‹ Eaux de ParisChapitre 12 sur 18 · TOTAUX DES SELS TERREUX · texte numérisé non relu

TOTAUX DES SELS TERREUX

Eau de la Dhuis 0*r,234

Eau de la Seine 0 ,214

Différence 0sr,020

Traduisons : dans un litre d'eau de la Dhuis il se trouve tM milligrammes de sels calcaires ou magnésiens.

Dans un litre d'eau de la Seine il se trouve 214= milligrammes des mêmes sels, soit 20 milligrammes ou 2 centigrammes de moins ; pas la moitié d'un grain (ancien poids), pour me faire comprendre de tout le monde.

Or c'est surtout à la présence et à la proportion plus ou moins heureuse de ces sels que les eaux potables doivent d'être plus ou moins agréables, plus ou -moins dures ou crues.

Il est de la dernière évidence que 2 ou 3 centigrammes de plus de carbonate de chaux dans un litre d'eau ne peu-

(1) Les chiffres pour l'eau de la Seine sont la moyenue des treize analyses faites par M. Poggiale sur des eaux puisées du mois de décembre 1852 au mois de février 1855.

vent pas altérer sensiblement ses qualités, ni au goût ni même aux réactifs chimiques.

Cependant, à l'hydrotimèlre, les eaux de la Dhuis donnent 22,5 à 23 et même 24 degrés, suivant les expérimentateurs ; tandis que l'eau de la Seine prise dans le fleuve ne donne que de 18 à 20 degrés, suivant la saison et la hauteur de l'eau.

Comment expliquer ces différences de 2, 4 et même 6 degrés, si les sels calcaires et magnésiens se trouvent dans les deux eaux sensiblement dans les mêmes proportions?

Cette réflexion nous était déjà revenue plusieurs fois à l'esprit, sans que nous ayons pu trouver une réponse satisfaisante ; nous y sommes cependant parvenu.

Les sels calcaires et magnésiens ne sont pas les seuls corps qui, dissous dans les eaux, expriment des degrés à l'hydrolimètre.

L'acide carbonique en excès ou libre agit parfaitement sur la liqueur savonneuse hydrolimétrique.

MM. Boutron et Boudet l'avaient déjà remarqué et avaient donné, dans leur instruction pour l'application de l'hydrotimétrie, le moyen de déterminer la proportion d'acide carbonique libre.

Nous avons voulu vérifier de nouveau nous-même ce curieux phénomène.

Ayant chargé d'acide carbonique à différents degrés de l'eau distillée, nous avons essayé ces eaux avec l'hydrotimèlre. Nous avions ainsi des eaux ne contenant aucun sel calcaire ou magnésien et qui, cependant, accusaient jusqu'à 80 degrés à l'hydrotimèlre; en les mêlant avec de l'eau distillée pure , nous avons eu successivement 56 , 40 degrés, etc., comme MM. Boutron et Boudet.

Notre attention une fois éveillée sur ce point, nous nous sommes demandé si les degrés accusés par l'eau de la Dhuis, et qui ne paraissaient pas proportionnels à sa conte-

nance calcaire ou magnésienne, ne seraient pas dus à un excès d'acide carbonique.

Un regard jeté sur les analyses comparées de M. Poggiale a confirmé h l'instant cette manière de voir.

En effet, suivant M. Poggiale, l'eau de la Seine porte avec elle, en moyenne, par litre, 23cc,30 d'acide carbonique libre.

Les eaux de la Dhuis en contiennent 29cc,46 ; soit, en plus, 6", 16.

Cette différence explique parfaitement et en très-grande partie la différence hydrotimétrique qui existe entre les deux eaux, et l'explication est toute en faveur de l'eau de la Dhuis.

Elle montre aussi pourquoi M. Poggiale a trouvé à l'eau qu'il a analysée 24 degrés hydrotimétriques, tandis que d'autres expérimentateurs n'ont trouvé que 23 degrés et même 22#,5. L'eau analysée par M. Poggiale a été puisée en grandes masses, avec un soin tout particulier, à la fin de la saison, et renfermée dans de grands flacons bouchés en cristal et très-pleins, en sorte que pas un atome de l'acide carbonique contenu dans cette eau n'a pu s'en échapper ni être remplacé par de l'air.

Les mêmes précautions minutieuses n'ont pas toujours été prises sans doute; aussi voyons-nous que M. Mangon, par exemple, n'a trouvé, par litre, que 25cc,4 d'acide carbonique libre, au lieu des 29cc,46 de M. Poggiale (1).

Mais voici une preuve bien plus évidente encore de. l'exactitude de notre explication.

Le 27 novembre dernier, nous avions versé dans une carafe ordinaire, pour la faire goûter à nos convives, de

(1) Hâtons-nous de dire que l'eau analysée par l'honorable M. Mangon n'avait pas été puisée par lui ; elle avait évidemment déjà perdu uue partie de son acide carbonique.

l'eau de la Dhuis, puisée par nous-même le 15 septembre, et tenue jusque-là parfaitement bouchée.

Le 12 décembre suivant, une circonstance fortuite nous a engagé à déterminer de nouveau le degré de l'eau restée dans la carafe; elle n'en remplissait plus alors que la moitié environ.

Quel n'a pas été notre étonnement de ne plus trouver à cette eau que 20 degrés !

Craignant quelque erreur, une nouvelle bouteille d'eau de la Dhuis, restée bouchée, a été ouverte.

On l'a versée dans une carafe ordinaire, qu'elle a remplie aux deux tiers. C'était le 12 décembre.

Le 19, elle ne donne que 22 degrés.

