‹ EadmerChapitre 6 sur 70 · PREFACE XI · texte numérisé non relu

PREFACE XI

même tout le contraire. D'après lui, ces grandes luttes n'auraient abouti qu'à « une défaite insigne » pour saint Anselme et pour l'Eglise.

Si Eadmer s'est trompé ou nous a trompés sur ce point capital, il a pu se tromper ou nous tromper sur bien d'autres : dès lors quelle confiance mérite-t-il? C'est la base même de l'histoire de saint Anselme qui est ébranlée.

S'il ne s'agissait que d'une affirmation en l'air, il n'y aurait pas à y faire attention; mais cette affirmation a été émise dans une revue, rationaliste il est vrai, mais fort sérieuse, par un critique avec lequel il faut compter. Ce critique est M. Auguste Molinier, le savant conservateur des manuscrits de la bibliothèque Sainte-Geneviève. Son appréciation a d'autant plus de poids et peut exercer d'autant plus d'influence qu'elle est exprimée avec calme et modération, et qu-'elle n'est nullement l'expression d'une hostilité systématique. Tout en étant librepenseur, M. Molinier n'a point l'allure d'un sectaire. En rendant compte de noire Histoire de saint Anselme^ il reconnaît que « l'auteur s'est entouré de tous les renseignements possibles. Par excès de scrupule il a voulu visiter tous les lieux où avait vécu son héros, enfin il a lu avec conscience les œuvres mêmes du saint. » M. Molinier professe une grande admiration pour saint Anselme. « La mémoire de saint Anselme, dit-il, a vécu jusqu'à nous, et à bon droit ; ce fut en effet le plus grand prélat du onzième siècle, l'un des penseurs les plus originaux du moyen âge, celui peut-être qui sut le mieux concilier la philosophie et la religion. »

L'opinion de M. Molinier sur ce qu'il appelle a la défaite insigne » de saint Anselme, opinion appuyée sur des considérants que nous rapporterons en leur lieu, n'a rien qui ressemble à une diatribe, et l'on n'y saurait surprendre la moindre

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