‹ E. Renan devant la science, ou réfutation de la prétendue Vie de JésusChapitre 8 sur 25 · SIC · texte numérisé non relu

SIC

êtes fils, Dieu envoya dans vos cœurs VEspi^it fie son Fi/s, criant : Abba! Pùre ! tu n'es donc plus esclave, mais fils ; si tu es fils, tu es héritier par Dieu. »

Nous avons relu non-seulement ces versets, mais, pour la eeatième ibis peut-être, Tépître aux Galates, el nous avons vu que saint Paul y développe cette idée : que le Juif était esclave de la loiy car cette bi lui avait été donnée comme un joug qu'il devait porter jusqu'au moment où sa mission providentielle cesserait. Quelle était cette mission? Celle de conserver intacte la foi dans le Messie à venir. Cette mission était glorieuse; mais le Juif eût suivi le courant de Thumanité et lût tombé dans l'idulAtrie, si la loi, comme un joug de fer, ne l'eût tenu dans son isolrnient et courbé sous des observances qui, toutes, avaient /voî/r raison le sou\enir du Messie. Celui qui devait être envoyé éimi venu, les observances légales n'avaient plus de raison d'être, et le Juif, comme tout autre, était appelé à être fils, adoptif de Dieu, dans la personne de son vrai Fils^ revêtu de l'humanité pour parler aux hommes un langage humain, et appeler tous les peuples à la vérité en leur communiquant V Esprit de Dieu.

Telle est la doctrine de saint Paul. Il est impossible que M. E. Renan ne Fait pas comprise. Pender autrement, ce serait lui supposer trop peu d'intelligence. Pourquoi donc cite-t-il, comme de saint Paul, un mot isolé, en le détournant de son véritable sens? Pourquoi transforme-t-il en souffle léger le mot Esprit du Fils dont l'apôtre se sert, sans laisser la moindre obscurité sur le sens qu'il lui donne? Ne répondons pas à ces pourquoi; il faudrait dire à M. E. Renan des cbcses trop dures. Nous nous contenterons d'affirmer qu'il a parodié saint Paul en le dtant, et tous ceux qui

TOodront lire le texte auquel il il rentoyé seront de notre avis.

Si notre élégant académidea eût lu sérieusement la sainte Écriture, il eût mieux compris la mission du peuple juif) et, par conséquent, le caractère de oelle de Jésus, n eût observé que le peuple d'Israël n*avait que la misfiion transitoire de conserver dans le monide la foi dans le Messie; que c'est pour cela qu'il était regardé par Dieu comme S(Ui peuple élu^ privilégié ; il eût observé que tout Juif savait parfaitement que Dieu n'était pas à tout jamais exclusivement son Dieu, et qu'un jour viendrait où toutes les nations du monde seraient appelées à la lumière. Le juif actuel le croit encore; seulement, il attend toujours Celui qui doit apporter cette lumière, tandis que le chrétien croit que VEnvoyé de Dieu qui devait rapporter est Jésus. Le Juif ne faisait donc pas de Dieu un detpote pardal pd wmi ehom IsrM. pour ton peuple d*une manière al>aolue, mais le Pire de rkumamté qui anrait dioin Israël, d*une manière particulière, pour oonserver le souvenir de Gtitm qui devait un jour ramenèr tous les peuples à la vraie connaissance de Dieu.

Cette doctrine éclate à toutes les pages de l'Ancien comme du Nouveau Testament ; c'est pourquoi nous avons peine à comprendre comment M. E. Renan ne l'a pas aperçue. Est-ce faute de pénétration? est-ce faute de bonne foi? Nous l'ignorons; mais le fait est qu'il ne l'a pas aperçue, et qu'il a donné ainsi la preuve qu'il n'a pas trouvé le premier mot de la doctrine biblique.

En prodomant ia peaemiié tmwerseUe de Dieu, Jésns n*afaitqu*aecomplir lamissioD indiquée d'avance dans lestlivre» saerés des Juifs^ appelés vulgairement

Ancien Teslanient. Il ne se sépara pas, sous ce rapport , de la doctrine d'Israël, quoi qu'en dise notre antagoniste (p. 78) ; et, quoi qu'il en dise encore, la doctrine de Jésus sur Dieu, Père de l'humanité, n'exdut pas l'idée de Dieu Midfre de cette même bi|w manîtë,

« Le Gaulonitei dîtF41, soutenait qu'il fout mcNirir plut(ii que de donner à un autre qu'à Dieu le nom de Meâên; Jésus hisse es nom à qui vwi le preisdre^ et réserve pour Dieu un titre plus doux. » (P. 78.)

Si M. £. Renan f^X la enee aiimti&n ces Logia de Mathieu, qu'il apprécie tant, il y eût remarqué ce passage : « Ne vous faites point appeler Hahbi, car vous n'avez qu'îm Maître et vous êtes tous frères. Ne donnez à personne le nom de Père sur la terre, car vous n'avez qu't/n Père qui est dans les cieux. Ne vous faites pas appeler maîtres^ car votre unique Meâtre est le Christ, n (Math., zzm , 8 et suiv.) Jésus n'a donc pas laissé le nom de meâtre à qui voulait le prendre, il se Test réservé à lui-même et à Dieu le Fère^^Hml^ quel il s^ideniifiaity quant à sa divinité. Tdle feX la raison pour laquelle il ne parle qu'avee un re^pedpkin ^vrook (jlàid.) des hommes qui font de rmUorité une domàuUiùn sur les autres hommes^ tandis qu'ils ne devraient la considérer que comme une délégation de l'autorité juste , paternelle de Dieu, pour le bien général.

