a pris ces mythes pour la religion elle-même, et il. a élevé sur cette basé fragile des systèmes qui ne soutiennent pas l'examen du vrai savant.
Le point de départ de ce système, c'est que l'homme fut d'abord un animal. Dès qu'il sortit de l'état d'animalité, il se trouva religieux; puis il accommoda sa faculté religieuse à ses penchants. De là la diversité des religions.
Nous nous permettrons quelques objections. L'homme fut d'abord un animal^ c'estnà-dire qu'il fut privé ^e l'intelligence, de la raison. Sur quoi se fonde notre lavant pour affînner ce fait? sur une donnée historique
quelconque? Non. Sur la nature de rhoinme? Pas davantage. Il laisse sans explication cette transition, qu*il admet, de l'animalité à la raison? La chose valait cependant bien la peine d'être exposée clairement. On se demandera toujours comment la raison, l'intellb' gence, qui n'a rien d*ammaly a pu sortir de l'animalité. Si l'animalité a en eUe-méme une énergie sufft* santé pour passer h la raison, comment se fait-il que nous ne voyions plus aujourd'hui d'animaux devenir hommes? Depuis que le monde est en possession de documents historiques, a-t-on vu un seul animal passer à l'état d'homme? Le sin^e, qui semble se rapprocher de l'homme plus que tout autre animal, est resté singe; sa nature n'a fait aucun pro^rrès; il est resté animal. Pourquoi la nature d'animalité aurait-elle eu autrefois une énergie propre dont elle est privée aujourd'hui? Est-ce une espèce, ou bien un simple indi-* vidu dans l'espèce, qui aurait eu l'avantage de passer de l'animalité h l'humanité? Dans le premier cas. Tes* pèce est-elle perdue? Alors, comment sait-on qu'elle a existé? Si on ne le sait pas, pourquoi l'admet-on? Si c'est un simple individu d'une espèce qui a eu Tavan* tage rêvé par M. Renan, l'espèce existe encore. Où estelle? Pourquoi un autre individu de la même espèce n'aurait-il pas eu le même avantage que tel de ses frères? Autant de questions que M. E. Renan laisse sans réponse et qui renferment des mystères plus incompréhensibles que les plus profonds mystères de toutes les religions.
Appuyés sur une base aussi fragile, que pouvaient être les développements donnés par M. E. Renan à l'idée religieuse qui serait devenue, on ne sait pourquoi, une faculté de l'animal passé à l'état d'homme? Quel
rapport existe entre cette faculté et l'animalité? Gomment une faculté plus qu intellectuelle ji-t-ellc pu sortir de ranimalité d'une manière tellement précoce, que l'homme apparaît religieux dès qu il est homme? Tout effet àmt avoir sa raison dans sa cause. M. E. Renan pose une cause et un effet qui n'ont entre eux aucune relation, et il ne s'inquiète pas de nous dire comment cet effet a pu sortir d'une cause qui ne pouvait pas le produire.
Autre idée aussi peu prouvée (pie la première : il veut que les races humaines soient essentiellement dis* tinctes. De cette diversité essentielle seraient sorties des aptitudes différentes qui auraient donné lieu aux diverses religions. Mais si l'homme vient d'un animal quelconque perfectionné, l'énergie inhérente h cet ani<* mal s'est donc diversifiée, dans ses résultats, de manière à former des races de nature différente? En vertu de quelle règle une énergie, venant de la nature d'un être, peut-elle ainsi se diversifier dans ses résultats essentiels? On comprend que des différences de climat puissent produire dans le caractère humain des différences accidentelles^ et que ces différences s'effacent peu à peu , comme nous le voyons chaque jour , sous Tinfluence d'autres circonstances ; mais une modification de nature^ dans V essence même de l'individu , ne peut être que le résultat d'une création radicalement différente , que cette création appartienne à un être supérieur et assez puissant pour créer des natures, ou qu'elle soit le résultat d'une énei^e propre à telle espèce ou à tel individu. Si les espèces humaines sont distinctes par kur essence, il a dû exister primitivement des espèces ou des individus de ce» espèces esserUieikment distincts, qui <mt eu Tavan-
tagc de passer de l'animalité à l'humanité. Qui a pu diversifier ainsi une énergie, résult<it 7iécessaire d'une nature quelconque? Nous trouvons là encore beaucoup de mystères. Les animaux qui auraient été les prototypes des races humaines existent-ils encore? Dans ce cas, pourquoi ne voyons-nous pas les miMiies résultats provenir des mêmes causes? N'existent-ils /plus? Gomment se fiadt-il que certains animaux aient eu en eux une énergie qui fait complètement (dé&ùt aux autres? Dès que Ton admet un progrès tellement inhérent aux natures que plusieurs d'entre eUes ont pu en changer, par queUe étrange anomalie les autres natures restent-elles stationnaires? CSomment quelques degrés de chaleur ont-ils pu avoir tant d'influence que telle race ait acquis une nature différente, à ce point que les idées n'aient plus été les mômes, et que cette énergie ait subitement cessé dans raiiimalité? Pourquoi l'homme lui-môme reste-t-il stationnaire? S il a pu traverser cette transition, assez diffliile, on en conviendra de l'animalité à l'humanité, comment se fait-il que sa nature n'ait pas subi le plus léger changement depuis tant de siècles? Dès que l'histoire nous parle de l'homme, il est ce qu'il est encore aujourd'hui. L'énergie du prototype humain s'est-elle épuisée par le suprême effort de la transition de l'animalité à l'humanité? Alors nous demanderons pourquoi ?
. Un vieux proverbe dit que le chapitre des pourquoi est long. C'est vrai. Mais ce qui ne Test pas moins, c'est qu'on a le droit de le proposer tout au long à ceux qui prétendent rendre compte de tout. Il faut que M. E. Renan réponde à tout, dès qu'il veut que l'on admette ses théories* Il n'a pas sans doute la prétention qu'on le croie sur parole. Qu'il ne se contente donc
pas .d'afflnner ; qu*il prouve ce qu*il avance, et que ses preuves soîent.si claires qu'on ne puisse les contester. Dès qu*îl se pose en dehors des documents hi^riques ; dès qu'il a ses théories particulières sur l'origine de l'homme et sur celle des religionsi il ne doit pas simplement inventer des systèmes, c'est & une bescfgne par trop facile. On aie droit de lui demander d'abord pour quelle raison il oppose ses théories à l'histoire, puis sur quelles bases ses théories reposent.
En attendant ses preuves, nous maintenons qu'il s'est placr, non-sciiîcment en dehors des faits, mais encore en dehors de la philosophie, par ses idées sur l'origine de rhunianité, au point de vue de la nature comme de la religion. En effet, il n'a point établi : !<* que l'homme ait été d'abord un animal; 2** il n'a pas expHqué comment un animal avait pu devenir un homme; 3° il n'a point démontré comment l'idée religieuse avait été une conséquence de la transition de l'animalité à l'humanité ; 4® il a laissé dans les nuages la cause de la diversité, prétendue essentielle^ des races humaines, d'où il a tiré son hypothèse de la diversité des religions, hypothèse démentie par les religions elles-mêmes.
Son système sur les reliions de l'antiquité est dpnc dénué de toute raison.
On conçoit d'après cela que nous n'attachions aucune importance à des détails qui n'ont aucun rapport avec l'objet principal que nous ne devons pas perdre de vue. Cependant, il faut examiner ce que M. Renan dit de la religion de la race sémitique , dont le peuple d'Israël a été le plus exact représentant, et qui a été destinée, même selon notre savant écrivain, à avoir dans le monde une prépondérance universelle.
Dans la pensée de notre académicien, la religion de la race dt? Scm ou d'Israël ne fut, comme les autres, qu'uiK^ lorine de cette faculté rr/ir/iruse qui apparut subitement dans l'homino dès ([u'il [lassa de l'état d'animal à celui d'être humain ; mais, par suite d'une disposition qui était venue h cette race on ne sait comment, il se trou\a qu'elle était fort éloignée des signes extérieurs ou syinboli<iues, tandis que les autres races avaient pour ces signes un amour exagéré. 11 y avait donc entre la religion de la race sémitique et celle des autres races une différence taàkaU.
Nous avons démontré que cette différence n'était ^^acàdenielle^ et qu'eUe ne consiste, au fond, que dans teacpression différente de croyances identiques. Nous avons indiqué cesdogmes, etnous mettons M. E. Renan au défi de nous prouver que nous sommes dans l'erreur sur ce point. Nous avons à son service des textes formels de tous les Hvrcs sacrés des différents peuples, et nous les lui citerons au besoin.
Quant au caract<>rc particulier delà religion d'Israël, il n'y eut entre elle et les autres que cette difîérence : c'est qu'elle continua à être la religion priîuitive dans sa simplicité, tandis que les autres furent défigurées par des détails dus à des circonstances locales. De là les cultes idol&triques, dans lesquels la religion primitive était pour ainsi dire submergée par une foule de pratiques superstitieuses.
