SCHNITZER, P
3. Mansi, t. XX, p. 524: « Ego Berengarius corde credo et ore confleor panem et vinum, quae ponuntur in altari, per mysterium sacrae …orationis et verba nostri redemptoris substantialiter converti in veram et propriam ac vivificatricem carnem et sanguinem Iesu Christi « Domini nostri, et post consecrationem esse verum Christi Corpus, - quod natum est de Virgine, et quod pro salute mundi oblatum in + cruce pependit, et quod sedet ad dexteram Patris, et verum sangui- … nem Christi, qui de latere eius effusus est, non tantum per signum et virtutem sacramenti, sed in proprietate naturae et veritate substantiae,. » On remarquera que le mot mal choisi de sensualiter, —… est éliminé. Et on lui substitue substantialiter et substantia. C’est … une différence notable entre la formule romaine de 1059 et celle de 1079.
le nominalisme de Bérenger, parce que, au xre siècle, le sens qu'on donne à ce terme est concret et en fai le synonyme de réalité, ce terme, dis-je, prend au xue siècle toute sa signification abstraite, et devient, pour la théologie, le mot de l'énigme de la conver= sion. Les accidents sont secondaires : il n'y a conversion que de substance. C’est l'apport des théologiens du xx siècle. Voici une formule d'Alger de Liège (+ 1132) : « In sacramento, mutata substantia, non forma, paris et vinum non fit nova caro et novus sanguis, sed existens substantia et panis et vini mu taturincoexistentem substantiam corporis Christi\. L'erreur de Paschase est éliminée, qui prenait la conversion pour une création.
Que manque-t-il? Le mot même de transsubstand tiation, et le voici prononcé par un contemporain d'Alger de Liège, Hildebert de Lavardin (+ 1133): Il est prononcé dans un sermon, dans un développement oratoire, sans que l’orateur éprouve le besoin de l'expliquer, et comme si ce mot ne devait sur prendre personne : « Si fuero pas incontinentiae et libidinis, in altari iuxta filium Virginis statuo filiumu Veneris : cum profero verba canonis et verbum transsubstantiationis, et os meum plenum est con« tradictione, et amaritudine, et dolo, quamvis eum honorem labiis, tamen spuo in faciem Salvatoris?. »
L’érudition de Luther était donc bien en défaut, quand elle assurait que le terme « aventurier » des
4. ALGER. De sacramento corporis et sanguinis, I, 9 (P. L. nes 760). Le mot forma signifie apparence.
2. HILDEBERT. CENOMAN. Sermo XCIIL (P. L. CLXXI, 776 A). M. Gore, The body of Christ (London 4904), p. 116, signale le terme transsubstantiatio dans l’'Exposilio canonis missae, P. L. CXLV, 883, de saint Pierre Damien (+ 1072). Malheureusement cette Expositio n'est très probablement pas authentique. Cf. SCHNITZER, p. 398.
transsubstantiation avait été introduit dans l'Église par saint Thomas, d'Aquin et les Thomistes à l'époque où la « fausse philosophie d’Aristote » y fut ellemême introduite !. Le P. Denifle a pu, non sans raison et non sans comique, rappeler que le quatrième concile de Latran, en 1215, avait canonisé le terme de transsubstantiation?, et que saint Thomas ne naquit qu'en 1225! Qu'y a-t-il d'étonnant, ajoute-t-il, qu'un homme qui tenait Thomas d'Aquin pour un contemporain d’Innocent III, n’ait connu aucun des théologiens postérieurs au quatrième concile de Latran et dont saint Thomas dépend, Albert le Grand, Alexandre de Hales, Guillaume de Paris, Guillaume d'Auxerre ? Le terme et la notion de transsubstantiation sont chez eux classiques. Mais dès avant le quatrième concile de Latran, dès la seconde moitié du xu° siècle, le fait est acquis. Le P. Denifle le signale chez sainte Hildegarde, chez le cardinal Pierre de Pavie, chez Pierre de Celle, chez Pierre de Blois, chez Alain de Lille, chez Innocent IIT en personnes. On peut dire que le terme et la notion sont l’aboutissement nécessaire des discussions du 1x° et du x1° siècle.