‹ E. Renan devant la science, ou réfutation de la prétendue Vie de JésusChapitre 5 sur 25 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Ûdueiftttoii de JTéMH»

Ce troisième chapitre du liirre de M« E. Renan prouve jusqu'à quel degré d'erreurs et de contradictions rhommèpeut être conduit par un système préconçu et

l'amour du sophisme. Gomment oser entreprendre do parler de l'éducation de Jésus, lorscjuo l'on ne possède aucun rcmeiijnommt historique sur ce sujet? M. E. Renan l'a osé cependant ; et, malgré quelques peutêtre, certains mots jetés çà et là et qui supposent le doute, il parle avec l'aplomb d'un honmie qui accorde aux créations de son imagination toute Fimportance. fait kistanque*

S'il s'était contenté dlnventer pour Jésus une éducation à sa manière, nous lui aurions répondu par ce seul mot : et Tout ce que vous dites est du roman et non pas de l'histoire. » Maïs, à travers ses inventions,

il a contredit l'Évangile, il a insulté Jésus-Christ; nous devons donc entreprendre la tâche fatigante d'analyser ce troisième chapitre, qui nous a inspiré le plus profond dégoût.

tt La nature nanto et grandiose » des environs de

Nazareth fut, selon M. Renan, toute Téducation de

Jésus. Cependant il aurait, selon notre auteur, appris à lire et à éanre. Qui le lui a dit? Il en appelle au témoignage de saint Jean, qui rapporte (ch. vui, G) que, dans une certaine circonstance, Jésus écrivait sur la terre avec son doigt. Donc, selon M. Uenan, il avait appris à lire et à écrire. Mais si Jésus le savait sans l'avoir appris? — Il n'en est pas ainsi ordinairemenU — Sans doute, mais Jésus était-il un homme ordinaire? Voilà la question. Vous le prétendez; mais rÉvangile, sur lequel vous vous appuyez, vous dément et vous affirme que Jésus fut Homme^IHeu; or, un Hrnnme-'Dieu a-t-il eu besoin d'apprendre à lire et à écriref

Le chapitre sur réducatiun de Jésus roule tout entier sur cette idée : que Jésus fut le lils d'un ouvrier, qu'il fut lui-niùme simple ouvrier de village ; qu'il dut, par conséquent, avoir l'éducation des gens ayant la même position sociale. Partant de cette idée, ^l. Renan recherche quelle a pu être l'éducation de Jésus, ce qu'il a dû faire, et il transforme ses rôvcs en réahtés.

Un fait incontestable, c'est que les évangélistes n'ont rien dit de l'éducation de. Jésus, et que saint Luc n'a rapporté de son enfance qu'un trait qui prouve, à lui seul, la fausseté des fSmtaisies imaginées par M. Renan. Dès l'âge de douze ans, selon saint Luc, Jésus étonna tellement les docteurs de Jérusalem par sa sagesse et ses réponses, (pi ils en étaient stupéfaits. (Luc, n, 47.) Il faut ra])[)rocher do ce fait cet autre qui est mentionné par saint Luc : Lorsque Jésus, arrivé à l'âge de trente ans, entra dans la synagogue de Nazareth, tous admiraient son élotjuence et sa science, et se demandaient : «yest-cepaslàlelUs deJoseph?» (Luc,iv,22.) uD'où

lui viennent celte science et cette puissance? » (Math.,

XIII, yjl}.) /A étaient scandalisés de ce que, étant sans éducation, il était ('('[(ondant si savant. Ils no voidaient pas néanmoins Y honorer conww prophilr^ et sp sentaient plutôt disposés à le traiter en émissaire du démon.

Jésus n'a donc reçu à Nazareth aucune éducation* Cependant, dès l'âge de douze ans, sa doctrine étonnait les plus grands docteurs de Fépoque. Ceci est inexplicable pour M. E. Renan; mais qu'il admette, avec l'Évangile, que Jésus fut Hommê-I^eUj et la chose deviendra parfaitement compréhensible pourlui comme pour nous.