M. Ë. Renan ne se montre pas érudit en ne foisant remonter la religion d'Israël qu'à Abraham, qu'il appelle artistcment Pairiarehè Bédouin, D'abordle mot est mal choisi pour désigner ce saint personnage. N'en déplaise à notre élégant orientaliste, Abraham ne fot pas Bédouin, On donne ce nom aux Arabes nomades
ou du désert; or Abraham n'était point Arabe ^ par cette raison bien simple que ce peuple n'existait pas alors» Le père des Arabes est Ismaôl, fiJs d'Abraham lui* même. Gomment. Abraham aurait-il pu &ire partie d'un peuple dont son fils fut le premier père?
Abraham fiit-il du moins le premier représentant dè la religionde la race sémitique? Paslemoins du monde. Son père, Tharé, avait professé la même religion que lui ; Tharé l'avait reçue de ses ancêtres qui remontaient en droite ligne à Noé, et Noé avait reçu cette religion de sesancôtres qui remontaient en droite ligne à Adam le premier homme, qui fut a-éé homme, et non point
• animal, quoi qu'eu pense M. E. Renan. Adam avait reçu de Dieu la religion qu'il transmit h ses descen-
■ dants, et dont Abraham hérita ; dont tousles peuples, qui \iennent d'Adam, ont conservé les données principales, et que le peuple juif conserva mieux que les autres.
Telle est, en deux mots, l'histoire de la religion de la. race sémitique. Cette histoire est fondée sur les plus anciens documents qui nous soient parvenus; documents d'une date antérieure à tous autres, et qui ont toujours été environnés d*une vénération qui est la plus forte preuve de leur authenticité. Us offrent, ce nous semble, de plus sûres garantiés que le système én yertu duquel la race sénûtique, issue d'un animal quelconque, aurait trouvé dans sa nature Humanisée un penchant h une religion plus spirituelle que celle des autres races, issues comme elle d'animaux (pit l* conques, et qui auraient hérité d'eux des instincts plus sensuels, et, par suite, des religions plus symbo^ liques,
M. Ë. Renan, qui a exposé une si intéressante Ma«
ûm pour les religions en général et pour In religion . des Sémites en, particulier, a-tril du moins parfaitement ' said le caractère de cette dernière?
On va en juger. .
Dès Torigine, selon notre orientaliste amateur, tout le matériel religieux du peuple d'Israël était d'alxnnd
la loi ou Thora écrite sur des tables de métal. Les Israélites « rapportaient cette loi à leur grand législateur Moïse. » (P. G.) M. E. Renan, qui prétend avoir étudié la Bible, a dû cependant y voir que le peuple d'Israël ne rap{)ortait point sa loi à Moïse, mais à Dieu luiirirmr : qu'il regardait Dieu, et non pas Moïse, comme son législateur. On diraitque notre liébraïsant prend à tâche de dénaturer les faits bibliques. C'est un fait que les Israélites ont attribué leur loi à Dieu. Que notre amateur en langues sémitiques prétende qu en cela ils ont eu tort, nous n*en serons pas surpris; mais, du moins, qu'il enregistre le fait à Htre de fait et qu'il ne le change pas en un autre. Le plus jeune enfant chrétien connaît assez la Bible pour savoir que la Loi fat donnée par Dieu h Moïse, sur le mont Sinal^ qu'elle fut écrite par Dieu même sur des tables de pierre, lesquelles pierres Moïse brisa en voyant son peuple adonné àTidolâtrie. Mais M. E. Renan ne veut décidément voir dans l'Écriture sainte que ce qui lui convient. Outre la Loi, le matériel rdiijieux du peuple juif con- • sistait, d'après lui, en (t un cofTre ou arche portative, ayant des deux côtés des oreillettes pour passer des leviers; là étaient réunis les objets sacrés de la nation, ses reliques, ses souvenirs, le Livre enfin, journal toujours ouvert de la tribu, mais où Ton écrivait très-discrètement. » A l'appui de cette dernière opinion, M. Ë. Renan cite en note : I Sam. z, 25, c'est^-direle
premierlivre des BoiSj où il est dit : « Samuel prononça devant le peuple la loi du royaume (il venait de choisir un roi), il récrivit dans un îivTe et il le mit en dépôt devant le Seigneur. » Sous la plume de M. E. Renan, cette loi placée devant le Seigneur se transforme en livre de tribu toujours ouvert^ dans lequel on écrivait très -discrètement et qui était renfermé dans U arche. Toujours la môme méthode de falsification des fiiits.
Après avoir parié du matériel religieux du peuple dlsrael, M, £. Renan passe au prêtre^ dont il Mt un nmple porteur de Tarche.
Quant au Tabemade splendide où rarcfae était pla^ oée et où les prêtres offraient des sacrifices; à. tout ce matériel du culte qui avait des significations Uques, H. E. Renan n'en parle pas. U eût par là dérangé son système d'après lequel les Sémites dérivaient d'un animal aux goûts simples qui leur avait inspiré sa ré" pulsion native pour tout symbolisme.
Au-dessus des prôtres, notre fiislorien place \esnabi ou prophètes ; il en fait des fanatiques qui causèrent les malheurs d'Israël par leurs prédictions intempestives, des démocrates qui ne rêvaient que le bouleversement social. (P. 7.) Après avoir vu les mauvais effets de leurs prédictions, ils changèrent de ton, et se mirent à prédire au peuple juif un règne sans fin ni limites, qui serait la récompense de son martyre.
C'est à ce point de vue, qui est aussi en partie celui de M. Salvador, que se place M. Ë. Renan pour apprécier les prophéties. Est41 dans le vrai? Une simple oimervation suffira pour démolir pièce à pièce ce système. Avec la plus légère attention, on distingue par- &itement dans les prophéties deux groupes distincts : celles qui se rapportent ou ^^e;//'/^^ à la race d^braël;
et celles qui ont pour objet un personnage extraordinaire. Ce personnage ne peut être pris pour la li^jure d'I&raèl, puisqu'il est appelé précisément à régénérer œ peuple, qu'il est présenté comme le libérateur d'Israël. Les Israélites ont toujours parfaitement distingué ces deux groupes de prophéties, et M. Ë. Renan en consent lui-même sans 6*en apercevoir, lorsque révidenee du fait le force à reconnaître que « le livre de Daniel donna en quelque sorte auxtspérancês messia^ niguei leur dernière expression » (p. 15) ; qu'à l'époque de la naissance de Jésus-Ghrist, taUenie d'un personnag^e extraordinaire était àson combleen Judée (p. 1 8); que cette attente avait même pénétré chez les peuples idolâtres, et que Virgile s on rendait l'écho (p. i7).
Du reste, le peuple juif est encore aujourd'hui un témoin non suspect de ce que nous affirmons; il attend encore le libérateur que les prophètes ont annoncé, et il ne s'attribue pas à lui-même les prédictions qui concernent ce libérateur. On conçoit que le Juif endurci ne veuille pas reconnaître le Messie dans n un homme de douleur, sans grâce et sans beauté ; accablé d'op» probres, délaissé des hommes, couvert d'ignominie; ainsi frappé de la nudn de Dieu parce qv^il avait pris sur lui l'iniquité de tous ; souffirant rimmolation qui a mérité à tous le pardon; qui» écrasé, humilié, n'a pas ouvert la bouche pour se plaindre ; qui s'est laissé mener comme un agneau à Timmolation ; qui n'a pas ouvert ht bouche comme une brebis devant celui qui le tond ; dont la mort passe pour celle d'un impie ; dont le tombeau fut regardé comme celui d'un méchant; mais qui, du moment qu'il aurait été immolé, ferait naître pour Jéhovah une postérité nombreuse dans le monde régénéi'é. »
M. £. Renan enregistre les principaux traita qui résument les prophéties concernant Vhomme ék dm^ leur (p. 8 et 9). Il aurait pu en ajouter d'autres, et
s'apercevoir, à la simple lecture, que ce tableau ne pouvait so rapporter à un peuple entier, mais seulement à un libérateur. Mais comment exiger d'un homme qui avait pour but d'ôter à Jésus-Christ su vraie place dans I bistuire du monde, qu'il accepte les prophéties messianiques? L'homme de bonne foi est saisi à la vue de ces prédictions circonstanciées dans lesquelles on trouve indiqués par avance tous les détails éàhiviedê Jésus ; mais l'homme systématique, qui, de parti pris, veut fiiusser les notions les plus évidentes, torturer^ dénaturer les textes les plus clairs, au profit de son idée, ne conviendra jamais d'un fait qui détruirait à lui seul son système.
