‹ EadmerChapitre 43 sur 70 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Ménagements d'Eadmer pour le légat Gautier, évèque d'Albano.

Quelques points restent à examiner encore avant que nous puissions nous prononcer sur la question de savoir si Eadmer mérite une pleine et entière confiance sous tous les rapports.

Ne se laisse-t-il jamais égarer par la passion au sujet des adversaires de son cher saint?

Sur ce point, Eadmer n'est pas seulement irréprochable ; il est vraiment admirable. Le mot n'a rien d'exagéré. Véritablement, on ne saurait assez admirer le soin qu'il prend de ne jamais diminuer que dans la mesure, non seulement de la plus rigoureuse vérité, mais encore du strict nécessaire, la réputation des personnes mêlées à l'histoire de son temps. En comparant ce que les autres historiens de Tépoque nous disent des adversaires de saint Anselme et ce qu'Eadmer nous en dit lui-même, on est frappé non pas seulement de son impartialité, mais de sa charité. C'est le seul mot qui convienne ici. La modération, la réserve, la prudence ne suffiraient pas à exprimer le sentiment visiblement plus élevé qui peut seul avoir inspiré la discrétion du vertueux historien. En soi et à se placer au seul point de vue de l'histoire telle que nous voudrions la connaître aujourd'hui, cette discrétion est excessive et regrettable. Mais Eadmer racontait des faits, récemment accomplis, auxquels avaient pris part des personnages encore vivants. La prudence s'unissait à la charité chrétienne pour lui commander de rester dans des limites qui, si l'on ne tenait compte de ces circonstances, pourraient à bon droit être jugées trop étroites.

Cette réserve d'Eadmer se remarque particulièrement au sujet de Gautier, évêque d'Albano et des évoques d'Angleterre, Nous parlerons d'abord de l'évêque d'Albano.

Gautier fut envoyé en Angleterre par le pape Urbain II pour remettre, sur la demande de Guillaume le Roux, le pallium à l'archevêque de Canlorbéry. Guillaume espérait faire déposer Anselme et nommer à sa place un autre archevêque dont il ferait ce qu'il voudrait. Le légat lui conférerait le pallium, après quoi lui, Guillaume, saurait bien se débarrasser du légat, du pallium et du pape. Le point le plus important, mais aussi le plus difficile, était de faire descendre Anselme du siège primatial. Le roi comptait sur Gautier pour y réussir ; mais il refusa de s'y prêter.

« Gautier, évêque d'Albano, rapporte Eadmer, fut envoyé de Rome en Angleterre par le pape Urbain II. Il apporta l'étole archiépiscopale de la part du Souverain Pontife, mais en secret. Il traversa Cantorbéry sans bruit, évita de voir Anselme, et se hâta d'aller trouver le roi sans rien dire à personne du pallium qu'il apportait. Il ne liait d'entretien avec qui que ce fût en l'absence des envoyés du roi qui l'accompagnaient. Les ordres de Guillaume le Roux étaient formels à cet égard. Il tenait à ce que son dessein ne tut pas connu. Gautier arriva auprès du roi quelques jours avant la Pentecôte. Il lui parla de manière à le satisfaire sur tous les points qu'il savait lui être agréables et à flatter toutes ses espérances. Mais il ne lui dit pas un seul mot en faveur d'Anselme, pas un mot qui pût rétablir la paix entre eux, qui fût de nature à adoucir les tribulations supportées par le primat pour la cause du Saint-Siège, qui tendît à l'aider à relever la pratique du christianisme en Angleterre. Cette manière d'agir fut cause qu'un grand nombre à qui son arrivée avait fait concevoir de grandes espérances furent saisis d'étonnement. « Que dire, grand Dieu ? s'écriaient-ils, si aux yeux de Rome elle-même l'or et Vargent remportent sur la justice ; quel secours, quels conseils, quelle consolation peuvent en attendre les opprimés qui n'ont rien à donner pour faire reconnaître la justice de leur cause ?

