‹ E. Renan devant la science, ou réfutation de la prétendue Vie de JésusChapitre 6 sur 25 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Onlve d'Méc* m «eln duquel «e ilcvctov^

11 y a dans l'humanité des époqiios qui sont des époques /léroïques de ractivité Inmcihic. Alors les caractères ont des traits accusés : on y arrive //r/r Nchafaudà r apothéose, « Si l'on excepte la révoUition française, aucun milieu historique ne fut aussi propre que celui oii se forma Jésus à développer ces forces cachées que rhumanité tient en réserve, et qu'elle ne laisse voir qu-à ses jours de fièvre et de péril. » (Pp. 44-45.)

Cette théorie est inventée par M. K. Renan pour expliquer naturellement Finfluenceque Jésus a acquise dans le monde. Tout son beau langage se réduit & ceci : Les circonstances l'ont fevorisé.

Seulement nous ferons observer à notre antagoniste qu'il oublie, au début de son quatrième chapitre, ce qu'il avait dit dans lo troisième. Au moment oij M. Renan écrivait ce troisième chapitre, il ne voyait dans le monde que la paix romaine (p. 38), et il reprochait à Jésus de n'avoir pas compris cette puissance romaine qui avait fait régner une paix universelle ; il lui reprodiait de n'avoir vu partout que des royaumes divisées.

lorsqu'il n'y en avait pas. Mais M. Renan écrivant son quatrième chapitre avait besoin d'une théorie contraire ; et comme il en a une infinie variété à sa disposition, il fait du monde, à Fépoque oii parut Jésus- Christ, une société fiévreuse et en péril. (P. 45.)

Cependant, si la paix régnait dans le monde entier sous le sceptre des premiers empereurs romains, comment la sociét(^ pouvait-elle être en proie à une fièvre si violente, ôtn» dans un de ces accès où elle avait besoin des forces cachées qu'elle tient en réserve pour les circonstances où elle est en péril ?

Nous pourrions bien prier notre académicien de prendre la peine de descendre des hunteursoù il plane, pour nous parler en simple mortel. Alors il nous expliquerait ce qu'il entend par cette humanité dont il fait un être avec des besoins ou des périls identiques. L'humanité n'est^-elle pas la collection des hommes qui ont vécu depuis l'origine du monde? Or^ d'après tous, les documents historiques, l'homme fut toujours ce qu'il est aujourd'hui. H apparaît, dans tous les temps, tel que nous le voyons encore. L histoire nous montre des États, dans lesquels les vices d'une paitie des hommes provoquent des réactions de la part de l'autre partie ; mais ces luttes, qu'elles aient eu lieu à Athènes, à Rome, à Paris ou partout ailleurs, ne furent que locales, circonscrites dans un rayon fort restreint, et laissèrent les autres États indifTérents. Même la révolution française, dont M. Renan faitl'événement le plus important de Thisfoire de l'humanité, qu'ar-t-etlle été ? La réaction de la bourgeoisie contre l'aristooratie -et le clergé de France. Elle l'a emporté sur ces deux classes privilégiées; et aprèis? Les principes qu'elle a proclamés étaient-Os nouveaux? 'Mais on les trouve

tous dans l66 écdvains ^eos ou romains. Appelle eu une influence unhenellQ ? Elle n'en a mtaie- pas eu dans la France entière; et qu'est-ce que la France, quantau nooibr^.de. ses. habitants, par comparaison aireo le reste du monde ? L'humanité n'a jamais en d'existence identique^ n'a jamais formé cet être intdligible qu'a rôvé M. E. Renan; elle n'a ^oini en réserve de ces forces cachées auxquelles notre académicien attribue un rôle si décisif; tout ce qu'il dit sur ce point se réduità des mots sonores et complètement vides de sens.

