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CHAPITRE XXXVIII

Rôle et portrait de l'abbé Elsiii.

Cet abbé Elsin dont Gerberon ne savait rien, sinon qu'il avait été nommé abbé de Ramsey en 1080, croyait-il, joua un rôle politique important. C'est un des personnages ecclésiastiques les plus en vue sous les règnes d'Edouard le confesseur d'abord, puis sous le règne du Conquérant.

Le roi Edouard tenait Elsin en particulière estime. Il fut un des trois prélats qu'il chargea de représenter l'Église d'Angleterre au concile de Reims en 1049, époque à laquelle Elsin était déjà abbé de Ramsey (1).

C'est en lOGO, après la mort de ce saint roi, et à la veiJle de la conquête que commence le rôle politique d' Elsin.

Harold a ceint la couronne ; mais son frère Tosti la lui dispute. Exilé depuis de longues années il reparaît sur les côtes d'Angleterre soutenu par une immense armée que lui prête le roi de Norvège. La bataille sera terrible et Harold a tout lieu d'être inquiet sur son issue. Alors l'abbé de Ramsey l'aborde « : Le saint roi Edouard m'est apparu, lui dit-il ; il vous ordonne de marcher

(1) « EIsi, Ailsius, or Elsiaus is usually stated to hâve been abbot of Ramsey ia 1080, and to bave died in 1088, but \ve bave the évidence of charters in the Ramsey Register, Cotton ms. Vesp. E. II fol. 19 ihas he was abbot in the time of Edward the confessor, to v^rhose charters of privilège, he signs as a ^Yitness. « Ego

Agelsius abbas hoc meum » A General introduction to Domesday bock, by,

sir Henry Ellis. T. II, p. 105.

«Alicuinus became abbot of Ramsey at the very begining of kiug Edward's regn. ann. 1043. He was abbot at the time of the Gonquest. » Ibid. T. I, p. 306.

Le nom de cet abbé Elsin prend tant de formes différentes — nous en verrons d'autres encore — qu'il est parfois difficile à reconnaître.

à l'ennemi sans crainte et vous promet la yictoire. Harold livre la bataille et la gagne (1).

Harold fut moins heureux à Hastings. Là ce fut à son tour de rester sur le champ de bataille.

C'est le 14 octobre de l'an 1066 que le sort des armes remit l'Angleterre entre les mains de Guillaume le Bâtard. A Noël de cette même année il se faisait couronner roi, et peu de temps après il retourna en Normandie. Mais au mois de décembre de l'année 1067 de graves événements le rappelèrent en xlngleterre. Des insurrections y éclataient sur plusieurs points à Ja fois et, ce qui était plus inquiétant, les révoltés cherchaient du secours à l'étranger. Les principaux cliefs de la noblesse anglaise, surtout ceux d'Yorlv, de Lincoln et deNorwich, s'adressèrent à Swen roi de Danemark, lui peignant leur oppression sous les plus vives couleurs et le conjurant de les délivrer. C'est de ce côté qu'était le principal danger pour les Normands. Le Conquérant le comprit et il se hâta d'aviser aux moyens d'empêcher l'invasion danoise.

« Pour cela, dit le plus savant des historiens de la conquête, il fallait sonder les intentions du roi de Danemark, et s'il paraissait animé de desseins hostiles, il fallait l'amener à y renoncer en recourant à l'habileté et à l'éloquence d'un ambassadeur de race anglaise..... Charger un Anglais d'être son ambassadeur, auprès du roi de Danemark était un véritable coup de politique de la part de Guillaume. Un tel ambassadeur serait censé venir non de la part du conquérant normand, roi par l'épée, mais de la part du roi légitime des Anglais, le parent et le successeur du saint roi Edouard. L'homme choisi pour ce dessein fut un homme d'Eglise de haut rang dont nous avons déjà entendu parler plus d'une fois. OEthelsige, abbé de Saint-Augustin, avait reçu la bénédiction abbatiale de Stygand. Le roi Edouard lui avait conQé