Cette même eau, exposée à l'air pendant quelques jours de plus ou laissée en vidange dans un vase bouché , perd de 2 à 3 degrés, et n'accuse plus que 20 degrés.

Quelques jours encore font descendre le degré hydrotimétrique jusqu'à 18 degrés.

Ainsi se trouve confirmée la conjecture que nous avions formée, en réfléchissant à la grande ressemblance des deux eaux de Seine et de la Dhuis par rapport à leur contenance calcaire (1).

Il est évident que ce n'est plus une différence de 3 à A degrés qu'il faut assigner entre ces eaux au point de vue hydrotimétrique, mais une différence de 2 degrés au plus; en sorte que le degré moyen de l'eau de Seine étant 18 degrés, celui de l'eau de la Dhuis n'est que 20 degrés.

Et, quant à la différence apparente que signale l'hydrotimètre, elle est due, non pas à une proportion sensible-

(1) Cette réduction des degrés hydrotimétriques de l'eau de la Dhuis avait déjà été prévue et annoncée par MM. les ingénieurs. M. Bclgrand, en agitant cette eau ou en la versant d'un vase dans un autre, avait fait descendre de 23 à 18 son ôegré hydrotimétrique. Dans ces diverses circonstances, il doit se déposer une petite quantité de carbonate de chaux, en même temps que se dégage une partie de l'acide carbonique.

ment plus grande de sels calcaires , mais bien à une proportion plus considérable d'acide carbonique libre.

Or, non-seulement cette plus grande proportion de gaz n'est pas un défaut, c'est au contraire une qualité, et, sans qu'il soit besoin de recourir, pour le démontrer, à des considérations scientifiques , nous n'aurons qu'à rappeler cette incroyable consommation d'eau gazeuse qui se fait en France, depuis quelques années, sous toutes les formes et avec un succès non contesté.

Qu'il nous soit donc permis de rendre grâce aux analyses chimiques, qui, bien loin d'avoir obscurci pour nous la question des eaux de Paris, nous ont, au contraire, mis sur la voie d'une observation dont l'intérêt et la nouveauté n'échapperont à personne.

Nous aurions désiré pouvoir borner là nos observations, en réponse à celles de notre honorable collègue ; mais nous ne pouvons laisser passer, sans une réponse catégorique, une dernière allégation qui, sans doute, lui a échappé dans la rapidité de la rédaction d'un article de journal.

M. Barrai dit d'abord ceci :

« Aussi nous nous occuperons peu des hommes, mais « davantage des choses; ce n'est pas en citant des autorités, « mais bien en donnant des raisons quon peut faire jaillir la « vérité. On n'a rien prouvé du tout en disant d'un sys- « tème : il est mauvais, parce qu'il a été rejeté par tel ou « tel corps. »

M. Barrai ne veut pas qu'on cite des autorités.

Cela est permis à ceux qui sont des autorités par euxmêmes. Quand on parle d'un de ces hommes rares, on dit qu'il fait autorité.

Mais ces autorités ne doivent leur puissante influence qu'à une longue habitude d'appuyer ce qu'elles avancent ou proposent (comme le dit M. Barrai) par de bonnes raisons, des faits et des expériences.

Est-ce là ce qu'a fait M. Barrai quand il a dit que les aqueducs qu'on veut construire seront toujours soupçonnés de receler dans leurs flancs des goitres et des scrofules ?

NonI M. Barrai n'apporte, à l'appui de celte étrange imputation, aucun fait, aucune preuve, aucune raison. M. Barrai se considérerait- il, dans cette circonstance, comme un homme qui fait autorité ? Nous croirions lui faire injure si nous supposions une pareille présomption à notre collègue. Mais alors, où donc M. Barrai a-t-il pris l'inspiration de cette lugubre prédiction? Dans Y excellente brochure publiée par M. le docteur Jolly, membre de ï Académie de médecine.

Merci ! voilà une approbation sans réserve, à laquelle notre autre collègue, M. le docteur Jolly, sera certainement très-sensible. Ces messieurs doivent être contents l'un de l'autre; mais nous, placé entre les deux, nous avouons sans détour que nous ne le sommes pas, et nous en dirons franchement la raison.

Quand nous disons que M. Jolly doit être content de M. Barrai, nous allons trop loin sans doute.

M. Jolly n'est peut-être pas très-flatté qu'on lui impute cette invention d'aqueducs qui portent des scrofules dans leurs flancs; car M. Jolly s'était contenté des goitres, des caries dentaires et des cancers d'estomac ; il n'était pas allé jusqu'aux scrofules.

Ou bien, en prenant les choses à rebours, M. Jolly n'éprouvera-t-il pas quelque dépit qu'un agriculteur, entièrement étranger à la médecine, ait eu l'excellente idée d'ajouter les scrofules aux goitres, aux caries dentaires et aux cancers d'estomac que M. Jolly avait déjà découverts dans les flancs des futurs aqueducs ?

Quoiqu'il en soit, c'est bien M. Barrai qui a fait cette découverte, à moins qu'il ne veuille absolument en faire honneur aux vénérables docteurs de la faculté de Beims

de 1746; mais je serais obligé, dans ce cas, de lui faire remarquer que c'est aux eaux des puits de Reims, infectés par mille immondices et surtout par les infiltrations des latrines, que les docteurs de 1746 attribuaient la triste propriété de donner les écrouelles.

Or il faut reconnaître, et M. Barrai reconnaîtra certainement, qu'il est impossible de faire marcher de compagnie les eaux de puits calcaires et infectées de Reims, et les eaux vierges, limpides et pures des sources de la Dhuis.