« Le roi voyant que l'évêque d'Albano, au nom d'Urbain II, entrait absolument dans toutes ses vues, et qu'il lui accorderait le concours de son autorité apostolique pour les faire triompher, en lui accordant, pendant toute sa vie, tous les privilèges qu'il pourrait désirer, pourvu qu'il consentît à faire reconnaître Urbain comme pape dans son royaume, se prêta à cet arrangement. Un décret publié de sa part ordonna à tous ses sujets de reconnaître Urbain comme tenant la place de Pierre et de lui

obéir. Cela fait, le roi essaya par tous les moyens possibles d'amener le légat à déposer Anselme au nom du Souverain Pontife et en s'appuyant sur l'autorité royale. Il promit d'envoyer tous les ans à Rome une grande somme d'argent si ses désirs étaient satisfaits sur ce point. Le légat lui répondit que cela ne pouvait absolument pas se faire » (1).

Il est évident, par ce que nous rapportent les historiens de l'époque (2) et par ce que nous connaissons des dispositions de Guillaume le Roux et de sa politique, que le légat le trompa. La chose était facile et demandait moins d'habileté que de déloyauté.

(( Il n'est pas malaisé de tromper un trompeur, « a dit notre grand fabuliste (3). Il suffît de recourir à des moyens dont il ne nous croit pas capable. C'est ce que fit Gautier. Le roi Roux savait bien qu'on mentait à sa cour, à commencer par lui, mais il n'eût jamais cru qu'un évèque envoyé par le pape fût capable de mentir comme un simple courtisan. Son entourage ne le croyait pas non plus. Ils furent tous pris au piège. Ce piège ^tait honteux.

Eadmer s'abstient de juger la conduite du légat. Il ne nous en fait même connaître que ce qui appartient à l'histoire de l'Eglise d'Angleterre, et il passe entièrement sous silence, probablement par respect pour sa dignité et par déférence envers le Saint-Siège qu'il représentait, le démêlé qu'il eut ensuite avec saint Anselme. Après le passage que nous venons de citer, il ne nous parle plus de lui que pour nous apprendre qu'il porta le pallium au primat, à Cantorbéry, dans une cassette d'argent. Ce fait rapporté, plus un mot.

Avant de quitter l'Angleterre, au moment où Guillaume le Roux venait de partir afin de réprimer une révolte de quelques-uns de ses barons dans le nord de ses états, et oii l'archevêque, après avoir béni ses troupes à Nottingham, était rentré à Cantorbéry avec l'ordre formel du roi de garder cette ville et de n'en pas sortir avant son retour, c'est-à-dire au moment oii l'on croyait

(1) Hist. nov., lib. II.

(2) Voici ce que dit Guillaume de Malmesbury, historien anglais qui vivait à celte époque :

« Is (Walterus) Dofris appulsus, clam Anseimo, curiam venit, ingentibusque promissis animum Wilhelmi sitieutem explevit. Si Urbanus in Anglià reciperetur ad papam, fore ut quœcumque rex petenda existimasset, ille privilégie sedis Apostoiicfe l'oboraret. Cfeterum ad causara archiepiscopi nihil suffragii, nisiquôl rogatus uteum expelleret, etc.. » — De gestis pontif. Angl., lib. I.

(3) L'enfouisseuret son compère.

que tout était fini en fait d'affaires ecclésiastiques et d'arrangé-' ments avec Rome, etoii il n'était plus possible de rien faire, le légat essaya tout d'un coup ou feignit d'essayer de combler les lacunes de sa mission.

Ces lacunes étaient grandes en effet et ne pouvaient échapper à personne. Qu'avait-il fait en Angleterre? Il avait obtenu qu'Urbain II y fût reconnu comme pape, chose que, faute de bien connaître la situation, on pouvait regarder à Rome comme facile et comme déjà faite par là même que le roi avait sollicité le pallium de ce pontife.

Mais quel abus avait-il réformé? Quelle mesure avait-il prise pour remettre en vigueur la discipline ecclésiastique, pour faire refleurir les bonnes mœurs, et raviver l'esprit catholique dans l'Eglise de la Grande-Bretagne? Non seulement il n'avait rien fait, mais il n'avait rien essayé. Ferait-il valoir, afin de s'excuser auprès du souverain pontife, les obstacles qu'il avait rencontrés? Mais quels obstacles? De la part de qui?