Hfds on a beau Êiire, il restera toujours certain que les Israélites n ont point fait de confusion entre les prophéties qui les concernent et celles qui se rapportent au Messie ; et que s'ils ne veulent pas reconnaître ce Messie dans l'homme de douleur dont le tombeau, d'abord exécré comme celui d'un criminel, est devenu glorieux; s'ils se bercent des rêves d'une domination future de leur race sur le monde entier, ils n'en sont que des témoins plus dignes de foi sur la distinction fondamentale que M. E, Renan n'a pu nier sans se contredire lui-môme , sans dénaturer la Bible tout entière, sans se condamner à une ignorance complète de la vie religieuse du peuple d'Israël, ou, pour parler son langage, de cette race sémitique qu'il s'imagine si bien connaître. Il voudrait bien insinuer que l'idée du Meseie aurait pu venir aux Jui& de la Perse, laquelle croyait à un grand prophète chargé de préparer le
règne de Dieu (p. IS) ; mais il est obligé de convenir en note que Ton ne connaît pas l'époque des livrqs sacrés des Perses et que le manque de chronologie laisse glisser beaucoup de doutes sur ces rapprochements entra les croyances juives et persanes. » Ainsi il est possible que Daniel ait emprunté aux Perses Tidée du Messie, et pourtant le livre de ce prophète donna aux prophéties messianiques ienr dernière expression . Elles existaient donc avant Daniel chez les Juifs. Alors comment Daniel les aurait-il empruntées aux Persans? Avec un peu d'étude, M. £• Renan se convaincra que les prophéties messianiques sont aussi vieilles que le monde ; que les premiers pères disraël n'en reçurent qu'une oommunication j^us développée ; que le peuple juif tout entier fut créé et organisé pour les conserver; que c*est de cette source primitive qu'elles ont passé aux Perses comme aux autres peuples du monde qui on conservèrent tous un souvenir, confus sans doute, mais réel, et que Ton peut parfaitement apercevoir dans leurs livres sacrés, comme il est obligé d'en convenir.
Du reste, on dirait que notre orientaliste amateur s'est appliqué à démontrer qu'il ne connaît point les livres sacrés des Juifs. Ce qu'il a dit du cidte, du sacerdoce, des prophéties, n'atteste chez lui que des notions vagues, inconiplèles, fauss(^s. 11 n'a même a|H'iTu dans ces livres aucune doctrine dogmattipic (j>. l." et suiv.). C'est pousser un peu loin raveu^dement. L'existence de Dieu, l'immortalité de l'Ame, la révélation de Dieu à l'homme, la croyance au libérateur, le sacrifice comme moyen d'expiation, sans compter beaucoup d'autres dogmes pariaitement déterminés, sont enseignés à . toutes les pages des saintes Écritures ; il sufBt de les ouvrir pour trouver à chaque ligne l'expression
d'une croyance formelle, et tous les Juifs se regardaient si bien comme obligés de les admettre, ({u'ile considéraient tous les mots do lauvs livres sacrés comme autant d'oracles de Dieu lui-même. En présence de ce fait dair comme le jour, prétendre qu'Israël n'eut pas de dogmes parUcuUen, qu*il n*eut ni Credo ni symbole théorie que^ ce sont là, il fout en convenir, des affirmationa qui dénotent Vobstination la plus étrange-dans Terreur. La Bible entière était le Credo d'Israël, et, certes, les articles de foi de ce Credo sont assez multipliés et assez clairement formulés pour que Ton oe puisse élever le plus V'gcv doute à ce sujet.
Oue résultc-t-il, par rapport à Jésus-Christ, dos considérations de M. E. Henan sur les religions de l'anti-quito? Dans son but hautement avoué, il n'en résulte rien, sinon que Jésus est Aenu les remplacer par une relij^ion nouvelle. Si c'est là sa place dans l'histoire du monde, il n'était pas nécessaire de laire dix-huit pages de phrases pour le dire.
MaiSi malgré lui, notre inconséquent adversaire a fait des aveux qui indiquent une tout autre place pour Jésus-Christ dans l'histoire du monde. Il a été forcé, par révidence, à parler des prophéties messianiques, à reconnaître qu'elles ont fait pour ainsi dire la base de rexistence religieuse d'Israà; que les autres peuples eux-mêmes en avaient quelque connaissance ; que Ton était persuadé, à rcpo([ue de Is naissance de Jésus^ que Ton touchait à leur accomplissement.
Ces aveux lèvent un coin du voile dont M. Renan a voulu en\elnppcrla i^rande figure du Chrisf, qui fut l'espérance du monde dans tous les siècles. Soulevons le \nilo tout entier, et. Jlsus apparaît ce mme le centre lumineux d'où la vérité rayonne sur le monde ancien
11* PAtriE. 10
comme sur le nouTeau. Il est l'objet de la religion primitive dont tous les peuples ont conservé des débris au niilieu de leurs erreurs, de cette religion que le peuple d'Israël a conservée dans sa pureté, de cette religion que Jésus n'a point rem[)lacée, mais à laquelle il a donné son entier développement. Jésus n'a point créé une religion nouvelle; il a promulgué pour tous les peuples les vérités qu'ils avaient trop oubliées, et il les a entourées de nouvelles lumières. Il a été de plus ce grand libérateur^ cet homme de douleur qui devait prendre sur lui li» iniquités du monde et le sauver par son immolation.
Mais M. Ë. Renan n'a rien iraulu voir de tout cela dans l'histoire religieuse du monde. H n'a aperçu et là que des détails informes qu'il a noyés dans des oonsidératbns superfidelles. Sa science ni son esprit n'ont été à la hauteur du sujet qu'il voulait traiter. Au lieu de le saisir dans son ensemble, d'en pénétrer la pensée, et de la développer ensuite par le double elfort d'une synthèse puissante et de déductions rigoureuses, il a perdu son temps à tourner des phrases prétentieuses qui ne rendent raison de rien, qui ne conduisent à aucun résultai.
A vrai dire, nous eussions cru à M. E. Renan plus de puissance d'esprit, })lus d'érudition, Sans nous laisser séduire par la réputation que ses anciens ouvrages lui avaient donnée, nous voulions croire que cette réputation n'était pas complètement usurpée. La Vie de Jésus détruit en nous les quelques illusions que nous pouvions avoir sur la science de l'auteur. U n'est plus pour nous qu'un panwre savant^ et son premier chapitre à» ]a Vie de J&us est une des choses les plus bibles que nous ayons lues.
Afin d'examiner ce chapitre dans son ensemble, nous avons négligé quelques détails sur lesquels nous devons revenir rapidement.
A la première page, Fauteur affirme, sam le prouver ^ que le christianisme ou la religion nouvelle a mis trois cents mis à se (onner; qu'il lui a fallu mille ans pour convertir les plus nobles portions de fàutnamté.
Nous répondons que le christianisme ne fat pas une religion nouvelle; qu'il est aussi vieux que le monde; que Jésus-Christ donna lui-même à la religion primitive tous les développements qu'elle devait avoir; que, depuis Jésus-Christ, Tunique soin de l'Église a été de conserver intact le dépôt divin qui lui fut confié.
Nous répondons que, dès les premiers siècles, le christianisme avait des enfants dans toutes les contrées du monde connu; qu'il fit et qu'il fait encore chaque jour de nouvelles conquêtes; que son action dans le monde ne peut pas plus être arrêtée à l'an 1000 qu'à toute autre année dans l'histoire du monde moderne, et que la date indiquée par M, E. Renan ne repose sur aucune donnée historique.
A la page 2, il nomme Jésus une personne supérieure. C'est trop honnête de sa part.
A la page 5, il prétend que la Perse ne vit le drapeau de l'unité divine que lorsqu'elle ixkX proclamée par l'h^ lam^ et qu'elle n'abandonna qu'à cette époque son an* cien culte.
Jj unité divine ne fat pas proclamée en Perse par llslam. Plusieurs siècles avant Blahomet, elle y avait ^té proclamée par les apôtres chrétiens qui convertirent une partie de la Perse, malgré les atroces persécutions dont les fidèles étaient l'objet. L'Islam s'imposa par le glaive, en Perse comme ailleurs; et ce
n'est point la proclamation de Vunité divine^ connue de tout le DKinde, lors de l'apparitloQ du mahométisme, qui convertit les Persans.
Encore à la page 5 : u C'est la race sémitique qui a la gloire d'avoir fait la religion de l'humanité. »
Pardon. La race sémitique n'a pas fait de religion ; c'est une gbirè qu'elle ne s'est pas attribuée. C'est Dieu qui donna à l'origine une religion au monde, et la race sémitique Ta mieux conservée que les autres peuples. Cette religion n*est malheureusement pas celle de Thumanité, car les divers peuples ont des religions diverses^ et le polythéisme a encore la majorité sur la terre.
Nous ne mentionnons que pour mémoire quelques mots cpars çà et là pour donner des doutes sur l'authenticité des livres de l'Ancien Testament. On conçoit qu'un orientaliste comme M. E. Renan ait le droit de ne pas penser comme tout le monde sur ce sujet, et qu'ij connaisse mieux les auteurs de ces livres que ceux ([ui les ont vu écrire sous leurs yeux. Undevin doit bien deviner quelque chose.
