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riantes et les plus comblées, s'est évaporée, A l'amertume éphémère a succédé un rêve très doux et qui sera éternel. D'ailleurs ai-je été plus infortunée que tant d’autres? Mon cas a-t-il rien eu d'unique, d'extraordinaire? Les victimes du sort ne se comptent-elles pas par milliers? Qui donc
peut trouver vraiment que la vie lui est bonne et lui rend tout ce qu'il en espérait? Qui peut se nourrir de ses vanités d'une heure ? Qui est assez peu psychologue pour n'en pas percer le néant? Ne vous
fiez pas à ses mensonges. En me donnant en partage la douleur, elle n'a fait que remplir son rôle. Car elle est naturellement cruelle. Apprenez du moins de mon ombre, maintenant si tranquille, à n'être pas étonné si elle vous frappe. Jugez-la telle qu'elle est et vous ne serez pas trahi. »
Voilà pour moi le langage que tient cette statue, voilà ce qu’exhale sa bouche de:ai-close, tout ce qui se peint sur sa physionomie creusée par la méditation. Leçon amère! Philosophie désabusée! Certes elle contient une grande part de vérité. Mais que le pessimisme en est froid et décevant. Et où est dans tout cela la note mystique? Oùest l'hyinne de surnaturelle consolation ? Où est l'allusion à la paix infinie au sein de Dieu ? Pas un mot d'espérance et d'amour. Seulement des idées qui rappellent le stoicisme antique. Aucun reflet du doux évangile de Jésus.
Eh ! quoi, la pauvre morte n’a donc pas eu pour la réconforter dans son abandon la religion divine, que rien dans cet écho d'outre-tombe n’en porte la trace? Ou bien est-ce l'artiste qui aurait oublié
d'illuminer un peu cette sombre vision, de la baigner de clarté tendre et céleste? Car la pensée chrétienne en est absente. C'est un monument superbe au point de vue de l'art, de la facture, mais d'un paganisme absolu. Je l'admire. Mais combien une petite croix, avec ces seuls mots dessus : « Bienheureux Îles morts qui meurent dans le Seigneur ! » ferait davantage plaisir à mon cœur, le toucherait jusqu'aux larmes, déploierait devant mon regard les perspectives illimitées de la foi. Tandis que j'ai seulement ressenti une émotion esthétique — bien forte il est vrai — et que ma curiosité humaine, piquée par l'énigme que pose la figure si étrangement mystérieuse, est plus ou moins satisfaite de l'avoir peut-être résolue...
Le soir est tombé. Tout est plus silencieux et plus grave. L'ombre s'épaissit dans l'enceinte funèbre. La ligne des cyprès revêt une majesté plus lugubre. Le mausolée se fond dans de la nuit.
C'est le temps de reprendre notre route vers la grande ville, là-bas, qui déjà commence à se parer d'étoiles...
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Pamphile LeMay
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La caractéristique de Pamphile LeMay est de n'avoir puisé son inspiration que dans les choses et les gens de « chez nous » et d'avoir comme cristallisé les côtés les plus pittoresques de notre vie campagnarde. Tous ses poèmes sont faits « d'étoffe-dupays ». Et il me semble qu'on peut lui appliquer ce que Rostand fait dire à son Chantecler :
-.. mis en contact avec la bonne terre,
je chante... et c'est déjà la moitié du mystère,
faisane, la moitié du secret de mon chant,
qui n’est pas de ces chants qu'on chante en les cherchant, mais qu'on reçoit du sol natal comme une sève !
La terre parle en moi comme dans une conque.
Et je deviens, cessant d’être un oiseau quelconque,
le porte-voix en quelque sorte officiel,
par quoi le cri du sol s'échappe vers le ciel !
L'œuvre de LeMay est assez considérable et assez diverse. Ce poète a beaucoup chanté et beaucoup écrit ; il s’est exercé en des genres bien différents.