Gautier écrivit au primat qu'il fallait absolument qu'il vînt le trouver et qu'ils eussent une conférence ensemble afin d'aviser aux moyens de remédier aux graves désordres qui régnaient en Angleterre. ^

« Nous ne pouvons rien à nous deux, lui répondit Anselme. II nous faudrait le concours du roi. D'ailleurs il m'est impossible de sortir de Cantorbéry en ce moment. »

Le légat insista. Dans une seconde lettre il s'efforce de déterminer le primat à passer par-dessus la défense formelle du roi et à venir s'aboucher avec lui. Plaintes, récriminations, accusations sans fondement, il met tout en œuvre pour y réussir. Il reconnaît qu'il a été un arbre stérile et qu'il n'a porté aucun fruit (1); et il cherche à en faire retomber la responsabilité sur le saint archevêque. C'est qu'il n'a pu, dit-il, conférer avec lui et avec les autres évêques, et obtenir leur concours et leurs conseils. Cela ne lui suffit pas encore. Après avoir trompé le roi il veut tromper le primat, t-t il lui tend un piège, à lui aussi, en recourant à une ruse misérable. Il avait trompé le roi en lui promettant l'appui de Rome pour tout ce qui pourrait favoriser son despotisme; il chercha à tromper le primat et à l'attirer dans une entrevue en alarmant sa conscience. Il prétendit tout d'un coup

(\) « Quod autem conquiremini vos moratos esse, velut infrucluosam arborem et peregrinum non habemem adjutorium aut consilium, de aliis vos scitis; de me autem scio quia non prohibui vos fructificare, neque, etc. » — Ans. episl., 111, 3S.

qu'il y avait lieu d'examiner si la situation d'Anselme, comme archevêque de Cantorbéry, n'était pas irrégulière. Il était accusé, lui disait-il, d'avoir reçu l'investiture d'un roi schismatique, et de s'être fait sacrer par des évêques schismatiques.

Anselme fît à cette seconde lettre une réponse mesurée, mais ferme et vigoureuse. Cette réponse, que sa longueur nous détourne de citer ici, est une condamnation accablante de la conduite et du caractère du cardinal Gautier (1).

Dans ses Annales de l'ordre de Saint-Benoît, le grave et savant Dom Mabillon réprésente ce pauvre légat comme une àme vénale. D'après lui, si, avant de quitter l'Angleterre, il se montra si mal disposé à l'égard de saint Anselme, ce pouvait bien être parce que le saint ne lui avait fait aucun présent (2).

Guillaume le Roux poussé par quelques courtisans, dit Eadmer sans nommer personne, voulait absolument remettre lui-même le pallium à Tarchevêque de Cantorbéry. Le saint refusa de le recevoir de sa main parce que le pallium lui était conféré par le pape et non par le roi. Il fut convenu que le légat le déposerait sur l'autel de sa cathédrale et qu'il l'y prendrait lui-même comme des mains de Notre-Seigneur. D'après Mabillon, parmi les courtisans sans conscience qui poussaient le roi à une prétention aussi contraire aux droits du Saint-Siège et aux règles canoniques, se trouvait le légat lui-même. Ce triste légat aurait porté Timpudence et la délovauté jusqu'à promettre à Guillaume le Roux que jamais aucun légat ne serait envoyé en Angleterre sans son consentement. Il l'aurait autorisé à ne laisser personne recevoir les lettres du pape, dans tout son royaume, sans son autorisation (3).

(1) C'est la lettre 36= du livre III dans le recueil des lettres de saint Anselme. Nous avons cité cette lettre presque en entier dans notre Histoire de saint Anselme (livre IV, chapitre xvi; .

(2) « Intérim duo clerici Romam a regemissi ad exploranda legitimi pontificis jura, in Angliam reversi sunt, regique Urbanum papam approbandum censuerunt, Hos comitatus erat "Walterus cardinalis Albanensis, qui pallium Anselmo atlulit, sperans nonnihil lucelli pro tali munere ab eo accepturum, ant saltem a Rege cui suasit ut ipse pallium Anselmo imponeret. Verum nec unum quidem legato nuramuium Anselmus dare, nec a rege pallium accipere voluit... Hand scio an propter negatam sibi mercedulam Walterus Anselmo nonnihil olîensus fuit, et varias de eo querelas composuit, quasi res Anglicanae ecclesiée non satis curaret, favissetque schismaticis qui Urbanum pontificem non agnoscebant. » — Ann. ord. S. Bened. lib., LXIX, n» m.

