Realencyklopädie, t. I, p
Ces traits montrent suffisamment que, pour les “trois Synoptiques, à la cène, au moment même de la
fraction du pain et de la bénédiction de la coupe, le regard du Christ est levé sur le royaume. Mais, pour les trois Synoptiques, le royaume est l'au-delà de la passion, qui, elle, est au premier plan. Luc a très délicatement distingué ces deux plans, et il applique aux disciples la même économie : « Je dispose pour vous comme mon Père a disposé pour moi le royaume : vous mangerez, vous boirez à ma table dans mon royaume » (xx11, 29-30). Cette récompense est le prix de la constance des disciples : « Vous êtes ceux qui êtes restés avec moi dans mes épreuves » (xxir, 28). Le royaume est l'au-delà de ces épreuves.
Nous fausserions la perspective si bien posée par les trois Synoptiques, si nous sacrifiions un plan à l’autre et c'est précisément la faute que l'on doit reprocher à M. Spitta d'avoir commise !. Pour lui, les textes que nous venons de citer établissent que, « à l'heure de la cène, les pensées de Jésus étaient entièrement concentrées sur l'achèvement de son œuvre, et sur cette vue que Dieu allait faire éclater le triomphe de son royaume : par lui, Messie envoyé de Dieu, les vertus de la connaissance et de la vie éternelle allaient librement déborder dans ses disciples, comme les dons du festin préparé par Dieu à ses justes »?. Tel est le pathos épais que l’on substitue aux indications si nuancées de Luc. Mais il est
4. F. Sprrra, Die urchristlichen Tradilionen über Ursprung und Sinn des Abendmahls (dans ses Zur Geschichte und Litt. des Urchristentums, t. 1, Gôttingen 1893).