‹ EadmerChapitre 59 sur 70 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

Le De Conceptione est l'œuvre d'Eadmer au même titre et de la même manière que le De excellentià BeaUe Mariœ. — Preuve tirée des manuscrits.

Il pourrait paraître, à première vue, que les dissertations qui précèdent nous ont éloigné du De Conceptione. La vérité est qu'elles forment la seule base solide sur laquelle on puisse asseoir l'authenticité de cet important écrit. De ces dissertations on pourrait déjà conclure que le De Conceptione est très vraisemblablement de saint Anselme. Dans tous les cas, rien ne s'oppose, on le voit, à ce qu'il soit regardé comme étant de saint Anselme, si cette attribution est justifiée d'ailleurs. Or elle est pleinement justifiée, nous allons le démontrer.

Le Père Raynaud publia en 1630 des fragments considérables de cet écrit sous ce titre : « S. Anselmi fragmenta tractationum de conceptu virginali passiyo » (1).

Il les publia d'après un manuscrit qui attribuait cet écrit à saint Anselme.

Bivarius avait déjà donné, lui aussi, en 1624, dans son ouvrage : Sancti Patres vindicati, des fragments de ce même écrit comme étant de saint Anselme (2).

Cette attribution était fort commune puisque le Père Petrus

(1) Voici l'avertissement dont il les fait précéder : « Lectori. — Hœc de naufragio tabulas aliquas coUegimus. Optandum sane fuerat ut quse S. Anselmi pro suo in Deiparam studio, de purissimâ et nitentissimâ Deiparœ conceptione passivâ scriptis mandavit, Integra exhiberentur. Nunc, quando id non licet, damus quod suppetit. »

(2) « Priora autem tria (capit a) inveni in antiquo breviario Eborenci jussu Henrici Infanlis Portugalliae et S . R. E. cardinaiis et demum régis correcto : Quae omnia hic inserere volui. Hoc unum tamen notarim capita ipsa brevitate suâ satis admonere, ita forsan divisa, ut Matutini officii lectionibus inservirent. » — Sanct. Pair, viyid., p. 245.

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de Alva et Astorga compte plus de cent quatre-vingts auteurs qui l'admettent (l).

Les soixante-dix bréviaires qui contiennent la lettre aux évèques d'Angleterre ont aussi, au moins pour la plupart, le De Conceptions, et ils l'attribuent à saint Anselme.

Le De Conceptione forme une partie considérable des leçons de l'office de l'Immaculée Conception, composé par ordre du concile de Bâle, et il y est donné comme appartenant à saint Anselme (2).

Nous l'avons déjà dit, le décret du concile de Bàle relatif à l'Immaculée Conception fut précédé de discussions qui durèrent plusieurs années. Jean de Monténégro et Jean de Turrecremata combattirent ce privilège avec toutes les ressources d'une science théologique approfondie. Pierre Perqueri et Jean de Ségovie le défendirent. Ce furent ces derniers qui l'emportèrent. Jean de Ségovie, théologien envoyé au concile parle roi de Castillé, composa à ce sujet un mémoire des plus remarquables. Ce mémoire, qui jeta une si vive lumière sur la question de l'Immaculée Conception en 1439, ne fut publié qu'en 1GG4 parPetrus de Alva et Astorga (3).

Dans ce mémoire, Jean de Ségovie appuie son opinion sur la doctrine des saints Pères et en particulier de saint Anselme auquel il attribue sans l'ombre d'hésitation, et comme si la chose n'était l'objet d'aucune contestation, le De Conceptione:

Enfin, une preuve décisive de l'authenticité du De Conceptione ce sont les manuscrits qui le contiennent et qui tous l'attribuent à saint Anselme ou à Eadmer. Cette preuve, il faut le reconnaître, manquait à Gerberon. S'il avait connu les manus; crits que nous connaissons, il ne lui eût pas été possible de combattre l'authenticité de cet écrit ; l'idée ne lui en serait même

0 « Auctores autem antiqui et moderni affirmantes tractatiim istum esse S. Anselmi sunt plusquam centum octoginla. » — Nod. indiss., p. 222.

(2) Le savant carme anglais Bacho, qui vivait vers 1350, avait trouvé le De Conceptione à Cambridge chez les Frères mineurs, et à Paris chez un simple boutiquier : « Istum librum inveni primo in domo Fratr. min. Cantab. et postea inveni Parisiis eumdem tractatum in manu unius communis stationarii », etc. — Op. sup. cit., t. II, p. 763.