M. E. Renan n'a donc exposé la doctrine de Jésus ni sur l'essence divine ni sur les rapports de Dieu avec l'humanité. Les idées creuses qu'il jette, comme en passant, à ses fidèles^ laissent un vague indéfinissable qui n'est pas l'impression que donne la lecture de l'Évai^e. Pans ce livre divin, Dieu apparaît à toutes

les pagw comme un êire vrai^ personnel, ayant boh exktmee propre; Créateur, Pire et Mtdtre de tfuit ^ qui existe; il aime lea hommei, mais il lemrpns»it des dcToirs; il promet récompense à ceux qui les ae» compliront; il menace de punitions terribles ceux qui y seront infidèles. Tel est le Dieu que nous révèle Jésus à toutes les pages des Évangiles. M. E. Renan le sait bien, et nous n'hésitons pas à dire qu'il n'a attribué à Jésus une autre doctrine que pour abriter sous ce nom adorable les vagues hypothèses de son propre esprit.

11 n'a pas mieux exposé la doctrine de Jésus sur le ragOÊane dê Dieu{i). Cette expression aurait eu^sdoa notre exégète, deux significaticms distinctes : la première^ toute spirituelle, au début de la prédication de Jésus, « aux premiers jours, jours chastes et sans mé* lange où la voix de son Père retentissait en son sein avec un timbre plus pur; » la seconde, temporelle, un peu avant la mort de Jésus. Si la voix de l'Évangile eût retenti dans le sein de M. Ë. Renan avec un timbre plus

(i) M. E. Renan (p. 78, note 3) fait remarquer qae saint Jean ne s'est serTi qu'une fois de ce mot et il en coaclnt qu'il n'a pas présenté laforole vraie de Jésus. D'abord, saint Jean s'eirt eervip^ttô (^une fois de cette ezpressioo; ensuite^les discours rapportés par saint Jean ne roulent pas sur les mômes sujets que ceaz des premiers évangélistes. il ae pouvait donc se servir des mêmes expressions. Quant k la doctrine en ellemême, elle est, dans les discours rapportés par saint Jean, identique à celle qui est exposée par les autres évangélistes. M. Renan a donc trompé ses lecteurs en affirmant que saint Jean n'a parlé qu'une fois du royaume de Dieu, et en déduisant» de 06 (Ut faux, qu'il n'a pas rendu la mie doctrine de Jésus,

pur, il n'eût pas fait cette distinctioa qui prouve, tout simplement, qu'il n'a pas compris cette expression de royaume dê DUu sur laquelle il a voulu disserter. Cette expression a plusieurs sens dans l'Évangile; Elle signifie parfois règne de Dieu, et non pas royaume. C'est ainsi que, dans l'oraison dominicale, dont nous parlerons bientôt, il est dit : (^tia ton règne arrint ! M. E. Renan lui-même (p. 87) traduit ainsi. D'autres fois, cette expression signifie /ec/irisfiartijim^', dont les fidèles reconnaissent Dieu pour roi, et forment ainsi le royaume de Dieu ; en ce sens, le royaume de Dieu, ou la société des fidèles, est opposée au royaume de Satan, ou à la société des méchants (Math., vi, 33 ; vni, 12; xui, 24 etsuiv.) ; royawnedt! IHeu signifie encore leciel, dont le royaume deiDieu sur la terre est l'image, eioti l'on ne pourra parvenir qu'en se faisant violence pour dompter le vice. (Math., v, 19; vm, 11; xi, 12; xvm^ 3; xu, 14, 23 et pose,)

M. Renan n'a pas voulu apercevoir ces sens divers, soit propres, soit métaphoriques d'un même mot ; il n'est donc pas étonnant qu'il n'ait pas saisi la doctrine dont ce mot était l'expression. Il ne lui accorde, en conséquence, qu'un sens vague; et, plus il est vague, plus il s'extasie à la voix du jeun^^ charpentier qui aurait plané alors dans «s nuages. Notre délicieux académicien aime le vaporeux. Il transforme Jésus en prédicateur qui se sert d'un mot dénué de sens ; il lui prùte pour cela, pendant une annie, un charme infini ; il lui attribue même une raviseantê figure^ et se fâche, en note, contre la tradition qui veut que Jésus ait été laid, jMHir réalieer un trait messianique. Enfin, tout allait pour le mieux pendant la premièm année de la prédica-

tion de Jésus, alors qu^il n^afMiit poê intore d$ dùeipUi, Ceux qui ont lu les premières pages de rÉvaâgîIe savent que Jésus choisit ifi apùirêt et ses principaux disciples au début de sa prédication ; ceux qui ont lu

l Évanf^ile en entier savent que la doctrine de Jésus fut cunstiuninent la même touchant le royaume de Dieu coiTinm sur tout autre point ; ceux qui connaissent riiistoire <le TKglise chrétienne savent qu'il n'y eut pas plus de Iradiiion sur la laideur de Jésus que sur sa beauté ; que quelques anciens écrivains ont eu, à ce sujet, des opinions différentes ; mais M. Ë. Renan ne tient compte ni de l'Évangile ni des premiers monuments de rhistoire du christianisme. Il se fait un système, et, pour tromper les ignorants, en appelle çè et là, en note, à des textes qui n'ont pas le sens qu'il leur attribue.

