‹ E?tudes d'histoire et de the?ologie positiveChapitre 95 sur 164 · Sermo CCXXVII · texte numérisé non relu

Sermo CCXXVII

2. In Ioa. tract. XXNI, 13. Cf. 45. Cf. Civit. Der, X, 6. 3. Sermon. LVII, 7, CCXXIX, etc.

pendant une autre signification, qui est sa signifi- \cation propre et littérale. Mais rappelons-nous que cette signification morale de l’eucharistie a déjà été exploitée par Tertullien et saint Cyprien : par là encore Augustin se rattache à la tradition africaine. - Une fois écarté ce symbolisme secondaire du sacramentum mensae dominicae, la pensée centrale d'Augustin se dégage. Ce pain, dit-il, est le corps du Christ, parce qu'il a été sanctifié par la parole de Dieu : ce vin est le sang du Christ, parce qu'il a été sanctifié par la parole de Dieu. Une parole prononcée, une sanctification produite. « Voster pamis et calix non quilibet…, sed certa consecratione mysticus fit nobis, non nascitur !. » Et encore : « Norunt fideles quid dicam, norunt Christum in fractione panis : non enim omnis panis, sed accipiens benedictionem Christi, fit corpus Christi?. » Résumant en quelques mots le canon de la messe afriine, Augustin distingue la litanie qui précède la réface et il l’appelle « precationes, quas facimus in elebratione sacramentorum antequam tillud quod st in Domini mensa incipiat benedici »; puis les prières du canon, « orationes cum benedicitur et Sanctificatur », prières qui s’achèvent par l’oraison ominicale #. Trois termes synonymes : consécration, énédiction, sanctification, le troisième étant, semle-t-il, le plus technique des trois. Ce terme de ancüficatio est celui que nous avons relevé chez aint Cyprien.

On n'aura pas de difficulté à reconnaître, dans ces

IL 4. Contra Faust. XX, 13.

2, Sermo CCXXXIV, 2 3. Epistul. CXLIX, 16. Cf. Sermo CGXX VII.

prières par lesquelles est opérée la sanctification, l’anamnèse (benedictio Christi) et l'épiclèse. Quant» à l’effet qu'Augustin attribue à cette sanctification, M. Harnack s’est trompé, croyons-nous, quand, après avoir reproché aux théologiens catholiques de parler ici de transsubstantiation, ce qui serait prématuré, il veut que pour Augustin la sanctification n'ait d'autre effet que de faire du pain le szgnum rei inpisibilis, cette chose invisible étant l’incorporation du communiant au corps mystique du Christ, l'Église !.

La signification directe de l’eucharistie, telle qu’elle éclate en tant de textes d'Augustin, a échappé à M. Harnack. Si, en effet, la communion nous fortifie dans l'unité ecclésiastique, la cause n’en saurait être dans l’acte purement extérieur de la communior, mais soit dans les dispositions intérieures du communiant, soit dans la vertu intrinsèque à la communion. Or, comme nous le verrons, les #nfantes, incapables de dispositions intérieures, bénéficient de l'effet de la communion. Plus encore, les indignes reçoivent validement le sacrement. Si bien que M. Harnack est obligé d'écrire : « Ce que les indignes reçoivent demeure assurément tout à fait obscur, et je ne puis dire avec Dorner qu'Augustin ne connaît pour les incroyants aucune manducation! du corps réel et du sang. » Ne serait-ce pas plutôt que la théorie que M. Harnack prête à saint Augustin est celle de Zwingli, M. Harnack nous l’assure, mais non celle d'Augustin?

I faut serrer de plus près la doctrine d'Augustin. La sanctification du pain et du vin doit être définie

1. Dogmengeschichte, III, 144. Même sentiment chez Loors, Leitfa den zum Studium der Dogmengeschichte (Halle 1893), p. 224.

l'acte par lequel l’élément matériel, pain ou vin, de- | vient signe du corps et du sang, et en même temps l'acte par lequel, simultanément, un don objectif est | lié à ce signe.

Premièrement, l'élément matériel devient signe. | On cite partout la maxime d’Augustin concernant le » baptème : « Detrahe verbum, et quid est aqua nisi aqua? Accedit verbum ad elementum, et fit sacra- | mentum, etiam ipsum tanquam pisibile verbum!.» | Augustin définit le signe : « Signum est res praeter nspeciem quam ingerit sensibus, aliud aliquid ex se L Jaciens in cogitationem venire?. » Et, pour lui, quand | le signe suggère l’idée d’une chose divine, il s’appelle sacrement : « [Signa] cum ad res divinas perti- L nent, sacramenta appellantur ?. » [] ne faut jamais L perdre de vue que pour saint Augustin sacramen- | tum est l'exact synonyme de signum, et que à ce qui Lest le sacrement ou le signe sensible s'oppose ce qui |. est la chose signifiée ‘. Et donc, par la sanctification, k le pain est devenu le signe du corps du Christ, le vin Lest devenu le signe de son sang. C’est le sens strict h de l'expression si familière à Augustin de sacramentum corporis et sanguinis Christ.

Cette expression est, croyons-nous, apparentée à Ll’expression figura corporis, que nous avons notée L chez Tertullien. Augustin n’hésite pas à écrire : n « Non Dominus dubitavit dicere : Hoc corpus meum, cum signum daret corporis sui 5. » Et parlant de la cène, il l'appelle « convipium in quo corporis et

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