(3) 11 parait que l'on continua à faire des copies de cet important ouvrage, comme s'il n'avait pas été imprimé, peut-être faute de savoir qu'il l'était. Outre la belle copie du ms. 16,415, charmant petit in-i8 doré sur tranche, écriture du quatorzième siècle, et celle du ms. 17,276, écriture du quinzième siècle, la Bibliothèque nationale en a une copie en écriture du dix-septième siècle dans le ms, 17,18S.

pas venue. Mais les l)iblioUirques (rAnglelcrre lui étaient formées. On lui avait bien signalé trois manuscrits conservés dans ces bibliothèques inaccessibles aux moines comme contenant un De Conceptionc quelconque. Mais ces renseignements vagues et incomplets lui étaient d'un faible secours.

« Le Père Raynaud, dit-il, a édité le premier des fragments du De Conceptione en soutenant que ce traité est de saint Anselme (1). Je sais bien que dans le manuscrit 271 de la Bibliothèque Mertonienne, en Angleterre, le traité : De Excellentiâ, B. Marise est précédé d'un écrit qui porte ce titre : Anselmus de Conceptione B. Mârix, et que dans le manuscrit 22 de la Bibliothèque de Lincoln on trouve parmi d'autres œuvres de saint Anselme : De Conceptione B. Virginis. A Cambridge, dans le manuscrit 338 du collège de Saint-Benoit, après les œuvres d'Eadmer, on trouve également un traité De Conceptione S. Mariae. Dans un manuscrit de Cluny on lit : Tractatus B. Anselmi de Conceptione B. Marise Virginis. Et dans un manuscrit de Corbie, parmi les œuvres de saint Anselme on trouve ce traité : De Conceptione B. Virginis Marise. C'est d'après ces deux manuscrits que nous éditons ce traité dans son intégrité. Nous ne le plaçons pas parmi les œuvres de saint Anselme. Les manuscrits que nous venons de citer sont en petit nombre ; ils contiennent d'autres écrits que ceux de saint Anselme, et il existe dans les bibliothèques de France, d'Angleterre et de Belgique des manuscrits innombrables des œuvres de saint Anselme qui nous dissuadent de nous en rapporter à ceux dont nous venons de parler. Dans ces manuscrits, en effet, on ne trouve pas même un fragment de ce traité de la Conception. D'ailleurs j'ignore quel est le traité que les trois manuscrits anglais désignent par ce titre : De Conceptione B. Virginis. Ce titre, en effet, a pu être donné par les copistes au De Conceptu virginali » (2).

En somme, d'une part des raisons en apparence très fortes de croire que saint Anselme n'admit jamais l'Immaculée Concep-

(1) On voit par ce que nous avons dit que Gerberon était à ce sujet dans une complète erreur. Bivarius avait publié six ans avant le Père Raynaud des fragments du Be Conceptione d'après un ancien bréviaire, et des fragments à peu près aussi considérables que ceux donnés par le P. Raynaud composaient une partie des leçons de l'oflicc de l'Immaculée Conception du concile de Baie rédigé en

(2) S. Ans. op. Censur.

tion, et un nombre considérable de manuscrits renfermant les œuvres de saint Anselme sans que le De Conceptione y eût aucune place, et de l'autre deux manuscrits seulement dans lesquels il se rencontre, au moins d'une manière certaine, puisqu'il n'était pas possible de s'assurersi, sous le même titre, les trois manuscrits anglais contenaient le même écrit, telles étaient les seules données que possédait Gerberon pour résoudre le problème de l'authenticité du De Conceptione. Il n'est pas étonnant qu'à l'aide de ces données il l'ait résolu dans un sens négatif.

La critique, adoptant les conclusions de l'ériidit bénédictin basées sur les raisons que nous avons textuellement et intégralement citées, a renoncé, depuis la fin du dix-septième siècle, à regarder comme étant de saint Anselme un écrit ([u'un si grand nombre de savants lui avaient jusqu'alors attribué sans l'ombre d'hésitation.