Faut-il maintenant nous donner la peine de démontrer qu'il est absurde d'attribuer à des eaux de source la faculté d'engendrer les scrofules ? Nous n'aurions qu'à prendre les autorités médicales, depuis la première ou la plus ancienne, jusqu'à la plus récente ou la plus éclairée par cet esprit d'observation qui est aujourd'hui le fondement indispensable de toute opinion médicale.

Mais M. Barrai ne veut pas qu'on cite des autorités. Alors pourquoi, lui, cite-t-il M. Jolly? M. Jolly serait-il pour lui une de ces autorités qui sont nécessairement infaillibles parce qu'elles s'opposent quand même à tout projet émanant de l'administration? Ou bien encore M. Jolly serait-il un de ces puissants écrivains qui sont reconnus, en médecine, comme des autorités devant lesquelles il faut absolument baisser pavillon ?

Nous en appelons de M. Barrai qui a lu l'excellente brochure de M. le docteur Jolly à M. Barrai ayant lu notre réponse, et nous n'ajouterons qu'un mot : c'est qu'il est affligeant pour nous que M. Barrai ait pu trouver excellente une brochure dans laquelle nous sommes traité, non pas en collègue, mais en adversaire ignorant et sans vergogne.

M. FliLGENCE MAILLARD,

MAIRE DE MORAINS.

Observations des maires et propriétaires de la vallée du Morin sur le projet de recherches d'eaux dans les vallées de la Somme-Soude et du Morin pour l'alimentation de la ville de Paris. (Châlons, imprimerie de T. Martins, 1861.)

Nous avons déjà dit que les projets de la ville de Paris devant avoir pour résultat de faire traverser plusieurs départements par des travaux d'art, il avait été ouvert, conformément à la loi sur les grands travaux d'utilité publi* que, des enquêtes dans ces départements. Ce sont les départements de la Seine, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, Aisne et Marne (1).

(1) Dans le département de la Marne, l'enquête a porté sur des projets étudiés par ordre de l'administration supérieure, dans le but de coostaler la puissance des réserves d'eau existantes dans les massifs crayeux voisins des ruisseaux de la Somme et de la Soude.

Le rapport de la commission d'enquête de la Seine a suffisamment fait connaître les observations consignées sur le registre déposé à l'hôtel de ville de Paris ; nous n'y reviendrons pas.

On nous assure qu'il n'a été fait aucune objection sérieuse dans les déparlements de Seine-et-Oise, Seine-et- Marne et Aisne. Il n'en a pas été de même dans le département de la Marne.

Le maire d'une commune du canton de Vertus, et les maires et habitants de treize autres communes voisines qui se sont joints à lui, ont présenté à l'enquête de longues observations; ils étaient dans leur droit, et très-probablement nous n'aurions même pas eu connaissance de ces observations, si ces messieurs n'avaient pas jugé à propos de les faire imprimer en brochure et de répandre celle-ci.

Par cetle démarche, M. Fulgence Maillard nous a fourni les moyens et donné le droit de discuter le dire qu'il a déposé à l'enquête. La pièce est curieuse et digne d'une réfutation ; elle commence ainsi :

« Les soussignés, maires et propriétaires de marais dan» « la vallée du Morin,

« Prient M. le Président de la commission de recevoir « leurs observations sur le projet de recherches d'eaux « pour l'alimentation de la ville de Paris, et leur protesta- « tion contre l'exécution de travaux qui amèneraient iné- « vitablement la ruine complète de leurs marais tourbeux, « dont la fertilité a déjà été plus que compromise par « un dessèchement trop absolu , réalisé il xj a quelques « années. »

Le titre de la brochure de M. Maillard et cette introduction nous avaient fait supposer que l'auteur, se renfermant dans le rôle que sa position lui traçait naturellement, allait défendre avec mesure les intérêts de localité dont il se constituait le représentant; qu'il ferait valoir les avantages

que les quatorze communes pouvaient retirer de l'existence de certaines eaux sur leur territoire et le dommage que pourrait leur causer la dérivation de ces eaux.

Mais un rôle si honorable et si bien approprié à la position de M. Maillard, comme maire d'une commune de cent vingt habitants, ne devait pas suffire à son ambition. M. Fulgence Maillard n'a entrepris rien de moins que de donner de rudes leçons aux ingénieurs, aux savants, aux financiers, aux administrateurs de la capitale. Tour à tour géologue, chimiste, physicien, agronome, jurisconsulte, homme d'État, M. Fulgence Maillard démontre par a+b que nous n'avons pas le sens commun, que nos prétentions sont ridicules et illégales, nos projets absurdes, nos calculs faux, et notre rhétorique une vraie rhétorique de village. La ville de Paris doit s'estimer bien heureuse que M. le maire de Morains, faisant apparaître tout à coup la vérité à ses yeux, lui évite le désagrément de tomber dans les erreurs les plus grossières.

La brochure de M. Maillard n'a pas moins de quarantesept pages. Il y avait là de quoi déployer bien des arguties, bien des sophismes, beaucoup de théories douteuses; M. Maillard ne s'en est pas fait faute.

Du reste, nous devons commencer par lui rendre justice. Il est l'inventeur de bon nombre des singularités qui ont été relevées plus haut à propos des publications de MM. Jolly, Delamarre, Girard et autres. M. Maillard a été pillé sans pudeur; ces messieurs ne l'ont point cité, ce qui est fort mal : les héros de 1814, enterrés dans la vallée tourbeuse, la vaine conception de luxe et de splendeur monumentale, la Champagne volée de ses eaux et menacée de mourir de soif, les fameux docteurs'de 1746, etc., etc., toutes ces belles choses ont été trouvées ou inventées par M. Maillard.

On nous permettra de n'en plus parler ; justice en a été

faite. Conienlons-nous de ce qui reste à glaner dans la brochure de quarante-sept pages.

