Voyage eu Italie, tome II, page
De qui donc est-elle cette toile d'un mysticisme si intense qui ravissait d'enthousiasme un rationaliste tel que Taine, si ce n'est d'un humble frère convers dominicain, frère Jean de Fiesole — surnommé l'Angelico, parce qu'il peignait comme un ange — le plus grand artiste incontestablement de tout le quinzième siècle? Et l'œuvre de ce peintre est considérable ; le couvent de Saint-Marc, à F lorence, est tout plein de ses œuvres qui nous donnent tant la sensation du divin, l'illusion du ciel.
Au Louvre encore, de qui sont ces manuscrits enluminés avec un art si délicat et si fervent ? Nous ne connaissons pas les noms de ces exquis imagiers qui épanchaient ainsi leurs rêves surnaturels en marge des textes antiques, couvrant les bibles ou les antiphonaires de dessins fins et purs où l’on ne sait qu'admirer le plus, de la perfection du travail ou de la qualité de ces ors et de ces couleurs, à peine altérés après tant de siècles. Qu'importe que ces œuvres adorables soient anonymes! Ne savons-nous pas d'où elles viennent? Ne sont-ce pas là des fleurs de cloître, écloses du génie et de la piété des vieux moines ? — Et ces exemples sont pris entre mille.
Quant aux nombreux spécimens d’art religieux qui sont signés de noms laïcs, c'est encore à l'Eglise qu'en reviennent le mérite et la gloire. Et pourquoi ? Parce que le plus souvent c'est l'Eglise qui les a commandés, qu'ils ont été exécutés pour elle, sous son
influence, par son ordre, et par des artistes qu’elle avait elle-même découverts, encouragés, protégés, aiguillonnés, des artistes qui lui devaient tout ce qu'ils étaient. Ici encore, que l’on me permette des exemples. Il y a au Louvre une pièce qui s'appelle le « Salon carré » et qui renferme non pas seulement des chefs-d'œuvre, comme tout ce musée en général, mais je dirais de la « quintessence » de chefs-d'œuvre. Or là, parmi d’autres toiles où l'art religieux ou profane a atteint sa plus haute expression, je distingue des Raphaël, sa Madone connue sous le nom de « la Belle Jardinière » et sa « sainte Famille de François I». Or, ce Raphaël, « prodigieux créateur d'images », au témoignage d’un critique, «le plus grand illustrateur qui ait jamais existé », «qui fit de son art comme la somme ou la quintessence de ce que le génie de l'Italie avait de plus séduisant », et dont on a dit encore que « si d’autres ont été comme les fleurs de la Renaissance, c’est lui qui en a été le fruit mûr »,— Raphaël n’a-t-il pas été « l'enfant chéri de l'Eglise et de la Papauté '?» N'est-ce pas grâce à leur protection qu'il a pu développer tout son génie? L'ensemble de ses travaux ne lui a-t-il pas été commandé par les Papes? N'est-ce pas sur l'ordre de Léon X qu'il a décoré le Vatican de ses