AN PET NE
Pas plus que M. Struckmann, je ne pense qu'or puisse tirer de ces textes la preuvé qu'Origène m croyait pas à l’objectivité du don « saint et sanctifiant que fait l’eucharistie au communiant. Assurément l’état de sa conscience, si elle est souillée de fautes prive le communiant de tout bénéfice, et rend s. condition plus griève encore : saint Paul en avait di autant déjà aux Corinthiens, et Origène s’exprimai de même dans les textes cités plus haut où il parl de la pureté de conscience que le fidèle doit avoi pour «communier au corps du Christ » sans crainte Le pécheur, en état de péché, devra s’abstenir de communier, et ainsi il ne perdra rien, « il ne ser: privé d'aucun bien », puisque sa communion serait à tout le moins, stérile. Ne disons donc pas que Lk « pain sanctifié » sanctifie qui le reçoit indignement Mais, par contre, le « pain sanctifié » sanctifiequi le re çoit dignement. Origène va plus loin : si le fidèle com munie dignement, que reçoit-il qu'il ne possède déjà! Ce disant, Origène pose la délicate question des effets de la communion, et il la résout un peu vite! Mais i ne nie pas l’objectivité du don « saint et sanctifiant »
Reprenons donc une à une les données du problème Le pain du Seigneur est un aliment sanctifié par 1 parole de Dieu (les paroles de l'institution) et par l'in vocation (épiclèse). Cet aliment sanctifié ne sanctifi pas en tant qu'il est quelque chose de matériel. Et c n’est pas davantage la prière qui l’a sanctifié qui san üifie le communiant. L'aliment sanctifié sanctifie don par lui-même. A quoi servirait-il de s’en nourrir, si L fidèle, quand il communie dignement, n’en retirait a
0enù nai Evreutews où T& idlw A6yw GyLatEt Tov ypwmevoy x Rapprocher le texte du Contra Celsum cité plus haut, p. 187.
cun bénéfice spirituel? Le pain est devenu corps et ce corps est saint et sanctifiant : grâce à la prière qui aété prononcée : « Ceci est mon corps », l’esprita l'intuition de ce que par sa foi il sait qui lui profite. Car ce qui lui profite est insaisissable aux sens, et est un pur objet de foi, tout en étant distinct de cette foi comme l’objet l'est du sujet, &yrov &yrabov 1.
Concluons. Quand on a mis à part les textes où Origène, après Clément, allégorise sur la chair et le sang du Christ, et la mème perd de vue l’eucharistie, on découvre qu'il parle, au sujet de l’eucharistie, le gage liturgique de l’Église et des simples, et ue, par aucune spéculation, il n’a répudié le réaisme que ce langage implique. Ce qui est étranger à Origène, c’est l’idée de Clément que l’eucharistie serait un mélange du Verbe et du pain ou du vin. Ce qui lui est étranger aussi, mais seulement peut-être, c'est l’idée que l’eucharistie est un gage d'immortalité, idée chère à Clément, autant qu'à saint Irénée, saint Justin, saint Ignace. Origène ne s'explique pas sur l'effet de l’eucharistie dans le fidèle qui communie dignement ; mais il ne nie aucunement l'objectivité du don que le fidèle reçoit, et qu'il ppelle « corps typique et symbolique », au sens de corps mystérieux.
Certes, on ne dira pas qu'Origène a fait progresser la dogmatique de l’eucharistie, mais on ne dira pas qu'il a rompu avec le réalisme.
4. La distinction du sujet et de l’objet est exprimée mieux encore dans In Joan. comment. XXXII, 24 : Thc puäs èv TO äprw xpeirrovos Buvauewc xai Èv TO rornoiw ÜroxEmuEvn LLÈV dLañécEL HOEÏTTOVL ÉVEpY- Mouévns To BEdruov, y2tpove GÈ Euro:odons td xpiux. Origenes Werke, lt: IV (Leipzig 1903), p. 468.