Il suit é^lement ce système dans ses appréciations sur la doctrine morale de Jésus.

Ce que M. E. Renan a dit des premiers aphorismes do Jésus sur la morale prouve trois choses : la première, que notre célèbre philosophe ignore les bases mômes de la nature humaine j la seconde, qu'il a assez peu compris l'Évangile pour confondre les conseils avec les préceptes; la troisième, qu'il est si peu familier avec le style évangélique qu'il a pris dans un sens propre des propositions exprimées d'une manière mé^ taphorique.

Grftce à ces trois défauts de compréhension, le nouvel ennemi de Jésus a donné l'idée la plus fausse des

principes de la morale évangélique. Nous allons le prouver.

D'abord M. E. Renan reproche à Jésus d'avoir enseigné une morale trop parfaite : a Le paranUSf dit-il,

M IfwiQMrItf lur ils (1), si tes idées du jeune mattre n'eussent dépassé de beaucoup ce tdoeau de médiocre bonté ml delà duquel on n'a pu jusqu'ici élever Vefipêce humaine. » (P. 84.) Mais, profond philosophe, vous n'avez donc (listinp:uo dans Vesppce humaine que des individualités parfaitement identi(|ues, quant aux qualités morales et intellectuelles? On n'a jamais pu faire de Vespèce humawp une collection d'êtres, dignes de s'asseoir à l'Acadéioie des Inscriptions et Belles-Lettres, par exemple, entre M. Renan et M. littré; £aut-il en conclure que de tels n'existent pas dans Vespèce humaine? Cette intéressante catégorie d'animaux perfectionnés amême possédé des individualités plus puissantes encore : Platon, Arîstote^ saint Augustin, Descartes, Bossuet, avaient, croyonsnous, dépassé « le niveau de médiocre intelligence au delà duquel on n'a pu jusqu'ici élever Vespère hu- 'maine, n et cela, par la seule énerg-ie de leurs facultés naturelles. Avec un peu d'attention , notre antago-niste eût distingué des individualités morales aussi élevées au-dessus des autres individus de Vespèce humoine, sous le rapport de la vertu, que les hommes cités plus haut l'ont été, sous le rapport de l'intelligence. Le christianisme possède tant de ces hommes qu'il est inutile d'en mentionner quelques-uns en particulier. L'élise appeUe ces hommes^à des saints ^ et ils méritent ce titre.

Jésus a voulu développer, dans l'humanité, ce germe de perfection qui s'y trouve, gr&ce à Dieu. Seulement,

(I) Que signilltiit de telles expiessions dans la bouche de M. E. Renan qui ne croit pas aux récompenses futures pour la vertu I pour lequel U fimiis est une chimiraî

il savait que rhumânité eniSinre n'avait pas un tmih tère identique. Voilà pourquoi fl a donné des précepICB capables de conduire la masse de Thumanité à une vie morale relativement parfaite, et de» eomeik pour servir de moyen à ceux qui, sous l'influence de la grâce divine, voudraient s'élever plus haut, dans les régions sublimes d'une perfection exceptionnelle.

M. E. Renan n'a pas eu assez de largeur d'esprit pour comprendre ainsi Thumanité ; c'est pourquoi il n'a pas saisi la raison des conseils évangéliques, et il les a confondus avec les préceptes. Il n'a pas vu que si Vespèee kumame n'avait pas été meilleure jitisqu'à l'époque où parut Jésus, ee n'était pas une raison de ne pas cherdier à la perfectionner davantage et à la pousser en avant par Texemple de héroê de vertu. Pourquoi le paradis n'aurait-il pu être transporté sur la terre qu'à la condition d'une morale moins parfaite?M. E. Renan, qui le prétend, aurait dû expliquer son aphorisme qui nous paraît, à nous, dénué de sens commun. Notre antagoniste partage en deux parties les aphorismes de Jésus : ceux qu 'il emprunta aux docteurs qui l'avaient précédé et qui ne dépassent pas le niveau de cette bonté médiocre qui serait l'apanage de Vespke humaine. Geux-là sont bons Les autres, qui appar-

(1) M. K. Kenan ne veut pas que les talmudistes aient pui86

dans l'Évangile. Pourquoi? Varcc qu'vn mur de séparation exit" tait entre tEglise et la synagogue. La preuve est superbe 1 Hais ai ee mur existait pour la synagogue, n'existait-il pas aussi 9ùut rÉgliseT Alon pourquoi l'Évangile aurait-il puisé plutôt dans les écrits de la synagogue, que cette dernière dans l'Évangile? Un fait cenain, c'est qu'il y eut, dans les premiers siècles, des juifs demi-chrétiens^ ou des chrétiens judaïsants. Oui d dit à M. Henan que le Talmud n'en compta pas plusieurs