(3) « Tempore concilii, ut cribit Hugo Flavimacensis, in Angliam missus est Jarento abbas S. Benigni Divionensis, ut AVillelmum regem fratre ejus Roberto

■ Nortmannorum duci reconciliaret, et apud eumdem regem efficeret ut vacantibus ecclesiis et abbatiis pastores sufficerentur, multaque alla emendarentur. Paulo

A peine l'évêque d'Albano avait-il eu le temps de rendre compte de sa mission à Urbain II que le roi d'Angleterre reçut une lettre de ce pontife lui annonçant l'envoi d'un nouveau légat. Cette nouvelle n'était point pour réjouir Guillaume le Roux; mais ce qui acheva de l'indisposer contre cette légation, c'est qu'elle était confiée cette fois à un homme dont la réputation de courage et d'incorruptibilité était parvenue jusqu'à lui. C'était l'austère Dom Jarenton, abbé de Saint-Bénigne de Dijon. Guillaume mit tout en œuvre pour l'écarter, et, à force de manœuvres déloyales, il y réussit. Dom Jarenton vint bien en Angleterre; mais il se vit presque immédiatement rappelé, soit par un ordre supposé du pape, soit par un ordre réel qui lui avait été déloyalement extorqué (1). Il avait cependant eu le temps d'adresser au roi de la

ante rex ipse cum Albanensi episcopo qui primus ad ipsum legatus missus fuerat, pactus erat ut nuUus injussu régis legatus iii Angliam mitteretur, nullusque cujusvis status et ordinis ex parte papéelitieras accipere auderet. Al JareiUo tenta libertate et constantiàregem convenit ut ejus monilis et consiliis acquiescere videretur. » — Ibid., w xxvit.

(1) Hugues de Flavigny est celui de tous les chroniqueurs qui nous donne le plus de renseignements. Seulement ces renseignements, si l'on en juge par le serment de fidélité au Saint-Siège, sauf l'obéissance due au roi, qu'il fait prêter par saint Anselme, contre toute vérité, et même contre toute vraisemblance, sont sujets à caution. Nous citons néanmoins son témoignage à titre de document qui, tout en prêtant à la discussion, est loin d'être sans valeur.

«Tune tempoiis pro componendà inter fratres Willelmi régis fi lios concordià, Willelmum videlicetregem Anglorum et Robertum comitem Norman norum,abbas Divionensis ex prœcepto papœ mare transierat, et ut prcescriptum regem ammoneret de multis quœ illicite fiebant ab eo.de episcopatibus videlicet et abbatiis quas sibi retinebat, nec eis pastores providebat, et reditus proventusque omnium sibi assuiuebat, de simoniâ, de fornicatione clericorum, et quia conveutionem fecerat cum eo Albanensis episcopus, quem primum illo miserat papa, ne legatus Ronianus ad Angliam mitteretur nisi quem rex praeciperet, et quia adeo auctoritas Romana apud Anglos avaritiâ et cupiditate legatorum viluerat, ut eodem Albanense prajsente et consentiente, nec contradicente, iraniô praecipiente, Cantuariensis archiepiscopus fidelitatem beato Pelro et papae juraverat, salvà fidelitate domini sui régis. Quœ res in tantum adoleverat est nuUus in parte veniens honore debito exciperetur, nullus esset in Augliâ archiepiscopus, episcopus, abbas. nedum monachus aut clericus qui litleras apostolicas susciper e auderet, nedum obedire, nisi rex juberet. Qui veniens tantâ libertate usus est, ut Rex integritate ejus inspecta et inadulaiâ. mentis constantià, se conciliis et votis ejus adquieturum promilteret, ut omnes fidèles gratularentnr eum advenisse, aTl cujus adventum quasi respiraret et resurgeret decus et vigorecclesite AnglicEe et libertas Romanae auctoritatis. Sed quid imperlurbatum relinquit inexplebilis gurges Romanœ avarilia*? Rex suspeciam habens viri auctoritaiem quam jam diu venturum audierat, legatum papœ promiserat, et in manu ejus auri probati et purissimi decem marchas. Hoc fisus pr*nunlio respondere prœdicto abbati differebat, et intérim in pascha secum retentum reverenter et honorifice tractabat, cum ecce legatus rediens, inducias régi de omnibus usque ad nativitatem Domini reportavit per quemdam

part du Saint-Siège de sérieuses représentations, et tout porte à croire qu'elles ne furent pas entièrement inutiles. La nomination de trois évêqucs à des sièges depuis longtemps vacants paraît en avoir été le résultat.