Les textes que nous avons maintenant à présenter constituent un groupe, tant d’Alexandrins que d’Orientaux, et ce groupe, bien mieux que Clément ou Origène, constitue une tradition, dont il importe souverainement de déterminer le sens!.
Eusèbe de Césarée a été souvent cité, et à juste titre, comme un témoin de la perpétuité du langage liturgique touchant l’eucharistie. Il a écrit, en effet, que, à la différence des Juifs dont la pâque était annuelle, les chrétiens célèbrent la pâque chaque dimanche, et qu'ainsi « nous sommes toujours repus du corps du Sauveur, nous participons toujours au sang de l’agneau ? ».
Eusèbe d’ailleurs ne s’interdit pas plus qu'Origène d’allégoriser sur la chair et le sang. « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. » Par là, écrit Eusèbe, le Christ nous instruit qu'il faut « entendre spirituellement ce qu'il dit de la chair et du sang ». Eusèbe développe ce sens, en supposant que le Christ s'exprime ainsi : « La chair dont je suis revêtu » — expression pareille à celle dont usera Athanase pour exprimer l'union de la divinité et de l'humanité dans le Christ, et qui témoigne de l'imper+ fection de leur christologie, — « ce n’est pas de cette chair que vous devez penser que je parle, comme si vous aviez à la manger; ni non plus de ce sang sensible et corporel que vous devez supposer que je vous donne l’ordre de boire; car vous savez bien que mes
1. Je ne cite pas le fragment XXXVIII de saint Irénée, P. G. VII,
4253, qui est un faux du théologien piétiste Pfaff. 2. De solemn. paschali, 1.
Fun
paroles sont esprit et vie. » Eusèbe poursuit et l’on voit alors que par chair et sang « mystiques », il désigne la vérité enseignée par le Christ : « Paroles et discours sont la même chose que chair et sang; celui qui y participe toujours, comme s'il était nourri d’un pain céleste, participera à la vie éternelle !. » Par ces allégories maladroites, Eusèbe est bien de la lignée exégétique d'Origène. Il ne l’est pas moins par l'emploi des termes de « symbole ». Les chréliens, écrit-il, « célèbrent chaque jour la mémoire du corps et du sang » du Christ. L'incarnation a été le sacrifice définitif annoncé par les prophètes, offert Dieu par le Christ : de ce sacrifice « nous faisons la mémoire sur la table [de l'Église], avecles symboles u corps et du sang du Sauveur, conformément aux rescriptions du Nouveau Testament ? ». La loi osaïque est abrogée, qui requérait des victimes sanglantes : le Christ en personne a « donné à ses disciples les symboles de l’économie divine », de incarnation, « quand il a prescrit de faire l’image le son propre corps », de « se servir du pain comme u symbole de son corps * ».
Origène parlait de « corps typique et symbolie » : Eusèbe a retenu ces formules, et il en précise
4. Ecclesiastica theolog. III, 12. Eusebius Werke, t. IV (Leipzig 906), p. 468.
2. Demonstr. evang. 1,10 : Tny70ù cwuwatos aûToù xai Toù afwatoc nv dréuvnoty donuépat EniTehodvres [P. G. XXII, p. 88 C].. Toÿrou où Büuatoc Thv uvnunv Èni tourélns Enteheïv dx ouu66wv Toù Te Wuaroc adtoÙ xai TOÙ cwTnpiou aiwatos xata Gecwods TA AVS tabrzns Tape:}nootes (p. 89 A).
3. Id. NII, p. 596 : Atos tà cÜu6ox Ths évhéou oixovouias Tois Droù naped:dou uabnrats, Tv eixôva ToÙ idiou cwuatoz roteïoûzt apaxehevouevoc.… Got ÔÈ yoñobar cuu60)w ToÙ dou GHLATOS Tapdiôou. — Cf. Dial. de recta in Deum fide, v, 6 (éd. Van de SANDE Leipzig 4901], p. 484-5).
l'emploi. Le pain est symbole ou image du corps véritable du Christ.