tiennent particulièrement à Jésus; dans ceux-là^ il al-lait aux excès, (P. 82.) Dé là^ il fiiudrait, ce semble, Gondure que rÉvangile aurait été^n s'il n'eût pas appelé lliumamté à une 'vertu supérieure; que Jésus aurait sainwent enseigné , s'il se fftt contenté de copier ses devanciers. C'est là au fond la pensée de M. E. Uenan. Alors que signifient les fados éloges qu'il adresse çà et là àla doctrine de Jésus et à sa personne? Il valait mieux dire tout simplement que sa doctrine n'a rien révélé d'utile à 1 humanité, et que Jésus n'était qu'un rêveur qui voulait faire des hommes autant d'êtres excentriques. Pourquoi M. E. Renan ne l'a-t-il pas dit clairement, puisqu'il le pense? Nous disons, nous, trèsexplicitement ce que nous pensons ; c'est pourquoi nous donnerons à notre académicien une leçon de catéchisme que l'ex-élève de Saint-Sulpice semble avoir trop oubliée ; nous lui apprendrons que, dans rË\angile, on rencontre les grands principes que Dieu a déposés dans la conscience humaine comme la base de la \ie morale de l'homme, et que, pour cela, on rencontre chez tous les iieiiples, quelsqu'aient été d'ailleurs leurs erreurs et leurs préjugés. Sous ce rapport, l'Évangile contientdes maximes analogues à celles que l'on trouve, non-seulement dans les écrivains juifs, mais dans les philosophes païens, dans Platon et Confucius, aussi bien que dans Hill^ ou Antigonè de Soco. Mais ce que l'on trouve de plus dans l'Évangile^ c'est la compréhension plus élevée de ces principes de morale univer-

parmi ses compilateurs? Si ces compilateurs ont compté dans leurs rangs des juifs christMnùantSf ou des chrétiens jurf«fsaâtSf est-U étonnant que certaines ma^ximes évangéliques soient jpassées dans le Talmud?

selle, et leur extension aux hommes d*élitç, appelés par Dieu à une vertu plus sublime.

M. E. Renan n'a aperçu que les rapports qui existent entre les principes généraux de la morale évangélique et ceux de la morale universelle, et il en conclut que Jésus a oopié ses devanciers. Jésus n'aurait eu besoin^ sous ce rapport» que de copier sa propre conscience^ quand même il n'eût été qu'un sioapljp hùnnètê hcmme; et il se fût trouvé d'aocord avec tous les moralistes honnèiei* Les hommes v^tueux se oomprennent et s'entendent sans avoir besoin de se copier. Il faut donc avouer que M. E. Renan n'a pas Mt preuve de génie en inventant son Jésus eapis^, et qu'il a donné une très-pauvre idée de son intelligence en n'apercevant môme pas la relation qui existe entre les conseils évangéliques et la partie exceptionnelle de l'humanité.

Les idées, si simples en elles-mêmes, que nous ve^ nons d'exposer, l'auraient dispensé défaire tant d'érudition à propos de quelques maximes évangéliques. .11 s'est évertué à trouver entre éiles et les écrits de TAnden Testament et du TaUnud quelques rapports. Pourquoi tant d*effi>rts? Qui donc nie que la morale évangélique ne soit que l'expression plus vive et plus élevée delà morale tiniverseUe? Qui donc nie que l'Evangile ne soit que la perfection de la loi judaïque et non pas s(jii abolition ? Nous l'avouons : en parcourant les nombreuses notes que M. E. Renan accumule pour établir des rapportsentre rÉvangile,rAncienTcstament et le ïalmud, nous avons haussé les épaules de pitié. C'es( tout ce que mérite r.éj:udition facile de notre académicien.

Mais, si la morale évangélique était troméf^ep^

11* PABTIB.

^ft^lSen^, oomme il l'affinne (p. 84) , comment rendre compte de l'influence qu'exerça la prédication "évangélique sur le monde? C'est que, dît-il, Jésus « y mettait un accent plein d'onction, qui rendait

nouveaux des aphorismes trouvés depuis longtemps. » [Ibid.) Ainsi, Jésus copia les aphorismes de ses prédécesseurs en morale ; il adopta môme la forme de ces aphorismes (p. 81), et, quoique ces aphorismes fussent les mêmes ^pour le fond comme pour ia forme, que ceux des Hillel et des Antigone de Soco, il parvint à produire dans le monde le plus grand ébranlement qu'il ait jamais éprouvé^ même de l'aveu de notre acad^ micien. Il explique c^ par un mot : accent plein dondùm. Mais c'était là une qualité personnelle^ et prédsément Jésus ne groupa personneUement qu'un petit nombre de disciples autour de lui. Le monde ne se convertit à l'Évangile que quand Yaccent plein (fonction de Jésus ne pouvait plus être entendu. Nous autres chrétiens, nous avons une autre manière d'expliquer ce grand événement qui remua l'humanité. C'est l'Esprit de Dieu, envoyé par Jésus, qui se fit •sentir aux Âmes, qui éclaira les esprits, et qui créa ce monde nouveau que Ton appelle P Église chrétienne. Si ce monde nouveau ne s'est pas encore étendu sur la terre entière, c'est que le vice et l'erreur lui font une oppontbn d'autant plus redoutable qu'Os ont plus d'influence sur le cœur et sur l'esprit des hommes, déchus de leur état primitif. Le vice et l'erreur ont souvent eu pour appui des hommes qui étaient fidts pour les combattre. C'est ainsi que M. E. Renan et tant d'autres, retardent l'avènement du règne de Dieu par leurs sophismes. Mais un jour viendra où ce règm de Dieu sera établi dans le monde régénéré*

Jésus l'a prédit et nous avons foi en sa parole. Il a prédit les obstacles que rencontrerait son Évangile, et ses ennemis réalisent chaque jour ses prophéties ; mais il a prédit aussi le triomphe définitif du bien sur le mal ; et les chrétiens vivent de cette espérance, qui sera réalisée. L'humanité entière sentira alors rinfluence de l'Ësprit de Dieu. C'est cet esprit qui a déjà pénétré une partie de l'humanité, et c'est par là qu'il faut expliquer l'influence de l'Évan^e sur le inonde. Par luî^ ce que M. E. Renan appelle Vaceml pkm à^ùnetUm de Jésus a continué d'exercer une influence salutaire sur les Ames, et les a pénétrées de cette grâce intime qui leur dévoile la pauvreté des arguties que l'homme, rempli de lui-même^ oppose au Verbe de Dieu.

