In Mat. comment. ser. S
.. Mauristes, à qui nous devons l'édition actuellement encore la plus répandue d’Origène, ont noté sur ce passage qu'il a été supprimé par tous les éditeurs antérieurs; et, dans le premier des deux manus- Brits dont les Mauristes sesont servis, ce passage aété gratté, ce qui donne à penser que, non les premiers sditeurs, mais les manuscrits dont ils ont usé sont responsables de cette suppression !. Quant aux Mauristes, 1s ont loyalement restitué la lacune, en observant jue ce passage a un son peu catholique, au moins au premier juger, disent-ils. Car, en avouant que ce bassage les a laissés hésitants et incertains, ils se ‘angent en définitive à l'interprétation que leur en à suggérée le censeur royal de leur édition, le sieur Robbe, selon lequel il faudrait distinguer ici trois thoses. D'abord le pain et le vin, soit les espèces ou pparences. Puis la substance cachée sous les esèces sensibles. Enfin la signification mystique du acrement. Origène aura à peine touché à la nature u sacrement, comme à un sujet suffisamment connu es fidèles ; il a, au contraire, insisté sur la significaion mystique, nutrit, laetificat, potat, inebriat.
MLes copistes, les éditeurs, et le censeur royal se jont peut-être embarrassés pour peu, s’il est vrai, ‘omme le propose M. Struckmann ?, et comme nous ensons qu'il le propose à bon droit, qu'Origène, dans le passage, allégorise. Le pain et le vin de la cène ont pris par lui pour une figure, mais la figure de ri autre chose que le corps et le sang du Christ, la
M. P. G. XIII, col. 1733, note.
12, STRUCKMANN, p. 462. Pareilles PHONE dans le texte In Num. \om. XVI, 9 et XXIIL, 6; In Lev. hom. VII,5; De orat. 27; etc. Ces textes pe étudiés par STRUCKMANN, p. 158-180,
figure de sa doctrine. Il ne faut donc pas cherche ici une théorie de ia présence réelle, pas plus qu nous n’en avons cherché dans les développement allégoriques analogues de Clément.
Au contraire, le texte qui suit concerne indubita blement la communion, et on n’a pas tort d'y voi l'expression la plus explicite de la pensée d'Origène Dans son commentaire de saint Mathieu, Origènm rencontre la parole: Non quod intrat in os coënquina hominem ‘. Donc, écrit-il, on pourra objecter que c! qui entre par la bouche ne sanctifie pas davantag: l'homme, «bien que les simpliciores pensent que celk sanctifie qui est appelé pain du Seigneur » ?. Origèn! reprend les termes dont il se servait dans le Contr Celsum : le pain sanctifie. Mais, dit-il maintenant ces termes sont ceux de la foi des simples, et il resti à les bien entendre. La foi des simples ne se tromp pas lorsqu'elle croit que le pain est « sanctifié par L parole de Dieu et par l’invocation », et Origène l’af firme ici, comme il l’affirmait dans le Contra Celsum Mais cette sanctification, ce « sanctum Domini » pour nous servir d’une expression de saint Cyprien cette &yix pop, pour rappeler celle de saint Denÿ d'Alexandrie, est-elle une chose matérielle? Non, € en tant qu ] est matière, le pain sanctifié suit courant de la digestion. Qu'est-ce donc qui sanctifi le fidèle qui communie? « Ce n’est pas la matière di pain, mais la prière prononcée » sur le pain *.
| | & Mat. xv, M. | . Comment. in Mat. xx, 14 (P. G. XIIX, 948 C): Oùtws où To aie xéevo) ic To oTouu dyréter Tov ävipwmov, av ÜTd TOY àxEpal Tépuwy vouitnror &yrdlev 6 dvouatémevos &pTos To xupiou. 3. Ibid. (949 B) : To &ytatouevov Bpôua d1à Acyou Geo nai EVTE Eewç xer” aÜTo pèv To Duroy els Tv xouAlay HUpEt xaù is GpEdpoY
» Sitout ce qui entre par la bouche va dans le ventre, puis finit au fumier, l'aliment sanctifié par la parole de Dieu et par l’invocation, pour autant qu’il est matériel, va \dans le ventre et finit au fumier; mais à considérer la prière qui a été faite sur lui, selon l’analogie de la foi, il Idevient profitable, et il est cause que l'esprit voit ce qui test profitable. Et non pas la matière du pain, mais la parole prononcée sur [le pain] est ce qui est profitable à qui le mange d'une manière non indigne du Seigneur. Ceci soit dit du corps typique et symbolique.
Voici donc du pain, du pain dans sa réalité phy- \sique xar” aÿro vo üluxov : matière, il a le sort commun de toute matière qui sert d’aliment. Les Mauristes croient qu ’il s’agit là des accidents du pain, lesquels, lune fois digérés, se convertissent en une substance nouvelle, soit qu'ils s’assimilent au corps humain, Isoit qu'ils s'évacuent in secessum... Oui; mais le texte d'Origène ne suggère aucun soupçon de la dis- Mtinction de la substance et des accidents, et jamais ro ühuxdv ne peut faire penser à « l'apparence » de la matière !.
