CHAPITRE XXXI
Reproche de partialité pour son Eglise de Cantorbéry adressé à Eadmer par Rohrbacher; la parlialité n'est nullement le fait d'Eadmer, mais bien celui de Rohrbacher.
Rohrbacher appelle Eadmer un « écrivain très calme, et très modéré » (1), mais après une mention succincte d'un démêlé entre Radulfe archevêque de Cantorbéry et Turstin archevêque d'York, démêlé raconté par Eadmer, il fait cette réflexion:
« L'historien Eadmer, moine de Cantorbéry, et qui ne voit dans tout ceci que son Église et son archevêque, ne parait pas toujours impartial envers celui d'York » (2).
Ce reproche ne s'adresse pas à l'histoire de saint Anselme qui se termine avec le quatrième livre de YHistoria novoruiji, mais à l'histoire du pontificat de Radulfe, son successeur, racontée dans les deux derniers livres de Vliistoria, novoriun ajoutés après coup et formant un volume à part. Ce reproche manque absolument de fondement et on ne saurait invoquer l'ombre même d'une raison pour le justifier. Pour le montrer, nous allons d'abord faire connaître le démêlé dont il s'agit et la manière dont Eadmer le raconte.
Après la mort de Thomas, archevêque d'York, Turstin fut élu pour lui succéder. Quelque temps après son élection, Radulfe, archevêque de Cantorbéry, l'invita à venir se faire sacrer à Cantorbéry, suivant l'usage, après lui avoir fait profession d'obéissance. Il était de notoriété publique que Thomas l'ancien avait fait profession d'obéissance à LanfranCj puis Girard et Thomas le jeune à saint Anselme. Turstin répondit qu'il irait volontiers se faire sacrer, mais qu'il ne ferait jamais la pro-
(1) Histoire de l'Eglise. Livre LX VU, tome XV, p. 127.
(2) Ibid., p. 170.
fession d'obéissance qui lui était demandée. Radulfe refusa de le sacrer, et, comme ce droit n'appartenait qu'à lui seul, la position do Turstin devint eml)arrassante. Mais ses chanoines tenaient absolument à avoir un arclievêque qui ne fût pas soinnis à celui de Cantorbéry et le poussaient à ne pas céder. Le roi d'Angleterre, Henry Beauclerc, prit fait et cause pour l'archevêque de Cantorbéry et donna ordre à Turstin de se conformer à l'usage suivi par ses prédécesseurs ou de renoncer à rarchevêché d'York. Turstin préféra renoncer à l'archevêché. Il promit formellement au roi et à l'archevêque de Cantorbéry qu'il ne ferait jamais aucune démarche pour le récupérer. Mais il ne tarda pas à revenir sur sa parole.
Le pape Pascal IJ, à la sollicitation des clianoines d'York, obligea le roi d'Angleterre à réintégrer Turstin dans l'évêché auquel il avait renoncé. Turstin multiplia alors ses démarches pour obtenir d'être dispensé de la profession d'obéissance à l'archevêque de Cantorbéry. Après la mort de Pascal II, bientôt suivie de celle de Gélase II, il alla trouver le nouveau pape Calixte II, et il fit si l)ion que le pape le sacra lui-même et lui accorda la dispense tant désirée.
Guy de Bourgogne, archevêque de Vienne en Dauphiné, qui venait d'être élevé au souverain pontificat et qui avait pris le nom de Calixte II, ne connaissait nullement la constitution et les usages de l'Église d'Angleterre et les privilèges accordés par ses prédécesseurs à l'archevêque de Cantorbéry. Il fut facile à Turstin de lui montrer sa cause sous un jour favorable. Mais quand son légat le cardinal Pierre vint en Angleterre, quelques années plus tard, pour d'autres affaires, et qu'il eut prit connaissance des documents conservés dans les archives de l'Église de Cantorbéry, il reconnut et ne craignitpas de déclarer tout haut quelo pape s'était laissé tromper et qu'il avait causé un grand dommage à cette Église. Il promit de travailler à ce que ce dommage fût réparé.
