CAT NERO ON APCE
Avec Théodoret, l'initiative théologique va tent de solutionner les problèmes non résolus par Cyrill Faudra-t-il se scandaliser, si cet essai individu n'est pas plus heureux que n’a été celui de Grégoi de Nysse, beaucoup moins heureux même ?
Depuis l'acceptation par les Alexandrins et 1 Antiochiens de la formule de conciliation de 43 l’orthodoxie a écarté l'expression cyrilline de p gÜats Toù Geo Àdyou cecapxwuévn pour l'incarnation, accepté l'expression de Théodoret ào pÜseuv Ever äoéyyuros. Au moment où éclate la controverse e tychienne, la lutte est entre le dyophysisme christ logique dont Théodoret entreprend la défense, et monophysisme du parti ultra-cyrillin!. La questic eucharistique est dans le prolongement de cet controverse en ce sens, du moins, que Théodor croit pouvoir défendre le dyophysisme christolog que, en supposant acquis un dyophysisme eucharist que. C’est l'erreur de l’Eranistes (447). à
Au moment où Théodoret écrit ce dialogue, dE est mort, ce n’est donc pas lui directement qui est vi par Théodoret, quoi qu'on ait pu penser. L’Eranis nous jette dans le feu des controverses eutychien qui vont provoquer la convocation du concile de Ch cédoine. Théodoret défend la distinction des natur! dans le Christ : la divinité est immuable, impassibl incapable de se fondre dans l'humanité. .
Rappelle-toi, dit dans le dialogue de Théodoret personnage orthodoxe à un interlocuteur monopl site, rappelle-toi ce que, à la cène, le Seigneut rompu et le nom qu'il a ensuite prononcé. — Cette!
- 4. Cf. Loors, Leitfaden, p. 169.
M … RÉALISME ET CONVERSION CHEZ LES GRECS. 279 roduction est obscure intentionnellement, car, par ‘espect pour la discipline catéchétique de l’arcane, lhéodoret s’abstient de prononcer le mot pain et le not vin. — l'interlocuteur monophysite répond, en iffet : « À cause de ceux qui ne sont pas initiés, je jarlerai mystiquement. Le Christ prit, rompit, paragea à ses disciples, et dit : Ceci est mon corps Jonné pour vous. Et ensuite : Ceci est mon sang, ielui de la nouvelle alliance, répandu pour beauoup. » Done, réplique l’orthodoxe, le Christ « ne arle pas de sa divinité, en présentant la figure de a passion ! ». Le Christ ne parle que du corps et du ang, de ce corps qui seul a été cloué sur la croix, eul est mort, seul est ressuscité. Et voilà bien, conlut-il, la preuve de la séparation des natures dans le ‘brist, l’une passible, l’autre impassible. Notez que et « orthodoxe » s'exprime là comme Nestorius.
| Mais du même coup s’esquisse une théorie de l’euharistie, théorie très réfléchie dont Théodoret, en lautres passages de l’Eranistes, exprime les traits pmplémentaires.
« Dis-moi, demande-t-il à l'interlocuteur monohysite, de quoi les symboles mystiques offerts à Dieu ar le prêtre, sont-ils les symboles? — Du corps et h sang du Seigneur, répond le monophysite. — corps réel, ou non ? — Du corps réel. — Très bien, prend Théodoret, car il est nécessaire qu’existe l’arétype de l’image. Les peintres, en effet, copient la ture et dessinent l'image de l’objet qu'ils voient. E Assurément. — Et donc, si les divins mystères int la figure du corps réel, il existe actuellement
lEBranistes, III (P. G. LXXXIN), p. 272 : OÙ toivuv Bedtntos EUVn- Mevoce, toù méBouc Toy TÜroy ÉmiderxvÜc.
