‹ E?tudes d'histoire et de the?ologie positiveChapitre 52 sur 164 · Loisy, p · texte numérisé non relu

Loisy, p

k A Lun 94 L'EUCHARISTIE DANS LE NOUVEAU TESTAMENT.

qui pourrait accepter pareil paradoxe ou pareïlle horreur? Le Sauveur répond : La foi au Fils de l'homme va cependant jusque-là. Voila pourquoi celui qui mange ma chair et boit mon sang, celuilà a vraiment la foi, celui-là a donc la vie; il est à moi et je le ressusciterai au dernier jour; il est à moi, « il demeure en moi et moi en lui » (56). Qui pourrait nous séparer désormais? Ainsi manger la chair du Fils de l'homme et boire son sang, est la consommation de la foi, et partant la plénitude de la vie.

On fait dire à l'évangéliste ce qu'il ne dit pas, pensons-nous, quand on entend de l’eucharistie éminemment, ce qui est d'abord l'effet de la foi. Le rapport habituel qui s'établit entre Jésus et ses fidèles est une participation à la vie que Jésus apporte au monde. Cette vie a sa source et son expression dans la foi par laquelle le fidèle adhère à Jésus. Et cette foi a « son point culminant » dans l’eucharistie, qui est, sous un de ses aspects, un suprême acte de foi, puisqu'elle est l’acte de foi à Jésus donaant sa propre Chair pour la vie du monde sur la croix. La communion est considérée ici par saint Jean comme une manifestation de la foi du fidèle. Voilà pourquoi il lui reconnaît une efficacité qui ne diffère pas de l'efficacité de la foi. Saint Jean n’a rien dit de plus.

Ainsi, par ce qui est aflirmé de l’eucharistie, se confirme le thème principal du discours sur le pain de vie, qui est la vie par la foi au Christ : « Le Père qui est vivant, m'a envoyé, et je vis par le Père: ainsi celui qui me mange », — non pas seulement comme chair et sang, mais comme pain de vie, —

| SAINT JEAN. 95 « vivra par moi » (57). Car le Père a la vie en luimème et il a donné au Fils d'avoir la vie en lui-même (Jo. v, 26), et le Fils est venu pour que « les brebis aient la vie et qu'elles soient dans l'abondance » (x, 10). Cette communication de la vie est symbolisée pas l'inhabitation du Père et du Fils dans le croyant: « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera : nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui » (xiv, 23). La vivification des élus de Dieu est la raison d’être de l'incarnation du Logos. La fin du discours sur le pain de vie rejoint ainsi le prologue du quatrième évangile : elle na plus en vue que l’action vivifiante du Christ inconditionnée et en sol.

Le discours s'achève par une parole qui le résume tout entier et qui en est comme le Leitmotiv : « C'est ici le pain qui est descenda du ciel; ce n'est pas comme la manne, que vos pères ont mangée, après

oi ils sont morts : celui qui mange ce pain vivra éternellement » (58).

- La sixième section du chapitre vi (60-71) est l’épee du discours sur le pain de vie. Les disciples — il n’est plus question de la foule — se divisent :

« Cette parole est dure, qui peut l'écouter? » disent à A quoi Jésus répond : « Cela vous scandalise? Et si vous voyez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant ? »

…. Le scandale des disciples est provoqué soit par les dernières paroles du discours, soit par l'ensemble :

même du discours : Jésus a manifesté l’antithèse de la loi de Moïse et de l'Évangile, de la manne et du pain : la manne ou la Loi n’a pas préservé les Israélites de la mort, tandis que le pain descendu du ciel donnera la vie éternelle. L'image du pain descendu du ciel, l’idée de Jésus venu du Père et vivant par le Père, est, bien plutôt que le précepte de manger la chair du fils de l’homme, ce qui constitue pour les disciples la « parole dure ! ». Le Sauveur leur répond directement : Que direz-vous « si vous voyez le Fils de i’homme monter où il était auparavant » ? L'eucharistie a été si peu la préoccupation perpétuelle du discours sur le pain de vie, que la pensée des auditeurs est tout entière attachée à une objection, la même que les Juifs faisaient au début du discours : « Les Juifs murmuraient, parce qu'il avait dit : Je suis le pain vivant qui suis descendu du ciel » (41). Les disciples murmurent à leur tour comme les Juifs. Et Jésus leur reproche leur manque d'intelligence et de foi, comme il le repro< chera bientôt aux Pharisiens, quand il dira : « Je sais d’où je suis venu et où je vais, mais vous, vous* ne savez d'où je viens ni où je vais : Vous jugez. selon la chair » (vin, 14-15). Dans le même sens» le Sauveur dit aux disciples incrédules : « C’ests l'esprit qui vivifie », et cet esprit vous manque : vous êtes donc charnels, comme les Juifs, vous ne pouvez comprendre mes paroles : « la chair ne sert! de rien, les paroles que je vous ai dites sont esprits et vie ».