L'archevêque Radulfe n'avait pas attendu l'arrivée d'un légat pour réclamer auprès de Calixte II. Dès qu'il fut informé du sacre de Turstin, il écrivit au souverain pontife pour lui faire connaître ses droits. 3Iais Calixte II, pour des motifs dont l'exposé serait beaucoup trop long et n'est pas nécessaire à notre but, ne voulut rien entendre. Il intima même au roi d'Angleterre et à l'archevêque de Cantorbéry l'ordre formel de laisser Turstin rentrer dans son diocèse et de lui permettre d'y remplir en paix ses fonc-
tions d'archevêque. Ce qu'ils firent immédiatement, et tout fut terminé.
Comment Turstin avait-il obtenu ces lettres en sa faveur? « A la manière dont tout s'obtient à Rome (1) », dit Eadnier. Il est probable qail y a là tout autre chose que l'expression d'un simple soupçon. Si l'on voulait n'y voir qu'un soupçon, il faudrait convenir qu'il était malheureusement trop fondé. La vénalité d'une partie de l'entourage du pape, et par suite rinfluence de l'argent dans certaines déterminations suggérées à des pontifes d'un caractère aussi noble et aussi désintéressé que les bienheureux Urbaie II et Calixte II par des conseillers dont ils ne croyaient pas avoir de raisons de se défier, ne sauraient être contestées.
Après ce trait assez inofFensif qui atteint beaucoup moins la personne de Turstin que sa cause, Eadmer ne mêle absolument rien au récit de ce démêlé qui soit de nature à blesser tant soit peu les personnes. Aussi n'est-ce pas de ce chef que Rohrbacher le censure. C'est uniquement pour avoir raconté ce conflit en « moine de Cantorbéry qui ne voit que son Eglise et son archevêque, etquine paraitpas toujours impartial envers celui d'York, » c'est-à-dire qui lui donne tort.
Mais pouvait-il lui donner raison? Il était absolument impossible qu'il donnât raison à Turstin sans donner complètement tort, et même sans imputer un tort très grave à saint Anselme et àLanfranc, et aux prédécesseurs de Calixte II : ce que Rohrbacher n'a probablement pas entendu exiger de lui.
Cette question de savoir si l'archevêque d'York était tenu de faire profession d'obéissance à l'archevêque de Cantorbéry, qui, grâce aux agissements de Turstin et de ses partisans et des lettres qu'ils ont obtenue du Saint-Siège, demeure embrouillée dans l'histoire (2), était très claire pour Eadmer.
(1) « More quo cuncta Romœ impetrantur. « — Hist. nov., lib. VI.
(2) On peut juger des moyens auxquels les chanoines d'York recouraient pour obscurcir et altérer la tradition en consultant un pamphlet publié par l'un d'entre eux, Hugues Sotovagine, contemporain de Turstin.
Thomas l'ancien, archevêque d'York, fil d'abord quelque difficulté de se prêter à cette profession d'obéissance. En sa qualité de Normand, il ne connaissait pas assez les traditions de fEglise d'Angleterre. Lanfranc établit ses droits, les preuves en mains, au concile de AVinchesler en 1072 et Thomas les reconnut et s'exécuta. Un écrit fut rédigé pour constater que ces droits et cette tradition avaient été reconnus non seulement par Thomas mais par tous ceux qui assistaient au concile, c'est-à-dire par le roi Guillaume le Conquérant, tous les évêques et tous les abbés d'Angleterre. Lanfranc envoya cet écrit au pape Alexandre. (On en trouve le texte dans Guill. de Malm., De gest. pontif., Angl.,
La lettre adressée au pape Calixtc II par Radnlfc (1) est un savant mémoire historique d'une assez grande étendue sur les privilèges conférés par les souverains pontifes aux archevêques de Cantorbéry et sur les traditions suivies jusqu'à son temps. Le droit des archevêques de Cantorbéry d'exiger une profession d'obéissance de la part des archevêques d'York y est pleinement constaté. Eadmer qui, en sa qualité de secrétaire de Radulfe, connaissait ce mémoire, s'il n'en était pas l'auteur, ne voyait sans doute pas ce qu'on pouvait opposer aux preuves qu'il fait valoir, et, véritablement, il est aussi difficile, et peut-être même plus difficile encore de le voir aujourd'hui.