A la page 18 : Parmi ceux qui attendaient le Messîo, « on cite un vieux Siméon auquel la légende fait tenir Jésus dans ses bras. » Les bras de qui? de la légende ou de Siméon? De Siméon, sans doute, car probablement la légende n'avait pas de bras. On sait qu'au lieu de légende il faut lire : Évangik selon saint Luc^ Qui a dit à M. E. Renan que le récit de saint Luc était une légende, c'est-à-dire qu'il est fauxl Nous ne savons. Il aura jugé à propos d'exercer en cette occasion sa faculté de divination .
Même page : Jésus est appelé u F homme incomparable auquel la conscience universelle a décerné le titre de lils de Dieu, et cela avec justice. » C'est trop de com-
ptiments de la part de M. E. Renan. H se trompe en affirmant que la conseknee universelle a décerné à Jésus le titre de FUs de ÙieUy et cela pour trois raisons très-simples : la première, c^est que la conscience delà
majorité derhumanité lui refuse ce titre. Les juifs, les mahométans, les polytliéistcs, ne doivent-ils compter pour rien? La seconde raison, c'est que ceux qui reconnaissent Jésus comme le Fils de Dieu ne prétendent pas lui décerner ce titre qui lui appnrtient^ et que personne n'aie droit de décerner de sa propre autorité. La troisième, c'est que ceux qui, comme M. E. Renan, sont assez généreux pour décemet' ce titre à Jésus, ne lui décernent en réalité qu'un mot^ et non un titre qui ait tant soit peu de valeur, car ils ne croient pas à la divinité de Jésus-Ghrist.
H. E. Hénan s'imagine-t-il tromper quelqu'un par les compfiments flatteurs qu'il adresse à Jésus? Nous lui dirons en foute firancbise qu'il ne prouve par là qu'une chose : qu'il appartient à la catégorie de ces hommes respectueux qui, après avoir jeté sur les épaules de leur victime un haillon d'étoffe rouge, et lui avoir mis une couronne d'épines sur la tête, se prosternaient devant lui en disant : « Salut, roi des Juifs! salut, Rabbi I » Dans le cours de son livre, il couvre de soufflets et de crachats la face divine de l'Homme-Dieu ; il l'affuble' d'oripeaux ridicules; il feint de lui mettre à la main un sceptre, mais c'est pour le frapper; il l'insulte, il le martyrise, et il se prosterne hypocritement devant lui, en disant : «Salut, personne supérieure! salut, homme incomparable! salut, fils d'un Dieu qui n'est pas! salut, rabbin délicat! salut, beau jeune homme qui avez su vous faire une si belle position dans le grand monde de Jérusalem 1 etc., etc. On vous dit Fils de Dieu, et cela
m)ec justice j quoique vous ne le soyez pas. Moi ausù, je vous dis Fils de Dieu, sans croire ni en Dieu ni en sou Fils 1 Je TOUS flatte, pour a?oir le droit de vous iusulter ; je Y0U8 exalte, afin de vous rabaisser; je vous prodame Kls de Dieu, pour donner à penser que voua n*avez été qu'un charlatan ; j'applaudis à votre doctrine, à votr^ rélîgion, pour m'attribuer le droit de n'y pas croiroi de la fouler aux pieds, de h jeter en pâture aux âmes tarées qui veulent couvrir d'un rictus cadav«3rique une foi que le vice a chassée de leurs cœurs putréfiés.
Voilà votre œuvre, monsieur E. lienan. One vous protestiez ou non ; que vous cherchiez à couvrir de fleurs artificielles cette fosse que vous avez ouverte pour Jésus* Christ, la vérité est que votre livre est l'œuvre, non pas d'une franche incrédulité,mais d'une hypocrite impiété.
Trêve donc de vos phrases mignardes I Attaquez Jé-> sus-Christ, si vous le voùles, mais attaquex-le franehe^ ment du moins; et n'allez pas le dire Fià de JHm^ brsque vous ne OToyez pas à «a divinité et que vous n» croyez pas même en Dku»
GHAPITRB II fei^lîÉM mt Jciuiewe dé éét/mm^ sei prcmlèrai
. « Jésus naqoit à Naxar^hy petite vUte: de ^Hlé^ i n C'est i»8r pette assertion que H. E« Renan copiuiieiiQe son second chapitre. D renvoie pour la preu^ à Maf thieu, ch. xm, et suiy. ; à Marc, ch. vi, 1 et sui?. :; à Jean, chi r, 45-46.
• Dans les textes indiqués, saint Mathieu appelle Nazareth patrie de Jésus ; saint Marc se sert de la même expression ; saint Jean dit que Jésus était de Nazareth ; donc, conclut M. E. Renan, Jésus naquit à Nazareth.
Mais, d'un autre côté, saint Mathieu, au chapitre ii, dit que Jésus naquit à Bethléem^ et parle à plusieurs reprises, dans le môme chapitre, de Bethléem comme du lieu oh Jésus ilail né. Saint Luc, au chapitre ii, raconte dans tous ses détails la naissance de Jésus à Bethléem. Au chfqpitre nr, le même évangéliste parle de Nazareth comme de la i^ille où Jésus avait été éievé,
Aio^si, Nazareth était la patrie de J^s en ce sens fpie cette ville était la demeure ordinaire de Marie el de Jos^h, et que Jiésus y passa son enfance. Âprte avoir raconté sa naissance à Bethléem^ saint Mathieu dit qu'il habita Nazareth afin que fût accomplie cette
parole d'un prophète: « Qu'il serait appelé Nazarrcn.yï Les mêmes évangélistes ont dit que Jésus nagtdt à Bethléem , et qu'il habita Nazareth dès son enfance ; ils expliquent que c'est ainsi que l'on pouvait considérer Nazareth comme sa patrie^ quoiqu'il n'y fût pas né ; que ce fut à cause de cela qu'on rappela Nazaréen. Et notre adversaire s'obstine à prendre le mot patrie dans son sens strict ; et il appuie son système sur ee mot mal compris; et il prétend s'autoriser de FËvangile, qui lui donne un démenti formel. Ce procédé est-il celui d'un homme de bonne foi ?
Saint Marc et saint Jean, dit-il, n'ont pas parlé dé la' naissance de Jésus à Bethléem. D'abord saint Mathieu et saint Luc en ont parié, ce qui sufSt. Puis, saint Marc n'a commencé son Évangile qu'à la vie publique de Jésus ; est-il étonnant qu'il n'ait rien dit ni de sa naissance ni de ses premières années ? Saint Jean n'écrivit que pour compléter les premiers Évanf^les; avait-il bes nn de raconter ce que chaciui connaissait d'après les autres? Le silence de ces deux Évangélistes sur la naissance de Jésus ne prouve donc rien. S'ils avaient dit que Jésus était no à Nazareth, nous comprendrions qu'on opposât leur témoignage à celui de Mathieu et de Luc. Mais ils ne l'ont point dit ; ils n'ont même pas dit un seul mot de la naissance de Jésus . Alors, pourquoi en appeler à leur silence comme le fait notre adversaire ? Saint Mathieu affirme que le lieu de la naissance iùt Bethléem ; pourquoi invoquer son témoignage pour affirmer qu'elle eut lieu h Nazareth? Pourquoi ne pas mentionner saint Luc qui s'accorde avec saint Mathieu et qui explique si naturellement le mot de pairie, sur lequel roide l'argumentation de M. E. Renan ?
11 veut (p. 20) que les récits de la naissance soient légendaires^ inventés pour les nécessit/;s du rôle messianique que l'on voulait prcHer à Jésus. En effet, d'après les prophètes, le Messie devait naître à Bethléem. Sont-ce les premiers chrétiens qui ont invente un fait dans un intérôt dijctrinal, du bien est-ce M. E. Renan qui le nie gratuitement dans l'intérôt de ses systèmes ? Il ne veut pas que Jésus soit né à Bethléem, afin qu*on ne puisse lui appliquer une prophétie claire et palpable. Mais sur quoi se fonde-t-il pour nier ce qui a toijgours été cru depuis l'origine du ishristiaiiisme?
... Il esBaye^ennote, d'exposer les preuvesàrappui de sa ni^atîon^ et pour justifier cette assertion : a que ce n'est que par un détour assez emlNirrassé qu'on réus« nt^ dans sa légende, h le foire nature & Bethléem. » (P. 19). ...
Ce détour serait le recensement ordonné par Auguste et en vertu duquel Joseph et Marie furent obligés de se rendre à Bethléem, ville d'origine de leur famille, pour s'y faire inscrire sur les rôles publics. On sait que, d'après l'Évangile, Jésus serait né à Bethléem en cette circonstance. ; . .
Citons les paroles de M. E. Uenan : .