Elle commence par la condamnation de M. Maillard et de la cause qu'il prétend défendre , par M. Maillard luimême.

En effet, M. Maillard convient tout d'abord que la fertilité des marais tourbeux, dont il s'agit, a été plus que compromise par un dessèchement trop absolu, réalisé il y a quelques années.

Mais, s'il en est ainsi, que nous veut donc M. Maillard ? Quelle influence pourrait avoir, sur des marais desséchés il y a quelques années, la dérivation de sources dont les eaux ne se rendent point ou ne se rendent plus dans ces marais?

M. Maillard voudrait-il, par hasard, reconstituer ces marais tourbeux, en dépit des puissantes raisons de salut public qui les ont fait supprimer? Veut-il réinstaller dans la vallée de Saint-Gond la fièvre et les autres maladies pestilentielles qu'engendrent les marais? Veut-il enfin braver les lois, qui ont formellement prescrit le dessèchement des étangs, marais, tourbières ou autres parties du sol susceptibles de nuire à la santé publique?

Rappelons en peu de mots à M. Maillard la législation spéciale qui régit ces matières.

« Loi du 1 1 septembre 1792. Lorsque les étangs, d'après « les avis et procès-verbaux des gens de l'art, pourront « occasionner, par la stagnation de leurs eaux, des mala- « dies épidémiques ou épizootiques, ou que par leur po- « sition ils seraient sujets à des inondations qui envahis- « sent et ravagent les propriétés inférieures, les conseils « généraux des départements sont autorisés à en demander « la destruction, sur la demande formelle des conseils « généraux des communes et d'après les avis des adminis- « trateurs de district.

« Décret du 16 septembre 1807. Art. 1er. La propriété « des marais est soumise à des règles particulières.

« Le gouvernement ordonnera les dessèchements qu'il « jugera utiles et nécessaires.

« Loi du 21 avril 1810. Section IL Des tourbières. « Art. 83. Les tourbes ne peuvent être exploitées que par « le propriétaire du terrain, ou de son consentement.

« Art. 84. Tout propriétaire actuellement exploitant ou « qui voudra commencer à exploiter des tourbes dans son « terrain ne pourra continuer ou commencer son exploite talion à peine de 100 francs d'amende , sans en avoir « préalablement fait la déclaration à la sous-préfecture et « obtenu l'autorisation. »

Telles sont les principales dispositions des lois relatives aux terrains marécageux ou tourbeux. Il est facile de comprendre les motifs d'humanité qui ont conduit le législateur à les formuler; le devoir de veiller sur la santé des populations était plus que suffisant. Rappelons aussi , en peu de mots, à quels dangers la santé publique est exposée par l'existence de ces terrains plus ou moins submergés par les eaux.

« Les marais et les effluves miasmatiques qui s'en échap- « pent constituent une des causes d'insalubrité les plus « anciennement reconnues, et pourtant encore aujour- « d'hui les plus formidables qui puissent être signalées et « et qui doivent être combattues avec autant d'énergie que « de persévérance. Au point de vue de l'hygiène, on doit « comprendre sous le nom de marais, non pas seulement « ce que désigne le langage vulgaire, mais dans un sens « plus général, toute portion du sol alternativement couverte « et abandonnée par les eaux, et donnant lieu, sous l'influence « du dessèchement et de la chaleur, au dégagement des miasmes « qui engendrent la fièvre, etc.

« À la tête des pays d'étangs, il faut citer la Sologne, etc.

« Parmi les départements qui en contiennent le plus « après ceux que nous venons de nommer, on remarque « Eure-et-Loir, le Jura, Saône-et-Loire, l'Allier, la Nièvre, « le Lot, Maine-et-Loire, la Marne, la Moselle.

« On le voit, les effluves des marais, portant la mort sur « leur passage, déciment les enfants et les hommes, dé- « peuplent les cités et réduisent dans une proportion ef- « frayante la durée moyenne de la vie humaine (1). »

Voilà pourtant ce qui fait l'objet de la protestation de M. Maillard et autres propriétaires des marais tourbeux de Saint-Gond. Ils veulent relever la surface du plan d'eau par des barrages mobiles qui, étant supprimés à l 'époque de la coupe des herbes, permettraient d'enlever avec facilité les récoltes.

C'est-à-dire que ces messieurs, chargés officiellement de veiller à la santé des populations qu'ils administrent, voudraient, de gaieté de cœur, les placer dans la pire de toutes les conditions hygiéniques, en les exposant aux émanations de ces marais, mis plus ou moins à sec, dans les grandes chaleurs, pour la coupe et l'enlèvement des herbes !

Et quelles herbes ! Voici ce que l'expérience apprend à «e sujet :

« Quand des pluies abondantes surviennent à la fin « d'août et dans le mois de septembre, l'eau se réunit « bientôt dans ces mêmes parties basses et séjourne sou- « vent pendant plusieurs jours sur ce terrain ardent. Alors « l'action combinée de l'humidité et de cette chaleur ex- « cessive détermine la croissance presque instantanée d'un « certain nombre de plantes, parmi lesquelles dominent « des renoncules, divers carex et quelques autres plantes € vivaces dont la végétation, suspendue pendant la séche- « resse, reprend toute sa force aussitôt que le séjour de

(1) Dictionnaire d'hygiène publique, le docteur Tardieu.