Ne nous hâtons pas de conclure qu'Eusèbe a abandonné le réalisme, pour passer au symbolisme : moublions pas que « symbole » n’est pas pour les écrivains ecclésiastiques anciens un signe vide de la réalité qu'il signifie, et appliquons la même nuance aux mots image, copie, antitype, qui sont synonymes. Si nous doutions de cette règle de sémantique, il suffirait de citer le texte que voici d’un Alexandrin.
Les Homélies spirituelles qui portent le nom de Macaire « l'Égyptien » sont une production alexan: drine de la seconde moitié du rv° siècle. Les rois et les prophètes de l'Ancien Testament, y lisons-nous, n'ont pas connu ce qui nous a été révélé, à nous chrétiens, le mystère de la passion, le baptême de l'Esprit saint et du feu, et « que dans l'Eglise est offert un pain et un- vin antitype de la chair et du sang du Christ : quiconque participe à ce pain visi= ble mange spirituellement la chair du Seigneur ! »:
Les expressions s’éclairent, le pain et le vin sont antitype de la chair et du sang, mais non un sym= bole vide, puisque le fidèle qui reçoit le pain, et plus précisément ce qui paraît pain, mange la chair du Seigneur ; du moins, il la mange spirituellement.
L'Euchologe de Sérapion de Thmuis est un text
1. Homil. XXVIT, 47 (P. G. XXXIV, 705) : ’Ev th éxxlnoiæ Tpoové petat Gptos xai oùvos, GVTITUTOV This après aÛTOU xai ToÙ œipuroc Xai OÙ meTalau6GvOVTEC ÊX TOÙ YOLVOMLÉVOU @GPTOU TVEULATLXGS TAN Gdpxa ToÙ xupiou EcÜiouot. Même langage chez S. Épiphane, Contra haer. LV, 6 : ävtituna Toù xupiou, &vrituræ ToÙ aimutos aÿÜroÿ. mot &vTitumov est pris à Heb. 1x, 24 et à I Pet. m1, 21 : il signifie copie reproduction d’un modèle ou TÜxos. Cf. Act. Vir, 43.
iturgique très vraisemblablement antérieur aux hoélies de Macaire, et de peu antérieur au concile exandrin de 362. Il a été découvert en 1894.
| Prière de l'oblation de Sérapion évéque.
L [PRÉFACE.] Zl est digne et juste de te louer, de te chanter,
e te glorifier, toi Père incréé du Monogène Jésus-Christ. Nous te louons, Dieu incréé, inscrutable, ineffable, incompréhensible à toute hypostase créée. Nous te louons, toi qui es connu par le fils, le Monogène, toi qui par lui es parlé et interprété et connu à la nature créée. Nous te louons, toi qui connais le fils et qui révèles aux saints les gloires qui le concernent; toi qui es connu par ton Verbe engendré, + vu et expliqué aux saints. Nous te louons, Père invisible, chorège de l’immortalité. Tu es la source de la vie, la source de la lumière, la source de toute grâce et de toute érité, ami des hommes, ami des pauvres, propice à tous, les attirant tous à toi par la venue de ton fils bien-aimé. Nous te prions, fais de nous des hommes vivants. Donneous l'esprit de lumière, afin que nous te connaissions, toi, Le véritable, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. Donne-nous l'Esprit saint, afin que nous puissions dire > raconter tes mystères ineffables. Que le Seigneur ésus parle en nous, et l'Esprit saint, qu'il te célèbre par ous. Car tu es au-dessus de toute principauté, puis- Sance, force, seigneurie, au-dessus de tout nom prononcé, on seulement dans ce siècle, mais dans le siècle à venir : des illiers et des milliers d'anges, d'archanges, de trônes, de seigneuries, de principautés, de puissances, sont près de Moi, et les séraphins très véritables aux six ailes, deux bour cacher leur visage, deux pour cacher leurs pieds,
4. G. WoBBERMIN, Allchristl. liturg. Stücke (Leipzig 4899), p. 4-6. Funs, Didascalia et Constitut. Apostolorum (Paderborn 1906), t. II, D. 473-179.
deux pour voler et acclamer : recois notre acclamation avec la leur:
Saint, saint, saint, le Seigneur Sabaoth! Plein est le ciel et la terre de ta gloire! Plein est le ciel, pleine est la terre de ta gloire grandiose !