Or, un non-sens ne rend raison de rien. Poursuivant son idée de forces cachéespar r humanité on ne sait où, M. Uenan prétend que, dans les circonstances exceptionnelles, ce sont les hoinmos d'action, et non pas les hommes de théorie, qui obtiennent du succès. Il arrive .ainsi h Jésus dont il &it un homme d'action. Écoutons notre sonore écrivain (p. 46) : « Jésus ne fut pas ^n théol^en, un philosophe ayant un système plus ou moins bien composé. » » Nous l'admettons, mais U fut Dieu lui-même ensei^ant la vérité, ce qui valait un peu mieux. — a Pour être disciple de Jésus, il ne laliait signer aucun i'ornuilaire, ni prononcer aucune profession de foi. » — Pardon, illustre académicien, Jésus n'exi^^cait aucune signature, nous le voulons bien ; mais parfois il demandait une profession de foi. Si vous eussiez lu l'Évangile un peu plus consciencieusement, Yous en auriez rencontré des exemples, celui-(d en particuUer : « Jésus interrogeait ses disciples en disant : Qui dit-on que je suis, moi le fils de l'homme? — des disciples lui répondirent : Les uns disent que vous êtes Jean-Baptiste ; d'autres que vous êtes Élie; d'autres, Jér^nîe ou un prophète quelconque. — Jésus leur dit lEt vous, gui éKteMHm que je

iÊÊu7 ^mon-^Pierre lui répondit : Vaut èêes k Ckrùt^ fikdu Ùieu vivant, » (Math.,xvi, 43-15.) C'est bien là une profession de foi, ce nous semble, et qui se rapporte à un Dieu réel, non pas à un DietMéey à un Dieur-mot^ comme celui de M. Renan^ mais à un Dieu personnel et vivant. A côté de cette vérité première, il y a, dans la profession do foi de Pierre, la divinité de J('sus-Cliristj fils, non pas en théorie^ mais en réalité y du Dieu vivant. Ce sont là les deux dogmes fondamentaux du symbole chrétien. A côté de ces deux vérités, M. Ë. Renan, avec tant soit peu d'attention, en aurait rencontré beaucoup d'autres dans l'Évangile; il en aurait rencontré à toutes les pages ; il aurait pu observer en même temps que Jésus revient souvent sur la foi. Or, voudrait-il nous dire ee qu'est la foi sans doty trme crue? H voudra bien convenir que la foi, comme tout autre acte deFentendement ou de la volonté, doit avoir tm objet. Or, quel est l'objet de la foi, sinon une doctrine connue à laquelle on donne son adhésion sincère?

Si M. Renan se contentait de dire que Jésus ne composa pas de symbole , nous en conviendrions sans peine. Mais autre chose est de composer un s} mbole, autre chose de n'^^ner aucune doctrine. D'abord, Jésus n'avait pas besoin de formuler de symbole, par cette raison fort simple qu'il n'apportait pas au monde une religion nouvelle, 11 ne venait, comme iU'a déclaré lui-même, que pour donner son développement intime à la religion révélée primitivement par Dieu, et ' pour la rappeler à ceux qui l'avaient oubliéé. Le développement qu'il a donné à la religion primitive se trouve consigné à toutes les pages de l'Évangile. Aussi est- ce arec un profond sentiment de pitié que nous

avbm lu ces lignes de M. E. Renan : « J^ub n*eut ni

dogmes, ni système, mais nné résolution personnelle fixe qui, ayant dépassé en intensité toute autre volonté créée, dirige encore à l'heure qu'il est les destinées de . l'humanité. )) {Ihid.)

Quel verbiage insignifiant î Ainsi un homme a la plus forte résolution que l'on puisse imaginer ; sa résolution ne y)orte sur rien autre chose que sa personnalité ; elle n'a ni principe ni but doctrinal. Cet homme ne veut qu'une seule chose : qu'on Rattache à Udy qviim Vaxme (iàid,), et cette résolution d'un villageois égoïste, sans instruction, sans doctrine, dirige enrcore, à f heure qu'il est, le$ destinées de thumamté! En vérité, une pareille théorie n'est-elle pas mille fois plus incompréhensible que la divinité de Jésus-Christ?

Ajoutons que le nouvel ennemi de Jésus n'a pu l'émettre sans fouler aux pieds l'Évangile qu'il prétend avoir pris pour base de ses récits ; car on ne peut l'ouvrir sans rencontrer un enseignement formel, tant au point de vue dogmatique qu'au point de vue moral. Les efforts tentés par notre antagoniste pour déprécier cette doctrine, pour en donner une fausse idée, disent assez qu'il sait parfaitement que Jésus a donné un enseignement /xM^t/, et qu'il ne peut nier consdencieusement un fait aussi évident.