« l'eau pluviale vient rendre au sol l'humidité dont elles « ont besoin. Ces plantes poussent avec la rapidité du € champignon sur un sol qui ne reçoit jamais d'engrais et « qui ne contient pas par lui-même les éléments propres à « produire un fourrage de bonne qualité. Elles n'ont, pour « élaborer leurs tissus, ni les longs jours, ni le soleil vivi- « fiant du printemps, mais, au contraire, elles se dévelop- <i pent dans la saison des brouillards et des nuits prolon- <l gées ; ce sont des herbes molles dans lesquelles la sub- <i stance réellement nutritive n'est nullement en rapport « avec l'énorme quantité d'eau qu'elles contiennent. Les « bestiaux les mangent avec d'autant plus d'avidité, qu'ils € n'ont trouvé aux champs, dans les mois précédents, que « des bruyères, un peu d'ajoncs et quelques graminées « aussi sèches que la bruyère elle-même. Les animaux des « races bovine et chevaline, doués d'un tempérament plus « robuste, sont beaucoup moins sensibles à l'action de « cette nourriture insalubre, et cependant il n'est pas rare a de voir des bœufs et des vaches atteints, dans les mêmes <i circonstances, de la cachexie aqueuse. Quant aux bêtes <i à laine, dont le tempérament est mou et lymphatique, « ces aliments trompeurs n'apportent à leur appareil diges- <i tif, à leurs organes assimilateurs que des matériaux in- <l suffisants ; leur sang s'appauvrit, et bientôt la circulation a n'a plus assez d'activité pour entraîner au dehors cet « excès d'eau qui s'infiltre peu à peu dans leurs tissus. » (Dr Tardieu, Dictionnaire d'hygiène publique.)

Ces lignes ont été écrites pour la Sologne ; mais il n'y a que trop de ressemblance entre tous les marais, pour la pitoyable nature des fourrages qu'on prétend y récolter.

C'est donc avec raison que le gouvernement a poursuivi et poursuit encore dans le département de la Marne, comme ailleurs, la suppression, par dessèchement, de ces foyers pestilentiels, et Ton a peine à comprendre que les hommes

chargés de veiller sur la santé des populations osent protester contre des mesures si nécessaires.

A la vérité, on s'appuie sur une considération spécieuse. À entendre M. Maillard et autres, le dessèchement des marais tourbeux de Saint-Gond entraînerait la ruine de l'agriculture de toute la contrée. Mais, si cela était vrai, il n'y aurait donc point d'agriculture sans marais tourbeux I Comment donc parvient-on à tirer si bon parti de la terre dans l'immense majorité des cantons privés de ce funeste auxiliaire? Non-seulement les marais tourbeux, mais les prairies naturelles elles-mêmes manquent dans une foule de localités. Est-ce qu'on ne cultive pas la terre dans ces localités?

En vérité, cette objection n'est pas sérieuse et tombe devant la plus simple réflexion.

Au lieu de prolester contre le dessèchement de leurs marais pestilentiels, MM. les maires des cantons de Vertus et autres feraient mieux d'étudier un système de culture approprié à leur sol et de donner l'exemple de cette culture rationnelle. L'expérience apprend qu'il n'est aucune terre dont on ne puisse tirer un parti avantageux quand on la traite avec intelligence.

Nous nous abstenons de donner ici des conseils à M. Maillard et à ses collègues; mais il nous serait facile de leur citer des propriétaires de la Champagne qui, placés dans des conditions moins favorables que celles du canton de Vertus, ont obtenu, avec le temps et le travail, les plus beaux résultats. Ces résultats ont été constatés et récompensés plus d'une fois par la Société impériale et centrale d'agriculture de France.

Poursuivant sa malheureuse idée, M. Maillard s'étend avec complaisance dans dix pages de la brochure sur la théorie des marais, des tourbières, des plans d'eau, des nappes souterraines, des sources, etc., toutes choses parfai-

tement oiseuses dans celle discussion et que M. Maillard fera bien de porter à la Société de géologie, de météorologie ou d'hydrologie, mais qui n'ont rien à faire dans la question de savoir si la Ville fera bien de donner à boire à ses habitants des eaux de source.

Tout ce que nous pouvons faire pour M. Fulgence Maillard à propos de cette tirade, c'est de lui faire notre compliment sur l'étendue de sa science en matière de vallées tourbeuses.

A la suite des théories scientifiques, viennent les théories financières. Nous aurions parfaitement compris que M. le maire de Morains exposât la situation financière de sa commune et les dommages que pouvaient lui causer les projets de la commune de Paris; mais que M. Fulgence Maillard ait la prétention de donner des conseils à la ville de Paris, à ses représentants, à ses administrateurs; qu'il prétende connaître mieux que nous nos intérêts, nos ressources, notre avenir, voilà qui nous paraît trop fort, et M. Fulgence Maillard nous permettra de passer purement et simplement sur cette partie de sa brochure sans nous donner la peine de la réfuter. M. Maillard, dans cette circonstance, rappelle par trop Gros-Jean voulant en remontrer à son curé.

M. Maillard n'est pas plus heureux quand il veut discuter la question de savoir si la commune de Paris a le droit d'exécuter, hors de son territoire, les expropriations nécessaires à l'exécution de ses projets, et cela, comme ne craint pas de le dire M. Maillard, aux dépens de nombreuses communes moins importantes.

M. Maillard oublie l'esprit comme la lettre de la loi.

Nul ne peut être exproprié sans une juste et préalable indemnité. Personne ne pense à violer cette sage disposition.

Mais, comme le mauvais vouloir de quelques-uns ou de

mesquins intérêts pourraient retarder et entraver même les entreprises les plus utiles à la majorité des citoyens, la loi a aussi posé en principe que la déclaration d'utilité publique, rendue avec certaines formes, entraînerait le droit d'expropriation.