Eadmer avait sous les yeux, dans les archives de Cantorbéry, des pièces qui établissaient le droit réclamé par son archevêque (2). Pouvait-il n'en pas croire ses yeux?
lib. I.) Le Conquérant apposa son sceau à cet écrit et il fut conservé avec soin dans les archives de Cantorbéry. Hugues Sotovagine trouve un moyen fort simple d'éluder la force de celte pièce: il dit qu'elle avait été fabriquée par les moines de Saint-Sauveur. Et en quels termes il te dit! « Audite monachorum, si vere monachorum, turpem et dolosam possidendi impietatem, injuste et violenter assecutam subjeclionem. Monachi Cantuariensescartam scripserunt et régis sigillo surreptione et dolo acquisito sigillaverunt, causam scilicet ventilatam esse inler suos archiepiscopos coram rege et episcopis et primoribus Angliae, et ostensum est et cognitum esse Eboracensem archiepiscopum Canluariensi debere cum juramento professionem facere... » — De advp.ntu ducis Xormanniœ in Angliam, etc., dans les I/islorians of thc Church of York, t. II, p. 98
Puis il donne le texte d'une lettre d'Urbain II où il reproche à Thomas d'avoir fait profession d'obéissance à l'archevêque de Cantorbéry, et déclare que c'est un abus qui doit êuv suppiimé. Seulement cette lettre a été fabriquée par Sotovagine. Au sujet de la profession d'obéissance faite par Girard à saint Anselme, et qu'il nie absolument, malgré des preuves évidentes, il a tout un petit roman. La lettre où snut Anselme fulmine l'excommunication contre Thomas le jeune, s'il se fait sacrer sans avoir fait profession d'obéis-ance à l'archevêque de Cantorbéry, ne l'embarrasse nullement. D'après lui, cette lettre fut fabriquée par les moines de Cantorbéry. « Cogitaverunt quidem et quœ nequiter confinxerant, et iniquitatem in excelsis locuti sunt qiiôd Anselmus, etc.. » Il paraît que ces moines étaient des fabricants de premier ordre. Toutes les pièces conservées dans les archives de Cantorbéry et attestant le droit en question avaient été, si l'on en croit Sotovagine, fabriquées par eux.
(1) « Epistola Radulfi arch. Cant. Calixto papœ missa querentis de injuria sibi et Ecclesiœ Cantuariensi illatù in consecratione archiepiscopi et causis Ecclesiae Eborarensis. » — The hislorians of thc Church of York by Jiain , t. II, p. 228.
(2) Une partie de ces pièces avaient péri dans un incendie ; mais on avait des copies qu'Eadmer savait être très authentiques. D'ailleurs les pièces dont on conservait le texte original étaient plus que suffisantes pour établir le privilège contesté par York. Eadmer en a cité quelques-unes.
« Ad haec investiganda multorum sollicitudo, ut diximus, evigilavit, et confisa Ecclesia Dei justitiœ antiquorum scriniorum abdita, sacrorum Evangeliorum volumina, soli decori domùs Dominieatenus inservientia diligentius perscrutata est.
Mais surtout Eadmer devait nécessairement envisager cette question comme l'avait envisagée saint Anselme. Il devait en penser ce qu'en avait pensé saint Anselme.
Saint Anselme avait eu avec Thomas, archevêque d'York, exactement le môme démêlé que son successeur immédiat Radulfe avait avec Turstin le successeur immédiat de Thomas. Le second démêlé avait lieu quelques années après le premier, et il en était la reproduction absolument exacte. Rien n'était changé que les noms.