M. Benana jeté, conune en passant, sa fiiusse théorie, et à travers un déluge de phrases dont la forme pompeuse ne peut dissimuler la pauvreté du fond. Il aperçoit çàet là, dans la religion des Juil'^ et d(ms celle des Persans, des points de rapprochenient ; il essaye de caractériser les Romains et les Grecs, qu'il fait auteurs du dogme de l'imuiortalité de l'àmo (p. 49) ; il insulte jgxossiôremeAt quelques-uns des écrivaic^à sacrés (p. 4b);

— taa —

il bit de Spinosa, qui ne croyait pas en Dieu, le pins grand des Juifs modernes (p. 49) ; il ?oltige à travers

les écrits bibliques pour leur contester un enseignenu'nt qui y éclate à chaque pa?o, et tout cela pour abdutir à ce résultait : que tel («tait l'état des esprits lorsque Jésus apparut en Judée.

On conq)reud que nous ne levenions pas sur la théorie de M. Renan touchant les religions en général. Nous dirons seulement que, à ses connaissances eussent été plus étendues et plus exactes, U aurait mieux compris pourquoi les religions diverses eurent entre eUes tant de points de contact, pourquoi encore Isale semble avoir été pénétré, comme il dit, d'un rayon det regards de Jésus, à une distance de six siècles (p. 60) ; car toutes les religions émanent d'une source commune, et Isaïe écrivait sous rinsjûratiou du Verb(! qui s'aj»[)ela Jésus lors'iiril st.' fut revêtu de l'huniaîiité. Mais au lieu d adinetlre une doctrine à hupielle la raison et l'histoire rendent honuua^e, M. E. Renan ])réfèrc se perdre en des théories nuageuses qui ne rendent raison de rien, et qui accusent chez lui une faiblesse étrange dans les connaissances historiques et philosophiques.

Mais quand tous les systèmes qu'il «qiose seraient aussi vrais qu'ils sont faux, quelle en aurait été l'influence sur Jésus, pauvre villageois, qui ne eonnai&sait rien de l'état du monde, «pii i ig norait les choses les plus

simples, qui n'avait pas môme les données les plus vagues des choses ordinaires? car c'est là le ])()rtrait (pie M. Reuan nous a fait de Jésiis dans son chapitre ni. Connnent un homme simple, sans étude, put-il «entrer dans la brûlante atmosphère que créaient en Palestine les idées » que M. Renan a exposées? (P. 55.)

Nous ne eomprénons pas bien d'abord oommMft ees

idées pouvaient créer une atmosphère brûlante^ car elles se rapportent toutes à une discussion froide sur l'immortalito de l'Ame, discussion (jui a eu lien dans tous les temps, qui <!tait circonscrite en Judée dans les écoles contraires des Pharisiens et des Sadducéens, et qui n'y obtinrent, certes, jamais autant d'importance que danâ les écoles philosophiques d'Athènes et de Home, et encore M. Ë. Renan prétend-il que les idées qu'il a exposées ne ^«màqnment é aucmie éeoie; eUe$ éUntni dans fair, ajoutât-il (page 6S). C'est là sans doute qu'il les a prises lui-môme. Alors nous ne sommes plus étonné qu'elles diftèrent si essentiellement , de celles que l'on trouve dans les livres.

Jésus aspira aussi dans V air ses idées et allait s'asseoir pour cela sur le sommet de la moiitairne do Nazareth. (P. 5o). Oïl 00 peut s'y assroii', dit M. Renan, « sans un sentiment iiujuiot de sa dostiiiéo, peut-Hre frivole; Jésus s'y assit vingt fois sans un doute, sans se préoccuper d'un intérêt. d'otUre^tombe pour la. vertu, il ne pensa qu'à son œuvre, à sa race, à l'humanité. »

Ainsi Jésus ne crut pas à l'immortaUté de l'âme, n'enseigna point que la vertu serait récompensée et le vice puni dans le monde futur 1 II &ut vraiment à ' M. E« Renan une dose d'impudence peu commune pour oser émettre une pareille idée en prince de l'É vangile et des millions de chrétiens qui le lisent.

Qui ne connaît ces sonteuces de Jésus?

î< Lorsque, à cause de moi, les hommes dii'oîit de vous toute sorte de mal, réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse, car votre récompense est abondante dans. W Œux. » (Math., v, 11-12.)