En 1857 Mgr Malou, qui admirait cet écrit et qui eût été heureux de corroborer par l'autorité du nom de saint Anselme les arguments qu'il y puisait en faveur de sa thèse sur l'Immaculôe- Conception, fut arrêté pour les raisons de Gerberon que, du reste, il acceptait de confiance. « Ce traité remarquable, dit-il, est digne de saint Anselme parla beauté des pensées et la force des raisonnements. Cependant il n'appartient pas à ce saint docteur. Si quelques manuscrits d'Angleterre et de France- le renferment parmi les œuvres de saint Anselme et sous son nom, la presque totalité des manuscrits des œuvres du saint évêque que l'on trouve en France, en Belgique, en Angleterre et en Allemagne, ne le contiennent pas et n'en font pas mention » (1).

Sur cette question, comme sur toutes celles qui se rapportent à l'histoire de saint Anselme et d'Eadmer, nous avons été aux sources, à toutes les sources que nous avons pu découvrir, et aux premières sources.

Nous n'avons pu retrouver le manuscrit de Cluny. Mais nous pouvons nous en passer. Nous savons par Gerberon qu'il contenait le De Conceptione et qu'il y était expressément attribué à saint Anselme : Tractatus B. Anselmi de Conceptione B. McLvise Virginie.

Mais nous avons retrouvé le manuscrit de Corbie. C'est le manuscrit latin 13414 de la Bibliothèque nationale. Il porte à son

(l) L'Imm. Concept., t. H, p. 112.

premier folio ces mots qui sont comme le manuscrit lui-même (l'une écriture du treizième siècle : Ex libris Corbeiensis monastèvii. Des notes en marge d'une écriture du dix-septième siècle et de la môme main que les notes autographes de Gcrberon pour son édition des OEuvres de saint Anselme conservées dans le manuscrit latin 11089 de la Bibliothèque nationale nous ont permis de constater d'une manière absolument certaine que ce manuscrit est celui dont s'est servi Gerberon.

Ce manuscrit ne contient pas la collection complète des œuvres de saint Anselme : assez peu de manuscrits sont dans ce cas.

Mais, si l'on excepte le De corpore Christi, il ne renferme que des œuvres de saint Anselme ; et même sauf le De Similitudinibus etle De Conceptione qui n'est comme le De Similitudinibus qu'à moitié de saint Anselme, il ne renferme que des ouvrage du saint absolument et incontestablement authentiques (1).

Nous avons également retrouvé le manuscrit de la bibliothèque Mertonienne et celui de la bibliothèque de Lincoln. Ils sont tous les deux à Oxford.

Le manuscrit de la Bibliothèque Mertonienne est, aujourd'hui encore, inscrit sous le n° 22. C'est un in-folio de 194 folios dont l'écriture est du quatorzième siècle. Le De Conceptione s'y trouve au folio 176 entre le sermon si connu de saint Anselme

(1) Voici l'ordre des ouvrages contenus dans ce manuscrit : Fol. 1 Incipit prtefatio libri monologii Anselmi arch. Cant. F. 27. Anselmus in Prosologion.

F. 35. Meditalioiies Anselmi :

Terrel me vita mea, etc.

F. 36. De processione Sancti Spiritus : liber Anselmi.

F. 41. Incipit epistola Anselmi Gaat. arch. ad Vullanum Neubrlgensem de fernnentato et de Azymo.

F. 44. Incipit epistola Anselmi de Incarnalione Verbi vel fide christiana ad Urbanum papam.

F. 64. Incipit liber beat! Anselmi de Corpore Christi.

F. 76. Incipit liber saiicti Anselmi contra respondentem pro insigiente.

F. 82. De Conceptione beatis Virginis Mariœ.

Cet opuscule se termine au foi. 84 par c&le.iplicit : « Explicit Ansellus de Conceptione beatee Marite Virginis. »

F. 84. Immédiatement après cet explicit, vient sans aucun titre le sermon de saint Anselme pour l'Assomption : Intravil Chrislus vel Jésus in quoddam castellum. Il n'a pas à'explicit.

F. 87. Incipit tractatus sancti Anselmi de similitudinibus. — Cet écrit se termine au fol. 131 avec le volume.

pour la fête de l'Assomption et le De exellentiâ B. Virg (1). Ce De conceptione est bien celui qui a été édité par Gerberon.