Dans le ne Celsum, Origène parlait du « pain qui devient corps » : ici, il donne à ce corps eucharistique la double épithète de « typique », c’est-à-dire de figuratif, et de « symbolique ». On a rappelé, à ce
ExGalketar. Kara dE TAV ÉTUYEVOHE VA adTé EÜYAV, XUTà Tv &va)oYÉ&Y Th TLGEU, DoELOY YÉvETAL, xai Ts TOÙ vod œiTLoy GtaGhéÿeme Müp@vros Emi To œpehoüv. Kai oùy ñ Un Toù Gprou, AV 6 En” aût® Vetpngévos À0yoc Éctiy 6 @pe)}GV TÔv (A dvaËlwz Toù xupiou ÉGALOVTE Ladtév.
A. STRUCKMANN, p. 484, note : « Das hier Origenes noch nicht die Scholastischen, später dogmatisch fixierten Termini Substanz und Accidenz gebraucht, hat nichts Befremdendes. In der Sache dürfte Ori- Senes unter seiner Un, ÜXOY das materiell in die aussere Er- Mscheinung Tretende gemeint haben ». C'est une interprétation moderniste.
propos, que le cardinal Bellarmin autorise à voir dan: le corps eucharistique ou sacramentel un symbol: du corps historique, du corps glorieux : les deu: ‘épithètes qu'Origène applique au «pain devenu corps ne seraient donc pas contraires au langage réalist qu'Origène parle avec les simpliciores. — On a di mieux que le mot « symbole » n’est pas pour les écr: vains ecclésiastiques anciens ce qu'il est pour nou aujourd'hui : un symbole est pour nous un signe qu n’est pas ce qu'il signifie : autrefois un symbole étai une chose qui de quelque manière était ce qu'ell signifiait. Symbole voulait surtout dire mystère, e il n'y avait pas de mystère sans symbole. C’est c qui permet à M. Harnack de dire qu'Origène n'es pas, au sujet de l’eucharistie, un symboliste, et qu de purs symbolistes, sur ce sujet, il n’y en a jamai eu !. L'étude attentive de tout le contexte en donner la conviction, pensons-nous, en ce qui concern Origène.
Ce pain, en effet, n’est pas un simple signe, cat sanctifié par la parole de Dieu et par l’invocation, : est devenu saint, mais aussi, sanctifiant. Origèn ne s'explique pas d’abord sur la nature de cett sanctification que produit le pain sanctifié. Mais il vient par un détour et à l’aide d’un mot impréci encore : to dyrabouevov Bpoux opéAuov yiveta : le pair dit-il, devient profitable ?. — Premièrement, pou
4. Dogmengeschichte, t. I, p. 436-437. M. Harnack n'accepte pas ] distinction entre réalisme et symbolisme : « Richtiger würde ma zwWischen einer materialistischen, einer dyophysitischen, und En
doketischen Auffassung unterscheiden künnen, die indess nicht a sich streng ausschliessend zu betrachten sind. »
2. L'expression dpélioy yivEtat est vraisemblablement une all sion au texte de saint Jean, vi, 63 : Spiritus est ‘qui vivificat, can non prodest quidquam = à GùpË oÙùx Dpenet oÙdEv.
Origène la cause de cet effet n’est pas littéralement le pain matériel, où ñ ÜAn voù dorou, mais bien la prière prononcée sur le pain matériel, &\\ 6 x aûr eipnuévos Xoyos écriv 6 Gpe}@v rov Échiovra. — Secondement, si l'être matériel du pain ne sert de rien, comment lacte de manger ce pain sera-t-il profitable au fidèle? Origène répond : la prière prononcée est cause que l'esprit a l'intuition de ce qui profite, et cet effet se produit « Fe l’analogie de la foi », xarx vhv &vahoytav ts mistewc !. Ainsi, dira-t-on, le pain ne sert de rien, mais bien la parole de Dieu et l’invocation prononcée sur le pain, et cela dans la mesure de la foi du communiant. Est-ce donc que cette parole crée le symbole, et que le symbole vaut pour la foi? Ainsi l’ontentendu les dogmatistes protestants d'hier et d'aujourd'hui. Ils se fondent sur le développement uivant :
… L'aliment sanctifié par la parole de Dieu et l’invocalion ne sanctifie pas celui qui le mange par [l'effet del ette parole : car s’il en était ainsi il sanctifierait même Celui qui mange indignement le pain du Seigneur. Non, [disons] du pain du Seigneur : il y a profit pour celui qui n mange, S'il prend de ce pain avec un esprit droit et Wne conscience pure.-Si bien que, si nous nous abstenons le manger et par le fait de ne pas manger du pain sanchifi par la parole de Dieu et par l’invocation, nous ne ommes privés d'aucun bien, pas plus que nous n'avons Quelque bien en plus d'abondance si nous mangeons [de e pain]. Car la cause de la privation, c’est la malice, ce jont les péchés, comme la cause de l'abondance, c’est la lustice, ce sont les bonnes actions ?.
A. La formule xat& Tv &vahoytay ts miotewc est prise à l’épître ux Romains. Rom. x11, 6. MO, Comment. in Mat. 1. c. (948 D) : OÙtws To &yraïouevov à )}6you