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CHAPITRE XXXIX

Certitude historique du fait de la révélation dont fut favorisé l'abbé Elsin.

Elsin seprésentaà la cour de Danemark chargé de présents pour le roi et pour les nobles. Ses qualitéspersonnelles unies à ses larg-esses lui eurent bien vite gagné les bonnes grâces de tous. Il semble avoir obtenu un succès partiel et momentané en retardant l'invasion des Danois. Ce ne fut que dans l'automne de 1069 que, cédant probablement à d'autres conseils, ils firent une descente en Angleterre.

C'est au retour de cette mission, si bien faite pour attirer sur lui tous les regards et l'environner de prestige aux yeux des peuples, qu'Elsin, assailli par une furieuse tempête, fut favorisé de la vision que nous avons racontée (1).

Cette vision, M. Freeman la raconte lui-même, mais bien entendu sans y ajouter foi. C'est ce qu'il appelle « la partie légendaire, the legendary part » de la mission de l'abbé Elsin. <( Quant au fait lui-même de sa mission dit-il, il n'y a pas à le révoquer en doute, attendu que la légende offre, avec plusieurs passages du Domesday book, l'accord le plus remarquable » (2).

Nous devons bénir Dieu de la lumière que font autour d'un fait bien cher au cœur des serviteurs de Marie immaculée des documents publiés par des hommes pour qui merveilleux est

(1) « Navigans igitur venerabilis abbas in Diciam (lisez Daniavi) prospère venit regiqne se prœsentans munera ac servitia ex parte Willehni novi régis Anglite oblulit, ac proceres terrœ muneribus honoravit. Reverenter igitur a rege Danorura receptus et habitus, non modico tempore apud eum mansit. » — Lect. proûffic.Im. Concept, in Langebek Script, rerum Danicarum, t. III, p. 253.

(2) « There is not need to doubt the fact of this mission, as the legend falls in most remarkably with severai enlries in the great Survey. »— The.\orm. Conq., t. IV, p. 136.

synonyme de légende. Ce n'est pas pour convaincre les protestants et les rationalistes que nous écrivons ces quelques pages sur la vision d'Elsin. Nous nous proposons uniquement d'éclairer les catholiques qui, faute de connaître les documents fournis par l'érudition moderne, en seraient encore à contester la vérité de cette vision et l'établissement de la fête de la Conception par Elsin, sous ce prétexte souvent allégué que le récitqui nous la fait connaître renferme un anachronisme et des contradictions. « Le récit de la vision de l'abbé Elsin est apocryphe, dit Mgr Malou dans son savant ouvrage sur l'Immaculée-Conception. Il fourmille d'incohérences, d'anachronismes et de contradictions» (1). Dans un article des Etudes, un savant bollandiste, le Père de Buck, signale « l'histoire du prétendu abbé Helsin, dont Mgr Malou dit avec vérité qu'elle fourmille d'incohérences, d'anachronismes et de contradictions » (2).

Ce sont ces écrivains que nous réfutons, et nullement ceux qui rejettent systématiquement un fait par cela seul qu'il est merveilleux, reposàt-il d'ailleurs sur les témoignages ordinairement requis pour arriver à la certitude historique. C'est précisément le cas pour la vision de l'abbé Elsin. Les documents qui attestent le fait de sa mission en Danemark attestent également le iait de sa vision, et ils l'attestent d'une manière beaucoup plus claire et plus explicite. C'est même là leur but principal. C'est presque uniquement par des documents destinés à nous instruire de ce fait que nous connaissons la mission confiée par le Conquérant à l'abbé Elsin.

M. Freeman en a fait la remarque. « Los détails de celte ambassade, dit-il, ne sont parvenus jusqu'à nous que sous forme de légende » (3). Les « détails », c'est le récit circonstancié que nous avons donné plus haut de la révélation faite à l'abbé Elsin au milieu d'une tempête. Cette révélation racontée par Elsin et ses compagnons qui donna lieu à l'institution d'une fête nouvelle, frappa l'esprit religieux des contemporains beaucoup plus que le rôle politique joué par le célèbre abbé. C'est au point que s'ils n'eussent tenu à transmettre ce fait à la postérité avec toutes ses circonstances, ils ne nous auraient pas parlé du voyage d'Elsin en Danemark. Ils ne mentionnent ce voyage que pour nous apprendre

(1) L'Immaculée-Conception de la B. V. M. considérée comme dogme de foi, t. I, p. 114.

(2) Livraison de mars 1860, p. 9G.

(3) The détails of ihis embassy to Swend hâve corne to us only in a legendary shape. » The Norm. Conq., t, IV, p. 136.

en quelles conjonctures extraordinaires eut lieu cette révélation. Aussi le titre d'instituteur de la fête de la Conception est-il devenu inséparable du nom d'Elsin, comme étant son plus beau titre de gloire. Il figure jusque sur la liste nue et sèche des noms des abbés de Ramscy. Immédiatement après cette mention purement nominale :

« Aylwinus abbas »,

on lit à la ligne suivante :

« Elsinus abbas. Iste constituit celebrari Conceptionem beatée MaricT Yirginis )>(1).

Oui, parmi les abbés non seulement de Ramsey, mais de toute l'Angleterre, celui-ci, iste, se distingua de tous les autres : il fut choisi de Dieu pour établir la fête de la Conception.

(1) « Noniina abbatum Ramesia-.» — Chronicon abbalix Bamesiensis, a sseculo X» usque ad annum circiter 1200 cuiâ W. Dunn Macray, p. 3i7. Gott. ms. Vesp., A. XVIII (fol. U36).

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