si
un corps du Seigneur, et ce corps n'a pas été con verti en la nature divine, mais rempli de la gloir divine !. »
Théodoret place dans le ciel le corps historique ressuscité, glorieux, du Sauveur, et il appelle c corps historique et actuellement existant, l’archétyp dont les divins mystères, c’est à savoir l’eucharistie sont les figures ou évriruxæ. Le mot oüu6ohov se défini ici par son synonyme qui, pour Théodoret, est 1 motimage (eixwv) aussi bien quele mot figure (&vriruræ Mais si Théodoret insiste tant sur l'existence du corp historique dans le ciel, par opposition aux évriur eucharistiques, c’est pour mieux marquer la natur purement humaine du corps glorieux actuellemen existant dans le ciel : ce corps n’est pas converti @ la nature divine, les deux natures, même dans Î gloire, demeurent séparées et inconfusibles. La dia lectique du dialogue veut que Théodoret fasse affir mer par son adversaire monophysite ou prétend tel que cette séparation n'existe pas et que l’humanit est convertie en la divinité : si l'adversaire affirm cette absurdité, Théodoret pourra se flatter d’avoi poussé le monophysisme à l’absurde comme à conséquence logique. Voici comment il fait raisonn son interlocuteur monophysite :
Tu as eu raison, répond-il, de parler des”"divi mystères, car grâce à eux je te montrerai comme dans le ciel le corps du Seigneur est conve
1. Eranisles, Il, p.165 : Tà uotixù oUuu60)& rap Tv lepwoLévwy Ge roocpepoueva, tivwv Éoti oüu60o)x; Toù decrotixod coHuatoh xai œiuaroc. Toù üvrwc süpaTos oùx ôvru ; Toù ovrus. "AG xeù ya eivor To Ts eixôvos &pyéturov. Et voivuy toù ovrws coul &vritura Éctr Tà ÜElx Luotnpia... xTÀ.
en une autre nature (roù cumaros Thv els Étépav œuotv sera6onv). « Comment le don qui est offert est-il appelé avant l’épiclèse sacerdotale ? — Je ne dois pas le dire clairement, à cause des non-initiés qui sont peuttre ici. — Réponds donc énigmatiquement. — L’ali-
ment fait de tels grains. — Et l’autre symbole, comment le nommons-nous ? — Le nom est usuel et sugsère l’idée de breuvage. — Mais après la sanctifi-
cation, comment appelles-tu cela? — Corps du Christ À sang du Christ. — Et tu as foi que tu communies Au corps du Christ et à son sang? — J'ai cette foi. — Eh bien, comme les symboles du corps et du sang lu Seigneur sont une chose avant l’épiclèse sacerdoale, et après l’épiclèse sont convertis et deviennent ne autre chose, ainsi le corps du Seigneur après Ascension a été converti en la substance divine !. »
L'argument du prétendu monophysite ne nous intéesse pas par sa conclusion, qui est d’ailleurs d’une édiocre rigueur, mais par le terme de comparaison ont il croit la déduire. Il affirme, en effet, que le pain tle vin sont, avant l'épiclèse, ce qu'ils sont. Sitôt épiclèse prononcée, le pain et le vin deviennent lütres : perd dë rhv émixAnotv meraédaherar xai Étepa yiverar. insi en est-il du corps du Christ, après l’Ascension : Grnv oùolav mete6]M0n Tv Oeiav. Dans les deux cas, il a pera6olñ, ce qui est devenant autre. Or cette éorie eucharistique de la conversion, ne l'oublions las, est celle que Théodoret attribue à un monohysite.
1 Eranistes, 11, p. 168 : "Qomep Totvuv Tà cUu6oda Toù Decrortuxod
Suurôc Te Ha aluaroc Aa LÉéV eiot rpo Ths lepatixñc ÉTixÂMGEUX,
ma de ye Tv éméxAnoty meraëd}hetar xa Étepa YiveTau, oÙTuw To de-
OTtxoV oœpua er Tv &vdAnbiy ei; TAy oùotav uete6}hôn Thv Geiav.
Théodoret, en effet, réfutant l'argument qui vien d'être présenté par l'interlocuteur, nie qu'il y ai dans l’eucharistie conversion substantielle. « Aprè la sanctification, dit-il, les symboles mystiques n: perdent pas leur nature propre : ils demeurent e dans leur substance première, et dans leur apparence et dans leur forme, visibles et tangibles comme aupa ravant. On ne peut que concevoir ce qu'ils devien nent, et le croire, et l’adorer, comme s'ils étaient € que l’on croit !. » Ainsi, conclut Théodoret, en est du corps du Christ dans le ciel, et l’on n’a qu’à rap procher « l’archétype de l’image ».
Non, reprend le monophysite, il n’y a point cett parité entre le corps eucharistique et le corps glo rieux, car « le symbole mystique perd son appella tion première », le pain étant désormais appel corps... ?. — Et Théodoret réplique, avec quelqu ironie : « Tu me sembles ignorer que le pain ef appelé corps, mais aussi pain de vie ». Théodore en d’autres termes, admet que les paroles de la con sécration produisent un changement, mais non dan la nature du pain et du vin, qui, après la consé cration, gardent intactes leur substance et leul espèces sensibles. Quel aura donc été l'effet de cet consécration ?
