Lorsy, p. 460 (Cf. I Cor. xt
2. On n'’insiste pas assez sur ce fait, que l’évangéliste affirme le mystère sans en proposer aucune explication. M. Holtzmann dogma tise, à sa manière, quand il affirme que les explications «liturgiques payety Thv cpxa et mieïv To alux Xotoroù ne sont susceptible que d’une « pneumatisches Verstandniss ». En réalité l’évangélis ne propose aucune « Verstandniss ». Et M. Hoitzmann est bien plu dans le vrai, quand il ajoute immédiatement : « Das Mysteriu selbst bleibt zwar im Dunkeln. » Op. cit., t. II, p. 507.
« Prenez, mangez, ceci est mon corps; prenez, buvez, ceci est mon sang ». Le quatrième évangile donne-t-il là à l’enseignement du Sauveur une expression longuement réfléchie par l’évangéliste et adaptée par lui à un état de conscience chrétienne autrement müri que ne pouvait l’être celui dela foule juive de Capharnaüm? Du moins, on pousse cette hypothèse à la limite, quand on veut voir dans ces affirmations « une triomphante apologie contre les fausses idées et les grossières objections des juifs ou des païens » sur le sujet de l’eucharistie !. C’est là une exagération manifeste. Car combien l’évangéliste aurait mal calculé son apologie en se servant des expressions dont il se sert ? N’eût-il pas, tout au contraire de son intention, justifié par sa terminologie toutes les fausses idées et les plus grossières objections ? Le plus qu’on puisse dire, c'est que l’évangéliste fait allusion aux paroles de l'institution de la cène, telles que Paul et les Synoptiques les ont recueillies, et que nul témoignage plus que le sien ne confirme le réalisme des paroles de l’institution.
Jusqu'ici saint Jean, au sujet de l’eucharistie, n’a rien exprimé de plus que n’exprimaient les Synoptiques. Mais, s’il parle de l’eucharistie, ne perdons
pas de vue que ce développement sur l'eucharistie est subordonné au développement plus général du pain de vie, du pain symbole de la foi vivifiante. Il en est, en quelque sorte, un argument par analogie,
A. Loisy, p. 354. HOLTZMANN, t. IT, p. 502. Allusion aux Üvéoteuo dEinvo: ; M. Holtzmann fait remonter cette calomnie au début du n° siècle; il ne faut pas oublier qu’elle n’a pas d’attestation antérieure à saint Justin. ;
Le thème principal (26-51) du discours est la foi vivifiante ou le pain de vie. Les deux thèmes subordonnés sont comme deux confirmations a potiori du thème principal : 1° la chair du Christ donnée pour la vie du monde (51), et 2° l’eucharistie vie du chrétien (53-56). Parce que le thème de l’eucharistie est subordonné au thème de la foi pain de vie, l’évangéliste exprime que l'eucharistie produit le même effet que la foi; elle donne la vie, plus exactement, elle fait surabonder la vie. La « vie » s'entend de la vie spiritueile, dont c’est l'effet de l’eucharistie,
non pas de la produire, mais de l’entretenir et de la.
parfaire. Et, pour autant que cette « vie » est identique, à nos yeux, avec la grâce sanctifiante, on peut dire d’elle qu'elle est une participation de la vie divine. « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour » (54).
Par ces affirmations nouvelles, le quatrième évangile aura exprimé de l’eucharistie son effet spirituel, son dynamisme, si on peut employer ce terme dans ce sens. « Son point de vue, a-t-on dit, s’accuse nettement dans les paroles : Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ! ». Ces paroles sont une sorte de commentaire des paroles de l'institution, elles sont destinées à avoir sur la pensée théologique à venir une influence profonde.
Les Pères, a-t-on dit justement, « les Pères, qui,
depuis Ignace d’Antioche, ont vu dans la communion eucharistique un gage de résurrection glorieuse, sont tout à fait dans la tradition johannique ? ».