‹ E?tudes d'histoire et de the?ologie positiveChapitre 100 sur 164 · PRE · texte numérisé non relu

PRE

ment sur lequel ils se fondent est un texte célèbre d'une lettre d'Augustin à l'évêque africain Boniface. Comment, demandait Boniface, peut-on dire que les enfants qu'on baptise ont la foi? Augustin répond que la raison de cette locution est que le baptême est appelé fides, et que l'usage permet de donner au signe, sans pour cela mentir, le nom de la chose signifiée.

Nonne semel immolatus est Christus in seipso, ettamen in sacramento, non solum per ommes paschae sollemnifates, sed omni die populis immolatur, nec utique mentitur qui interrogatus eum responderit immolari ?

… Si enim sacramenta quamdam similitudinem rerum “earum quarum sacramenta sunt non haberent, omnino sacramenta non essent.

Ex hac autem similitudine plerumque iam ipsarum rerum nomina accipiunt.

Sicut ergo secundum quemdam modum sacramentum corporis Christi corpus Christi est, sacramentum sanguinis Christi sanguis Christi est, ita sacramentum fidei fides est!,

Si l’on veut bien entendre ce texte, il faut se rappeler le principe posé plus haut, savoir que sacramentum est synonyme de signum, et en outre que la res est, aux yeux d'Augustin, distincte du signum, bien qu’elle y puisse être liée. On observera aussi que saint Augustin ne fait pas ici une théorie en quelque sorte ésotérique de l’eucharistie, mais qu’en passant, il tire une analogie de l’eucharistie comme d’un exemple approchant. Et voici la suite logique de la pensée d'Augustin.

Un signe n'est signe qu'en ceci qu'il fait penser à ce

Du, Epistul. XONIII, 9.

qu'il signifie, grâce à une similitude quelconque existant entre le signe et la chose signifiée. Cette similitude quelconque autorise à donner au signe le nom de la chose signifiée. Ainsi le baptême est appelé fides.: Ainsi le pain est appelé corpus Christi, le vin sanguis Christi. Mais l’eau n’est pas la foi, le pain n'est pas la chair du Christ, le vin n'est pas son, sang. Dans l’eucharistie, en effet, il y a ce qui se voit, et il y a ce qui se croit: ce qui tombe sous les sens, et ce qui est un pur objet de foi !. Si nous restons dans l’ordre du visible, le pain évoque l’idée de chair « secundunm quemdam modum », et l'on pourra dire que le pain est la chair « secundum quemdam modum ». Le lan: gage d'Augustin est, pris ainsi, d’une clarté parfaite, car il est dans l’ordre du sacramentum, c'est-à-dire du visible. Pour tirer de ce texte le symbolisme radical que l’on veut prêter à Augustin, il faudrait anéantir la distinction posée par Augustin lui-même cntre ce qui se voit et ce qui se croit, entre le signe et la res dont le signe est le véhicule.

M. Loofs, qui fait du texte que nous venons de cite la pierre angulaire de son interprétation symboliste de la pensée d’Augustin, déclare qu'il n’y a probable: ment pas dans l’ancienne littérature ecclésiastique de texte plus riche de doctrine en ce qui concerne l’eucharistie ?. Mais, répondrais-je, c’est àla condition de l’abstraire et de le déraciner de la doctrine totale d'Augustin.

4. Cf. De doctr. christ. IT, 43 : « Quae [sacramenta — le baptême et l'eucharistie] unusquisque cum percipit, quo referantur imbutu agnoscit, ut ea non carnali servitute, sed spiritali potius libertal veneretur. Ut autem litteram sequi, et signa pro rebus quae ik significantur accipere, servilis infirmitatis est, ita inutiliter signe

interpretari, male vagantis erroris est. »

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