Théodoret l'explique plus clairement dans un autt passage de l’Eranistes. Quand, dit-il, le Christ institué l’eucharistie, il a appelé le pain son corps“ |
1. Eranistes, loc. cit. : OÙdE yàp meta Toy yracpov Tà HUGTIHÈ ci 60)a rh oùxetac ÉÉloTaTar QUGEWC" pévet Yäp ÊTL Ts mpotépas oÙoia xa To cyñLatos, xai To etèoue, Ho dpard êoTt 4ai nt ox TOOTEPOV NV, VOEÏTQL OE GNEP ÉVÉVETO HG TLOTEUETOL HO TPOGXUVEUE
ds ÉXELVA OVTA GNEP TLGTEUETEL. % 2. Ibid.
le vin son sang. Or, xarà qÜow, le corps ne peut être appelé que corps, et le sang ne peut être appelé que sang. Le Christ a donc fait une transposition de noms : « au corps il a imposé le nom du symbole », Re, du pain, « et au symbole le nom du corps ‘ ». Mais quelle est la raison d’être de ce ent de vocable? Le Christ voulait par là que les fidèles qui participent aux divins mystères “« ne s’attachassent point à la nature de ce qu'ils voient, mais que, grâce à ce changement des noms, ils eussent foi dans la conversion qui est le fait de la grâce (mioreueuw rtf ëx Japiroc yeyevnuévn meta6oX). Car, s'il a appelé son corps naturel froment et pain, comme il s’est appelé lui-même vigne, il] a honoré les symoles qui se voient du nom de corps et de sang, non pas qu'il ait changé la nature, mais parce qu'il a ajouté la grâce à la nature ? ».
Synthétisons la doctrine eucharistique de Théooret.
La question restée ouverte après la controverse estorienne n’était pas de savoir si la chair, dans l’eucharistie, était présente et vivifiante : ces deux points étaient acquis pour toujours. La question était de éfinir la nature du pain après la consécration, et le ode d’être de la chair dans l’eucharistie.
MA. Eranistes, p. 56 : ’Ev rtf T@v LuoTNpiwoy Tapañdoer, GX Tov &pmov ExdAece xai aiua To xpAUa GAÂX Kai AT QÜGLY TO GÈUX GHILG AV itotwc Xn0ein, xai To ain aitu. ‘O dE ctwTAp EvNAAGÉE T OVOUaT, Kai T@ pèv cwpare To Toû cuméodou Téeuxev üvoua, TO d cUL6]w To Ù GHLATOs.
2. Ibid. : ’H6ouMôn... un Th qUoer Tv BlsrouÉévwY TpOGÉYEL, MAG Ouù Te TOY ÔVOLATUY ÉVA AY HS HLoTEVELV TT EX THs YÉPITOS YEYEmUEVNn eta6o)}h. [‘O cure] Tà épopeva cuuÉo)& T9 To copatos CORAN A des RpOSnYOpIX TETÉUMLEV, OÙ Ty oUoty pera6ahwy, ax M y&piv Th puoet mpooteberrcic,
La nature du pain, enseigne Théodoret, reste intacte après la consécration, comme la nature humaine dans l’incarnation. Par rapport au corps eucharistique, ce pain est un symbole. Mais le corps eucharistique n’en est pas moins réel : il est présent, il est adoré, il est opérant. Qu'a donc produit la consécration ? Une conversion? Oui, certes, mais une conversion qui consiste à « surajouter la grâce à la nature » du pain. Non que le corps soit présent en vertu Où xarà y&piv, mais parce que le corps du Verbe, qui est au pain eucharistique ce que la divinité est à l'humanité dans l’incarnation, est « inconfusible » avec le pain et ne peut que communiquer au pain une vertu ou grâce, comme dans le ciel la divinité communique la gloire au corps ressuscité du Sau= veur.
Voilà le dyophysisme eucharistique !.
Quant au monophysite de l’'Eranistes, c'est lui qui se trouve défendre la doctrine orthodoxe! Ca c'est lui qui soutient que le pain « après l’épiclèse est converti et devient autre chose ». Mais remarquez bien que le « monophysite » ne dit rien de plus : i affirme la conversion, sans en rendre raison.
