‹ E?tudes d'histoire et de the?ologie positiveChapitre 6 sur 164 · I Thess · texte numérisé non relu

I Thess

exprimer une nuance d'éloignement et indiquer un intermédiaire !?

Le texte des paroles du Christ, tel qu'il est donné par saint Paul, est d’une concision extrême. Tout d’abord, le Christ ne dit pas, à propos du pain : « Prenez, mangez ». Ces deux mots sont une glose de, seconde main, introduite ici sous l'influence du texte parallèle de saint Mathieu et sans doute de l’anamnèse liturgique : ils manquent dans les grands manuscrits onciaux grecs, dans les meilleurs manuscrits de la Vulgate hiéronymienne, chez saint Cyprien, chez saint Jean Chrysostome. — À sd côux saint Paul ajoute rè ürip uv. Cette formule est si abrupte que l’on comprend bien l'introduction d’une glose explicative : tel est le rôle du mot xlouevov introduit de seconde main dans les grands onciaux, et de là passé dans le texte grec reçu. La Vulgate a emprunté aux versions préhié- * ronymiennes la formule « quod pro vobis tradetur ». h Autant de gloses, qui ont pour fin de préciser le sens de la parole du Christ plus que Paul ne la pré- Lise encore : autant de gloses qui affirment la fonc- “tion rédemptrice de ce corps qui va être livré à la | passion.

Sur la coupe, saint Paul est plus explicite : elle mest la nouvelle alliance dans le sang du Christ. Le “Seigneur ne dit pas : « Ceci est mon sang, le sang de l’alliance », comme le rapportent saint Marc et “saint Mathieu. Il dit : « Cette coupe est la nouvelle

—… 1. Ita W. SCamrE DEL, dans le Handcommentar zum N. T. (Freiburg

4891), L. 11,1, p. 133. Cf. Van CROMBRUGGHE, De soteriologiae christianae bprimis fontibus (Louvain 1905), p. 151-155, même sentiment que nous.

alliance en mon sang :fToùro ro morñprov À xauvn dtaônxn | éariv év rû éuü afuar. » Ces mots ne peuvent se comprendre si on ne les rapproche du passage de l'Exode où Moïse, aux pieds du Sinaï, scelle, par un rite sanglant, l'alliance de Dieu et de son peuple : Moïse prend le sang des taureaux immolés en sacrifice, en répand une moitié sur l’autel, et l’autre moitié sur le peuple, et dit : « Voici le sang de l'alliance que l'Éternel a faite avec vous ! » : parce que tout pacte doit être scellé de sang, même le pacte conclu avec Dieu. La nouvelle alliance, l'alliance non plus selon la lettre, mais selon l'esprit, l’alliance dont Paul a été fait ministre par Dieu ?, l’alliance qui est scellée par le sang du Christ, est signifiée par la coupe. Ici donc nous trouvons exprimé ce qui n'était pas exprimé clairement à propos du pain, un lien entre la coupe et la croix. La coupe est une anticipation du sang répandu sur la croix. Or le sang versé sur la croix est pour saint Paul la plus haute expression de la rédemption, de la justification, de la nouvelle alliance *.

On veut qu'il n’y ait pas dans ses paroles d’enseignement sur l’eucharistie : mais n'est-ce pas une doctrine expresse que de rattacher ainsi à la croix le « sacrement » du pain et du vin? Ce vin est d'une certaine manière — que Paul icine s'arrête pas à définir — le sang du Christ, du Christ considéré comme la victime immolée pour notre rédemption.M

Du même coup est infirmée la systématisation des

4. Exod. xxiv, 8 : ’I8oÙ vo aux rc GtaÜuns fc Guéfero xUptoc mods buâc. Cf. Heb. 1x, 18-21. — LAGRANGE, Études sur les religions sémiliques (Paris 1903), p. 259.

Page 1