Le vieil Ovide, parlant de l'éclosion de son talent, disait : « quidquid scribere lentabam, versus erat. La vocation poétique était en moi si marquée que tout ce que je voulais écrire prenait aussitôt, et comme
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naturellement, la forme du vers. » Sans doute tout ce qu'a voulu écrire LeMay a pris aussi le plus souvent forme de vers. Le plus souvent, et non pas toujours. Car nous avons de lui des romans et un volume de contes en prose. Mais un vrai poète peut ne pas aimer, à l'occasion, à enfermer ses rêves dans le cadre prosodique ou même ne jamais les y astreindre, et n'en demeurer pas moins poète. Et je n'apprendrai rien à personne en disant que Jean- Jacques Rousseau, qui n'a jamais fait un traître vers, est cependant l'un des plus grands poètes de la langue française. Que si LeMay parfois, au gré de son caprice, a écrit en prose, cela ne veut nullement signifier que la poésie soit absente de ses œuvres. Sa muse l’a suivi partout. L'on reconnaît son accent même quand elle parle, non la langue des dieux, mais celle de tout le monde.
Sa traduction en vers de l'Evangéline de Longfellow ne nous retiendra pas longtemps. Non qu'elle soit sans mérite. Longfellow lui-même l'a goûtée et l'a louée. Or ce poète américain savait bien le français, si bien que, quelque part dans son œuvre, il y a une petite pièce française — un badinage intitulé Voé/, envoyé à M. Agassiz la veille de Noël 1864, avec un panier de vins divers !.
1. Cf. The complete Poetical Works of Henry Wadsworth Longfellow— (Cabinet Edition. Houghton, Miffin and Com-
Si LeMay à cru devoir apporter à la trame originale du poème quelques changements pas toujours heureux, il a su trouver Pour sa traduction des vers généralement bien frappés. Et c'était un tour de force que de transposer en bonne poésie française l'idylle touchante qui se détache sur un fond si tragique et qui est devenue comme le symbole de tout un peuple frère —les Acadiens. Car £rvangéline incarne les aspirations et les destinées malheureuses de sa race. Je ne doute Pas que notre poète n'ait, Par cet exercice difficile, augmenté son vocabulaire, et ne s'y soit rompu aux secrets d'une métrique plus savante, n'en ait acquis plus de « métier ». Toutefois, sa pensée personnelle n’a guère pu s’y refléter, Aussi n'insisterai-je pas sur cette œuvre.
De la même époque à peu près, c'est-à-dire de 1867 — nous avons deux poèmes qui ont reçu la médaille d'or à un concours ouvert par l'Université Laval de Québec. Le Premier intitulé: La découverte du Canada, est long, d’une Conception noble, et tout plein de fort beaux vers. L'auteur donne à ce grand fait une origine céleste et nous montre l'Ange du Canada intéressant Dieu aux destinées de notre patrie naissante, Ce début est profondément mystique ; le surnaturel y joue une grande part ; ce
pany. The Riverside Press, Cambridge. Autumn 1899 — Page 381, col. 2.)
sont de constants échanges entre le ciel et la terre. Par son caractère merveilleux, il conviendrait mieux peut-être à une épopée chrétienne embrassant toute notre histoire qu'à la seule évocation de nos origines. Il me semble qu'il déborde en effet son cadre... Puis le sujet se développe mêlant la vérité à la fiction; il y a de belles descriptions de tempêtes, de paysages; et des figures gracieuses ou terribles d'Indiens primitifs traversent le récit — Polaninala-brune ou le rusé Domagaya — tandis que l'ensemble est dominé par la physionomie chevaleresque de Cartier. Ce poème a vraiment de la valeur au point de vue du plan et de l'exécution et il est bien supérieur à Æ/ymne National, dont le lyrisme à jets continus renferme cependant des notes senties.
Nous devons encore à LeMay un recueil de Fables, tout près de quatre-vingt-dix, je crois.