1. Dans la Revue d’hist. eccl. t. VI (Louvain 4966), p. 753, M. SALTEN dans un article sur « Les sources de l’’Epavotñc de Théodoret », s demande si la théorie de Théodoret sur l’eucharistie, — que nous retrouverons chez le pape Gélase et dans le pseudo-Chrysostome aû Caesarium, — n'a pas sa source dans le mémoire doctrinal oppos à saint Cyrille en 431, par les Antiochiens.
Le rapide progrès accompli par les Grecs entre 381 et- 451 correspond chez les Latins — mettons saint Augustin à part — à un mouvement qui aboutit, avec saint Léon, au même point d'arrivée. Mais il S'en faut que nos Latins aient passé par les mêmes originales expériences. Ils n'ont ni un théoricien comme aint Grégoire de Nysse, ni un exégète comme Théoore de Mopsueste; ni un orateur comme saint Jean Chrysostome. Et, aussi bien, sur la fin du 1v° siècle, vec saint Ambroise, étaient-ils, dans leur fidélité à a lettre scripturaire et liturgique, bien près d’être n possession de toutes les données de la doctrine e la conversion.
Le De mysteriis qui porte le nom de saint Ambroise,
2st une véritable catéchèse mystagogique, à raprocher de celle de saint Cyrille de Jérusalem, et dont
ILest facile de tirer un enseignement très explicite
ur l’eucharistie.
Comme les Africains, Ambroise met l'accent, pour
ainsi dire, sur la sanctification, il lui donne le nom de « consecratio », grâce à laquelle le pain matérie devient corps du Christ. Mais le mérite d'Ambroise est de dégager le caractère de cette consécration : ell est un acte miraculeux de Dieu. Ambroise rappelle le prodiges opérés par les prophètes : Moïse changean sa verge en serpent et faisant jaillir l’eau du rocher; Élisée faisant surnager la hache tombée dans l’eau. Si, conclut-il de ces exemples, la bénédiction pro noncée par un homme a-pu changer la nature de 1 verge, du rocher, de la hache, que dirons-nous de la consécration prononcée par Dieu même? Car, dans l’eucharistie, une parole de Dieu est prononcée, la parole même du Christ à la cène : Hoc est corpus meum. Et cette parole a, dans l’eucharistie, une efficacité miraculeuse, qui va à convertir la nature des éléments matériels sur lesquels elle est prononcée: Ambroise introduit dans le langage ecclésiastique latin l'expression définitive de « naturam convers tere » ou « mutare », qui contient proprement l’idée de conversion. Saint Ambroise, avec une netteté extraordinaire, a vu le nœud de la doctrine eucharis® tique.
Quod si tantum valuit humana benedictio ut naturam converteret, quid dicimus de ipsa consecratione divina; ubi verba ipsa domini Salvatoris operantur? Nam sacras mentum istud quod accipis Christi sermone confcitur: Quod si tantum valuit sermo Eliae ut ignem de caelt deponeret, non valebit Christi sermo ut species mutel elementorum? De totius mundi operibus legisti : Quid ipse dixit et facta sunt, ipse mandavit et creata sun [Ps. cxLvIn, 5] : sermo ergo Christi qui potuit ex nihile facere quod non erat, non potest ea quae sunt in id mu
tare quod non erant? Non enim minus est novas rebus dare quam mutare naturas{.
Il s’en faut que le langage de saint Ambroise soit de tout point classique : pour lui, « naturam mutare » est synonyme de « species mutare elementorum ». Mais le miracle de la conversion est défini avec une exactitude parfaite : « £a quae sunt in id mutare quod non erant. » Pareilles définitions sont pour demeurer invariables.
” Ambroise poursuit aussitôt :
.. praeter naturae ordinem virgo generavit. Et hoc quod conficimus corpus ex virgine est : quid hic quaeris naturae ordinem in Christi corpore, cum praeter natuam sit ipse Dominus lesus partus ex virgine? Vera utiue caro Christi quae crucifixa est, quae sepulta est : vere ergo carnis illius sacramentum est.
Ipse clamat Dominus lesus : Æoc est corpus meum. Ante benedictionem verborum caelestium alia species nominatur, post consecrationem corpus significatur. Ipse dicit anguinem suum. Ante consecrationem aliud dicitur, ost consecrationem sanguis nuncupatur. Et tu dicis : men, hoc est, verum est?.
L'objectivité de l'opération est marquée fortement : « oc quod conficimus ». Autant le terme de opération : « Corpus est ».
Quant à l'opération, elle est un pur miracle, et omment en être surpris? Est-ce que la conception irginale du corps du Christ n’était pas déjà mirauleuse? Le corps du Christ n’est donc point soumis
Lu