Loisy, p
l’ai dit, vous m'avez vu, et vous ne croyez point » (36). Discerner le Fils de l’homme, puis croire en lui, c’est avoir la vie qui, en ce sens, n'est pas distincte de la foi. Point n’est question de « communion divine réalisée par le Christ au sein de l'humanité ». Tout le développement est enfermé dans une antithèse : le pain matériel et le pain spirituel. La foule aété nourrie hier du pain matériel : que ne comprendelle que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de la foi que Jésus apporte du ciel?
Nous voici à la quatrième section (vr, 41-51) sans avoir encore entrevu l’eucharistie !, qui cependant, assure-t-on, serait dans tout le chapitre vi la préoccupation dominante de l’évangéliste.
Les Juifs murmurent contre Jésus parce qu'il a dit : « Je suis le pain descendu du ciel ». Cette parole; par laquelle le Sauveur affirmait sa divine genèse, a été comprise ainsi par la foule, et de là l’objection qu’elle oppose aussitôt : « N'est-ce pas là Jésus, fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère# Comment donc, dit-il : Je suis descendu du ciel » (42
Le Sauveur ne répond pas à ces murmures, sinon par une aflirmation du rapport unique qui fait qu'il « est de Dieu », et par l'affirmation renouvelée que la foi donne la vie : « Celui qui croit a la vie éter= nelle ». Mais il poursuit : « Je suis le pain de vie; vos
1. T.CALMES, L'évangile selon saint Jean (Paris 1904), p. 249-254! interprète comme nous cette première partie du discours sur le pais de vie. Il ne retrouve l’eucharistie que dans les ÿ 51-59.
pères ont mangé la manne dans le désert et ils sont morts ; voici le pain qui descend du ciel, afin que celui qui en mange ne meure pas. Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel » (48-512).
La foi étant une vie, s’entretient, comme la vie s'entretient, par deux aliments essentiels, l’eau et le pain. Le dialogue avec la Samaritaine a exprimé le symbolisme de l’eau : le discours actuel exprime le symbolisme du pain. Au puits de Jacob s'oppose maintenant la manne de Moïse. Les fidèles du Christ mangeront le pain descendu du ciel : ils croiront que Jésus est venu du Père, et cette foi leur assurera la vie éternelle. En ces ÿ 50-512, la pensée est identique à celle qu'exprimait, dans la section précédente, le ÿ 40 : « La volonté de mon Père est que quiconque voit le fils et croit en lui, ait la vie éternelle ». On doit dire, avec M. Loisy, que, dans tout ce développement, le Sauveur n'oppose au murmure des Juifs qu’une assertion plus nette de ce qu'il a dit pour commencer : « Au point de vue didactique, il s'agit de signifier, par le symbole du pain vivant, la mission du Christ et le salut !. » Et nous continuons à ne retrouver aucune allusion à l’eucharistie.
C'est ici que le pain, qui n’a été encore que le symbole de la foi, en vient, par une association imprévue, à désigner un objet nouveau. « Quiconque, dit le Sauveur, mange de ce pain », — quiconque croit, — « vivra éternellement ». Et, sans autre transition : « Le pain que je donnerai, c'est ma - chair, pour la vie du monde » (51»).
Pour la première fois le mot « chair » est pro-