« Aimes vos ennemis.... Si vous aimez seidtment ceux qui vous aiment, à quelle réeompeme aurez-vous droit ! Les publicains n'en font^ls pas autant? » {Ibid, ,

« Veillez à ne pas faire le bien devant les hommes, pour être vu par eux ; autrement roî/s n'aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est dans les ciEux. Donc, lorsque tu fais l'aumône, ne sonne pas de la trompette devant toi , comme le font les hypocrites dans les synagogues et dans les villages, pour s'attirer de l'honneur de la part des hommes. En vérité je vous le dis, ceux-là ont reçu leur résompense. » (Math., VI, 1-2.)

a Celui qui donnera seulement à un de ces petits à boire deTeau froide, à titre de disciple, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense, » (Math., X, 42.)

11 faudrait, pour ainsi dire, copier les quatre Évangiles si Ton voulait citer tous les textes où Jésus enseigna positivement, ou suppose comme admise, la doctrine des récompenses futures pour la vertu. Mais c'est assez des quelques passages indiqués plus haut, et tirés de ces de Mathieu dont M. E. Renan fait si grand cas.

Mais, en les exaltant, il ne se gêne pas le moins du monde pour les torturer. On sent que chez lui il y a

parti pris de contredire l'Évanuile sur tous les points, en atlcctant pour lui un respect hypocrite ; de remplacer les faits (pi'il pouvait y trouver, par des lieux communs, par des suppositions dii^nes de celui qui demande à Yatmosp/ière ses inspirations. Ce n'est qu'en passant qu'il jette son impudente assertion touchant les récompenses futures, et il la nde entre deux dis-

scrtations sur les discussions sculastiques dt'is Juifs et hurles troubles politifjiios de cette nation. Il espère que, placée là, elle frappera moins par son énormité, tout en laissant dans 1 âme du lecteur inattentif quel- <|ue doute sur la vraie doctrine chréti e n ne.

Nous connaissons ces procédés des ennemis du Christ, trop politiques pour dire franchement et ouvertement 06 qu'ils sent, ce qu'ils pensent ; et qui s*o][)stinent à dissimuler leur nudité sous les nuages de phrases vaporeuses. Pourquoi M. Renan s'étend^l sur les commotions politiques du peuple juif? Pour dire qu'elles eurent de Tinfluence sur Jésus (1). Il donne à penser que Jésus pouvait avoir vu Judas le

(i) M. E. Renan (p. 60, note 3) ne manque pas de repror cher à saint Lue un anachronime à pmpos de Juda» le Galiléen et de Theudas, aulro imposteur juif. La révolte de ce dernier n'aurait eu lien, selnn notre criliqiie, que Tan 44 do l'èro chrétienne, et il renvoie à Josèphe {Antiq.y W, v. {). Avant de reprocher un anachronisme à saint Luc^ M. Ilenan aurait pu se demander humblement si, outre le Tbeudasqui se réToIta sous Claude, et dont parle Josèpho, il n'y en aurait pas un autre du même nom dont Josèphe n'aurait pas parlé. Il pouvait d'autant mieux concevoir quehjue doute à ce sujet que saint Jean, s*il l'a lu avec attention, le mettait sur la voie. Au Chapitre X, verset 8, de son Évangile, Jésus parle de plusieurs imposteunqxiU avant lui, avaient cherché à entraîner les Juifs : « Tons ceux qui vinrent, dit-il, furent des voleurs et des brigands, et les brebis ne les écoutèrent pas. » Josèpho n'a point mentionné ces imposteurs antérieurs à la mission de Jésus ; il ne nomme que Judas de Galilée, saas doute parce qu'il fut le plus important. Pourquoi uu de ces imposteurs ne se serait-il pas appelé Theudas comme celui qui vécut sous Claude et qui est mentionné par Josèphe? Est-il si étonnant que, dans un môme pays et dans un espace de temps assez long, deux hommes portent le même nom T M. E. Renan . s'est donc un peu trop b&té de reprocher vn anachnnitm à saint Luc. De plus, quand il n'y aurait eu qu'un Theudas, pourquoi reprocher l'anachronisme plutôt à saint Luc qu'à

Galiléen, et «que ce fut probablement par réaction contre son erreur (jii'il ])run(inça l"a\i(»iH(: sui' le donier de Ci'sar. » M. Uenaii passe i'acilement du peut-être au probablt'ijif'uty puis il finit par tirer d(! ces deux termes sa certitude^ si toutefois il en a une, ce dont nous nous permettons de douter.

