‹ EadmerChapitre 3 sur 70 · PREFACE VII · texte numérisé non relu

PREFACE VII

citent le regard et éveillent la curiosité, une de ces figures dont la vue repose et fait du bien à l'âme. De plus la haute position qu'il occupa auprès de saint Anselme d'abord, puis auprès de son successeur, la part cachée, mais réelle qu'il prit dans les événements qui remplirent l'Église d'Angleterre pendant un quart de siècle, les luttes qu'il eut à soutenir dans ses dernières années, donnent à sa vie une importance et même un éclat qui la font sortir de la ligne ordinaire. Eadmer a sa place marquée dans l'histoire. Pour lui plus que pour d'autres la lui donner tout entière est un acte de justice. Ce bon moine consacra sa science historique, qui était considérable pour son temps, et son beau talent d'écrivain à raconter la vie des saints : n'est-il pas juste de raconter aussi la sienne? Il serait à désirer qu'il eût trouvé un biographe plus capable de le faire revivre. Au moins avons-nous fait tout ce que no.us avons pu. Nous nous sommes livré à une étude longue et attentive de notre sujet, et surtout nous n'avons épargné aucune recherche utile. Peut-être cela nous permettra-t-il de satisfaire les'érudits. Cependant ce n'est pas uniquement, ni même spécialement pour eux que nous publions cette notice biographique. C'est pour tous et plus particulièr.ement pour ceux qui, dans l'histoire, aiment à voir Dieu briller à travers les âmes comme le soleil nous envoie sa lumière à travers les couches limpides de l'air ou à travers les vitres de nos fenêtres. Ce que dans cette notice nous avons particulièrement en vue, c'.est de faire connaître une belle âme. « Que ceux qui n'ont nul souci de ces choses, dirions-nous volontiers avec Eadmer lui-même dans le prologue de sa Vie de saint Dwistan, ne perdent pas leur temps à nous lire « (1).

(1) « Non itaque se illis quee scribemus inaniter occupet cui quod petimus in mente non sedet. »

YIII PREFACE

Du reste, au point de vue historique, ce temps ne saurait être perdu : la biographie d'Eadmer éclaire l'étude de ses œuvres.

L'étude de ses œuvres, à son tour, complète sa biographie et achève de nous peindre sa physionomie et son caractère. Dans ses écrits et en particulier dans son histoire de saint Anselme, objet principal de cette étude, l'empreinte de sa personnalité est fortement marquée. Ses œuvres sont encore sa vie, non plus sa vie du dehors, mais celle du dedans. Nous n'y voyons pas seulement l'historien, nous y retrouvons l'homme.

En somme, cependant, ce que dans Eadmer nous connaissons le mieux c'est l'historien. Dans ce volume, c'est surtout l'historien que nous voulons faire connaître. Nous le montrerons tel qu'il est, avec ses éminentes qualités qui permettent de le proposer pour modèle, sous beaucoup de rapports, à ceux qui écrivent l'histoire, et surtout l'histoire des saints. Eadmer est incontestablement un des plus remarquables hagiographes qui aient jamais existé. Nous le montrerons avec ses qualités, mais aussi avec ses défauts et avec ses lacunes, en indiquant le moyen de les combler.

Ce travail sur Eadmer fait partie de l'œuvre que nous avons entreprise et à laquelle nous travaillons dans la faible mesure de nos forces depuis vingt-cinq ans sans savoir si le temps ni les circonstances nous permettront de la mener à bonne fin. Cette œuvre c'est l'histoire de saint Anselme dans le sens le plus large, l'histoire de sa vie, de son action sur son siècle et même sur les siècles suivants, surtout au point de vue de la philosophie, l'histoire de sa pensée et de sa doctrine. C'est son histoire avec tous les encadrements nécessaires et appuyée sur tous les fondements exigés par la plus rigoureuse critique.

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