«Le recensement opéré par Quirinius, auquel la légende rattache le voyage de Bethléem, est postérieur d'cni moins dix ans h l'année où, selon Luc et Mathieu^ J.ésus serait né. Ces deux évangélistes, en effet, font nai^e Jésus sous le r^nc d'Hérode. Or, le recen-r sèment dè Qtiirinius n'eut lieu qu'après la déposition d'ArchélaOs^ c'est-à-dire dix ans après la mort d*Hétode, l'an 37derère d'Àctîum (Josèphe, Ani. Xyn,xm, 5 ; XVni, 1, 1 , n, 1 .) L'inscriptioD/Mr /ti^eZ/eon pré-'
ieneUnt autrefois établir que Quirinius fit deux recensements est reconnue pour fiiusse. »
Ainsi, d'après notre savant, le double reoensemenf attribué à Quirinius n*est appuyé que sur une inscrip^ tibn reconnue &usse ; il n'y a eu qu'un seul recense-^ ment, lequel aurait eu lieu dix ans après l'époque fixée par saint Luc. Nous pourrions chicaner M. E. Renan sur ce cbiif^ de dix ans^ qui n'est pas du tout exaet^ d'après les plus savants cbronologistes ; mais la que^ tion n'a pas d'importance. C'est par allusion au prétendu anachronisme de saint Luc, que M. E. Renan avait dit précédemment que cet évangélistc ignorait la chronologie. Nous avons affirmé que c'est notre célèbre membre de l'Académie des Inscriptions qui ne la connaît pas. Nous pourrions le lui prouver de plusieurs manières ; mais contentons-nous de venger saint Luc : ce sera démontrer suffisamment que non-seule^ ment AL £. Renan ne sait pas la chronologie, mais qu'il ne connaît pas le fait histinrique dont il a parlé avec tant de suffisance.
• On a pu remarquer qu'il a cité l'historien juif Je» ièphe. Cet historien dit en efiét que Kyrinus ou Gy^ rinius (1) fit, par ordre d'Auguste, le dénombrement dél États d'ÂrchélaQs, fils d'Hérode. Donc, dit M. E. Re* nan, saint Luc a fait un anachronisme de dix ans, et le
(1) Les Grecs prononçaient Kynno^ le nom latin Quiri' nus. Le magistrat romain est appelé tantôt Quirinus, tantôt Quir^iuSf par les historiens. Saint Luc le nomme Kyrinos, et avee pins de raison, car le mot latin OuMnu était pins n^ité qne Quirmitus; mais M. E. Renan préfère à la leçon de fliint Luc celle qui a pour elle le moins de probabilité, nniqnement pour ne pas parler copame taint Luc. . • ' ; •
recensement qu'il prétend avoir eu lieu- au moment àît la naissance de Jésus-Ghrist est de pure invention.
Ce sont MM. Salvador et Strauss qui ont fourni ce beau raisonnement à notre docte académideh; s'il n'eût pas copié, les yeux fermés, ces écrivains antichrétiens, et 8*il eût lu ayec attention Josèplic qu il cite^il aurait découvert un autre texte où cet historien dit que tous les Juifs furent appelés à prêter au roi Hérode et à César serment de fidélité; h cette occasion, le recensement fut si rigoureux que l'on sut parfaitement que, sur toute la nation juive, six MILLE PHARISIENS seulcment refusèrent le serment. Un pareil fait suppose un recensement exact et général. C'est la remarque d'un vrai savant devant lequel M. Ë. Renan doit s'incliner, de Keppler, le maître d^ Descartes et de Newton.
Donc, sous Hérode , et juste à l'époque fixée par saint Luc, tous les Juifs ûirent soumis à un recense-^ ment général, M. Renan a-t-il conmiencé la lecture des Antiquités judiOgues tout juste au texte qu'il cite pour contredire saint Luc? SU eût commencé ce livre par le commencement, il eût d*abord rencontré le texte que nous citons {Antiq. yW., liv. XVn, ch. 3) et qui précède le sien ; il aurait compris alors que saint Luc a été par&itement dans le vrai en disant : nCette première inscription (aurn i»We^pa<j»f 9rpwT»)eut lieu, etc.» Il en reconnaît donc deux, puisqu'il parle de la première. M. E. Renan n'a voulu en apercevoir qu une et conclut , de ce que la seconde eut lieu, que la première n'a pas existé. Cette logique est peu rigoureuse. Josèphe, sur lequel notre adversaire s'appuie, donne raison à saint Luc et confond M. E. Renan. L'historien juif justifie l'Évangile^ le double recense-
ment est appu} o sur son témoignage et non pas seulement sur tine fausse inscr^tUm^ comme Taffirme
notre savant académicien des Inscriptions. Kepplor, qui savait un peu mieux lire que lui, avait remarqué le passade que nous avons cite, et il en tire une conséquence si juste et si claire qu'elle nous paraît incontestable îKturtout homme qui sait raisonner (1).
Il y eut (](»nc deux recensements en Judée, le premier sous llérode, au moment de la naissance de Jésus-Christ, et le second sous Archélaûs son fils. Suétone (Tib. vit.), historien des Césars et qui jouit de l'estime de M. £. Renan^ compte même trois recensements sous Auguste; le premier et le troisième quMl fit de concert avec ses collègues; le second seul. Ce second correspond précisément à celui dont parle saint Luc ^ qu'il attribue à un édit de César Auguste. Voilà donc Suétone qui vient venger saint Luc contre M. E. Henan.
Ou*il y ait eu deux ou trois recensements, peu
importe; un fait certain, c'est guMl y en cfii plusieurs, et que dans celui qui fut opéré sousHérodc, toute la nation juive y fut soumise. Or, c'est ce qui eut lieu, d'après saint Luc comme d'après Josèphc : TrmvTtç,
(1) Nous indiquerons à M. E. Renan l'ouvrage de Keppler, qui nous a amplement servi pour réfuter ses assertions, et que^ sans doute, il ne connaît pas. Voici le titre tout au long ! Ds vero <amo guo a^trmu fiius hiananam naktram in Ëttero Benedidœ virgMt Mariœ ettvmpsif. C'est ainsi que parlait He la naissance de Jésus un des plus grands savants qui aient honoré l'inlelligence humaine. En lisant ce titre si pieux, si chrétien, nous nous rappelons celle sentence de Bacon : « Qu'un peu de seience éloigne de la rel igion j que beaucoup de science y ramène, s M. B. Renan fera bien de méditer la sentenee d« Bseon.
dit saint Luc, ivAptoerr^, tous allèrent, etc.; v«vt«c yêw iWaiie«v, etc.^ dit Josèphe. L'historien juif rend ainsi hommage à FÉvangile , nonrseulement quant au fait en lui-même, nuds encore quant au caractère de
ce fait, c'est-à-dire du recensement qui fut g'5néral, qui s'étendit « tous les Juifs: Joàèpiie se sert du mot tom comme l'Évangile.
Le premier dénombrement ayant été fjénéral pour toute la Judée, d'après Josèphe, cet historien juif confond cette assertion de M. Renan :
« Le recensement, en tout cas, ne se serait appliqué .qu'aux parties réduites en province romaine et non jiux tétrarchies. »
Josèphe a dit : toute la Judée^ aussi hien que saint Luc.
De. plus, comment un savant tel que M. Renan jgnore>t-il que tous les souverains de la Judée, y compris Hérode, étaient les délégué ^ les tributaires des empereurs romains, à partir d'Auguste? Hérode n'ér tait monté sur le trône que par un décret du sénat romain ; il n'en prit possession qu'avec l'aide des troupes romaines; il reçut tousses titres de l'empereur Auguste; il ne put laisser ses Ktals a ses enfants que du consentement de l'empiTeur : tous ces faits et beaucoup d'autres aussi signilicatifs sont enregistrés par Josèphe lui-même {de licll. Jud. , lib. I et II). C'est donc avec raison qu'Appien , historien païen , fait d'Hérode un roi tributaire de liotne^ un simple délégué de l'empereur romain (X^p.yde BelL civ., liv. V). Dion Cassius, auteur païen et très-complet sur la vie d'Auguste, dit qu'Hérode était client d'Auguste et allié {socitis) du peuple romain; il ajoute que la Syrie et la Phénicic étaient des provinces spécialement réservées par l'em-
pereur Auguste. On peut juger, d'après ces témoignages, de la valeur de l'assertion de M. Ë. Renan.