Telle n'est pas la méthode d'un historien sérieux. Le peut'éire n'existe pas pour lui ; le probaiMe est œ qui est thp^uyé' sur des preuves d'une certaine valeur; le cerloin est ce qui est appuyé sur des preuves incontestables. M. Renan, sans autres documents que des imaginations puisées dans tair de la Judée, pose d'abord le peut-être , passe au probable et de là au certain, sans la moindre difficulté.

Quand on écrit ainsi l'histoire, on n'est pas un honiHie sérieux.

Après avoir fait riiistoire à sa manière pour y fixer à Jésus une place imaginaire, M. E. iienan fait le tableau physique de la Galilée pour en extraire la caricature de la mission de Jésus.

Il a passé d'un pied léger sur les événements de la naissance et de l'enfance de Jésus* Il n'a . vu que des légendes dans le récit, touchant des beigers de Bethléem et les mages d'Orient. Le^ massacre des enfants ordonné pai' Hurode par haine pour Jésus est

Josèphe 2 L'historien juif était-ii infaillible î M. Renan devrait 86 souvenir que la modeilie convient att vrtti savant, et qu'en s'expriniant comme il Va fait, avec tant de morgue et dp [tédanti^Tue, il donne aux hommes sôrieux une Lien {lauvre idée de sa science. A la même pac^e, M. Henan atfecic de revenir sur le recensementde Quirinus, comme pour rapprocher les deux prétendus onoeftronttotes de saint Luc. U n*a, contre son intention, que rapproché deux preuves de sa pBopie ignoraiiee.

aussi, sans doute, une légende, U voudrait nous Mrt croire que les historiens de Jésus ont pu donner ces mensonges comme autant de Mts, et les raconter sans rencontra de contradicteurs, en présence des témoins oeulaires qui auraient pu si facilement les démentir, n a admis que les Évangiles, tels que nous les avons, ont été rédigés dans lo (courant du itromier siècle de l'ère chrétienne, c'est-à-dire : cjuc i)Ou d'iiiinocs séparaient les événements des récits; et, sans réfléchir à toutes les conséquences d'un tel aveu, il prétend que les événements sont faux, sans pouvoir donner une seule preuve à l'appui de son affirmation^ et sans pouvoir citer une seule contradiction de la part de ceux qui avaient tant d'intérêt à les nier. L'arrivée des mages d'Orient à Jérusalem; le massacre des enfants de Bethléem et des environs, sont des &its publics, palpables, dont tout le monde devait avoir conservé le souvenir. Les évangélistes ont écrit , à une «'[ioque où vivaient encore un grand nombre de gens qui avaient dû en conser\er le souvenir, et qui auraient opposé leurs dénégations à ces récits s'ils avaient été faux.

Il n'est venu à la pensée d'aucun de ces témoins de contredire les Évangiles, et M. E. Renan, après dixhuit siècles, et de sa propre autorité, les trouve si légendaires quil ne daigne même pas les mentionner, .

Que prouve une telle manière d'agir? que M. E. Renan est un homme àpréjugés. Il ne faudrait pas penser que le préjugé soit l'apanage nécessaire du croyant. Le libre penseur n'a pas, il est vrai, de préjugés en fa^ veiîT de Jésus, de sa vie et de sa doctrine; mais il peut en avoir contiM'. Ur, tel est le cas de M. K. Ucnan qui a composé àprio?'i son système touchant la vie de Jésus et qui, en conséquence, passe sous silence ou dénature

les ùia qui ne peuvent se plier aux exigences de ses

préjugés.

En aljordaiit, à la iin de son quatrième chapitre, la mission publique de Jésus, il a donné à tout homme consciencieux et instruit la mesure de son impartialité. Il fait de cette mission une carrière vagabonde. (Page 62.) La nature ravissante de la Galilée wiprimaU à tous les rêves de cette contrée un tour idyllique et charmant. (Page 64.) Jésus participa aux in8[»ratioDS de cette belle nature dans laquelle on rencontre des on»» mam^ p^its, h la vérité, mais ePune douceur extrême^ « des tourterelles sveltes et vives, des merles bleus û légers qu'ils posent sur une herbe sans la faire plier, des alouettes huppées qui viennent {presque se mettre sous les pieds du voyageur, de petites tortues de ruisseaux, dont l'œil est \if et doux, des cigognes à î'air pudique et grave, di poiiillcnl toute timidité, se laissent approcher de trt)s-près par l'homme et semblent l'appeler. » (Page (15.)

