HOLTZMANN, p
parce qu'il s’est livré lui-même à la mort, parce qu'il a|porté les péchés de beaucoup d'hommes, et qu'il a intercédé pour les coupables !. »
Nous corrigerions ainsi, au moins dans la mesure où nous l'avons entendue, la théorie de M. Holtzmann; et corrigée ainsi, elle nous semblerait répondre mieux à ce que M. Holtzmann veut qu'ait été la pensée du Christ à la cène, « l'expression aussi simple que profonde qui termine la vie de Jésus et le monde de ses pensées », en même temps qu'elle rejoint immédiatement l'interprétation de Paul et de Luc?.
Après cela, on comprend mal que M. Holtzmann nous dise en terminant que la cène et les paroles qui l'accompagnèrent furent, peut-être, un acte non prémédité, le fruit d’une « inspiration momentanée, mais irrésistible », de Jésus donnant à son dernier acte un caractère si inoubliable que ce dernier acte devait lunir à ses disciples à jamais. Les mots « Faites ceci en mémoire de moi » n'ont peut-être pas été prononcés; mais il n'importe, car ils étaient une conséquence invincible $. Ici, on le voit, M. Holtzmann se retrouve aux prises avec la même difficulté que M. Jülicher et M. Spitta : si la pensée du Christ à la cène a été purement didactique, soit qu'il ait annoncé le festin messianique (Spitta), soit qu'il ait annoncé Sa mort (Jülicher), soit qu'il ait proclamé une nouvelle alliance scellée par son sang (Holtzmann), pourquoi les disciples ont-ils réitéré la cène? comment la Cène, qui n’était qu'un incident, s’est-elle trouvée être une institution ?
. Is. LIT, 4-12. Cf. Van CROMBRUGGHE, p. 13-24.
. HOLTZMANN, p. 303.
. Id. p. 304.
Co 19
M. Holtzmann a le mérite de n’avoir pas esquivés cette difficulté, et de n'avoir pas voulu se contenter de” répondre que tout s'explique par l'usage des repas pris en commun par les premiers fidèles. La relations que l’on a voulu voir entre ces repas pris en commun» et la fraction liturgique du pain, est une illusion, M. Holtzmann reconnaît lui-même qu'il ne faut pass trop en faire état !. La véritable réponse est, à sess yeux, dans ce fait que, en pratiquant la fraction dun pain, les premiers disciples n'ont pas uniquement, pensé à la cène, mais plutôt à l'épisode de la multi=| plication des pains : cet épisode était pour eux un. tableau inoubliable d'un mouvement grandiose des charité provoqué par la parole et par l'exemple de Jésus; il était « dans un rapport si étroit avec le sou= venir non moins saint de la dernière cène, que le souvenir de l'un éveillait le souvenir de l’autre, en sorte que le terme technique de fraction du pain dé= signa ensemble les deux épisodes par le trait sail= lant qui leur était commun ? ».
Est-ce vraiment une réponse à la question posée Où trouve-t-on exprimé ce rapprochement entre l’eucharistie et la multiplication des pains? Sans doute, dans les représentations figurées de l’eucha ristie, dans les peintures chrétiennes du n° siècle; du rn°; mais ce symbolisme est une accommodation$ pour ainsi dire, oratoire, esthétique, et qui n’a rien de primitif. La multiplication des pains est un fait de la vie du Sauveur qui n’a pas une portée plus grande que celle du fait de la tempête apaisée, ou du fait de la guérison du possédé de Gerasa, ou du fait