4. MALDONAT, p. 1536 D : « Malim ad totam Christi superiorem disputationem referre. »

Fidèle jusqu’au bout à retrouver l’eucharistie dans discours sur le pain de vie aussi bien que dans pilogue de ce discours, M. Loisy suppose que les ciples ont été choqués par « l’idée de manger la air et de hoire le sang de Jésus ! ». Il néglige d’obver que l’évangéliste ne rattache pas le murmure s disciples à cette idée déterminée, et que la rénse de Jésus répond à une objection différente : le direz-vous « si vous voyez le Fils de l'homme nter où il était auparavant », est la réplique dite à l’objection de ceux qui se choquent qu'il soit pain descendu du ciel.

Dr, dès que la réplique de Jésus témoigne que icharistie n’est plus le sujet de l'entretien, pouroi appliquer à l’eucharistie la parole : « C’est l’esit qui vivifie, la chair ne sert de rien » etc.? Loisy ne veut pas qu'on interprète cette parole près celle de saint Paul (27 Cor. 11, 6) sur la tre qui tue et sur l'esprit qui vivifie; nous estins, comme lui, que « le texte de Paul ne fait pas pour l'interprétation de Jean », et qu'il convient xpliquer ce passage d’après le sens ordinaire s mots « esprit » et « vie » dans le quatrième angile ?.

Jésus donc dit à ses disciples : Vous ne me comprepas, parce que vous raisonnez en hommes char- IS sur des paroles qui sont esprit et vie *. N'est-ce

"LoIsy, p. 467.

- Id. p. 470.

“MALDONAT, p. 4541, a longuement et solidement motivé le sens “nous adoptons là. Il est vrai que Maldonat ajoute après cela : ideo tamen nonnullis postea Catholicis [hanc sententiam] displisse, quibus, etsi nihil me eorum rationes movent, pertinaciter re-

pas le sens de tout l’épilogue du discours? Non, d M. Loisy : le Sauveur ne pense qu'à un point par culier du discours, la chair qui devient un aliment, le Sauveur donne l'explication de cette énigme,

c'en est une pour le lecteur de l’évangile, explicatic que l’on formule ainsi : « L'objet dont il vient d'êt parlé » — la chair — « est quelque chose de spiritu et de vivant, où il ne faut pas voir que de la chair, « l’on ne doit, au contraire, voir la chair que dans l'esp et dans la vie ! ». En vérité, pouvons-nous dire,

c'est là une explication, on ne voit pas en quoi el diffère d’une énigme. Et M. Loisy veut bien en co venir, quand il ajoute aussitôt : « Un suppléme d'explication ne serait pas inutile ».

M. Loisy a très bien vu que l’auteur du quatrièn évangile « n’a pas regardé comme de purs symbol le baptême et l’eucharistie ». Mais M. Loisy dev. aboutir, parce qu'il avait cru retrouver partout l’e charistie dans ce chapitre vi, à concevoir l’eucharisi comme une « action de l'esprit ». Dans le baptêm l’action de l'esprit « a le caractère de régénératio infusion de vie nouvelle et supérieure ». Dans l'e charistie, l’action de l'esprit « a le caractère de n trition, de participation réitérée au principe même! la vie surnaturelle ». La communion eucharistique ui Jésus glorifié à tous les siens « en lui dans un mêt esprit, une même vie, qui sortent de lui, qui atteigne le fidèle à travers le symbole extérieur et l'a sensible ? ». Le mystère de la nature de la chair

pugnare nolo. » Comme nous n'avons pas les mêmes raisons Maldonat de déférer à ces répugnances, |” interprétation qu’il té pour bonne, nous paraît pouvoir être maintenue. 4. LOISY, p. 470.

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