Or, dans l'espèce, de quoi s'agit-il ? d'amener dans la capitale d'un grand pays, occupée par une population de 1,700,000 âmes, des eaux potables préférables à cellei dont elle a disposé jusqu'ici.

Ce grand intérêt serait balancé, suivant M. Fulgenco Maillard, par celui de quatorze communes situées autour des marais de Saint-Gond.

Voici les noms et la population de ces quatorze communes :

Habttaats.

Morains 120

Pierre-Morains. 175

Aulnay-aux-Planches 135

Àulnizeux 123

Verl-la-Gravelle 423

Coizard 330

Coujionnet 14T

Villevenard 382

Oie 196

Reuves 24T

Broussy-le-Grand 523

Broussy-le-Petit 285

Bannes 453

Écury-le-Repos 151

Total 3,690

Admettons, pour le moment, qu'en effet celte population de 3,690 habitants, répartie dans quatorze villages ou plutôt dans quatorze hameaux, ait à souffrir un certain dommage de l'exécution des projets de la ville de Paris.

Ce serait, sans doute, une chose fâcheuse ; mais il faut

convenir que les exemples de pareils incidents ne sont pas rares, et que d'ailleurs il serait difficile de démontrer que les intérêts de 1,700,000 habitants doivent se taire devant les convenances de 3,690.

Mais nous soutenons formellement qu'on n'a nullement démontré que les quatorze communes en question puissent être les victimes de nos projets. On n'entend en aucune façon s'emparer des eaux qui entretiennent les marais de Saint-Gond, et, dût-on détourner ces eaux et dessécher le marais, nous soutenons qu'on rendrait service aux quatorze communes au lieu de leur nuire. Privées de ce détestable fourrage qu'elles enlèvent péniblement de ce marais tourbeux, elles rechercheraient d'autres moyens d'alimenter leurs bestiaux et s'en trouveraient bien; car il est démontré qu'une bonne culture a nécessairement pour base une production de bons fourrages. Or ce n'est pas l'herbe à emballage du marais de Saint-Gond qui peut alimenter un beau et nombreux bétail et produire les engrais dont les terres du pays ont si grand besoin.

Enfin nous nous permettons de douter qu'il y ait eu unanimité et spontanéité dans la démarche dont M. Fulgence Maillard s'est constitué le promoteur. Nous ne savons que trop comment on obtient ces sortes de démonstrations; elles n'ont pour nous aucune valeur.

Nous nous sommes permis de passer outre sur les considérations financières de M. Fulgence Maillard. Nous en ferons autant sur la question qu'il prétend nous faire à propos des eaux de la Seine, sans relever cette phrase étrange :

« Il a été répondu, en ce qui concerne le projet de la € Seine, que le motif de rejet indiqué était une absurdité, « et on l'a assez bien prouvé. » (Feuilleton de Y Union du 3 février 1861.)

Nous sommes absurdes ! soit. Quant au projet de la Loire,

M. Fulgence Maillard, toujours avec ce ton de supériorité d'un homme qui a le droit de traiter d'absurdité les opinions des autres, M. Maillard, disons-nous, démontre V absurdité des riverains de la Loire, qui ont pris la liberté grande de défendre la Loire , comme M. Maillard défend le Morin.

Dans toute cette discussion, comme on voit, tout le monde est absurde, excepté M. Fulgence Maillard.

Comme nous avons parlé avec détail des projets fondés sur la dérivation des eaux de la Loire, nous n'y reviendrons pas ici.

Passant ensuite aux questions les plus ardues de la chimie et de la physiologie, M. Fulgence Maillard traite nécessairement à son tour la fameuse question de Y aération des eaux.

Suivant lui, « les eaux de la Champagne, captées clans les « massifs de craie et amenées à Paris sans avoir été expo- « sées au contact de l'air et aux ravons du soleil, seraient « évidemment dans de très-mauvaises conditions sous le « rapport de la salubrité, et, outre l'inconvénient d'être « lourdes et indigestes, elles développeraient, sans aucun « doute, chez les personnes à tempérament lymphatique « ou chlorotique , des goitres , surtout chez celles qui , « comme les jeunes filles, les jeunes femmes et les ouvriers « pauvres, ne mélangent pas de vin à l'eau qu'elles boi- « vent. »

Ce passage démontre qu'à toutes les connaissances que nous avons déjà reconnues à M. Fulgence Maillard nous aurons à ajouter une profonde perspicacité médicale. Mais ce n'est point cette question que nous voulons traiter ici à propos de ce passage. La question médicale a été épuisée avec M. le docteur Jolly, c'est assez.

Il reste la question de la mauvaise qualité des eaux captées dans les massifs de craie de la Champagne. Nous sommes

en mesure d'en dire notre avis à M. Maillard : Ces eaux sont les meilleures de la Champagne et le disputent aux meilleures eaux de France comme eaux potables. Voilà ce que nous allons démontrer catégoriquement.

Dès l'origine du camp de Châlons, MM. les officiers de santé chargés de veiller sur la santé du soldat se préoccupèrent de la qualité des eaux qu'il allait consommer.

Dans un rapport adressé à M. le ministre de la guerre à la fin de 1857, M. le baron Larrey, chef du service de santé du camp, s'exprimait ainsi au sujet des eaux du camp :

« L'eau des rivières (voisines du camp) est de bonne « qualité, assez claire, limpide, fraîche, inodore, agréable « au goût et propre à la cuisson des légumes. Les habitants « des villages en font néanmoins peu d'usage pour boire ; « ils s'en servent plutôt pour le breuvage des animaux et « pour le blanchissage. Ils préfèrent creuser des puits « d'où l'eau jaillit d'ordinaire à 8 ou 10 mètres de pro- « fondeur. Cette eau est un peu trouble et blanchâtre, par « la suspension d'une certaine quantité de carbonate cal- « caire. Elle est pourtant sans saveur mauvaise, quoi- « qu'un peu crue et froide ; mais, clarifiée, elle ressemble à « l'eau de roche et est meilleure, en apparence, que l'eau « courante.

