‹ E?tudes d'histoire et de the?ologie positiveChapitre 156 sur 164 · Sess. XIII, Cap · texte numérisé non relu

Sess. XIII, Cap

2. SUAREZ, In q. LXXV, a. 1. (Opera omnia, éd, Vivés [Paris 1861], t. XXI, p. 6.)

porte de l'institution, des textes où saint Paul parle . de l’eucharistie, textes dont ni le concile de Trente, | ni nos meilleurs théologiens, ne font état pour prouver le dogme de la présence réelle.

De l'enquête critique que nous avons faite sur les | textes de l’ancienne littérature ecclésiastique, il ressort cette première conclusion que nulle part on ne | trouve trace de la doctrine de la présence en figure, » ou, comme disaient avec esprit les auteurs de la Perb pétuité de la foi, la doctrine de l’absence réelle. Je » crois bien que cette conclusion va s'imposant de plus * en plus:les vieux protestants, et Steitz encore, qui ont tant peiné en faveur de la présence en figure, sont * éconduits par la critique objective des textes patris- | tiques. Des textes où les Pères semblaient parler de * l’eucharistie comme d’une figure, d’un symbole, d’un « antitype », s'éclairent aujourd’hui grâce à la mék thode comparative que la critique applique. Il n’est * pas jusqu'à un allégoriste comme Origène, qui ne se rattache à la foi réaliste, et, ainsi que dit M. Harnack, ne soit à ranger parmi les « théologiens des sacrements ». L'histoire des dogmes ainsi pratiquée, si elle a son chapitre de pertes, a aussi son chapitre de gains : le gain est ici pour nous l'élimination de toutes les chicanes calvinistes, qui ont si longtemps compromis ou retardé l’histoire.

| de

“ Une fois acquise la perpétuité du réalisme, une h seconde conclusion apparaît, qui est que, non plus

le fait, mais le mode de la présence réelle a été pour la foi ecclésiastique un sujet de réflexions séculaires, de spéculations divergentes, finalement de contro= verses très vives, aboutissant à une définition qui est le dogme de la transsubstantiation. Le dogme, non de la présence réelle, mais du mode de la présence réelle, a un développement historique, et ce développement est une vérification de la loi des Newman sur le développement du dogme, vérifica-M tion plus saisissante peut-être qu'aucun des exemples“ historiques proposés par Newman lui-même !. La nou- | veauté, si c'en est une, de notre étude, consiste à établir que la conversion du pain au corps et du vin" au sang du Sauveur, est un article de foi qui s’est ex-" plicité lentement. Le concile de Trente a dit que,« « dans l'Église de Dieu, on a toujours été persuadé“ que par la consécration s'opérait une conversion de

toute la substance du pain dans la substance du corps

du Christ? ». Cependant un long effort a été néces-" saire pour amener sur ce point l'unanimité, procurée

seulement enfin par le concile de Latran.

Au surplus, cette thèse, qui est la nôtre, n'est pas proprement nouvelle. On en retrouverait chez Suarez, par exemple, l'intuition. Pour lui, la doctrine de la transsubstantiation n’a pas été déduite des paroles : de l'institution à l’aide de tel ou tel axiome métaphysique, mais fondée sur la tradition de l'Église, qui a compris que le Christ, en disant : Cecr est mon cor Ps; avait parlé au sens propre et vrai, de l'Église qui a compris, non seulement par l'effort naturel de sa réflexion, mais par l'assistance de Dieu qui l'éclaire,

4. Voy. Bulletin de littérature ec a 1905, p. 158-163. 2. Sess. XIII, Cap. 4.

qu'il y a conversion d’une substance en une autre !. | Suarez, en d’autres termes, a très bien vu que la | doctrine de la transsubstantiation n’est pas exprimée en clair par les textes scripturaires qui ont trait à l’eucharistie, et que ces textes, pour fonder la foi, non pas la foi à la présence réelle, répétons-le fortement, mais la foi à la transsubstantiation?, doivent être l’objet d'une z//atio, qui sera l’œuvre de la tradition.

Suarez, quand il ouvre cette vue profonde, semble avoir subi l'influence de Duns Scot. Le docteur Subtil, en effet, a dans l'École soulevé la question de savoir si la forme sacramentelle de l’eucharistie impli- que ou n'implique pas la doctrine de la conversion : Lil conclut que cette forme est ambiguë, car Loc, dans | Hoc est corpus meum, désigne ce qui est sous l’acci- | dent, et donc peut s'entendre aussi bien du corps du * Christ que de la substance du pain *. Ce faisant, Duns Scot argumente contre saint Thomas, lequel n’a au- } cun doute que la forme insinue que le pain ne subsiste | pas‘. Le sentiment thomiste a prévalu, surtout depuis

4. SUAREZ, In q. LXXV, a. 8 : « Quia ergo non est verisimile, docuisse \ concilium [Tridentinum] Ecclesiam fundasse doctrinam suam de conyersione in solis his principiis metaphysicis, quae valde infirma sunt et dubia, ideo nos dicimus, non fundari illam illationem in sola ra- Ltione physica, sed in traditione ecclesiae, quae non solum naturali L discursu, sed divinitus illustrata, intellexit, quia Christus in sensu L proprio et vero dixit, Hoc est corpus suum.…. » (Opera omniu, t. XXI; ) p. 148).

L 2. Le cardinal Cajetan est seul à avoir chez les catholiques avancé que la présence réelle ne pouvait pas être déduite des paroles de l'institution. Voyez SUAREZ, In q. LXXV, a. 1 : « Ex catholicis solus Ca- …jetanus, in Commentario hujus articuli, qui jussu Pii Vin Romana editione expunctus est, docuit, seclusa ecclesiae auctoritate, verba Lilla ad veritatem hanc confirmandam non sufficere. » (Opera omnia, t. XXI, p. 43).

3. Duxs ScoT. In lib. IV Sentent. Dist. XI, q. IIL (Opera omnia, éd- Nivès [Paris 1894], t. XVII, p. 350 et suiv.).

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