M. E. Renan n'a donc rien compris à la morale évangélique. On ne doit pas s'en étonner. Notre gracieux académicien se croit le descendant d'wn animal et héritier, par conséquent, de la môme nature. Or, nous lisons en saint Paul que : « L'homme animal ne ' perçoit point les choses qui viennent de l'Esprit de Dieu. » (Epist. I ad Corinth,, u, 14.) Nous qui avons la prétention de descendre d'tm homme, créé homme par Dieu lui-même, nous avons celle d'appartenir à cette humanité spirituelle dont parle le même saint Paul, et de comprendre ce que Jésus a dît pour les hommes qui ne se glorifieraient pas de l'animalité. M. E. Renan ne peut se plaindre de ce que nous le traitions impoliment; nous partons de son propre principe.

A-t-il compris ce que Jésus a enseigné sur la religion en général?

On va en juger.

« Un culte puTi dit-il, une religion sans prêtres et sansj^tiques extérieures, reposant toute mr les sentiments du cœur, sur limitation de Dieu, sur k rapport immédiat de la oonsdenoe avec le Père céleste» (p. 85-

86), telle fut, selon M. E. Renan, la religion de Jésus. Quelles preuves en donne-t-il? Des textes dans lesquels Jésus bl»^me ceux qui se croyaient justifiés par des pratiques purement extérieures; condamne l'hypocrisie et les longues prières récitées seulement de bouche. (P. 86, 87.)

De bonne foi, sont-ce là des preuves? Jésus, en condamnant le culte faux^ a-t-il nécessairement condamné tout culte extérieur, toute expression vraie du sentiment intérieur? A-tp-il rêvé une religion qui ne serait que k rtgjtport immédiat de la conscience avec un Dieu purement théorique, n'ayant de réel que le mot à Taide duquel on veut reaqprimer, quoiqu'il n'existe pas, puisqu'il n'est pas distinct, comme TafOrme notre philosophe, des êtres qui ne sont pas lui? Que M. E. Renan garde pour lui d'aussi belles théories. Jésus ne les a point enseignées, et les chrétiens ses disciples ne tiennent pas du tout à les lui attribuer. On ne pourrait le faire , du reste, qu'en niant l'Évangile. Or, l'Évangile une fois nié, où puiser des renseignements sur la vie et la doctrine de Jésus? M. Renan ne nie pas l'Évangile, mais il en prend çà et là quelques mots; il les explique à sa mani&'e, et garde le silence sur le reste.

Nous avons, nous, une autre méthode. Nous accep- .tons franchement rÉvangile, et, pour en comprendre la doctrine, nous rapprochons les uns des autres les textes relatifs au même sujet. Nous en acquérons ainsi une idée complète, et cette idée est diamétralement opposée à celle de notre adversaire.

Jésus Tôva, selon M. Renan, une religion ions prêim* U ne trouve pas un mot pour étayer cette assertion. Nous ouvrons rfivangile et nous y lisons qu'au début de sa prédication, Jésus choisit, parmi ses disciples, douze hommes qu'il investit de pouvoirs supérieurs (Math., X, 1 et seq.; Luc, vi, 13 et seq. Qi passim)^ qu'il chargea de prêcher sa doctrine ; de remettre les péchés par la vertu du Saint-Esprit (Joann., 23); de célébrer l'Eucharistie, en mémoire de lui (Math., xxvi; Marc, xiv; Luc, xxu; Joann., xm); de baptiser les peuples au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit (Math., zzvm; Marc, xvi). Tout cela n*est-ii pas un euUe extérieur avec des ministres spéciaux qui en sont chargés, c'est^-dire des préires? Nous pourrions dter cent autres textes qui démontrent cette vérité; mais ceux qui lisent TËvaiigilé n'en ont pas besoin; et ceux qui ne veulent lire que le roman de M. Renan se refuseraient de croire à Févidence. Nous n*avons donc besoin que d'indiquer les traits principaux qui constituent, d'après l'Évangile, le caractère du sacerdoce et du culte chrétiens, pour faire apprécier cette assertion : que Jésus prêcha une religion sans prêtres et satispratiques extérieures. Jésus, affîrme encore notre antago* niste, « n* affectait nul signe extérieur d'ascétismey se contentant de prier ou plutôt de méditer sur les montagnes ou dans les lieux solitaires, où Un^ours t homme a cherché Dieu. » Nous ouvrons TÉvangile et nous y lisons : Que Jésus Jeùna^ dans une dreonstance solennelle, quarante jours et quarante nuits (Math., iv, 2); qu'il recommandait à ses disciples de ne pas affecter, lorsqu'ils jeûnaient, de se donner en spectacle (Mat. , vi, 16 et seq.); qu'il leur recommandait le jeûne et la prière comme le moyen de résister au mal. Jésus n'af"

{êctait pas l'ascétisme, comme le dit fort bien M. Repan; il condamnait m6me V affectation; mais U le pra^ tiquaU, et obligeait ses disciples à le pratiquer, sans toutefds s'astreindre aux pratiques pharisalques. Ces pratiques formaient %me iradUkn en dehors de la religion ; Jésus condammdt cette tradition humaine^ mais consacrait la tradition dkme.