Que niius impui ltMit les lieux communs de notre académicien sur réiliie:»tion des Juifs et des Arabes? Jésus sut-il l'hébreu? Ne parla-t-il (jue le syriaque niélé t d'hébreu? Sut-il le ?,Tec? M. llenan le nie. Nous

lui répondons qu'il n'en sait rien. «Aplus forte raison, ajoute-t-il, n'eul-il aucune connaissance de la culture ffreeque,T»li n'ensaitrieo. «Il resta étrangeràbeaucoup d'efforts souventparallèlesaux$iens, comme l'ascétisme desEsséniens etla philosophie religieuse de Técoled'Alexandrie représentée parPhilon. »(?. 34.) Il n'en sait nea,viLcs fréquentes ressemblances que l'on trouve entre lui et Phîlon viennent des covntnunes tendances^ et non de ce que l'un a copié l'autre. » 11 n'en sait rien. « Jésus ne connut pas tlavantaj^e lascliola.stiquc hizan'e qui s'enseignait à Jérusalem^ et ([ui devait bientôt constituer le Talmud. » (P. 35.)11 n'en sait rien. Toutefois, on peut supposer qu'il connut les aphorismcs de Ilillel, qui enseignait cinquante ans avant lui. u Hillel fut le wai maître de Jésus, s'il est permis de parler de maître quand il s'agit d'une si haute originalité. » (P. 35.)

Pourquoi supposer que Jésus connut les aphorismes de Hflld ? « Parce qulls avaient avec le» siens beaucoup d'analogie . » {ttid.) Mais comment connattpon les aphorismes de HilleL? Par le Talmud. Or le Tilmad

a-t-il attribué au docteur Hillel la doctrine qu*il enseignait réelleiiieiit , ou bien lui a-t-il attribue'' quelquesunes des maximes de Jésus, parfaitement connues à l'époque où le Talmud fut rédÎLM}? Peut-on, sur un document de date postérieure et rempli de n*vcries, comme en convient notre adversaire, afflrmer que Hillel ait enseigné telle ou telle doctrine ? Comment décider que ce docteur fut le nuàire de Jésus à cause de quelques analogies qui ont pu être empruntées è FÉvangile?

M. Renan ne répond point à ces questions. N^ayant aucun document sur l'éducation de Jésus, et voulant cependant composer un chapitre sur ce sujet, il enregistre ses rêves et des insinuations dénuées de tout fondement. Si, du moins, il n'avait pas avancé des faits Complètement faux ! Mais il n'en est pas ainsi. Donnons un exemple. Parlant de l'étude que Jésus avait faite des livres de l'Ancien Testament, étude de pure invention^ il ajoute : (( La Loi ne parait pas avoir eu pour lui beaucoup de charme, il crut pouvoir mieux faire. » (P. 36.) Jésus a déclaré le contraire. Noos lisons en effet dans un de ses discours : <c Je ne suis pas venu détruire la loi, mais l'accomplir ; en vérité, je vous le dis, tant que durenmt le ciel et la terre, un iota, un point, ne seront pas retranchés de la loi j usqu'à ce que tout soit accompli. » (Math. , vi , 1 8 .)

Ce discours est rapporté par saint Mathieu. Or, on se rappelle que,/>oî/r les discours, saint Matliinu jouit de la confiance de M. Kenan. Gomineat donc a-t-il osé

dire tout le contraire de ce ({ue Jésus a dit dans le discours ra])iiort«'T par saint Mathieu? Jésus aurait aimé à lire surtout h's prophètes, et Isaïe en particulier ; il aurait lu les apocryphes ; il aurait surtout été frappé du livre de Daniel, livre apocryphe^ il lut peut-être aussi les livres d'Hénoch. (P. 37.) M. Renan ne sait rien de tout cela. Il ajoute que Jésusn n'eutaucuneconnaissance dei'état général du monde. » (P. 38.) 11 croyait enoore le monde divisé en royaumes qui' se font la guerre, et il semblait ignorer la paix romaine; il n'avait pas d'idée précise de la puissance romaine. (Ihid*) Ge qull appe* lait les royaumesdu monde et toute leurgloire, c'étaient des constructions analog:ues à celle de quelque inmpîâe rue (le Rivoli. {V. 30.) C'était un jeune \ illaiicois (pu ne connaissait que son villat:e, et pour lecjuel les ^ens de la cour étaient des hommes v«*tus de beaux habits. Jésus fut donc un homme privé des connaissances les plus ordinaires. Aussi ses ixiraboles founmUent-elleêdimpoS' ùbiUUa dès qu'il met en scène les rois et les puissants.