La gloire formidable de La Fontaine écrasera à jamais tous ceux qui voudront après lui prêter aux animaux des sentiments humains et les faire parler. I1 semble que cet immortel fabuliste ait fait dire aux bêtes tout ce qu'elles avaient à dire et dans un langage tel, si naturel et si savoureux, si éternellement jeune comme si profondément philosophique qu'il n'y ait plus rien à glaner après lui. Se lancer dans ce genre que son génie a épuisé, n'est-ce pas s’exposer à un échec certain ? Et pourtant cette considération n'a pas découragé notre poète. Ce serait bien
mal le connaitre que de supposer qu'il a voulu rivaliser avec le Bonhomme. Mais il s'est peut-être dit quelque chose comme ceci: Madame de Sévigné a écrit des lettres inimitables, et cela n'a pas empéché bien d'autres de s'essayer aussi dans la correspondance. Est-ce donc une raison, parce que les fables de La Fontaine sont absolument incomparables et définitives, pour que personne n'en fasse plus? Toujours est-il qu'il s'est mis à en faire. Comme ingénûment il avoue, dès le seuil de son Ouvrage, qu'il n'a pas prétendu faire oublier ses devanciers :
J'offre ces fabliaux au vieil âge, à l'enfance.
On dira, si l’on veut, qu'ils sont bien imparfaits. Je ne discute pas. Je cherche ma défense
Dans les humbles discours que mes bêtes ont faits.
L'on n'est pas plus modeste. Il était bien libre d'ailleurs, de représenter, sous une forme symbolique, les travers qu'il avait observés chez les hommes vivant autour de lui, de chercher sinon à les redresser du moins à en prémunir les autres, par de petites leçons de morale familière. Son expérience de la vie lui en avait sans doute appris de belles touchant les défauts auxquels on est plus particulièrement porté parmi nous. Et il s’en est moqué sans amer-
tume ; il a voilé son ironie d'honnête homme sous Ja
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peau des bêtes ou sous l'écorce des arbres, pour nous faire entendre des paroles de sagesse pratique.
La psychologie de ces fables n'a rien de fouillé ni de subtil, rien qui révèle une observation profonde de la nature humaine. La morale n’en est pas non plus transcendante. Elle est simple et saine. Et il semble bien que parfois l'on y entende une note personnelle, et que l’auteur se raille des hommes par qui il a souffert.
Toutefois, ce n'est pas dans ses Fables que LeMay a donné toute sa mesure, ni peut-être dans son long poème, tout en alexandrins, intitulé d'abord Zes Vengeances, et réédité, par la suite, sous le titre de ZonKourou, du nom du personnage, un huron authentique, qui y joue le premier rôle. Le fond de l'ouvrage serait une opposition entre la vengeance indienne et la vengeance chrétienne: d'où le titre primitif. La donnée essentielle est une histoire d’enlèvement. TonKourou, pour se venger d'une jeune blanche qui n'a pas voulu accueillir son amour, lui ravit l'enfant qu'elle a eu de son mariage avec Jean Lozet. Et puis le drame se déroule à travers toute sorte d'épisodes, sombres ou idylliques, pour finir par le retour de l'enfant volé, maintenant homme fait, et par le repentir de l’infâme TonKcurou, auquel il est pardonné — le pardon étant la seule vengeance qui soit permise à des chrétiens. — Cette histoire me pas-
sionne assez peu. Si j'y insiste, c'est à cause de
tout ce que l'auteur a fait entrer dans la trame de son récit: paysages, tableaux de mœurs, scènes villageoises, choses rustiques, langage de nos gens. I] y a une fête de sainte Catherine où
«l'on mange de la tire »,
suivant la coutume. Et l'on assiste au « battage du grain » :
Alors on entendait, sur les épis serrés, Avec des mouvements rapides, mesurés, Les battes de bois dur retomber en cadence.
Et c'est « la mère Simpière », espèce de vieille sorcière, qu'on va consulter comme « tireuse d'horoscope ». Et Ruzard qui se rend chez Jean Lozet pour
« faire la grand'demande ».
Et c'était le temps où les vieux aimaient à jouer au « Quat'Sept : »
Pour eux le quatre-sept est le plus beau des jeux.
Et c’est la « visite du curé », et «le brayage du lin », et la fête en l'honneur de « la grosse gerbe » :
Seule au milieu du Champ, sur la planche uniforme, Se dresse avec orgueil, comme un panache énorme, Une gerbe de blé.
Et c'est la « reine de la noce ». Plusieurs chants sont aussi consacrés aux batailles de St-Denis, de