‹ Eaux-fortes et tailles-douces [microforme]Chapitre 3 sur 41 · VOOR A OR · texte numérisé non relu

VOOR A OR

vont glanant de droite et de gauche, observent assez Consciencieusement la vie, et se composent ainsi un patrimoine spirituel dont ils savent tirer parti en gens merveilleusement pratiques.

Vers midi, la mer est violette. Aussi loin que le regard peut porter se déroule la nappe d'améthystes, constellée de cristaux. Je contemple l’immensité calme aux riches teintes veloutées. Ce spectacle a quelque chose de rassérénant. Mon esprit flotte en des sensations imprécises...

16 octobre.

... Un oiseau au duvet gris et brun s’est embarqué avec nous. Maintenant que la terre est si loin, il pleure son aventure inconsciente. Je le vois se poser tout près de moi. Ses yeux sont effarés, son petit cœur bat très fort. Il n’est pas chez lui. Pas de feuillage ici, aucun grain de mil, pas de frère ailé non plus. Et les brises marines sont trop fortes pour sa frêle poitrine habituée aux vivifiantes senteurs des bois. Comme il a l'air exilé! Ah! pourvu qu'il n’aille pas s'envoler de désespoir, s'eng'outir dans les flots redoutables !

Cher petit être, reste avec nous! Ton domaine n'est-il pas encore assez grand et assez beau ? Les mâts te serviront d'arbres. Tu pourras voltiger tout le jour à travers les mille cordages, te faire un nid

dans un creux de voile, N ous serons bons pour toi, te jetterons des miettes en abondance. Demeure. Ta chanson nous plaira tant. Il doit y Soupirer un son connu. Cela sera si charmant entendre vibrer, dans ta voix, un écho du « pays ».

C'est le soir. L'on me présente un jeune artiste qui s’en va étudier la peinture à Paris sous la direction des maîtres.

Dès le premier jour j'avais remarqué la physionomie de cetenfant. I] s’y reflétait une telle vie intérieure. Ses yeux semblaient suivre un beau songe. Et l'air de réserve, de distinction simple épandu sur toute sa personne, m'avait ravi.

On nous laisse seuls. Nous causons. Le jeune homme s’épanche en confidences discrètes. On ne l'a pas compris en son milieu par trop utilitaire. Ses intimes, ses proches, n’entendaient rien à ses aspirations vers l'idéal. Mais est-il puissance humaine capable d’éteindre dans une âme l’étincelle divine de l’art? L'être privilégié qui la reçoit ne se résigne-t-il pas à tous les sacrifices pour l’aviver plutôt, pour la rendre immortellement brillante ?

C'est le cas de ce noble enfant. Touché de « ce dangereux amour des choses intellectuelles » dont parle un auteur !, il a tout quitté pour y être fidèle. Et le voici libre enfin de vivre son rêve de beauté.

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