Les archevêques d'York regardaient la professsion d'obéissance à l'archevêque de Cantorbéry comme une diminution de leur dignité, et ils ne s'y prêtaient que par force. Thomas Tancien n'avait cédé que lorsque le droit de Tarchevêque de Cantorbéry avait été prouvé dans un concile en présence du roi et de tous les évêques d'Angleterre. Son successeur Girard avait poussé la résistance aussi loin que cela lui avait été possible et ne s'était rendu que pour prévenir un ordre du Saint-Siège. Cet ordre lui arriva en elfet ; mais il s'était déjà exécuté. Thomas le jeune avisa un autre moyen de se soustraire à cette profession. Ce fut de demander le pallium à Rome immédiatement après son élection comptant bien qu'une fois honoré du pallium il serait l'égal de l'archevêque de Cantorbéry et n'aurait plus de soumission à lui faire. Pour empêcher cette tactique de réussir, saint Anselme le somma de se présenter à Cantorbéry 'dans le délai de trois mois après son élection pour lui faire sa profession d'obéissance et se faire sacrer. S'il dépassait ce tL'rme fixé par les saints canons, le primat l'avertissait qu'il exercerait luimême les fonctions archiépiscopales dans son diocèse. Thomas ne s'étant pas présenté à l'époque fixée, Anselme prit en main l'administration du diocèse d'York.
De plus il écrivit au pape Pascal II pour déjouer ses projets : « Je demande, lui disait-il, que Thomas ne reçoive pas le pallium avant qu'il ait été sacré et qu'il m'ait fait profession d'obéis-
Ecce autetn... Hsec in archivis Ecclesiae Domini salvatoris reperta futurum memoriae, non absurdum aestimavimus conamendare. Et quitiem hls plura inventa siint, sed aliquibus eorum iiimià vetustate obiileratis, aliquibus in Cbartis ex Biblo coinpositis. . . Ac nos ignota pro notis scribere horrori habentes, neccssario ea bnic operi alienavimus. » — Hist. nov., iib. V.
Guillaume de Malmesbury, qui vivait à cette époque et qui avait suivi tous ces débats, cite lui-même ces pièces, et se prononce neltement contre Turstin. Il n'était cependant pas moine de Cantorbéry. Rien n'autorise à le soupçonner de partialité dans celte affaire.
sance. S'il le recevait il croirait pouvoir me refuser l'obéissance qu'il me doit. Si cela ainnvait, sachez que V Eglise cVArigleterve serait scindée, et suivant cette parole du Seigneur : « Tout royaume cpxi porte en soi la division sera ravagé », elle serait ravagée et la vigueur de la discipline apostolique serait considérablement énervée en son sein. Il résulterait aussi de là que je ne voudrais absolument plus rester en Angleterre. Car je ne voudrais ou ne pourrais pas souffrir que, de mon vivant et pendant que je serais au milieu d'elle, la primauté de notre Eglise fût détruite (Ij.
Quand on connaît l'humilité de saint Anselme, on ne peut s'empêcher de faire cette réflexion qu'il fallait qu'il fût en présence d'une cause bien juste, de droits bien certains, et d'intérêts d'une gravité exceptionnelle pour qu'il se permît de parler ainsi au souverain pontife.
« Vous avez bien fait de nous avertir, lui répondit Pascal II. Nous refusons absolument de blesser en rien les droits de votre Église et nous avons accueilli volontiers votre prière (2) ».
Thomas ne pouvant obtenir le pallium, il essaya d'un autre moyen. Anselme, usé par la vieillesse et par ses travaux, était dans un état de langueur qui annonçait visiblement sa fin prochaine. Il ne s'agissait que de gagner du temps. L'archevêque élu d'York espérait trouver dans un autre primat un adversaire moins redoutable. Il différa de se faire sacrer. Anselme sentant ses forces baisser lui écrivit une lettre foudroyante dans laquelle il lui interdisait l'office sacerdotal, et défendait à tous les évêques d'Angleterre sous peine d'anathème perpétuel de le sacrer, et de le regarder comme évêque et de demeurer en communion avec lui, s'il était sacré par un évêque étranger. Il fulminait également l'anathème contre Thomas s'il osait se faire sacrer avant d'avoir fait sa profession d'obéissance à l'Eglise de Cantorbéry.
