D SYNTHÈSE DES TÉMOIGNAGES
est particulière au troisième évangile et à saint Paul, elle manque à saint Marc et à saint Mathieu. Il faut suppléer le silence du premier et du second évangile par la pratique même de l'Église naissante, qui a réitéré la « cène du Seigneur », sans en trouver le précepte dans tous ses évangiles. Il faut se rappeler que les institutions de l'Église naissante ne sont pas nées des textes écrits, qu'elles sont antérieures aux textes écrits, et qu'elles valent des textes écrits. La foi de l'Église naissante tenait pour assuré que Jésus avait prescrit de réitérer la cène : ici encore nous nous arrêtons à la constatation de cette foi, comme à la limite de notre observation.
Troisième donnée : Jésus, en présentant le pain rompu comme son corps et le vin comme son sang, pensait à son corps crucifié, à son sang versé sur la croix. C’est, en effet, du pain rompu que le Sau-
veur dit : « Ceci est mon corps. » Et qu'est-ce qui
ressemble mieux à du sang versé que du vin dans une coupe? La cène réitérée par l’Église naissante était donc un acte commémoratif de la mort de Jésus, et saint Paul ne peut qu’exprimer la foi commune quand il voit dans le fait de « manger la cène du Seigneur », le fait d’ « annoncer la mort du Seigneur jusqu à ce qu'il vienne », car cette foi est impliquée dans la teneur même des gestes et des paroles de Jésus à la cène.
Quatrième donnée : pourquoi commémorer la mort de Jésus et la commémorer chaque dimanche, ou plus souvent même, si cette mort n'a pas un sens profond qui déborde le fait lui-même? Et si la foi de l'Église naissante est obsédée, comme on l'a dit, par limminence du retour du Christ, ne sera-ce pas
Fi
plutôt la résurrection qu'il conviendra de commémorer? La résurrection n'est-elle pas mieux le signe de l'avènement glorieux qui commence? Cependant la foi de l’Église s'attache à commémorer la mort par l’eucharistie ; elle replace sous les yeux de ses fidèles le corps rompu et le sang versé du Sauveur, sous les espèces de la coupe et de la fraction du pain. Et ici tous les témoignages sont d'accord pour commémorer par là « l'alliance », comme disent saint Mare et saint Mathieu, « la nouvelle alliance », comme disent saint Paul et saint Luc. La foi commune de l'Église, et non plus seulement saint Paul, introduit dans la pensée du Sauveur à la cène cette affirmation, que sa mort scelle une alliance nouvelle des” siens et de Dieu. L'idée de l’alliance par le sang est une idée qui sort, pour ainsi dire, des entrailles de l'Ancien Testament : sans elle, il n’y a pas de peuple de Dieu, il n’y a pas de Loi, il n’y a pas de Temple La nouvelle alliance crée le nouveau peuple de Dieu qui est l'Église, abroge la Loi, abat le Temple : les Père céleste se donne un peuple qu'il substitue à l'Israël réprouvé, et l'alliance est conclue dans le sang même du Fils de l'homme. Ne peut-on pas dire que cette conception, qui est comme l'âme du mes sage de Jésus, trouve son expression suprême dans» ce peu de mots prononcés à la cène? ;
L'alliance par le sang suppose toutefois une vic: time : Le corps du Sauveur crucifié sera cette victime» Voilà pourquoi, avant de parler de son sang versé Jésus parle de son corps. Le mot de sacrifice n’est. nulle part prononcé : mais l’alliance par le sang est” la suite d’un sacrifice, le sacrifice d'une victime immolée dans son corps : « Ceci est mon corps. »