Ce dernier, trait serait, d'après M. Renan, confirmé par l'Évangile. U renvoie à saintM athieu, eh. xxn, versets % et suivants, où se trouve la belle parabole du roi qui invite aux noces de son fils. Cette parabole contient* elle des imposs^ikUty ou bien estrce M. Renan qui ne Fa pas comprise? Lorsqu'il voudra bien s'abaisser à critiquer les détails de cette parabole, nous la lui expliquerons, et nous lui ferons voir (pie s'il eût mieux connu cet Orient qu'il croit avoir si bien étudié, les impossibilités auraient disparu devant la science.

Jésus, ignorant, simple villageois qui ne connaissait rien que son village, était superstitieux; il croyait au diable (p. 4i); il regardait les maladies nerveuses comme des possesHOBB du démon. Le merveilleux était

à ses yeux l'état normal. Gomme l'homme étranger à tonte idée de physique^ il s'imnirinait que « le cours des choses est le résultat des volontés libres de la Divinité. » {Ibid.) M. Renan est plus philosophe, il croit au &ta]isme et &it cfe ee moi son dieu. Chez le vulgaire, cette ignorance de la physique enfantait une créduHté niaise exploitée par des charlatans. Chez Jésus, elle n'engendra que de beBes erreurs {if)îd.)mT les rapports familiers de Thomme avec Dieu et sur le pouvoir de rhomme. Ces helles erreurs furent le principe de sa force ^ car, ajoute notre délicat académicien : « si elles devaient nn jonr 1«^ mettre en défaut aux yeux du physicien et du chimiste, elles lui donnaient sur son temps une force dont aucun individu n'a disposé avant lui ni depuis.» (P. 4i-i2.) Ainsi Jésus abuse delà crédulité de ses contemporains ; il fait de faux prodiges coinme un simple chariatan ; et c'est là \t:piri!ndpe de sa puissance. Quel physicien, quel chimiste a pris Jésus en défaut sur ses miracles? M. Renan ferait bien de l'indiquer. ' Pour compléter son tableau, notre antagoniste sort de la pure imagination et transforme en révolte contre F autorité paternelle, le fait de Jésus enseignant dans le temple à l'Age de douze ans. En agissant ainsi, M. E. Renan sait bien (ju'il manque dr homic foi. 11 en manque encore en transformant Jésus on révolté contre la nature, contre toute idée de patrie, de famille, etc. 11 promet de justifier ses assertions. Nous lui promettons de les réfuter.

Tout en &isant de Jésus un naïf villageois et un eharlatanj M. E. Renan lui accorde un beau génie et une âme lyrique, (P. 36.)

Ces éloges insignifiants ne sont destinés qu'à fàire passer cette idée principale : que Jésus ne ftit qu'un

ignorant, un fanatique, un superstitieux, un charlatan.

Toi ost le résumé du chapitre m' de la prétendue Vie de Jcsiis.

Aucune des assertions contenues dans ce chapitre n' esi prouvée ; toutes contredisent rÉvan^ile.

Jésus, d'aprèsTEvangilo, ne reçut aucune éducation. Sa sagesse divine éclata d'elle-même dès que le temps fut venu, n était Dieu couvert du voile de Thumanité ; il n*avait donc besoin ni des leçons, ni des livres des hommes.

Tdle est Tidée que les Évangiles nous donnent de Jésus.

M. Uenan, ([m >v pnHcnd Iiistorien de Jésus, ne tient compte d'ancnn de ces documents, les seuls qui aient pu lui fournir des renscif^nenients. Qu il ne prétende donc pas avoir fait une Vie de Jc.sus, mais un ronimi anti-évangéliquc sur Jésus. Il pourra ainsi donner libre carrière à son imagination et ue s'exposera plus à ti'omper ses lecteurs crédules et ignorants.

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