SPITTA, loc. cit
dé
manger le Messie, ou ce qui revient au même, le boire dans son sang qui est le fruit de la vigne ! ». Et c'est ce que le Christ a voulu dire.
Ce paradoxe heurtera tout historien habitué à exiger d’une interprétation qu'elle s’adapte exactement aux textes. M. Spitta ne construit son interprétation qu'à la condition d'éliminer toutes les données qui manifestement, dans le récit de la cène, n'ont pas de signification eschatologique. Il prend le récit de Marc comme le plus près de la réalité : encore est-il obligé d’en effacer la mention que fait Marc soit de l’alliance, soit du sang répandu pour beaucoup, deux traits qui désignent la mort prochaine du Christ, non le festin messianique du royaume.
Ces données écartées, arbitrairement, M. Spitta veut que les paroles : Ceci est mon corps, Ceci est
- mon sang, s'entendent du festin messianique où le
Messie lui-même doit être l'aliment des élus. Mais que de raisons protestent contre cette interprétation! Supposé, en effet, que le Christ à la cène pense au festin messianique, il devra dire aux disciples qui partagent en ce moment son pain et son vin : Bientôt, dans le royaume, vous n'aurez d'autre pain que mon corps, d'autre vin que mon sang. Le Christ ne peut pas anticiper le festin messianique. Jusqu'à l’avènement, le pain est donc du pain, le vin du vin : dans le royaume seulement le vin sera nouveau et la pâque réalisée. De plus, quoi de plus incompréhensible pour les disciples que cette image imprévue : ce pain est ou sera mon corps, Ce vin est ou sera mOn sang ?