On a remarque cette idée de notre antagoniste : que c'est dans les montagnes et les lieux solitaires que llioinme a toujours cherché Dieu. Que signifient de telles expressions? S'il disait simplement que, dans la solitude, l'homme est plus disposé aux pensées sérieuses, nous le comprendrions; mais chercher Dion! H Il faut le chercher partout où il se manifeste : dans la nature, dont tous les êtres attestent son intelligence et sa sagesse; dans notre âme, à laquelle il parle par TinteUigence et l'amour du bien qu'U lui a données; dans l'JÉYangile surtout, oti il a parlé un langage humain jour se fidre comprendre j^us dairement. Les montagnes et les lieux solitaires chantent, à leur manière, Jm merveilles du Tout-Puissant; mds le reste de la nature a une voix non moins éloquente.

Après avoir jeté ainsi quelques fausses théories en pAture aux esprits légers, M. E. Renan a osé en appeler, pour les appuyer, à la prière sublime que Jésus nous a enseignée, et qui est connue sous le nom d'Oraison Dominicale^ Cette prière, à elle seule, confond tous ses systèmes.

Nous n'aurons aucune peine à le démontrer.

Notre académicien a jugé à propos de traduire cette prière. Il a bien fait; car nous avons plus d'une raison de croire qu'un grand nombre de ses admirateurs l'ont oubliée depuis longtemps. Nous regrettons seule-

ment i|tt*tl ne Tait pas a60ompagiié^d*un commentairê

afin d'en faire ressortir la doctrine qui y est contenue. Nous allons suppléer à cette lacune»

D'abord, pourquoi Jésus a-t-il appris une prière h. ses disciples? L'idée de prière suppose celle d'un Être supérieur duquel on relève, qui exerce sur l'homme et sur le monde une influence directe, duquel on peut Mevoir, et qui peut accorder ce qu'on lui demande. JHeu, fldon Jésus, a donc une existence pmonneUe; c'est un 6tre avec lequel nous pouvons avdr des ports ; qui nous entend, qui veut .que nous implorions sa puissance. Gomment M. E. Renan nVi-il pas compris que ridée seule de la prière est la réfutation de ces théories nuageuses et panthéistiques qu'il a attrîfbuées à Jésus ?

Les premiers mots de la prière du Seigneur renferment les plus hautes vérités religieuses et sociales : « Notre Père I » Jésus n'a pas voulu que chacun de ses disciples s'isolât dans son individualité en s'adrossant à Dieu. Il ne lui a pas dit de l'invoquer par les mots : i(Mon PëreiD mais par ceux-d : Noire Pèrel » pour lui faire comprendre que Thumanîté entière est une famiUe; que tous les hommes quels qu'ils soient, grands ou petits, bons ou mauvais, ignorants ou savants, riches ou pauvres, sont tous frè^. La variété des dons natu- . rds ne forme pas dans la &mille humaine de distinctions essentielles. Donc, si elle est nécessaire pour l'existence môme des relations entre les hommes, il doit en résulter une harmonie divine qui sera la glorification du nom de Dieu, l'avènement de son règne. Ces deux vérités sont exprimées par ces paroles de la prière : m Que ton nom soit santifié ! que ton règne arrive î » . L'avénement du règne de Dieu dans le monde, tel est

le but de touteh doetrine de Jésus. Deux prindpes se disputent Tempire du inonde : le 6îm, qui a sa raison dans l'Être étemd nécessaire et parfait, en Dieu; le

mal, qui, en soi, est la négation du bien, et, en pratique, l'acte contraire à la volonté de Dieu. Le mal n'est pas un principe étemel, dans la doctrine de Jésus, mais un principe accîdcnicl résultant de l'abus de la liberté, laculté précieuse, excellente en elle-même, et que Dieu a mise dans l'homme comme le signe de sa noblesse, de sa supériorité sur les autres êtres qui composent la nature, et qui, tous, sont soumis à des règles inflexi* bles et fatales. L*bomme se soumet librement à la volonté de Dieu ; mais son bonbeur ne peut résulter que de Taccomplissement de cette volonté qui est le bien essentiel. Voilà pourquoi Jésus nous fait dire dans la prière : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel! » Lorsque rhumanité se soumettra à cette volonté, le bien régnera ; le règne de Dieu sera établi, et son nom sera béni et sanctifié.

Ainsi, monsieur Ë. Renan, le Dieu de Jésus est un Dieu qui a une volonté propre, personnelle. Cette volonté s'accomplit maintenant en des régions supérieures que Jésus appelle ciel et où Dieu règne en souverain. Ce monde supérieur, le ciel, est le type que Jésus offre à notre monde, à l'humanité. Une telle doctrine a-t-élle le moindre rapport avec celle que vous avec attribuée à Jésus?

L'homme n'est pas seulement soumis à l'empire souverain de Dieu dans l'ordre moral, mais encore dans l'ordre physique et pour les choses les plus essentielles h son existence. Cette vérité ressort de ces paroles de la prière : « Donne-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour 1 » Si le soleil échauffe et féconde la nature;

si les saisons se succèdent, si ]a terre se couvre de fruits, c'est Dieu qui le veut; si Tordre règne dans la nature, c'est son intelligence qui y préside; si, malgré des désordres apparents, les mêmes causes produisent les mômes effets, c'est que sa volonté supérieure fait converger les causes secondes au but final que sa providence a eu en vue : telle est la doctrine qui découle de ces simples mots : « Donne-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour I »

Est^îe là, monsieur Renan, la doctrine que vous aves attribuée à Jésus?