(1) Dum expeditio (^^"illelmi) parareUir, Tostiiius intérim major natu frater. Haroldi de Flaiidrià ubi diu exulaverat multam maiium navalem coiiducens cum Haraldo rege Noricorum totam provinciam trans Humbre fluviiim piraticà excursione vastabat. Cui cum Haroldus propter imparitatem forsitan copias militaris obviare dissimularet, sanctus rEJuardus prœdictum abbatem Ailsium cujus commendaiionis causa boc interserimus per visum admouuit ut regem Haroldum ad invadeiidos hostes ab eo missus aniraaret, triumpbum ei victoricB certissirae compromittens. Quod cum Ailsius Haraldo nuntiasset, ille visionis fide roboratus, viribus indique coUectis, inimicam aciem acerrime aggressus, prœfato rege et Tostino ferro cœsis,cœteros onuies palantes vel in mortem compulit vel in fugam.» — Chronicon abbatiœ Ramesiensis a sœculo. x usqae ad ann. circiter 1200, cdiliim cura \V. Dann Macray, 18S6, p. 177.

le g-oiiverncment du grand monastère de Ramsey(r]. Guillaume ne pouvait faire un choix qui fût de nature à produire une impression plus favorable sur l'esprit des Danois et des Anglais. Un prélat qui avait été l'ami intime d'Edouard et d'Harold allait paraître à la cour du roi Swen comme le représentant de Guillaume » (2).

Cet abbé Elsin nous est dépeint comme un homme d'une haute valeur sous tous les rapports. C'était un homme prudent et habile, disent les vieilles chroniques (.3), un homme de grande piété, aimant Dieu et très dévot envers la bienheureuse Vierge (4), prévoyant, pacifique, discret, agréable à Dieu et aux hommes (o).

Helsius uns lions qui mult savoit De Ramesie albés esloit, Bien cointement (0) savoit parler Et bon conseil prendre et doner; Mult estoit de bonne éloquence.

Si parloit par grant sapience (7).

(1) « The intention of ihe Danish King were to be souuded and his purposes, if hostile, were to staved oir Ijy the discrétion and power of speech of an ambassador of English birth. For the defender of Western England, the rebels, as they were deemed in Norman eyes, William determined on the bold slep of a winter campaign. To employ an Englishman as his ambassador to the Danish King was a clear slroke of policy ou William's part. Such au ambassador would come, not from the Northman Conquoroc, King by the edge of the sword, but from the lawful King of the English, the kinsman and successor of the saintly Edward. The man chosen for Ihis purpose was a churchman of high rank of whom we hâve abready heard more thanonce.Œthelsige abbot of st Augustine's has received the abbatial bénédiction, as Remigius of Worcester had received his episcopal consécration, ad the hands of Stigand. He had been fnrther enlrusted by Eadward in his life time wilh the goverment of the great house ef ot Bene't of Ramsey. » — The Norman Conquest bij Freeman. —T. IV, p. 135.

(2) <i No choicce on William's part could hâve been better planned to make a moral impression in the minds of Danes and Englishman. A prelate who had been the fast friend both of Edward and of Harold now appeared at the court of Swend as the représentative of William. » — Ibid.

«Thereseemshardly room to doubt Ihat Œthelsige of Augustine's and Œihelsige of Ramsey are the same person. — Sir Henry Ellis (11-105) seems to hâve confounded Œihelsige wilh his prœdecessor Œlfwine. «— Ibid., p. 751,

(3) « Cuidam Ailsio viro prudenti et induslrio. » — Chron.abb. Rames,, eà'il. Dunn Macray, p. ne.

(4) « Abbatem Helsinum virum prudentem ac Deo et beatce Virgini devotissimum in Daciam misit. » — Langehek. Script, rerum Dan. Tom. III, p. 253.

(5) «Ut ipse prout erat providus, pacificus, et discretus acceptas Deoethomi-

nibup, >— Leçons pour rol'hce di l'Immaculée-Conception dans le manuscrit latin 3820 (fol. 209) de la Bibliothèque nationale.

(6) Prudemment.

(■) L'établissement de la fête de la Conception Notre-Dame par Wace, trouvère anglo-normand du douzième siècle, publié par Mrs Mancel et Trébutien.

Dans ce portrait d'Elsin, ^Yace, le trouvère anglo-normand du douzième siècle', n'a rien inventé : il n'a fait qu'exprimer en beaux vers ce qu'il avait lu dans des Chroniques toutes récentes, et ce qu'il avait entendu raconter aux vieillards de son temps.

Tel est l'homme que Dieu avait choisi pour établir dans cette Angleterre, alors profondément catholique et si remarquable par sa tendre piété envers la bienheureuse Vierge qu'on a pu rappeler la Dot de Notre-Dame, une fête spéciale envers rimmaculée-Conception de sa Mère. Par une circonstance visiblement providentielle, les ordres qui lui vinrent d'en haut à ce sujet se rattachent à un événement qui attira sur lui l'attention non seulement de la Grande-Bretagne, mais de tous les pays d'alentour.

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