Id. XIV, 4. Voyez plus haut, p
Miracle est pris à la Vita Basilii du pseudo-Amphiloque : un juif, entré par curiosité dans une église où saint Basile célébrait les saints mystères, voit un petit enfant, au lieu du pain, entre les mains de l'officiant ‘. Le miracle est pareil à celui du récit de saint Arsène. Un troisième miracle est celui que raconte Paul Diacre dans la vie du pape Saint Grégoire : une dame romaine ayant souri au moment où le pape la communiait en prononçant les paroles liturgiques — « Corpus Domini nostri lesu hristi prosit tibi in remissionem omnium peccatoum », — le pape reprend l’hostie consacrée et la repose sur l'autel; puis, la cérémonie terminée, il demande à la dame pourquoi elle a souri. C’est, ditélle, que dans ce prétendu corps du Seigneur j'ai econnu le pain même que j'avais offert. Mais le pape, après avoir fait prier le peuple présent, montre à tous l'hostie déposée sur l’autel et qui porte une race de sang en forme de petit doigt. Le pape tire ette morale : « Disce verum esse quod Veritas aït, uia panis quem offerimus vere est corpus Christ, fuxta ipsius vocem, et sanguis vere est potus ®.» Ces récits populaires ont sans doute collaboré à la condensation de la doctrine de Paschase : l'affirmation dogmatique qu'il en dégage est son apport au développement du dogme.
Or l'intérêt de cette affirmation dogmatique est très grand, car elle pose le problème de la présence réelle dans les termes les plus pressants et comme on me l’a jamais fait encore. La tradition augustinienne affirme la présence spirituelle du corps ; mais, si le
4. Pascras. XIV, 2. Cf. TILLEMONT, t. IX, p. 681. 2. Pascuas. XIV, 3. Cf. P. L. LXXV, 52.
corps est spirituel, on se demandera comment ur corps spirituel est cependant un corps, et ce que ce corps spirituel peut bien avoir de commun avec Le corps historique. La vérité des paroles consécra: toires est compromise, s’il n’y a dans l’eucharistit qu'une vertu du corps du Christ. La théorie ambro: sienne de la conversion a été un progrès, maïs in: suffisant, car le terme de cette conversion est pou Ambroise un corps spirituel, pareillement,.et ot aboutit à la même indécision en dernière analyse Paschase Radbert a vu le problème, et il le résou par une affirmation catégorique : ce corps spirituel dit-il, ne peut être que le corps historique !.
Reste à expliquer comment le corps historique de meure identique à lui-même en cessant d’être étend et palpable : reste à résoudre la contradiction qu paraît être dans les termes du problème tel qu'on L pose, un corps devenu spirituel et demeurant toute fois corps : reste à expliquer la conversion elle même, et ce que devient le pain dont les apparence demeurent immobiles. Et tout cela, qui est irrésolu requiert proprement la théorie de la transsubstantia tion. Si elle n’est point formulée encore, reconnais sons que Paschase est plus près de la formuler qu personne ne l’a été jamais.
Unde, homo, disce aliud gustare quam quod ore carni sentitur, aliud videre quam quod oculis istis carne monstratur. Disce quia Deus spiritus illocaliter ubique es
4. Voyez l'Expositum de Paschase (P. L. GXX, 4356-1360), et nota ment les lignes suivantes : « Miror quid velint nunc quidam dicer non in re esse veritatem Carnis Christi vel sanguinis, sed in sacr! mento virtutem quamdam carnis et non carnem, virtutem sa guinis et non sanguinem, figuram et non veritatem, umbram et n corpus. »
ntellege quia spiritalia haec, sicut nec localiter, sic uti-
que nec carnaliter ante conspectum divinae maiestatis in sublime feruntur. Cogita igitur si quippiam corporeum Ipotest esse sublimius, cum substantia panis et vini in IChristi carnem et sanguinem efficaciter interius commutatur, ita ut deinceps post consecrationem jiam vera IChristi caro et sanguis veraciter credatur, et non aliud quam Christus, panis de caelo, a credentibus aestime- EL
Relevons bien les termes dont use ici Paschase : «w Substantia panis in Christi carnem efficaciter interius commutatur. » La conversion porte donc sur la réalité du pain : cette conversion est produite réellement, mais sous le voile des apparences subsistantes, « efficaciter interius ». La chair du Christ est présente, mais une chair qui n’est pas étendue, une chair qui n’est point dans l’espace, une chair qui n’est pas charnelle, « nec localiter, nec carnaliter ».
Ainsi le ferminus a quo, c’est-à-dire le pain et Je vin, dans ce que Paschase appelle leur réalité ou Substance, et qui manifestement se distingue dès lors de leurs apparences sensibles, cessent d’être : et le terminus ad quem, c'est-à-dire le corps et le sang
L'analyse va plus loin, car elle définit l'opération par laquelle le corps succède au pain, le sang au vin : tte opération est un acte créateur de Dieu : « Crea- {ur ibidem ex aliquo non qualiscumque, sed nova
(A. Pascras. VIII, 2. Cf. XV, 2 : « Hic est calir.… In hoc quippe verbo La nguis efficitur, quod ante vinum et aqua fuerat. Efficitur ergo sanguis, sed ille utique quem discipulis tradidit. »
salutis creatura, caro et sanguis Christi ‘.… » Le chair du Christ se multiplie comme s’est multipliée le substance du pain dans le miracle de la multiplicatior des pains. Mais on voit sans peine, ici, l'analyse de Paschase s'embarrasser. Paschase est aux prises ave le problème qui se pose sitôt qu'on a affirmé l’identitt du corps historique et du corps eucharistique, le pro: blème de la multilocation d’un même corps. Le corps eucharistique est une création à chaque fois nou velle, dit-il ? : formule imprudente, car la conversion en tant que son effet est d’annihiler strictement ou not la substance du pain ou du vin, n’est pas une créa tion; et, pour autant qu'elle rend présent le corp historique, elle ne le crée pas. Le terme créer es donc impropre. Mais on devine que Paschase, ei l’'employant, a pensé solutionner le problème entrevu et on constate l'insuffisance de son analyse. En outre on ne comprend pas que ce corps spirituel, rendi présent sous le voile des apparences du pain, soi numériquement identique au corps glorieux di Christ, et identique à lui-même en toutes les hosties Il faudrait que Paschase ait la notion de la présence substantielle, c’est-à-dire une théorie métaphysiqu de la constitution des corps, qui résolve métaphysi quement le problème de la multilocation du corp glorieux et de l'identité du corps glorieux ou histori que et du corps eucharistique, en faisant de l’étendu