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SYNTHÈSE DES TÉMOIGNAGES

Et, encore que le mot de sacrifice ne soit pas prononcé, l’idée de sacrifice prime celle d'alliance : car le vin ne servira pas à une aspersion, comme il semblerait normal si le sang est le sang d’une alliance, mais le vin sera bu : « Buvez-en tous », et ils en burent tous. Et de même, le pain est rompu pour être mangé. Car, dans un sacrifice, la victime, après avoir été offerte à Dieu, est l'aliment du fidèle qui participe au sacrifice. Cette participation au sacrifice est le mystère dans lequel saint Paul se complaît jusqu'à voir dans la communion au pain et au vin avant tout la participation au sacrifice de la croix; ce mystère cependant est contenu déjà dans les gestes et les paroles de Jésus à la cène, puisque le Sauveur ne prend du pain que pour qu'il soit mangé par les convives, et ne prend du vin que pour qu'il soit bu par eux. Et c’est ce que saint Mathieu a exprimé plus fortement : « Prenez, mangez, ceci : est mon corps. Buvez tous, car ceci est mon sang ».

La fraction du pain et la bénédiction de la coupe prennent ainsi une signification, où ce que l’on a coutume d'appeler la pensée paulinienne rejoint et embrasse la pensée dévoilée par Jésus à la cène. La fraction du pain et la bénédiction de la coupe sont élevées par le Sauveur à la dignité de « sacrement » représentatif de sa mort sur la croix : le fidèle mange le pain qui est le corps de la victime immolée en sacrifice, il boit le vin qui est le sang de l'alliance, Et dans tous ces mots la foi de l'Église naissante ne doute pas que le Sauveur n'ait mis autant de surnaturelles réalités.

Ainsi les témoignages tirés de saint Paul et des - Synoptiques, ainsi la foi de l'Église naissante qu'ils

attestent, font de l’eucharistie une institution de Jésus et donnent à cette institution une signification où apparaissent les prémisses des développements à venir. Le réalisme, j'entends la foi à la présence réelle, est l'interprétation directe et première des paroles : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang. » C'est ce que l'étude de la doctrine ecclésiastique au n° siècle montrera. La réitération fait de la cène un rite commémoratif de la mort du Sauveur, une

représentation du sacrifice de la croix, et c’est l’idée:

même de la messe.

L'idée paulinienne de communion au sacrifice est

destinée à demeurer obscure toujours pour la piété M

chrétienne, qui sera plus attirée par l’idée johannine que la communion est une participation à la vie divine : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ». La piété chrétienne, forte de son expérience même, aura, en s’attachant à l'idée johannine, l'intuition d'une réalité plus saisissable que celle que représente l’idée de communion au sacrifice. La foi chrétienne de l'Église naissante est là encore fidèle à son réalisme.

Telle, du moins, la concevons-nous et croyonsnous qu'elle se révèle dans la lettre des témoignages

primitifs. Mais tout l'effort des critiques récents vam

à distinguer cette foi de la pensée même de Jésus; à voir dans cette foi une interprétation qui serait proprement une inintelligence, puisque cette foi aurait trouvé l'institution d'un sacrement dans des gestes et des paroles du Sauveur qui ne contenaient rien de semblable. L'examen de ces théories s'impose à nous.

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M. Hoffmann a bien posé la question dès la première page de son livre! : l’eucharistie, en tant qu'elle est un rite sacramentel, est-elle une institution de Jésus? On ne met pas en doute que les Synoptiques aient cru à la réalité de cette institution, et tout autant saint Paul. Mais ce sont là des attestations relativement tardives, et le travail inconscient de la foi primitive a pu s’interposer, prêter au Christ une pensée qu'il n’a pas eue. « Personne n’est coupable et personne n'est excusable : si la réitération de la cène n'avait pas été prescrite par Jésus, — et qui peut affirmer qu'elle découle nécessairement de l'essence de l'Évangile? — on n’en aurait pas moins fait un sacrement, d’une comparaison, d’un mot, d'un geste de Jésus?. » Pourquoi? Parce que l'âme religieuse d’alors réclamait des sacrements, nous assure-t-on. Voilà la ligne sur laquelle s'établit le protestantisme, le dernier en date, celui de la liqui-

4. J. HOFFMANN, Das Abendmahl im Urchristentum (Berlin 1903), p: 11. Cf. Van CROMBRUGGHE, p. 113-121. .

2. A. HARNACKk, Mission und Ausbreitung (Leipzig 1902), p. 170.

dation du christianisme historique. Jusqu'à Paulus; le protestantisme a tenu l’eucharistie pour une insti tution du Sauveur : Paulus, le premier, en reconnais® sant que l’eucharistie comme institution a été pratiquée par l'Église naissante, douta qu'il fût possible de rattacher cette institution à un précepte du Christ Depuis Paulus, ce doute a grandi en se fortifiant de; tout l’'empressement que le protestantisme allemand met à séparer l’ Évangile de l’ Église : il a pris corps en un petit nombre de combinaisons critiques, dont nous étudierons les plus notables. L'examen qu'on: en peut faire est de nature, espérons-nous, à mettre mieux en valeur le sentiment que nous avons vu être celui de l Église naissante. 6

Une première interprétation possible était l’inters prétation eschatologique.

Saint Marc et saint Mathieu ont noté ce trait par lequel se termine chez eux le récit de la cène : «Je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu’au jour où je le boirai nouveau dans le royaume de Dieu ». Sain Mathieu, paraphrasant, parle de boire ce fruit nous veau avec les disciples dans le royaume. Luc, plus près de Marc, plus simple même, dit : « Je ne boira plus du fruit de la vigne, jusqu'à ce que vienne royaume de Dieu ». C’est Luc, plus complet aussi qui a conservé la parole parallèle prononcée par Jésus : « Je ne mangerai plus la pâque, jusqu'à ce qu'elle soit accomplie dans le royaume de Dieu #

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