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perd pas un détail. Même la petite corde, qui relie les bêtes l’une à l’autre et les maintient en ligne, s'évoque. En un mouvement lent et régulier la caravane s'avance, mettant dans ce paysage une note de vie antique. Le firmament, là où sa courbe semble toucher la terre, est d’un opalin infiniment doux. Un coin de la mer brille par une échappée de collines : on dirait un morceau de verre dépoli sur lequel frapperaient des rayons. Les monts de Moab s'enroulent en une gaze de plus en plus violette. © lumière orientale, que tu es transfigurante !
Nous voici dans Bethléem. La bourgade est riante. Du haut des terrasses, des gens nous regardent passer et nous saluent très aimablement. Je remarque parmi eux des visages bien réguliers, d’une beauté saine. Le type en esi court et rond, le teint frais et tout près d’être coloré. C’est peut-être que l'air est assez vif, ce matin. Et que leurs yeux sont donc étincelants et profonds! A quoi les comparerai-je ? Ce sont des diamants noirs tout allumés d'éclairs.
Visite à quelques ateliers de nacre. La nacre est une essence très dure, presque aussi difficile à travailler que le métal, dit-on. Pour l'attendrir, on la laisse tremper d’abord longtemps dans de l’eau tiède mélangée de savon. Elle perd ainsi un peu de sa résistance. Et c’est alors que les Lons ouvriers l’entament avec leurs instruments qui m'ont paru assez
primitifs, mais par lesquels ils réussissent à exécuter tout de même des merveilles d'ingéniosité. Quelle Patience il leur faut pour ciseler leurs croix en finesse, pour dessiner là-dessus leurs petits tableaux d'un art si naïf, ou encore Pour arrondir cette matière en beaux grains de chapelets! Tout en travaillant, ils s'accompagnent de mélopées traînantes dont l'accent Contraste avec le cri strident des limes, le son aigre des machines à polir ou à percer. Ah! ce qu'il faut avoir les nerfs solides pour supporter tout cela.
Nous descendons au champ des Pasteurs, voisin de celui de Booz. Bethléem ressort en clair derrière nous. Je puis très bien juger de sa conformation. Elle est disposée en demi-cercle sur deux flancs de collines. Elle s'est agrandie depuis le temps de Jésus. La grotte où, faute de place dans les hôtelleries — non erat eis locus in diversorio — Joseph et Marie se réfugièrent au sein de la nuit que la naissance du Verbe allait rendre éternellement auguste, se trouvait alors à l'extrémité du bourg, à quelque distance des dernières maisons. Aujourd’hui, elle en occupe le centre.
Le champ es pasteurs est planté de beaux oliviers. De gracieuses collines l'enceignent, qui s'ouvrent seulement à l’est sur les crêtes veloutées des monts de Moab. C'est donc ici qu'ont retenti les chants des anges; c'est d'ici que les bergers sont partis
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pour aller là-haut adorer l'Enfant-Dieu. 11 semble qu'un écho des voix célestes vibre toujours dans le ciel pur.
Une autre scène pastorale avait déjà marqué ce lieu : l’admirable poème de Ruth la Moabite, si beau dans sa forme purement biblique que les vers de Victor Hugo sont loin de déparer :
On était dans les mois où la nature est douce, Les collines ayant des lys sur leur sommet
PR IT Te ; l'herbe était noire ;
Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ; Une immense: bonté tombait du firmament ; C'était l'heure tranquille où les lions vont boire.
Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth ;
Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ; Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l'ombre Brillait à l'occident, et Ruth se demandait
Immobile, ouvrant l'œil à moitié sous ses voiles, Quel Dieu, quel moissonneur de l'éternel été, Avait, en s’en allant, négligemment jeté
Cette faucille d’or dans le champ des étoiles...
... Dans l'après-midi, des écharpes laineuses voguent en nombre dans le ciel. C’est l’annonce du vent d'est, le szrocco.
