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CHAPITRE XLIII

Autheoticité de la lettre de saint Anselme. — Preuve de cette authenticité pa l'insertion de cette lettre dans un grand nombre de bréviaires anciens, et dans roffice de l'Immaculée-Conception du concile deBâle.

Aux preuves que nous venons de donner s'en ajoute une autre qui est peut-être la plus forte de toutes. Elle nous est fournie par la présence de la lettre en question dans un grand nombre de bréviaires fort anciens et dans les offices propres de l'Immaculée-Conception.

Mais ne parlons d'abord que des bréviaires.

La preuve tirée dé la présence de cette lettre dans un grand nombre de bréviaires — en 1661, le savant Franciscain Petrus de Alva et Astorga en avait compté plus de soixcinte-dix , tous anciens, qui la renfermaient (i) — a une force toute particulière. La valeur de cette preuve ne vient pas seulement de l'antiquité de ces bréviaires, de la science et de la prudence de ceux qui les ont composés et des évoques qui les avaient imposésà leurs diocèses, et des supérieurs d'Ordres qui les avaient mis entre les mains de leurs religieux, mais encore de ce qu'ils étaient l'écho de l'opinion sinon universellement du moins généralement reçue dans ces diocèses et dans ces ordres religieux (2).

(1) « Breviaria insuper antiqua adduceulia lectiones matutinales ex [positâ epiïtolà et opusculo sub nomine Anselmi sunt plus quara septuaginta. » — iVod. indiss. de conceptu mentis et ventris, p. ?22.

(2) « Libri ecclesias quorum usus est in quotidiano officio ecclesiastico altaris, vel chori quantum ad id quod in eis reperitur conformiter apud universas ecclesias religionis christianœ creduntur magis approhati, esseque potioris auctoritatis quam multa opuscula doctorum quœ inter approbata numerantur, et hoc duplici ratione. Primo quia in his opusculis auctoritas fulcitur solum ex epistolâ unius summi pontificis : illorum vero auctoritas par tôt concilia et summos pontificeg approbata esse censetur. » — Joann. de Segov. AU. et Avis. Alleg. 2°, p. 58.

Ces consiJérations s'appliquent, dans une mesure qui varie, et proportion gardée, à tous les bréviaires et à. tous les offices.

Le savant bénédictin Antoine de Yepes, abbé de Sainl-lJenoit de Yalladolid, émet à ce sujet, dans ses Chroniques géjiérales de VOrdre de Saint- Benoit, des observations qui font bien comprendre ce qu'il y a de force dans cette preuve. Après avoir cité un certain nombre de bréviaires dans lesquels on lit cette lettre comme étant de saint Anselme, il ajoute :

« Mais de tous les bréviaires, il n'y en a point qui nous donne plus de certitude de la chose que celuy de Cluny et celuy de Saint-Jacques. Car le premier imprimé à Paris Fan mil cin(j cent quarante-six, duquel plusieurs Églises cathédrales, et plus de deux mille maisons deppendantes de cette Abbaïe incomparable estoient obligées de se servir, en solemnisant la Feste de la Conception de nostre Dame au huitième jour de décembre marque pour les leçons des Matines l'epistre mentionnée de saint Anselme de l'apparition faite par saint Nicolas à l'abbé Helsin. En quoy on n'a aucun sujet de croire qu'un nombre si prodigieux d'Églises et de maisons auroient peu faillir par inconsidération, et sans avoir meurement examiné les choses. ¥A celuy de l'Ordre de Saint-Jacques imprimé à Léon l'an 1332 ordonnant à tous les religieux d'iceluy de célébrer les Festes de la Conception de nostre Dame partout oi^i il se trouverait avec la solemnité (qu'ils appellent) de quatre Chappes r'apporte la révélation faite à l'abbé Helsin et met au commencement des leçons la préface de l'epistre de saint Anselme aux evesques ses suflfragants... »

« Voilà une partie du contenu en l'epistre de saint Anselme tant vantée par les escrivains de son temps, et insérée pour leçons des Matines dans un si grand nombre de bréviaires » (1). Parmi les bréviaires dans lesquels on trouve cette lettre de saint Anselme, nous mentionnerons celui de Schleswig en Danemark, donné à son diocèse par le dernier évêque qui ait occupé ce siège, Godschalch de Alvede, lequel fut promu àl'épiscopat en loOo (2). Nous mentionnons spécialement ce bréviaire

(1) Chroniques générales de l'Ordre de Saint-Benoit par Antoine de Yepes, traduites de l'espagnol en françois par Dom Martin Rethelois, abbé de Saint-Airig de Verdun. Cent. Vil, t. VII, p. 123.

Cet ouvrage fut publié en espagnol en 1615. Au moins le tonxe VII ne parut qu'en 1615. La traduction de Dom Rethelois date de 1647.

(2) « In breviario Sleswicensi a reverendo iuCiiristo Pâtre ac Domino, Domino Godschalcho de Alvede Dei et Apostolicse sedis gratià episcopo Ecclesite Sleswicensis (et quidem ultimo) in lucem edito, memoratur historia admodum meraorabilis, vereque admiranda, qucB tune temporis contigit dum Danis Anglià pulsis, Northmani ejusdem imperio potiebantur : quam tum propter veritatem, tum vetustatem in laudem beatissimae ac gloriosissirace Virginis Mariœ (cum liber

parce qu'il montre que celte attribution à saint Anselme, en même temps qu'elle est fort ancienne, était aussi fort répandue, particulièrement dans les pays oià le souvenir de la vision d'Elsin pouvait être d'autant plus facilement conservé qu'il se rattache àr l'histoire nationale.

Le témoignage rendu à l'authenticité de cette lettre par l'office de rimmaculée-Conception, composé par ordre du concile de Bàle en 1439, remonte plus haut encore et a plus de poids. La lettre de saint Anselme y est insérée sous forme de leçons. C'est probablement sur 1 autorité de ce concile qu'un certain nombre de bréviaires adoptèrent cette lettre comme étant véritablement de saint Anselme. Quoiqu'en 1439 le concile de Bàle fût tombé dans le schisme, sa décision par rapport à la fête del'Immaculée- Conception et au nouvel office à réciter pour cette fête empruntait aux longues discussions dont elle avait été précédée et à la science éminente des hommes qui y avaient pris part une valeur considérable.

iste breviarius admodum rarus sit) hic ponere fert 'animus. »— Annales episc. Sleswic. a J. A. Cyprœo Sleswicensi. — 1634, p. 104. « Godschalchus de Alvede episcopus electus est anno 1507. » — Ibid., p. 414.

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