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LA DIDACHÉ ET LES ÉPITRES IGNATIENNES. 121
Père : l'union du fidèle au Christ se réalise dans l’ Église : quiconque n'est pas dans l' Église est privé de ce bien. Écrivant aux Romains, Ignace dit, dans des termes analogues : « Je n'ai #1: gout pour une nourriture de corruption, pour les plaisirs de cette vie : je veux le pain de Dieu, qui est la chair de Jésus-Christ, ne de la semence de David, et pour breuvage je veux son sang qui est un incorruptible amour !. » Le « pain de Dieu » est ici encore le Christ se donnant au fidèle, au martyr. Le « pain de Dieu », c’est le pain descendu du ciel et maintenant remonté au ciel : c’est le Christ. Ignace veut s’unir à lui éternellement, en un incorruptible amour. M. Funk a très bien noté, dans son commentaire de ce passage, que l’objet désigné par Ignace sous le nom de pain, de chair, de breuvage, c’est l'union au Christ et la possession de Dieu dans le ciel. Dans l’épitre aux Éphésiens le symbolisme n’est pas différent : le « pain de Dieu » désigne l'union du fidèle au Christ, non pas dans le Ho mais dans l'Église.
Poursuivons notre enquête.
Ne vous y trompez pas, mes frères, si quelqu'un suit celui qui fait schisme, il n’a point de part au royaume de Dieu. Si quelqu'un marche dans une pensée étrangère, il n’est point conforme à la Passion. Appliquez-vous donc à user d’une eucharistie unique. Car unique est la chair de Notre-Seigneur Jésus-Christ, unique est le calice pour l'union de son sang, et unique l'autel, comme à n'y a qu'un évêque avec le presbyterium et les diacres, afin que, ce que vous ferez, vous le fassiez selon Dieu ?.
4. Rom. vi, 3 : &otoy Oeod low, 6 cru oùpë ’Inooù Xototod, zut rôua Délw To aux aùtov, 6 Éctiv Gyérn XvÜapros. 2. Philad. ur, 3-1V.
Tandis que, précédemment, le pain de Dieu était le Christ possédé dans l’incorruptible amour de l'éternel royaume, nous revenons, ici, au milieu des difficultés de l’Église dans le temps : le schisme est le péril prochain. N’est-il pas la ruine de l’unité wisible condition de l'unité mystique? Malheur donc à celui qui s'attache à quiconque se sépare, à quiconque a une « pensée étrangère », à quiconque tient, si l'on peut dire, chapelle à part. Unique doit être l’eucharistie, c'est-à-dire unique doit être l'assemblée où se célèbrent les saints mystères. Les redites abondent dans les épitres ignatiennes ; la pensée exprimée aux Philadelphiens est identique à celle que saint Ignace exprime aux Magnésiens dans les termes suivants : « Ne croyez pas que rien soit louable pour vous de ce qui se fait à part de la communauté, mais réunissez-vous au même lieu, qu'il n'y ait qu'une prière, qu’une supplication, qu’un esprit, qu'une espérance dans l'amour et dans la joie pure, et cela est Jésus Christ\.» Les chrétiens n'auront pareïllement qu'une eucharistie, comme ils n’ont qu'une prière, qu'un esprit, qu'un évêque, parce que tout cela est Jésus- Christ et que Jésus-Christ est unique. |
Ignace appuie fortement sur cette unité du Christ M le Christ est un, et ce Christ n’est pas le Christ irréeh et phantômatique des docètes : c’est le Christ le plus. réel qui puisse être le Christ en chair, la chair du» Christ. En d’autres mots, la chair du Christ est affirmée du point de vue christologique, non du point d vue eucharistique.
Ignace redouble : Vous n'aurez qu'une eucharistie;
1. Magn. vu, 1 : ni 70 aûto ia rooccvyñ, uéæ Génie, els VoÙs, EXrLS Év yann, èv Th yapa TA Aubuvw, 6 Éctiy Inooëc Xptot6c.
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car unique est l’autel, c’est-à-dire la croix. À quoi fait allusion dès lors : « Unique est le calice pour l’union du sang » ? Sera-ce au calice de la « messe » ? Ne sera-ce pas plutôt à la croix encore? On ne comprendrait pas, en effet, la logique de l'argument s’il consistait à dire : N'ayez qu'une eucharistie, car iln’'y a qu'un calice eucharistique, puisque le calice eucharistique se multiplie à l'infini, y ayant autant de calices que de « messes », supposé d’ailleurs qu’en chaque « messe » on ne consacre qu'un calice.
Mais ce n'est pas à dire que, soit la mention de la chair du Christ, soit la mention du calice, soit même la mention de l’autel, comme aussi bien celle de l’évêque, du presbyterium et des diacres, — à propos de l’eucharistie, — n'implique pas une allusion indirecte à l’eucharistie. A ce titre, on peut induire que saint Ignace doit avoir quelque raison de rapprocher ainsi l’eucharistie de l’affirmation de la chair du Christ et du calice pour l’union de son sang !.
On peut citer au même titre un passage de l’épître aux Smyrniotes. Saint Ignace y dit des docètes qu'ils se retirent de l’eucharistie et de la prière commune, parce que « {s ne reconnaissent pas que l’eucharistie est la chair de Notre-Seigneur Jésus- Christ, celle qui a souffert pour nos péchés, celle que le Père a ressuscitée? ». On résiste malaisément à la tentation de voir dans ce texte une affirmation, la plus nette qui se puisse souhaiter, de la présence réelle du corps du Christ dans l’eucharistie
: STRUCKMANN, p. 30, croit pouvoir interpréter beaucoup plus riuseïnent ce texte. Une grande circonspection s'impose. 2, SMYTN. x, 2.
saint Ignace ne s’exprime=t-il pas là conformément au réalisme le plus exact !? x
Je ne cacherai pas les scrupules que j’aisur ce texte.
Les docètes commettent la faute que saint Ignace dénonçait aux Philadelphiens : « Si quelqu'un suit celui qui fait schisme, il n'a point de part au royaume de Dieu » etc. : les docètes de Smyrne s’abstiennent de l’eucharistie, dans le même sens où les fidèles de Philadelphie étaient conjurés de n'avoir qu'une eucharistie ? : eucharistie désigne l'assemblée de l'Église %. Et ainsi s'explique qu'Ignace rapproche dans ce texte l’eucharistie et la prière, comme s'il s'agissait d’un seul et même acte.
Voici donc déjà un des deux termes de la proposition, le terme eucharistie, qu’il convient de ne pas prendre dans son sens reçu, car il a ici un sens très particulier à Ignace. N’en est-il pas de même du second terme, chair du Christ ?
Ignace, remarquons-le bien, combat le docétisme, qui est à ce moment, en Asie, l'erreur envahissante et obsédante. Pour la combattre plus instamment, il affecte de parler, non pas simplement du Christ, mais de la chair du Christ et de son sang, ce qui est une façon d’exaspérer et de confondre les docètes. « Je pous embrasse tous, écrit-il aux Smyrniotes, dans le nom de Jésus-Christ, dans sa chair, dans son sang, dans sa passion, dans sa résurrection, dans l’unité charnelle et spirituelle de Dieu et de vous #, » Etencore : « Je glorifie Jésus-Christ Dieu,\