Continuons sa note :
(( Les textes par Ies(juelson cherche à prouver que quelques-unes des opérations de statisti([ue et de cadastre ordonnées par August;; durent s'étendre au domaine desHérodes, ou n impliquent pas ce quon leur fait direj ou sont d'auteurs chrétiens qui ont emprunté cette donnée h l'Évangile de Luc* »
Par ce qui précède, on a vu que le premier recensement est parfaitement indiqué comme général pour toute la Judée, par Josèphe, historien /t^i/, contemporain des Mts, et qui est, aux yeux de M. Renan lui<* mtoie, de la plus haute autorité ; qu'il est confirmé indirectement par Suétone^ historien pcâen ; il l'est également par Dion Gassius^ historien piden, par Tacite, historien jEMiien, qui mentionne un dénomJbrement gé« néral des provinces tributaires sous Auguste. Ces témoignages des auteurs peâens sont si positifs que Keppler ne craint pas d'affirmer que l'évangéliste a pour lui les historiens romains : « Consmtientes habet Evangelista scriptores romanos. «(Keppler, op, cit., c. xi.) Comment, en présence du texte de Josèphe, et des renseignements généraux fournis par les historiens romains, ne pas sourire de pitié en entendant notre académicien parler avec un aplomb si peu justifié? U continue :
« Ce qui prouve bien d'ailleurs que le voyage de la famille de Jésus à Bethléem n'a rien d'historique, c'est le motif qu'on lui attribue. Jésus n'était pas de la iàmiUe de David. (V. ci-dessous, p. 237, 236.) »
Et nous, nous afOrmons que Jésus-Ghrist fiit de la fimiille de David. Nous le prouverons quand nous en
serons arrivés aux pages auxquelles M. E. Renan nous renvoie ; car nous le suivrons pas à pas. Son objection ne reposant que sur des assertions futures, et devant être détruite par des preuves sans réjjlique, n'a donc aucune importance.
« En eût-il été, ajoute M. E. Renan, on ne concevrait pas encore que ses parents eussent été forcés, pour une opération purement cadastrale et financière^ de venir s'inscrire au lieu d'où leurs ancêtres étaient sortis depuis mille ans, £n leur imposant une telle obligation, Tautorité romaine aurait sanctiomié des prétentions pleines de menaces. » •
D'abord^ qui a dit à M. B. Renan que les ancêtres des parents de Jésus-Christ avaient quitté Retliléem depuis mUle am? En outre, nous avons prouvé que le premier recensemerU de la Judée ne fut pas seulement une opération cadastrale et financière, puisque Josèphe nous apprend que l'on y prêta serment à l'empereur romain, souverain de tout le pays, et à Hérode, son délégué. De plus, notre docte académicien aurait parfaitement conçu que les parents de Jésus furent oblit»:és de se rendre à leur ville d'origine, s'il avait su comment les Romains procédaient dans leurs recensements. Puisqu'il ne le sait pas, nous lui citerons, pour son instruction, ces paroles du jurisconsulte Ulpien, ministre de l'empereur romain Alexandre Sévère : « Celui donc qui possède un champ dans une autre ville doit aller dans cette ville où est le champ, car il doit payer le tribut de son champ dans hi ville sur le territoire de laquelle son bien est situé. » (De Cens,^ lib. IV, sect. 2.)
Avec ce renseignement, M. E. Renan concevra peutêtre UQ peu mieux oosmient les jparents de Jésus au-
raient dû aller à Bethléem, alors même que le recensement n*aurai( été qu'une opération eatlasiraleyt financière.
Nous en avons fini avec la redmOabk note de notre adversaire. Il en résulté qu'il ne conndH pas Fhistoire; qu'il ^ été malheureux dans ses efforts pour prouver l'ignorance de saint Luc, et qu'A n^est parvenu à
prouver que la sienne propre.
Afin (le ne rion laisser d'obscur dans la question que nous avons traitée, nous donnerons encore quelques éclaircii,'Sements.
Kyriuns ou Onirinus, dont l'K vanille et Josèphe font mention, était, selon Tacite {Annal.), un puissant personnage, natif de Lanuvium. II fut, selon cet historien paien, chargé de plusieurs tnissians importantes , et il fut consul sous le règne d'Auguste. Il mourut sous Tibère, qui lui fit faire des funérailles publiques. Il fut envoyé en Judée à titre de délégué inhpérial pour les deux recensements qui eurent lieu sous Hérode et sous Archétaûs. A l'époque du premier recensement, c'était Sentius- Saturninus qui était proconsul en Judée. C'est pourquoi Tertullien prétend (m ATarc., tib. IV) 'que le premier recensement se fit sous ce proconsul. D a raison dé dire que ce fut sous le pro^ consulat de Saturninus; pais, de ce quecethooune était premier magistrat de la provineë, il ne s'ensuit pas qu'il fit personnellement le recensement, et que cette opération ne fût pas conti.'e à un délégué spécial. En effet, de telles opérations ne rentraient pas dans les attributions des proconsuls. Ainsi disparaît l'objection puisée dans le texte de Tertullii'n et dans les documents his toriques qui font de Saturninus le proconsul romain de Judée à l'époque de la naissance de Jésus-Christ.
Aux divers historiens que nous avons dlés au siiget d'un dénombrement général âe tout l'empire romain qui eut lieu sous Auguste nous pourrions en ajouter plusieurs autres , mais cette peine nous paraît inutile. Du reste, aux yeux de M. K. Heiian, il suffit qu'un historien soit chrétien pour être digne de mépris et convaincu d'ignorance.
Cependant il nous sera pcnnis de faire observer que, jusqu'à ces derniers temps oii l'on a vu naître une pléiade d'artistes en érudition, personne n'avait douté que le dénombrement f/énéral indiqué par saint Luc n'eût eu lieu sous Hérode. Au second siècle de l'ère ehrétienne, le philosophe chrétien Justin disait aux magistrats de Rome : « Vous avez des registres ; vous conservez les Actes du recensement que fit en Judée Kyrinus votre procurateur; prenez, et ]i8ez4es vous^némes. » (Just. Apol., I ; et Dial., II.) Au troisième siècle, TertulHen mentionnait ces mômes registres (/oc. cit.). Au quatrième siècle, ils existaient encore, et saint Cyrille y renvoyait l'empereur Julien lui-même (Cyrill., liv. VI). A-t-on répondu à ces apologistes chréliens que ces registres n'existaient pas? les a-t-on pris en flagrant délit de mensonge? Non, il était réservé à nos érudits modernes de nier un fait qui fut regardé comme incontestable, même par ceux qui avaient entre les mains les actes officiels de l'État, et de le nier, non-seulement sans preuves, mais contre toutes les preuves qui établissent qu'ils mentent à l'histoire, dans un intérêt de mesquine incfédiilifa^.
Date de la naissance de Jésus,
. Nous ne ferons pas à M. Etonan un crime d'avoir dit que Ton ignorait la date précise de la naissanoe de n* mm. 11
Jésus-Ghrist. Dès qu'il admet qu'elle (eut lieu « sous
le règne d'Au^^uste, probablement quelques années avant l'an I de l'ère que tous les peuples civilisés font dater du jour où il naquit » (p. 20-21), cela nous suffit. L'ère qui est en usage, repose sur le calcul de Denys le Petit, moine de Rome au sixième siècle, comme le fait remarquer en note M. Renan, et comme tout le monde le sait. « Ce calcul, ajoute notre académicieiiy implique certaines données purement hypo* thétiques. » C'est le pri vilége de tous les autres oalculs, y compris celui que M. Renan accepte comme prtH baàle. Chaque ehronologiste a son système, et tous les systèmes offirent des difficultés* En présence de ces difficultés, le calcul de Denys le Petit, qui n'en oSn pas plus que les autres, nous sosible préférable pour plusieurs raisons : la première , c'est qu'A s'accorde parfoitement avec l'Évangile ^la seconde, c'est qu'il est fondé sur la tradition immémoriale de l'Eglise de Rome, où l'on avait pu prendre des rcnsci^neincnts précis dans les registres du recensement opéré sous Hérode. Nous avons vu que les écrivains chrétiens des quatre premiers siècles y renvoyaient leurs antagonistes. Au cinquième siècle, saint Jean Ghrysostome, patriarche de Gonstantinople, les mentionnait encore. Denys le Petit, qui vécut au sixième siècle, put en prendre communication. Voilà pourquoi nous préférons à tous autres son calcul, qui fut adopté, comme le constatoll. E. Renan luinuéme, par tous les pm/pki eknHsés.
L'Érangile de saint Luc contient une donnée positive sur 'la date de la naissance de Jésus. Lorsqu'il commença sa prédication, Jésus avait environ trente ans. dette trentième année concordait, selon saint Luc, avec
la quinzième année du règne de Tibère, successeur d'Auguste : donc Jésus-Christ Daquit quinze ans avant la mort d'Auguste.
Quelle est la date précise où doit ôtre fixée cette année ? On l'ignore, à cause des réformes successives que Jules César et Auguste firent subir au calendrier. Cette opération, analogue à celle qui eut lieu au seîâème sidde en Ooddent, recule ou airance de plusieurs années les événements, sdon que l'on en tient ccMnpte ou non, et selon les &its que Ton prend pour base des calculs astronomiques.
Il y a donc certitude historique quant à la date de la naissance de Jésus-Christ, et les objections en sens contraire des chronologistes ne peuvent pas ébranler u» fait qui repose sur des données positives»
Le nom de Jésus,
Ce nom était fort commun en Judéë, dit M* E.