Au sujet de l'avarice du cardinal Gautier, de ses conventions avec le roi d'Angleterre et des lacunes criantes de sa légation, comme aussi au sujet de la légation de Dom Jarenton qui avait pour but de combler ces lacunes, Eadmer garde un silence absolu. Il ne nomme môme pas Dom Jarenton. Quant au démêlé du légat avec saint Anselme, on n'en trouve aucune trace, ni dans son Vîta Anselini, ni dans son Historia novoram. Ce n'était pas faute de tout savoir, puisqu'il ne quittait pas le saint et qu'il était son secrétaire. Le silence sur tous ces points lui fut-il commandé ou du moins conseillé par le saint archevêque, ou bien lui fut-il inspiré par l'exemple que lui donnait le saint en couvrant d'un miséricordieux oubli une conduite et des procédés condamnables? N'obéit-il qu'à ses propres inspirations? iNous ne savons au juste. Ce qui paraît du moins fort probable, c'est que le principal motif d'Eadmer, en gardant un silence qui dut lui coûter, fut d'épargner la réputation du Souverain Pontife gravement compromise en Angleterre par la vénalité d'une partie de son entourage (1). Ce fut à prix d'argent que Guillaume le Roux obtint le rappel de Dom Jarenton. Assurément ce n'était pas le pape lui-même qu'il était parvenu à corrompre, mais quelqu'un de ses conseillers. Seulement, en Angleterre, où l'ou voyait les choses de loin, on ne distinguait pas entre le pape et ses légats, entre le pape et ses conseillers. Nous en trouvons une preuve frappante dans le jugement que Guillaume de Malmesbury, un pieux moine profondément catholique et dévoué au Saint-Siège, ne craint pas de porter sur Urbain IL Selon lui, c'est une chose lamentable que, dans un si grand homme, l'argent lait emporté sur l'amour de la justice. « Est-ce donc ainsi, s'écrje-t-il, que l'argent domine et corrompt tout » (2)?

papfc nepotulum seix vernaculum, si débita beato Petro caritas iii suo discessu maturiùs ut credebat future, ei per eumdeai tantee auctoritatis legatum, ut est papae sororis filius, et si non tota, saltem ex parte mitteretur. . . » (Chronvcon Hugonis monachi virdunensis et Diiionensis abbatis Fkiviniensis, lib. II. — Pertz monum; Germ. hist., t. VIII, p. 474-5.

(1) Il est fort possible aussi qu'Eadmer, selon son habitude de ne rien avancer dont il ne fût sûr, n'ait pas voulu accuser Gautier de vénalité sur de simples bruits et sans avoir des preuves. Ces preuves nous manquent encore aujourd'hui.

(2) «Itaque arte quà peritus erat,negotium conticiens.singulosambiendo mune-

Eadmer avait vu de près ce grand homme qui fut aussi un grand saint; il ne pouvait partager ce sentiment. Il savait bien que si la gangrène de l'argent avait gagné une partie de la cour pontificale, elle était bien loin d'avoir atteint l'àme si noble et si élevée d'Urbain II. Il savait aussi qu'accuser sa cour, ses légats, ses conseillers, c'était nuire à sa réputation auprès d'un grand nombre, en inspirant des soupçons aux uns relativement à son désintéressement et à d'autres sur sa vigilance et sa perspicacité. Il prit le parti de garder le silence, non d'une manière absolue, mais autant qu'il était possible de le garder sans renoncer à faire connaître à la postérité l'Iiistoire de l'Eglise d'Angleterre et celle de saint Anselme.

ribus et poUieitalionibus, régi lerminum ad festum sancli Michaelis obtinuit (Wilhelmus de Warlewast). Cunctatus est multum ad ei concedendum Uibanus quùd luctarentur in ejus aiiimo Anselmi religio et munerum oblatio, sed pra^valuit tandem pecunia. Itane omnià superat, omnia deprimit nummus? Indignum factura est pectore tanti \iri, Urbani dico, vilesceret famae cura, Dei respectas cederet et pecunipe justitiam prœverteret. » — De gest pont. Angl., lib. I.

Voici maintenant le récit d Eadmer [Ilist. nov., lib. II) :

« Mansit ergo ibi (Romœ) per dies plurimos idem Wilhelmus, prudenter operam dando hos et illos suœ caujœ fantores efficere, et ut.domini sui voluntati satisfaceret, munera quibus ea cordi esse animadvertebat dispertiendo et pollicendo parvi habere. Deductus est ergo a sententià Romanus ponlifex ac pro vote Willelmi inducias dédit régi. »

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