[ANAMNÈSE.] Seigneur des puissances, remplis ce sacrifice de ta puissance et de ta participation. Car à toi nous offrons ce sacrifice vivant, cette oblation non sanglante. À toi nous offrons ce pain, figure du corps du Monogène. Ce pain est la figure du saint corps, parce que le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain, le rompit et le donna à ses disciples, en disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps rompu pour vous en rémission des pêches. C'est pourquoi nous, faisant la fiqure de la mort, nous offrons ce pain et nous invoquons par ce sacrifice. Sois propice à nous tous, sois propice, Dieu de vérité. Etcomme ce pain à élé épars sur les montagnes et, recueilli, est devenu un, ainsi assemble ta sainte Église de toute race, de tout pays, de toute cité, de tout bourg, de toute maison, el fais-en une Église vivante catholique. — Et nous offrons ce calice figure du sang, parce que le Seigneur Jésus, ayani pris une coupe après le repas, dit à ses disciples : Prenez, buvez, ceci est la nouvelle alliance, ceci est mon sang verse pour vous en rémission des péchés. C’est pourquoi nous présentons le calice figure du sang. «
[ÉPICLÈSE.] Dieu de vérité, vienne ton saint Verbe sur ce pain, pour que le pain devienne corps du Verbe, et sur cé calice, pour que le pain devienne sang de la vérité. Et fais que tous ceux qui communient recoivent le remède de vie, pour la guérison de toute infirmité, pour se fortifier en tout progrès el vertu, et non pour leur condamnation, Dieu de vérité, ni leur charge:et leur confusion.
[MEMENTO.] Nous l'avons invoqué, toi, l’incréé, par le Monogène, en l'Esprit saint. Que ce peuple soit pris en pitié, qu'il soit digne de progrès : que les anges qui assis tent le peuple viennent à bout du Méchant, et confirment
l'Église. Nous l’invoquons aussi pour ceux qui reposent, dont nous faisons commémoraison. — Après le rappel des imnoms. — Sanctifie ces âmes, car tu les connais toutes. WSanctifie toutes celles qui reposent dans le Seigneur. Mets- Mes au nombre de tes puissances saintes, donne-leur une place et une demeure dans ton royaume. Recois aussi W'eucharistie du peuple : bénis ceux qui ont apporté les oblations et les eucharisties : donne santé, conservation, \joie, et tout progrès de l’âme et du corps, à tout ce peuple, “par le Monogène Jésus-Christ dans le saint Esprit. Comme c'était, comme c’est, comme ce sera, de genération en géné- Lration, et dans tous les siècles des siècles. Amen.
Ce texte est le plus ancien texte liturgique que l’on ait à représenter le « canon » de la messe : la \citation que l’on a, dans le De sacramentis du pseudo- Ambroise, du canon de la messe romaine, est d’un demi-siècle environ plus tardive, et elle est moins Complète. L’'Euchologe de Sérapion contient, outre la préface et le Memento, le texte entier de l’anam- Inèse et de l’épiclèse, ce qu'Origène désignait sous le nom de « parole de Dieu et invocation ». Dans cette 'anamnèse, le pain est appelé dre roù cwmaros, le lcalice est appelé époloux roù aluaros, de même que le Isacrifice est appelé épotoux 505 davérou !. Le mot époioma sera pris sans peine pour l'équivalent du mot dvri- Murov dont seservait Macaire l’Égyptien, et soit du mot eixwv, soit du mot oéu6olov, dont se servait Eusèbe de Césarée.
Le L'intérêt de l'£Euchologe de Sérapion est qu'il préleise que le mot ôpoiwux s'applique au pain, au vin: il ne s'applique pas à la chair et au sang. Le pain est Lune figure ou un symbole de la chair, et cela est