« On serait porté à croire, , d'après divers renseigne- « ments, que l'eau des puits est moins malsaine, car les « habitants du pays la préfèrent généralement à l'eau des « rivières, et les étrangers, qui en font usage pour la pre- « mière fois n'en sont point incommodés. Ajoutons que les « ouvriers du camp pouvaient en boire impunément et en « abondance pendant les plus grandes chaleurs de la sai- « son et au milieu même de la sueur de leurs travaux. » En 1859, M. Périer, médecin en chef, s'exprimait de la manière suivante dans un rapport sur l'état du camp en 1858:

« Des eaux. La Suippe et la Vesle étant à une trop « grande distance du campement pour servir, sans travaux « d'art particuliers, à l'usage des troupes, Tan dernier, le « Cheneu et les puits forés par le génie ont fourni la somme « d'eau nécessaire aux besoins de l'armée. Cette année, la « source du Cheneu s'étant tarie, le précieux réservoir que « constitue le banc crayeux sur lequel le camp est assis a « seul donné, à une température toujours agréable et « avec des qualités salubres, toute l'eau qui a été con- « sommée.

« Pour les usages de l'alimentation, l'eau des pompes a <l sur celle des cours d'eau l'avantage de n'avoir pas le goût « tourbeux que l'on a reproché à celle-ci, et celui d'être, « par tous les temps, d'une température agréable. »

M. le docteur Morin, médecin aide-major au 26e régiment, s'est aussi occupé des eaux du camp de Châlons dans un mémoire publié en 1858.

« Cette eau, inodore, d'une saveur fraîche et pénétrante, € est d'une couleur lactescente ; mais cette nuance, due à « la présence du carbonate de chaux, disparaît par le re- « pos du vase, et mieux encore par l'addition de quelques « gouttes de vinaigre. A part la couleur, cette eau est « d'une bonne qualité, cuit parfaitement les légumes, et, « bue avec prudence pendant les fortes chaleurs, n'a ja- <i mais causé aucun accident. »

Enfin M. Fleury, pharmacien aide-major, s'est livré à une étude détaillée et comparée des eaux du camp, de l'eau de la Marne et de celle d'un puits de Châlons.

Il est résulté de celte étude, publiée en 1861 [Recueil des mémoires de médecine, chirurgie et pharmacie militaires, tome VI), que l'eau de la Marne donnant 18°, 3 hydrotimétriques, les eaux de puits du camp ont donné les chiffres suivants :

Degrés hydrotimctriques.

Quartier de cavalerie 22,3

Hôpital 11,6

Ambulance du centre 16,5

Ambulance de gauche 13,3

Ambulance de droite 13,6

Parc du génie 9,0

Baraques du génie 8,6

Quartier impérial 11,5

Abreuvoir de la cavalerie 14,0

Campement du 839 régiment 11,8

Campement du 7e bataillon 14,3

Lavoir du 66e régiment 15,3

Campement du 1er hussards 13,3

Ces chiffres ne laissent rien à désirer, et comme M. Fleury démontre suffisamment, par la manière dont il traite ce sujet, que sa compétence doit inspirer une entière confiance, nous aurions pu nous contenter de ces intéressants résultats, corroborant si nettement les opinions des médecins, et regarder comme démontré que les eanxde puits du $amp de Châlons, ou, si l'on veut, de la nappe souterraine de ce plateau crayeux sont des eaux potables de première qualité.

En effet, le seul reproche qu'on ait pu leur faire de temps en temps a été d'arriver, par les pompes, avec une légère teinte opaline due à la présence d'un peu de craie très-fine tenue en suspension dans l'eau. Mais il est évident que cet effet n'a été dû qu'à des circonstances purement accidentelles. Tantôt les puits étaient trop récemment forés; d'autres fois, ils n'étaient pas revêtus de maçonnerie; on s'est aperçu aussi que, faute de précautions, les eaux pluviales descendaient quelquefois dans les puits sans filtrer dans le sol et entraînaient avec elles un peu de calcaire qui troublait leur eau.

Il est évident que cet inconvénient est facile à éviter;

ajoutons qu'il n'existe même plus, car les eaux puisées ces jours-ci, à notre demande, par M. Maumené, sont parfaitement limpides.

Comme nous venons de le dire, nous aurions pu admettre comme suffisamment démontrée la bonne qualité des eaux de la nappe souterraine du camp de Châlons ; mais nous avons voulu qu'il ne pût s'élever à ce sujet aucune espèce de doute. En conséquence, nous avons prié M. Maumené, professeur de chimie à Reims, bien connu par la remarquable exactitude de ses travaux, de vouloir bien se transporter lui-même au camp, de recueillir des eaux sur divers points, d'en faire, de son côté, l'épreuve hydrotimétrique et de nous en envoyer des échantillons, afin de répéter à Paris ces mêmes épreuves.

Voici les deux lettres qui nous ont été adressées à ce sujet par l'honorable M. Maumené.

Reims, 1" janvier 18G2.

« La réputation universelle des eaux du camp est excel- « lente; pourtant ces eaux, celles qu'on boit, sont des eaux « de puits; on ne touche pas aux eaux du ruisseau qui « est trop éloigné des baraquements.

« Il existe au moins 150 puits (on en a creusé davan- « tage), et, sauf un point où pendant le creusage il se dé- « gageait assez d'hydrogène sulfuré, parce qu'il y avait « abondance de pyrites dans la craie, partout les condi- « tions d'ensemble sont excellentissimes.