L'homme est obligé, selon Jésus, à faire la volonté de Dieu. S'il abuse de sa liberté pour s'insurger contre elle, il offense Dieu. Or, si Dieu était identifié avec l'iuimanilé, si chaque honmie n'était ]ui-m('^me que Dieu manifesté selon des lois fatales, comme le panthéiste le soutient, concevrait-on l'idée ^'offense de la part de l'homme, l'idée de pardon de la part de Dieu? Jésus a enseigné cette double doctrine de l'offense et du jMxrdon én disant : « Pâf <£mne-nous nos offenses^ comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ! » Parolès divines qui contiennent plus d'enseignements féconds et vrais que tous les livres philosophiques. L'homme, en faisant le mal, est le débiteur de Dieu ; mais Dieu ne lui remettra sa dette qu'autant qu'il se montrera lui-même généreux à l'égard de ceux qui l'auraient lésé. S'il pardonne à ses frères qui se sont rendus coupables envers lui, Dieu lui pardonnera à luimôme; s'il ne pardonne pas, Dieu le traitera comme il aura traité les autres. De là découle la doctrine des peines pour le mal, des récompenses pour la vertu, doctrine qui éclate à toutes les pages de l'Évangile, et que Jésus n'aurait pas enseignée, d'après M. Renan.

L'hommei en ce moDde, étant pkcé eut» ImIh* fluences diverses du bien et du mal, et poaviiit abuser de sa liberté, est soumis mia? ^D'viftuf. Ces épreuves ou tentations sont continuelles. Jésus nous a appris que Dieu peut nous venir en aide pour les surmonter ; qu'il peut, par conséquent, avoir action sur notre nature morale, comme surnotre nature physique ; nous abandonner à l'influence du principe mauvais, ou nous en délivrer. Ces vérités sont exprimées par ces paroles : . « Epargne-nous les épreuves l délivre-nous du Méchant ! )) C'est M. Renan qui traduit ainsi. Nous préférons la traduction usuelle : « Ne nous laisse pas succomber à la tentation; délivre-nous duMal I » Du reste, la doctrine est la même dans les deux traductions, et cette doctrine est absolument opposée à celle que M. Renan a prêtée à Jésus. Aumot Méchant notre académicien a mis cette note : « C'est-à-dire du Démon. » Elle est juste ; car, comme ille fait remarquer dans une autre note, Jésus croyait au diable^ c'est-à-dire, à un être supérieur a l'iiomme et qui peut exercer dans le monde une influence funeste. Mais il fallait ajouter que ce démon ou diable n'a rien qui ressemble à ce principe mauvais qui, dans plusieurs théories religieuses, serait un antagoniste coéternel avec le bon principe ou Dieu. Jésus n'admet un principe étemel. Dieu, être parfait et nécessairement bon» Le principe mauvais, dans la doctrine évangélique, est personnifié dans me créature déchue, dont Taction est toujours subordonnée à la suprême et toute-puissante vobnté de Dieu.

M. E. Renan est trop esprit fort pour croire au

diable. Libre à lui. Nous y croyons, nous, parce que Jésus y a cru, et cette raison, à nos yeux, vaut mieux

toute autre, parce que 3km était Dieq. Que M. fi* Renao y eroie ou n*y croie pas, peu importe ; mais ce qui a son importance, c'est qu'il convient que Jésus y a cru. Jésus a donc admis une influence occulte du principe mauvais; la lutte de ce principe contre le bien, même dans le cœur de l'homme; l'influence directe de Dieu pour nous en délivrer. Or, cette seule doctrine détruit, par la base , les théories panthéistiques que M. Ë. Renan a attribuées à Jésus, sur Dieu et sur son action dans le monde. Notre profond philosophe ne s'en jBst pas aperçu; il a traduit l prière du Seigneur sans la comprendre, et sans voir que chaque mat de cette «ublime prière est la réfutation la {dus catégorique de toutes les fontaisies rdîgieuses qu'il voudrait fiiire passer sous le nom de Jésus. H glisse légèrement sur .cette prière, et fuît remarquer que Jésus plaçait la justice au-dessus des observances légales. Il croit ainsi dire du nouveau, tandis qu'il ne fait que répéter ce que chaque chrétien sait parfaitement. Ce qui lui appartient, c'est ce raisonnement: que « jamais on n'a été moins prêtre que ne le fut Jésus. » (P. 89. )Et pourquoi ne le fut-il pas? Parce qu'il voulait que le culte ne fût pas seulement extérieur, mais en esprit et en vérité. Une telle logique peut lui paraître merveilleuse, mais elle n'en est pas moins anti-évangélique, Jésus ne voulait pas que l'on adorât Dieu par de longues prières récitées seulement de bouche, cela est incontestable ; mais eondamnait-il le culte extérieur qui éXaiiir expression vraie du sentiment? H suffit d'ouvrir l'Évangile pour s'assurer qu'on ne peut lui attribuer une doctrine aussi fausse. Jésus était ennemi des for?nes vaines, hypocrites ; mais il savait que le sentiment religieux, comme tout autre sentiment, comme la pensée, se revêt néces-