Peu de temps après avoir lancé ces anathèmes, le saint allait recevoir la récompense de ses luttes héroïques. Quelques semaines après sa mort, le roi ayant, dans une cour plénière, con-
(1) Si enim hoc contingeret, scitote quia Ecclesia Anglise scinderetur... et vigor Apostolicee disciplinae ineâ non parum debililaretur. Ego quoque nullatenùs remanerem in Augliâ. Non enim deberem aut possem pati ut, etc. •> — Epist. Lib 111,152.
(2) « Honori tuo vel Ecclesiae tuae aliquid detrahere omnino refugimus; uade quge rogasti libenter suscepimus. *—Epist., lib. III p. 153.
suite les évèques d'Angleterre sur la manière dont l'affaire de Thomas devait être réglée, tous furent d'avis qu'il ne devait se faire sacrer qu'après avoir fait profession d'obéissance à l'Eglise de Cantorbéry. Cette fois il se, rendit. Il reçut 4a consécration épiscopale de l'évoque de Londres, mais après avoir prononcé la formule suivante :
« 3Ioi Thomas, devant être sacré métropohtain de l'Eglise d'York, je fais profession de soumission et d'obéissance canonique à la sainte Eglise de Cantorbéry et au primat de cette même Eglise canoniquement élu et sacré, et à ses successeurs canoniquement institués... »
Saint Anselme, le pape Pascal II, et tous les évêques d'Angleterre s'élaient-ils trompés? Ce n'est pas ce qu'a pensé Rohrbacher : la manière dont il rapporte ces débats indique clairement que, d'après lui, le bon droit était pour saint Anselme. Mais si saint Anselme était dans ses droits, comment Radulfc put-il avoir tort en exigeant de Turstin ce que son prédeccesseur avait exigé de Thomas ? Si Radulfe n'eut pas tort, comment Eadmer put-il se montrer partial envers Turstin?
Il est absolument certain que dans le conflit entre Radulfe et Turstin, Pascal II et Calixte II entendirent se borner au rôle de juges en décidant la question d'après les droits et les privilèges accordés par leurs prédécesseurs. Ils déclarèrent formellement Tun et l'autre qu'ils ne voulaient rien changer à ces droits et à ces privilèges. Malheureusement, s'ils les respectaient, ils les connaissaient peu, et, par suite de circonstances dans le délail desquelles nous ne pouvons entrer ici, il était difficile de les bien constater et de les leur faire bien connaître. Si Pascal II, à la requête des chanoines d'York qui lui avaient envoyé des députés, écrivit à Radulfe d'avoir à sacrer Turstin sans exiger de lui aucune profession d'obéissance, et si Calixte II le sacra luimême, c'est qu'ils furent trompés par des rapports infidèles et intéressés. Eadmer ne dit pas autre chose. Outre le mérite de n'obéir qu'à sa conscience et de ne s'inspirer que de la vérité, il a, celui de demeurer d'accord avec lui-même : mérite que n'a pas Rohrbacher en cette circonstance. En disant qu'Eadmer ne paraît pas toujours — à son point de vue c'est jamais qu'il devrait dire — impartial envers l'archevêque d'York, il montre assez qu'il épouse la cause de Turstin. Cela devrait être : Turstin avait pour lui Calixte II, et Rohrbacher est toujours du côté des papes. C'est pour cette raison qu'il se met du côté de saint
Anselme contre Thomas : saint Anselme était soutenu par Pascal II. Il dit que Thomas « diflérait toujours son sacre, se laissant séduire aux mauvais conseils de ses chanoines. » Turslin suivait exactement les mômes conseils donnés par les mêmes chanoines ; mais il parait que du temps de Turslin ces conseils n'étaient plus mauvais.
Quand on a, comme Rohrbacher, une tendance marquée à transformer l'histoire en une série de plaidoyers et de réquisitoires, il faudrait au moins prendre garde que ces plaidoyers ne fussent jamais contradictoires. Rohrbacher nous a laissé dans son Histoire de l'Église un monument d'une haute valeur où il déploie de précieuses qualités. Mais il n'est pas possible de faire de lui l'éloge qu'il décerne avec tant de raison à Eadmer en l'appelant « un écrivain très calme et très modéré. »