« Il n'y a pas plus de 1 et 1/4 pour 100 à peu près de « malades. 337 sur 28,000 hommes. Il y a eu des cas de « goitre : 2 seulement en 1861; c'étaient des Savoisiens. « Depuis la fondation du camp, il y en aurait eu (suivant

« une autre personne) plus de 10, à l'égard desquels on « me promet des renseignements d'hôpital (1).

« 1! paraît que, dans toute autre garnison, il est rare « d'avoir aussi peu de malades, et que la proportion « moyenne serait, en général, fortprèsde 5 pour 100. Vous « devez être bien informé à cet égard.

« Des analyses nombreuses ont été faites 1° par M. Fleury, « pharmacien militaire, qui a publié un rapport adressé « au conseil de santé des armées (2);

« 2° Par M. Dugué, ingénieur en chef de la Marne (3);

« 3° Par MM. les officiers du camp (chirurgiens et offi- « ciers du génie).

« 11 résulterait de ces expériences que les eaux des puits « donneraient : les meilleures, 12 à 13 degrés hydrotimé- « triques; les plus mauvaises, 27 degrés.

« Une personne importante a paru très-préoccupée des « projets de captation des eaux de la Somme-Soude. On « privera, suivant elle, le pays d'une eau qui est la base né- « cessaire de la richesse agricole. Dans les temps de sécheresse, « on n'aura pas une goutte d'eau. — Malgré la contradic- « tion, au moins apparente, de ces deux assertions, cette « personne regarde comme funeste l'idée d'approvisionner

(1) Dans une troisième lettre du 15 janvier, M. Maumcné nous a fait parvenir les renseignements tirés des registres des hôpitaux.

Le nombre des goitreux entrés à l'hôpital et aux ambulances du camp est de 4 pour 1860, 3 pour 1801.

(2) Nous avons donné, plus haut, les résultats favorables de M. Fleury.

(3) Il s'exprime ainsi : « A Chaloas, un puits m'a donné 0Sr,275 de sulfate « de chaux par litre d'eau, et les puils du camp, dont les eaux sont cepen- « dant les meilleures de toute la Champagne, contienne ni au moins le poids, « et souvent le double du poids des sulfates constates dans l'eau de la « Seine avant sa réunion à la Marne. » Cet aveu est précieux. Quant à la proportion de sulfate de chaux, nous démontrerons qu'elle est insignifiante.

D'ailleurs l'eau du puits de l'hôtel de la Haule-Uèrc-Dieu, à Chàlous, recueillie par nous-môm1, ne contient que 0Sr,18i de sulfata de chaux, au lieu de Ufr,275 annoncés par M. Dugué , pour un puils qu'il ne désigne pas.

« Paris do cette manière et comme fausse la théorie de << M. Belgrand. Plusieurs puits ont pu être taris sans « abaisser le niveau d'autres très-voisins, au moins sensi- « blement. Donc les eaux de dérivation pourront manquer.

« Quant à la qualité, les eaux sont excellentes. Certains « puits qui, par des causes accidentelles, offraient d'abord « une eau désagréable, celui de la cour de l'adminislra- « tion du génie par exemple, ont, après quelques jours « d'un service actif, offert tous les caractères des eaux « salubres les plus pures. Les maladies du camp ont été « surtout une petite épidémie de dyssenterie en 1861; « mais cela tenait à l'entassement des hommes sous la tente « et se présente au plus haut degré dans tous les camps (1).

« J'ai pris seulement six échantillons d'eau :

« 1° Dans le baraquement de la 3e division d'infanterie ;

« 2° Dans le quartier impérial, ou plutôt dans les écu- <i ries contiguës ;

« 3° Dans le quartier impérial proprement dit : c'est « l'eau que boivent l'empereur et son état-major ;

« 4° Dans le baraquement de la cavalerie ;

« 5° Dans les bâtiments de l'administration;

« 6° Dans les baraquements de l'artillerie.

« Vous pouvez voir, par le plan ci-joint, que ces six « prises ont été faites sur le périmètre des eaux employées, « périmètre qui n'a pas moins de 5,000 mètres diamé- « tralement.

(1) Interrogé par l'empereur sur les effets que pouvait avoir sur la santé des troupes l'eau opaline des pompes, j'ai pu répondre à Sa Majesté que l'expérience uouvelle de cette année confirmait la prédilection que la population de Chûlons et des envirous du camp a pour leau des puits creusés dans la craie , eau qui parait être utile par l'acide carbonique, par les carbonates qu'elle contient; qu'enfin la grande quantité de craie qui s'y trouve parfois eu suspension n'a rien de défavorable; que probablement môme elle est utile à l'époque où se montrent les dyssenteries, puisque la craie est un médicament capable de combattre cerlains flux abdominaux. (M. Périer, médeciu en cbef du camp.)

« Elles doivent, par conséquent, vous présenter une « moyenne fort approximative des eaux du plateau, et, si « je ne me trompe, c'est bien là ce que vous désirez. « Comme vous avez bien voulu me le demander, je les « étudie de suite, et, aussitôt mes résultats obtenus, j'aurai « soin de vous les présenter.

Reims, 5 janvier 1862.

« Voici les résultats que j'ai obtenus pour les six échan- « tillons des eaux du camp de Châlons:

1° ESSAIS HYDROTIMÉTRIQUES.

« On m'avait annoncé, au camp, que le degré de tous les « puits variait de 13 à 17 ou 1<S degrés. Mes expériences « confirment.

« J'ai fait évaporer demi-litre de chacune de ces eaux. « J'emploie toujours un ballon.

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