Renan (p. 21). Nous ne le contestons pas. « Naturellement, ajoate-t-il, on y chercha yj/ws tard des ni} stères et une alkision à son rôle de Sauveur.» (Iôid.)A l'appui de cette affirmation, il cite saint Mathieu, i, 21. En cet endroit, d'après l'ovangéliste, Tange dit à Joseph : <( Marie enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus, car H sauvera Son peuple de ses péchés.» C'est donc à cause de son rôle de Sauveur qiie Jésus reçut ce nom, et ce ne Ait pas plm tard que l'on y chercha des mystères. Saint Luc, que cite encore M. Renan, 1, 3i, ne fait aucune mention de la signification du mot Jésus. On se rappelle qu'à cause de cela, notre académicien a prétendu que l'évangéliste Luc ne savait pas 1 hébreu.
Pourquoi M. E. Renan veut-il que ce ne soit que pliis tard que Ton ait attribué au nom de Jésus une si* gniOcation mystérieuse, puisque l*É\angile afiOrmeque ce fut avant sa naissance que ce nom lui fut donné, et précisément à cause de sa qualité de Sauveur? Son motif est sans doute que l'intervention de l'ange est un ftùl surnaturel^ et que tout (ait surnaturel est, à ses yeux, ime léijcndi'^ c c&t-à-dire un nœnsutifjc.
A cela nous avons répomlu et nous n-poiidons encore que c'est fort mal raisonner que de conclure, du caractère surnaturel d'un fait, à sa non-existence. Nous avons vu que M. licnan lui-même admet la possihUUé du fait surnaturel ou du miracle (ItUrod»^ p. u). Alors pourquoi, de ce qu'un fait est surnaturel , en conclut^ il qu'il est légendaire ou faux?
Delà famUle de Jésus»
A quelle race appartient Jésus-Christ? Le peuple de la Galilée était fort mêlé, répond M. £. Hcnan, « il est donc impossible de soulever ici aucune question de race, et de chercher quel sang coulait dans les veines de celui qui a le plus contribué à effacer dans l'humanité les distinctions du sang. » Cependant, M. Renan, dans les notes des pages 19-20 et dans la note 3 de la page 22, promet de prouver plus tard que Jésus n*était pas de la famille de David ; en effet, il a essayé de le prouver dans son chapitre xv, sans y réussir, canimc nous le verrons. H ne croyait donc plus w?^j05siblediW cha[)itre xv ce qu'il déclare impossible au chapitre II. Cette contradiction accuse tout simplement, dans le nouvel ennemi de Jésus-Clirist, le désir de lui Oter un des caractères les plus frappants de sa mission
âhine, caractère ?i clairement indiqué par les prophéties, que tout Juif savait que le Messie naîtrait à Bethléem et descendrait de David. C'est dans le but d'enlever à Jésus-Christ ce caractère messianique ^ universellement reconnu, que M. Renan foule aux pieds les documents histonçues les plus incontestables, afin d'arriver & dire, sans preuves, que Jésus était né à Nazareth etqu'il n'était pas de la race de David (1).
Nous avons opposé et nous opposerons ces donnncnts historiques; h. ses affinriations c/ratuiteSy et ndus prouverons ainsi qu'il a dénaturé les faits dans l'intérôt de son système.
Qui fut le père de Jésus? Joseph, répond M. E. Renan : « son père Joseph et sa mère Marie » (p. 22), et îi ne daigne pas s'abaisser jusqu'à discuter cette question, si Joseph était son vrot père. Cependant les évangélistes le nient; ils s'accordentsnrce point :^o Marie é\mii>ierge lorsqu'elle conçut Jésus; que cette conception était surnaturelle; que l'Esprit de Dieu créa dans son sein virginal le corps de Celui qui devait être VIÎommc-DicUj le sauveur di: inonde.
C'est là, sans dt)ate, une lé'jcndc pour M. Renan. Mais nous voudrions s^\q\y pourquoi récit serait /ef/endairc. Est-il impossible en lui-iU(*nio? Alors, que l'on nous pr^iuvc que Dieu, (pii a cri'é les mondes, qui u donné à l'homme sa puissance de génération, ne peut
{\) En attendant sa dfrmonsiratiûu future, M. E. Renan jette en note (page 22), ces mots prétentieux, en parlant des généalogies : « Les É>ionim les sopprimaient {Epiph. ado, hœres, xxr, 14). » Qu'est-ce que cela prouve? Absolument rien; mais M. Renan conriatt l'art de séduire «fatance Us dend" saoants et ks ignoiauis. *
pSS CfétT un corps humain dans le sdn d'une lieige? M. Renan aurait dû nous démonirer que h puissance de Dieu ne va pas jusque-là. U ne Ta pas mtee entrepris. A-t-il du moins essayé de mettre les évangélistes
en contradiction sur la conception de Jésus? Non, il ne l'a pas osé, sachant que c'était une œuvre impossible môme à tenter. Il passe donc sous silence un des plus grands faits de la vie de Jésus, et avoue ainsi indirectement son impuissance et sa mauvaise foi.
n en agit de môme en parlant des prétendus frères et sœurs de Jésus.
Pour résoudre la question, il su£St de dter les passages des divers évangélistes :
Mathieu, ch. xn, 46etsuiv. «Cîommeîlparlaitencore à la foule, voici que sa mère et ses frères cherchaient à lui parler, n
Id.^ ch. XIII, 55 et suiv. « N'est-il pas le fils du charpentier? Est-ce que sa mère ne s'appelle pas Marie ? Et ses frères ne sont-ils pas Jacques et Joseph et Simon et Judas ? Et ses sosurs ne sont-elles pas toutes au milieu de nous? »
Marc, III, 3i et suîv. « Sa mère et ses frères viennent, et, se tenant dehors, lui envoyèrent quelqu'un pour lui dire de venir... »
Id,y VI, 3 et suiv. « N'est-ce pas un ouvrier, fils de Marie, frère de Jacques et de Joseph et de Judas et de Simon ? Ses senars ne sont-elles pas avec nous ? »
Luc, VIII, 19 et suiv. « Sa mère et ses frères vinrent vers lui, et ils ne pouvaient pas l'approcher à cause de la foule... »
Jean, ii, 12. « Il descendit ensuite à Gapharnaum avec sa mère, ses frères et ses disciples. » M, vu, 3. « Ses frères lui dirent ; Quitte ce lieu et
va en Judée, afin que tes disciples voient ies œiims
que tu fais. »
. Ibid.f S. If Ses frères ne eroyaient pas en lui. » làid», 10. « Dès que ses ft'é^ furent partis, il partit lui-même. »
M. Renan prétend que Jésus sembk itooir été ftàni de ses frères et sœurs (p. 23). H s'appuie sur ce texte
de saint Mathieu, i, 2.^ : « Et Joseph ne la connut point (Marie) jusqu'à ce qu'elle eût enfanté son pre» mier-né. »
La question est de savoir si, après ce premier-né, Mario eut d'autres enfants. Dans ce cas, J6sus eût été certainement l'aîné, et le mot de M. Renan, qu'il semble l'avoir été, serait ridicule. Si elle n'en a pas eu, cette expresâûn n'est plus seulement ridicule, elle insinue une fiiusseté.
Or, Marie, mère de Jésus, eut-elle d'autres enfants? Les flores et les sœurs dont Û est question dans l'Évangile sontr-ils de vrais frires^ de vraies sœurs?
Par les textes cités d-dessus, on a vu que ceux qui sont appelés frères portaient les noms de Jacques, de Joseph, de Simon, de Judas. Or, ces quatre personnages étaient-ils iils de Marie mère de Jésus?
Non.
Saint Mathieu, xxvn, 55 et suiv., s'exprime ainsi : « Là étaient plusieurs femmes, parmi lesquelles étaient Marie -Madeleine et Marie mère de Jacques et de Joseph, »
Marc, XV, 40. c< JA étaient, regardant de loin, des femmes parmi lesquelles Marie-Madeleine et Marie mère de Jacques le Mineur et de Joseph, »
Luc, zziv, 10. « C'étaient Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques^ etc. »
Jean, xix, 25. « Se tenaient nuprès de la croix la mère de Jéstts et la sœur de sa mère, Maricy épouse de Cli'oplias^ et Miirie-Madcli.'iiie. )>
LM'.crilurc fait encore mention de deux Marie, la sœur de Lazare et Marie, mèi'e de Jean surnommé Marc (Act. xu, 12).
Par ces textes, il est évident que Marie, épouse de Gléophas et sœur de Marie mère de Jésus^ se trouvait sur le Calvaire ayec Marie Madeleine; que c'est elle qui est désignée sous le titre de mère de Jacques; qu'elle était épouse de Cléophas et qu'elle ne peut être identiflée avec Marie mère de Jésus, dont elle était la sœur. Marie, épouse de Cléophas, mère de Jacques et de Joseph, avait eu d'autres eniauts, tels que Simou et Judas, et des fdles.
