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SAINT AMBROISE CONTRE SAINT AUGUSTIN CHEZ LES LATINS

Tandis que les théologiens grecs, du v° siècle au vini*, Ceux qui se maintinrent dans la ligne de Chalcédoine, firent effort pour affirmer la réalité du corps eucharistique du Christ uni à sa divinité, sans consentir, par peur du monophysisme, qui « ën divinis humana vacuabat », comme dit saint Léon, à pousser plus loin l'analyse de l’idée de conversion, — les théologiens latins, qui, passé saint Léon et Gélase, travaillaient dans une ambiance doctrinale fort apaisée, n’éprouvèrent point le besoin d'anifier leurs sentiments sur le sujet de l’eucharistie.

D'un côté, saint Augustin, dont l’autorité doctrinale allait grandissant, maintenait le crédit de la « praesentia spiritalis ».D’autre part saint Ambroise, plus littéral, plus liturgique, s'accordait mieux avecle réalisme traditionnel et avec la piété de tous. C'étaient deux courants, non point contraires, mais cependant distincts, et entre lesquels se partageaient les Occidentaux. Cette dualité devait durer jusqu’au moment où l'empereur Charles le Chauve se préoccupa de la réduire, jusqu’au moment où se place ce

qu'on a, assez improprement, appelé la première controverse eucharistique.

Cette consultation impériale clora l'enquête histo-

rique que nous avons instituée, parce qu'avec cette

consultation la dogmatique de la conversion est consacrée. Nous pourrons même être tres bref sur l'exposé de cette consultation, parce qu’elle a fait, en ces derniers temps, l’objet d’études très attentives, très copieuses, qui n'ont pas à être renouvelées !.

La dualité du courant augustinien et du courant ambrosien se maintint jusqu'à l'époque de Charles le Chauve sans exciter l'inquiétude de personne, et cela même est un fait que les historiens récents de Ratramne et aussi bien de Bérenger n’ont peut-être pas suffisamment mis en lumière.

On s’est appliqué cependant à noter les sentiments divers des grands écrivains ecclésiastiques. Du côté augustinien on voit se ranger les Africains d'abord, avec, au vi* siècle, Fulgence, évêque de Ruspe, et Facundus, évêque d'Hermiane. L'Espagne, au vi° siècle, augustinise aussi, avec saint Isidore, évèque de Séville. Au contraire, saint Césaire d'Arles et le pape saint Grégoire, en ce même vi° siècle, se rattachent au courant ambrosien. Autant convient-il

4. À. NAEGLE, Ratramnus und die hl. Eucharistie, zugleich eine dogmatisch-historische Würdigung des ersten Abendmahlstreites (Vienne 1903). J. ScunirzEr, Berengar von Tours, ein Beitrag zur Abendmahlslehre des beginnenden Mittelalters (Munich 1890). Voyez aussi J. TunMEL, Histoire de la théologie positive (Paris 1904), 4°° partie, chapitre x, et 2° partie, chapitre 1x.

d'en dire de leurs contemporains saint Grégoire de

Mours et saint Germain de Paris.

| Il ne faudrait pas conclure des témoignages de ces écrivains que le courant augustinien dominait ‘en Espagne, tandis que le courant ambrosien dominait en Italie et en Gaule. La réalité est moins simple. Les deux courants se rencontraient et s’entrecroisaient nn peu partout, et on en a une preuve dans les liturgies.

… Pour l'Espagne, la liturgie mozarabe, représentée tant bien que mal par le Missale mixtum |, contient des oraisons comme celle-ci, qui nous est familière : |

Corpüs Domini nostri Iesu Christi quod accepimus, sanctus sanguis eius quem potavimus, adhaereat visceribus nostris, etc. ?

Mais une préface, qui a un goût de terroir plus DO prononcé, s'exprime ainsi : |

Dignum et iustum est... offerre tibi hoc sacrificium… Non [hic] horror est sanguinis, non fastidii cruditas, sed tam mirabilis atque stupenda est hostia, ut incruenta sit jeu viva sumatur. Nam licet. verum corpus edatur, et

lincutitur, cum salus animarum in it cibo et poculo ministratur…

Ob hoc ergo quaesumus famulantes, ut oblationem hanc spiritus tui permixtione sanctifices, et corpori ac Sanguini Domini nostri lesu Christi plena transform afione conformes 5.

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