Le manuscrit provenant de la bibliothèque de Lincoln est inscrit aujourd'hui sous le n" 18 parmi les Codices latini collegii LincolnienBis . C'est un recueil des œuvres de saint Anselme, auxquelles on a ajouté à partir du fol. 108 quelques autres écrits. Miais le recueil des œuvres de saint Anselme qui occupe les 108 premier folios n'en perd rien de sa valeur. Le volume est un in-folio de 229 fol. dont la première partie est d'une écriture du quatorzième siècle. Le De Conceptione se trouve entre le Proslogion, et le Contra, insipientem au fol. o8 (2). C'est l'écrit édité par Gerberon.

Quant au manuscrit du collège de Saint-Benoit, qui avait été signalé au savant bénédictin, c'est le fameux C. C. C. .371 dont nous avons eu si souvent occasion de parler. Si Gerberon avait

(1) Dans ce manuscrit, après le traité de saint Augustin sur la Trinité et quatre autres ouvrages du même saint docteur, on trouve f. 109 la méditation de saint Anselme : J)e redemplione humanà puis immédiatement après l'ouvrage de Hugues de Saint-Victor. De claustro animœ, son Didascalicon, et son Sigillum sanctœ Mariœ, puis deux sermons de Jean Abbeville, puis au fol. 175 le sermon de saint Anselme : Inlravit Jésus en quoddam casiellum, puis au foU l~6 le De Conceptione sur ce tiire : Incipit traclatus Anselmi de concepcione B, Virginis. Le De Conceptione est suivi du De excelleatia B. V. M. Vient ensuite la méditation de saint Anselme : Deploratio maie amissce virginitatis, et enfin ijuatre ouvrages ou fragments d'ouvrages de saint Augustin. On voit que ce voiume est une compilation.

(2) Voici l'analyse des 108 premiers folios : F. i. Tractatus. Anselmi de casu diaboli.

F. 0. De concordia prescientia?, prcedestinationis gratiœ Dei et liberi arbitrii. F. 12. De Incarnatione Verbi.

F. 16. De libero arbitrio.

F. 18. De veritate dialogus.

F. 21. Cur Deus homo.

F. 33. De conceptu virginali et originali peccato. F. 37. De processione Spiritùs sancti.

F. 43. De sacrificio azymi et fermentati. ¥. 44. De sacrannentis Ecclesiae.

F. 45. Monologium.

F. 55. Poslogion.

F. 58. De Conceptione B. Virginis.

F. 61. Contra insipientem.

F. 64. De grammatico.

F. 66. De eminentiâ B. Virginis.

F. 70. De recreatione hominis.

Cet écrit, qui commence par ces mots : « Primum et principale principium » n'est pas de saint Anselme.

F. 71. De similitudinibus.

F. 95. Meditationes et orationes, jusqu'au fol. 108.

eu ce manuscrit eiilre les mains, il lui aurait tout expliqué.

De plus, nous avons trouvé le De Conceplione dans deux autres manuscrits d'Angleterre, à Oxford.

Le premier manuscrit d'Oxford qui contient le De Conceplione appartient encore, comme celui que nous avons déjà fait connaître, à la bibliothèque mertonienne. Il porte le n° 20 ; c'est un in-folio de 150 folios, et il est du quatorzième siècle. Le De Conceplione s'y trouve au folio 123, immédiatement après le De eminentiâ, bealse Virginie et immédiatement avant le Conlra insipienteni, c'est-à-dire au milieu d'un recueil assez complet d'œuvres de saint Anselme (1).

Oxford possède encore un manuscrit dans lequel se trouve le De Conceplione. Il appartient à la collection du collège de Sainte-Marie-Madeleine. C'est le n" LVI des « Codices latini. collegii B. Marite Magdalente » . Il est, comme les précédents, du quatorzième siècle; c'est un in-folio de 232 folios. Il est composé en très grande partie d'œuvres de saint Anselme, et c'est au milieu de ces œuvres, entre l'homélie : Intravit Jésus in quoddam caslellmn, et le De excellentiâ B. M. V., que se trouve le De Conceplione (2).

(1) Voici l'analyse de ce manuscrit:

Fol. 1. Monologium.

F. 14. De Incarnatione Yerbi.

F. 20. De conceptu virginali et originali peccato. F, 26. De processione Spiritûs Sancli.

F. 34. De sacramenlis Ecclesiae,

F. 36. De concordià pra^scienliîe et prœdeslinationis et gratiae Dei cum libero arbitrio.

F. 43. De grammatico.

F. 47. De veritate.

F. 51. De libertate arbitrii.

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