Cependant, l’atmosphère est toujours saturée d’or, et le bleu du firmament est plus profond, parmi les taches de blancheur. Les monts de Moab se rap-
prochent, se font distincts. Leurs cavités, leurs moindres échancrures sont visibles, idéalisées par la gaze violette. Cette nature, de près, est sans doute très quelconque. A distance, d'incomparables nuances la sublimisent.
Nous revenons par le village de Beit-Saour. Et là j'observe à nouveau comme ces orientaux vivent près de la terre, en communion avec le soleil, la nature, en intime harmonie avec l'ambiance, êtres et paysages. Une caravane de chameaux s'avance dans le jour qui décline. Là-bas, au couchant, les laines se sont muées en un champ de roses effeuillées sur une couche d'opales...
Maussade jour de l'an. Vent d'ouest, pluie glacée, ciel terne, gros nuages laissant voir, par leurs trouées, des morceaux d'azur délayé. Cependant il fait beau dans mon cœur. Je me sens plein de courage. [1 me semble que j'apprécie mieux la valeur du temps. Je voudrais ne pas perdre une minute, m'enfoncer jusqu’au cou dans les vivifiantes études sacrées.
Relu, ce matin, et comme dans une lumière nouvelle, le livre d'Esther. Assuérus fait preuve d'une grande droiture de jugement. Ilases faiblesses, mais du moins il ne badine pas sur le point d'honneur. Un
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moment aveuglé par la perfidie d'Aman, il se reprend, arrête les effets de l'édit injuste porté contre les Juifs... Par un touchant sentiment de gratitude, il fait rendre des honneurs à ce Mardochée qui, en révélant le complot, lui a sauvé la vie, Et de quelle noblesse est empreint le caractère d'Esther! Au milieu des splendeurs de la cour royale, et des faveurs dont on la comble, elle n'oublie pas non plus ce même Mardochée à qui elle doit tant. Du haut de sa gloire toute fraîche, elle continue à s'inspirer des conseils de son ancien protecteur et père. Un trait tout à fait typique, et qui se retrouve constamment dans l’histoire du peuple juif, un trait dont nous avons des exemples frappants, même de nos jours, c'est qu'elle ne renie pas sa race, maintenant opprimée. Au contraire, dans un magnifique élan de patriotisme, consciente qu'il y va de sa fortune et peut-être même de sa vie, elle prend la résolution de pénétrer jusqu'au roi, malgré toutes les défenses de l'étiquette, pour dévoiler la perfidie de son favori Aman, pour venger les droits de sa nation outragée et empêcher le massacre de la ville. Son amour pour les siens est plus fort que tout. Elle joue son avenir pour sauver son peuple. Et sa grandeur d'âme reçoit immédiatement sa récompense. Tant il est vrai qu'il n’y a jamais de risque à se montrer fidèle à ses origines, et d'une façon générale, à se montrer en toute chose noble et grand. Qui donc a
dit: « L'honnêteté est encore la souveraine habileté. Le moyen le plus sûr d'arriver aux honneurs ou de s'y maintenir est encore de ne rien faire contre l'honneur »? La solidarité nationale, si marquée chez les Juifs, fait le fond de ce livre d'Esther...
Dans l'après-diné, j'erre à travers les bazars juifs. C'est obscur et sordide. Dans l'une des boutiques, un israélite, au galbe très pur, est en train de carder de la laine. 11 se sert pour cela de quelque chose qui a la forme d'un arc. Assis au beau milieu d'un antre où le jour peut à peine entrer, il procède à son travail avec lenteur et en s'accompagnant d'un rythme monotone. Les blancs flocons se sont amonce" peu À peu autour de lui, de sorte qu'il a l'air enfoncé dans leur neige souple. Comme il paraît indifférent à tout! Ce qu'il accomplit ne lui importe pas. Sa pensée est ailleurs, car il doit y avoir de la pensée dans cette tête d'un dessin si délicat et si ferme. C'est le premier juif que je rencontre dont le visage me séduise par la perfection de sa ligne et aussi par son expression douce...
-.. Incomparable ciel: c'est pur, éclatant, d'une limpide profondeur, « comme un Ouvrage de saphir transparent », ainsi qu'il est dit au livre de l'Exode