Or, ce sont Jactpies, .lo?ej)]i, Simon et Judas, enfants de Marie, épouse de Cléophas, qui sont appelés frères de Jésus par les habitants de Nazareth. Donc il ne faut pas prendre le mot frères à la lettre, mais il iaut entendre ' par là les cousins germains, selon un usage usité en Orient et chez plusieurs nations occidentales. M. Renan est obligé d'en convenir ( 1 ) ; mais il veut cependant que Jésus ait eu de tfrais fi^es et de vraies soeurs. Gomment le sait-il? par l'Évanj^ile? Non. A-t-il eu à son service un autre dornmenl digne de foi? Non. A-t-il une preuve quelconque à l'appui de sou ailirmatioii? Non.
Alors nous demandons ce que vaut une simple affirmation dénuée de preuves?
(i) Kacore aujourd'hui le mot grec «^^«s signifie fi^ et cousin germain*
Deux faits sont certains : Le premitT, que ceux qui sont appelés frères de Jésus étaient ses cousins germaim; le second, que Ton ne peut apporter aucune preuve que Marie ait eu d'autres enfants que son pre-
Mais M. Ë. Renan voudrait jeter de Tobscurité sur ces faits. Il crée pour cela une difficulté imaginaire^ et propose une hypothèse dénuée de fondement.
(P. 2i,?mfe.ï.)
La difficulté qu'il se crée consiste en ceci : qu'il est très- extraordinaire que deux sœurs du nom de Marie aient eu des enfants en même nombre et du même nom.
La difficulté est imaginaire^ car FÉvangile ne parle que d'une Marie, épouse de Gléophas, qui aurait eu
quatre fils et des filles; elle ne parle jamais de la sœur de celle-ci que comme de Marie mère de Jésus.
L'/n/pothèsc que propose M. E. Renan pour résoudre la dilliculto imaginaire consiste en ce que la femme mentionnée par les premiers évangélistes comme étant avec Marie -Madeleine sur le calvaire serait Marie mère de Jésus ^ laquelle aurait eu autres enfants : Jacques et Simon,
D-abord la femme mentionnée ne Test pas comme mère de Jacques et de Simon', mais de Jacques et de Joseph. Pourquoi parmi les enfants de Marie de Gléophas en choisir deux pour les attribuer à Marie mère de Jésus? Pourquoi lui attribuer Simon et non pas Joseph, le seul qui soit désigné avec Jacques dans les textes allégués?
h* hypothèse u*est pas plus fondée qué la difficulté. Saint Mathieu ét saint Marc ont mentionné parmi les
femmes qui accompagnèrent Ji^'sus au calvaire, Marie- Madeleine et Marie, mère de Jacques et de Joseph. Cette seconde Marie, selon M. Uenan, serait la sainte Vierge, mère de Jésus. Mais s'il eût voulu consulter l'Évangile de saint Jean, il y eût vu (ch. xix, 25), que Marie, épouse de Clléophas , était sur le cal¥aire avec Marie -Madeleine et Marie mère de Jésus, La mère de Jacques et de Joseph était donc sur le calvaire, comme le rapportent les deux premiers érangélistes ; et de ce qu'ils la nomment, ils ne la confondent pas avec Marie Jésus, comme M. Ë. Renan voudrait le faire croire.
Quant aux autres textes indiqués par M. E. Renan, ils ne prouvent rien. Dans l'épitre aux Galates (i, 19), saint Paul dit qu'il n'a vu dans son voyage à Jérusalem que Jacques frère du Seigneur; c'était saint Jacques le Mineur, évéque de Jérusalem, fils de Marie de Gléophas, comme tous les historiens en conviennent. Notre adversaire renvoie à Tépttre de saint Jacques (i, 1), où cet apôtre s'appelle serviteur de Dieu et de Notrc-Seigneiir Jésus-Christ. Ceci prouve contre lui ; car si Jacques do Jérusalem eilt été le vrai frère de Jésus , il ne se serait |)as appelé simplement son serviteur. Judas ou Jude s'intitule dans son épître (i, i) : « serviteur du Seigneur Jésus et frère de Jacques. > Quelle conséquence peut en tirer M. Renan? Nous l'ignorons. Celle qui, pour nous, ressort de ces paroles, est celle-ci : que Judas, fils de Marie de Gléophas et frère de Jacques, ne se considérait pas pour cela comme le vrai frire de Jésus, quoiqu'on Tait désigné avec les autres enfants de Marie de Gléophas par le litre de frère.
Quant à la Chronique d'Eusèbe, à VEistoire ecclé^ nasHgue du môme auteur, et aux Constitutions apo^ HoHgues, M. Renan ne les cite sans doute que pour paraître érudit, car on n'y trouve pas un mot qui puisse fevoriser son hypothèse.
11 a donc créé une difficulté factice en suppo^ S(vit deux Marie ayant des enfants du môme nom. S'il eût étudié un peu mieux ri^^anc:ile, cette difficulté qu'il appelle énorme n'eût pas existé pour, lui. Il n'eût donc pas eu besoin d'avoir recours à une hypothèse d'après la(iuelle Jacques et Simon ou Siméon, évôques de Jérusalem, auraient été ks vrais frères de Jésus. Simon, frère de Judas et de Jac* ques le Mineur, était flfls de Gléophas, comme tous les historiens l'attestent, et comme M. Renan lui-même ra vu dans les passag es d'Eusèbe qu*fl a cités, n n'était donc pas le vrai frère de Jésus, non plus que Jacques.
Mais les frères de Jésus, d'après saint Jean (vn, 3 et suiv* ) ne croyaient pas en lui , tandis que ses cousins y croyaient. L'objection aurait quelque force si, d'après l'Évangile, on ne voyait pas que le trait prindpal du caractère de tous les apôtres fut Tincer* titude : tantôt ils hésitaient, tantôt ils étaient vaincus par les œuvres merveilleuses de Jésus.
On voit de plus, par FÉvangile, que les apôtres les plus iorvents de Jésus n'étaient pas ses parents, màiâ bien Pierre, Jacfjues et Jean fils de Zébédée. Ce ne fut qu'après sa rcsurrertion que les cousins de Jésiis, Jacques-le-Mineur et Simon, jouèrent un rôle important dans relise, et les historiens expliquent cette importance par cette raison, qu'ils appartenaient à la famille de Jésus comme fils de Qléophas* Quant à Judas ou
Jude et à Joseph, ses autres cousins, ils apparaissent àpeiue dans l'Évangile, et Ton perd leurs traces après la résurrection de Jésus. 11 est donc faux de dire que les cousins de Jésus étaient zélés pour sa doctrine et dévoués à sa personne; l'Évangile ne leur attribue qu'un r61e parfaitement analogue à celui de gens qui hésitent^ qui ne croient pas d*abord et qui finissent enfin par être convaincus.
Au lieu de créer une difficulté, pour en sortir au "moyen d'une hypothèse anti-historique, M. E. Renan aurait mieux fait d'accepter purement et simplement l'Évangile et Thisloire^ qui répondent amplement à sa difficulté prétendue, et rendent son hypothèse par&itement inutile.
Avec un peu plus de respect pour l'histoire, il n'eût pas distingué les frères des cousins (fermains de Jésus ; il n'eût pas affronté le ridicule en disant : «Leur nom (des prétendus vrais frtîres) était inconnu à tel point, que quand l'évangéliste met dans la bouche des gens de Nazareth l'énumération des frères selon la nature^ ce sont les fils de Gléophas qui se présentent à lui tout d*abord. » (P. 25.) Peut-on faire raisonnablement une telle supj)osition? Peut-on croire que si Jésus avait eu de vrais frères et de vraies sœurs à Nazareth, ils auraient été tellement inconnus des habitants ou de l'Évangéliste qu'ils auraient pris les cousins germains pour les frèros? Mais M. Renan, pour faire illusion à ses lecteurs, parle avec d'autant plus d'aplomb qu'il accumule plus de contradictions et d'erreurs. Ainsi, il affirme que « les sœurs de Jésus se marièrent à Nazareth » (p. 25), et cite saint Marc (vi, 3) qui n'en dit rien.
Le reste du second chapitre de la Vie de Jéstts est une description de Nazareth et des environs. Nous n'attachons à ces notes de voyage aucune importance.
Nous ne prenons pas [)lus au sérieux le projet d'une É.dise où tons les chrétien?, éclairés par M. Uenan et (levenns chrétiens à sa manière , pourraient prier, Pour([Ut)i Nazareth, qui repi-ussa Jésus-Christ, seraitclle le lieu de prédilection du christianisme ? nous l'ignorons. Nous pr 'f.'rons-nous, Bethléem, où il est «c, Jérusalem où il a souffert paur racheter le monde, où son tombeau est resté glorieux. Tous les chrétiens ont été jusqu'ici de notre avis, et nous doutons fort qu'ils suivent jamais les conseils de M. E. Renan sur ce qui doit faire Fobj et de leur vénération.