Que font à la question de la mission de Jésus les tortues à l'œil doux, les cigognes à Tair pudique et les merles bleus? Tout le monde sait que M. Renan a été payé par le gouvernement français pour aller se promener en Syrie. Qu'il ait vu dans la Galilée ce qu'il raconte^ nous le voulons bien; qu'il y ait admiré les trois règnes de la nature, nous n'avons rijen à redire à cela, mais, encore ui^e fois, à quoi bon ces descriptions idylliques et charmantes?

Voici :

Dans un aussi joli pays, Jésus devait avoir l'Ame poétique. Les montagnes sont belles; il n'y a donc rien d étonnant que Jésus y ait éti^ mieux inspiré^ qu'il s'y soit montré transfiguré. Pour prouver qu'il y a été

fHteifx impirc, M. Renan en appollo en note K saint Matliicii et h saint Luc qui racontent seulement qu'il y allait parfois prier; pour prouver qu'il s'y est montré transfiguré^ il en appelle aux trois premiers évangélistcs qui racontent une transfiguration miraculeuse qui est une légende aux yeux de notre dèormant penseur. (P. 65.) Les évangélistes le contredisent, mais il les'cîte cependant en sa faveur. 11 est vrai que les citations se réduisent à une simple indication^ en note ; mais ceux qui croient à TinfoUlibilité, à la science, à la bonne foi de M. Renan, n'en demanderont pas davantage ; ces aimables Itenanistes ne sont pas plus difficiles en érudition qu'en logique.

Pounjuoi encore la description idyllique de la Galilée? Pour faire de Jésus un beau, un aimable rabbin, environné de femmes très-sensibles, et qui appelle ù, SCS festins des courtisanes comme Madeleine, et des richards bons vivants^ conune Zachée. « Toute Thistoire du christianisme naissant est devenue de la sorte une délicieuse pastorale» n (P. 67.) ùe la sorte, oui; c'est-à-dire à Taide des mensonges les plus impudents. Peut-on, de bonne foi, transformer Madeleine repentante, et qui avait arrosé les pieds de Jésus de ses larmes, en courtisane amie de la joie et des plaisirs ? Peut-on, de bonne foiy transformer en viveur, Zachée, autrefois usurier, qui, sur un simple mot de Jésus, donne au pauvre la moitié de ses biens? Peut-on, de ùontic foi, transformer en homme de festins et de plaisirs ce Jésus qui prêchait la pénitence, qui n'avait pas une pierre pour reposer sa tète, qui exigeait de ses disciples un renoncement complet aux plaisirs et aux richesses du monde ?

On se sentirait saisi d'indignation en lisant les pages

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mensongères et hypocrites de M. Benany si la pitié ne fiûsait taire ce sentiment d'indignation. Gomment, en effet, n'avoir pas pitié de ce rhéteur insipide qui se bat les flancs pour faire de la poésie et qui ne parvient qu'à aligner des phrases prétentieuses, aussi dénuées de poésie que do sentiment et de vérité?

A ceux qui prendraient la caricature des courses évangéliques de Jésus, telle que M. Ilenau a osé la publier, pour un tableau réel, nous dirons simplement : Ouvrez rÉvanf;ile où vous voudrez ; lisez la page que vous voudrez, et nous vous défions de n'y pas trouver le démenti le plus formel adressé aux idées de ce romancier. Si donc vous voulez accepter son système, niez les Évangiles; affirmez que Jésus eut un tout autre caractère que celui qu'ils lui donnent; prouvez que sa doctrine fut opposée à celle qu'ils nous offrent comme de lui ; fiiites une Vie ée Jésus sans documents historiques, sans autres renseignements que ceux que votre imagination vous fournira. Puis, dites que telle est votre méthode historiijiic. Ou vous jugera alors en connaissance de cause ; on saura (jue vous avez fait un roman; prendra qui voudra ce roman [Mjur une histoire. Mais, monsieur Renan, si vous prétendez faire une hisUjire d'après les Evangiles, et si, en même temps, vos récits sont la contre-partie des Évangiles, vous n'êtes qu'un imposteur et un hypocrite.

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