sairement dans l'homme d*ime exprmim, et c*est

l'expressioîi vraie d'un sentiment religieux vrai qui constitue ie cw//^prôcho par Jésus. Ce culte se compose, non-seulement delà prière, expression extérieure du sentiment religieux, mais de 74tes extérieurs^ comme le baptôme et l'eucharistie, par exemple, qui mettent l'homme en rapportavec Dieu, et dont l'administration fonne le caractère essentiel du sacerdoce, La doctrine qui ressort de l'Évangile tout entier est celle-ci: ^'au moyen de la prière , des actes de reh'gion , des rites extérieurs, l'homme est identifié avec k Rédenyaêeur^ et ce Rédempteur qui met l'homme en communication avec Dieu, c'est lui Jésus, l'Homme-Dieu qui, en cette qualité d'unique intermédiaire, est le seul r/rand prêtre de riuimanité. On peut donc dire que, d'après l'Evangile, ;;(?r5o/i?2e we/i^/ /j/z/.ç ^/vVre que Jésus; que le sacerdoce de l'ancienne loi ne fut que la figure du sien, conmie celui de la loi nouvelle n'en est que la délégation, M. E. Renan, qui cite parfois les épltres de saint Paul, a dû y lire ces sublimes paroles: «Nous avons un grand prôtre qui a pénétré les cieux, Jésus, fils de Dieu... Parce qu'il demeure éternellement, il possède un éternel sacerdoce ; il peut donc toujours sauver ceux qui, ptxr lui, s'approchent de Dieu; il est, en effet, toujours vivant pour intercéder en leur &veur. D convenait en effet que nous eussions un tel prêtre, "saint, innocent, immaculé, séparé des pécheurs et plus élevé que les cieux... Tel est le prôtre que nous avons, assis à la droite du trône de la Grandeur dans les cieux, Ministre des saints, et du vrai Tabernacle que Dieu lui-môme, et non pas l'homme, a établi. » [Epist. ad Hœbr. iv, 14 ; vu, 14 et suiv.; vni, 1-2.) Personne ne fut plus prêtre que Jésus, selon saint Paul ; personne ne lût moins

prêtre que lui, selon M. E. Renan. Quel est celui des deux quia le mieux compris TEsangile de Jésus-Christ?

Notre académicien, qui aime à ressasser ses idées, revient, avant de terminer son chapitre V, sur l'opposition qui existe entre la doctrine des premiers aphorismes de Jésus et celle qu'il aurait développée depuis. Pour établir cette différence^ il a glané çà et là quelques textes sur le culte pur, vrai, intérieur, que Dieu exige de riiomme» passant sous silence ce qui^ dans ces mêmes textes, établit quf ce culte intérieur n'exclut pas le culte extérieur. Grftce h cette méthode, qui atteste chez lui peu de bonne foi, notre logicien prétend que le premier enseignement de Jésus fut compromis (p. 91) par son enseignement subséquent, qni n'eut rien de durable. (Ibid.) Toutefois, il convient que, « de nos jours, quelques âmes seulement sont capables de se prêter)) (p. 90) à ce christianisme épuré qu'il aurait aperçu dans TÉvangile. Ceci prouverait, ce nous semble, que le christianisme, qu'il regarde comme impur, aurait déjà duré assez longtemps. Nous oserons môme prédire qu'il durera plus longtemps que le Menanismef que l'on voudrait nous donner comme le christianisme pur, et qui n'est rteit, ou, si l'on veut, qui est la religion de ceui: qui n'en veulent point avoir.

Notre délicieux académicien finit son chapitre en regrettant que le plus charmant de tous les Uabbis . (p. 91) n'ait pas borné son enseignement à quelques chapitres de Mathieu et de Luc (p. 92) ; il regrette de trouver, dans l'Evangile, ces miracles qui prvleut aux objections y et des pages qui le blessent; il regrette que Jésus 7ie soit pas mort au début de sa prédication, Q aurait été alors plus grand aux yeux de Dieu ; maïs,

en revanche, // fût resté ignoré des hommes. (Ihid.) Alors, nous demandons comment il eût fait au monde ce bien que M. E. Renan n'ose pas contester. « La vérité n'eût pas été promulguée, dit-il, et le monde n*eût pas profité de l'immense supériorité morale que son Père lui avait départie. » (Ibid.) Notre antagoniste regrette donc la promulgation de la vérité dans le monde, puisqu'H déplore que Jésus ne soit pas mort ignoré des hommes^ et avant cette promulgation ? Hais, patience l après s'être affligé de ce que Jésus ait terni sa gloire, il affirme que « la palme est à celui qui a été puissant en paroles et en œuvres, qui a senti le bien, et, au prix de son san£?, l a fait triompher. Jésus, à ce double point de vue, est sans égal; sa gloire reste entière et sera toujours renouvelée. ;> (Ibid.)

Accordez, si vous pouvez, ces idées contradictoires : que Jésus a perdu sa gloire par ses miracles et un enseignement indigne de ses premiers aphorîsmes, et que cependant sa gloire reste entière; qu'il a enseigné des erreurs gui àkssent, et que» pourtant, il a prormd' gué la vérité; qu'il n'a dit la vérité qu'au commencement de sa prédication, et que, s'il fût mort alors, et s'il n'avait pas compnmiis son premier enseignement, la vérité n'eût pas été promulguée. hesRenanistcs peuvent admirer ces contradictions de leur Grand Esprit. Pour nous, nous n'y voyons que les vains efforts d'un homme qui se débat contre la vérité, et qui s'obstine à fermer les yeux à la lumière.

FIN DB LA DIUXliHB MftTlI.

Parif.— GoflMN ar coup., rm d« Pow^tat^-Gwmalo, 43,

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